Macri et Trump : battus par K.o.

16-08-2019 reseauinternational.net 6 min #160417

par Atilio Boron.

Connaissant les résultats des élections primaires de dimanche dernier, j'ai publié un tweet dans lequel je disais que les deux grands perdants avaient été Mauricio Macri et Donald Trump.

En fait, Trump a soutenu le gouvernement argentin de toutes ses forces. Je l'ai dit de toutes les manières et en d'innombrables - parfois importantes - occasions. De plus, il a ordonné à ses lieutenants du Fonds Monétaire International (rappelez-vous que selon Zbigniew Brzezinski, le FMI et la Banque Mondiale sont des « extensions du Département du Trésor ») de soutenir le gouvernement Macri et sa réélection en accordant à l'Argentine une aide financière de l'ordre de 57 milliards de dollars. Il s'agissait du décaissement le plus important jamais effectué par le FMI dans son histoire et visait à éviter la défaillance de l'économie argentine.

L'exécution quotidienne de ce prêt a été supervisée par Mme Christine Lagarde, Directrice Générale du FMI (et, en fait, Ministre de l'Économie et « coprésidente » de l'Argentine) et a également autorisé la Banque Centrale à vendre des dollars pour stabiliser son cours sur le marché local frénétique et contenir ainsi la hausse des prix dans un pays qui souffre d'un régime de forte inflation persistante. En pratique, cette somme énorme n'a guère fait plus que financer la fuite impétueuse des capitaux dont les amis et les copains du régime, unis dans le projet macriste de pillage des richesses du pays, ont bénéficié.

Selon les rapports officiels de la Banque Centrale diffusés par l'économiste Ismael Bermúdez, la fuite des capitaux entre 2016 et le premier semestre de 2019 a atteint 70 210 millions de dollars. Il n'y a aucun commentaire sur les conséquences déprimantes de cette hémorragie financière monumentale, afin de combattre celle que John M. Keynes avait proposée, dans les années 1930, de pratiquer « l'euthanasie » des rentiers et spéculateurs car ils sont les ennemis mortels de la croissance de l'économie réelle. L'économiste de Cambridge aurait été étonné de voir l'ampleur de ce fléau en Argentine.

La contrepartie de tant de soutien impérial et de générosité a été la conversion du gouvernement argentin en un serviteur de la Maison-Blanche au cœur fragile, prêt à obéir aux insinuations mineures de son occupant irascible. Macri a exagéré son obéissance à Trump parce que dans la campagne présidentielle américaine, il avait explicitement soutenu Hillary Clinton. Une fois la victoire du magnat new-yorkais consommée, Macri s'est désespéré de corriger son erreur en rampant aux pieds de l'Empereur et en lui offrant de faire ce qu'il voulait, ravivant avec sa conduite rampante les « relations charnelles » de Carlos S. Menem. Trump lui a pardonné mais il a été précis et strict dans ses mandats qui, nous l'imaginons, ont dû être plus ou moins comme ceci : « Attaquez Maduro, dans tous les forums, sur tous les fronts, vous et vos putains de ministres et fonctionnaires ! Détruire l'UNASUR, mettre fin au CELAC, éloigner les Chinois et les Russes, oublier les Malouines, accepter l'installation de plusieurs bases militaires en Argentine, faciliter les affaires des entreprises nord-américaines et laisser l'économie être gérée par le FMI, puisque vos économistes sont des gens inutiles.

A la veille des primaires, Trump a envoyé son Secrétaire au Commerce, Wilbur Ross, dans le pays comme un autre geste de soutien et d'encouragement à la Casa Rosada pour avancer sans plus tarder dans les réformes structurelles qui faisaient défaut : la privatisation du système de sécurité sociale, du système du travail et du système fiscal, conformément à celle que les États-Unis ont imposée dans leur pays pour alléger la pression fiscale des grandes entreprises et des fortunes importantes.

Macri a obéi, à la lettre, à l'oukase impérial. L'Argentine s'est retrouvée sans politique étrangère, parce qu'elle a fait sienne la politique des États-Unis, assumant comme ses propres ennemis les adversaires de Washington à une époque où Trump se bat avec presque tout le monde. Il s'est également retrouvé sans politique économique, parce que le FMI a commencé à la dicter par l'intermédiaire de ses techniciens. Le résultat est là, à la vue de tous : un holocauste social d'une ampleur considérable et un effondrement économique sans précédent à certains égards, le tout aggravé par les effets dévastateurs du « lawfare » (hyperpolitisation de la justice fédérale ; mariage entre juges, procureurs, services de renseignements et médias) ; À cela s'ajoute le contrôle écrasant exercé par le gouvernement sur les médias et l'utilisation massive de pseudo-journalistes - en réalité des opérateurs politiques juteux et rémunérés - pour mentir, désinformer, effrayer la population et calomnier les principales figures de l'opposition. Cette sinistre opération de manipulation de l'opinion publique a été complétée par l'écrasante propagande officielle dans tous les réseaux sociaux et l'utilisation sans scrupules d'armées de « trolls » qui, avec leurs vérités médiatiques et leurs « fausses nouvelles », ont contribué à la confusion générale attaquant avec fureur les candidats du Front de Tous.

Mais tout cela en vain. Macri et son patron ont été pulvérisés aux urnes. Son gouvernement languit en attendant un miracle qui n'arrivera pas. Si quelque chose se passe au premier tour qui aura lieu le 27 octobre, ce sera une défaite encore plus écrasante du parti au pouvoir, ce qui sera très positif pour empêcher pendant longtemps le retour au gouvernement de cette droite néocoloniale, élitiste, faussement « méritocratique » et antidémocratique. C'est une chance : si la révolte des marchés et les bouleversements sociaux et institutionnels qui en résultent ne condamnent pas la fin anticipée du gouvernement Macri, ce qui s'est déjà produit à deux reprises depuis la restauration démocratique de 1983, mais dans des conditions différentes. Bref : Trump s'est retrouvé sans un de ses pions sud-américains, et le Brésilien marche sur une corde raide. Et la débâcle du néolibéralisme en Argentine est un message qui sera lu avec attention dans de nombreux pays. Bref : de bonnes nouvelles pour l'avenir de Notre Amérique : qui a dit que le cycle progressiste était terminé ?

Source :  Macri y Trump: derrotados por nocaut

traduit par  Réseau International

 reseauinternational.net

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