Ray Mcgovern : L'espoir d'une percée en Corée

10-09-2019 les-crises.fr 10 min #161445

Source :  Consortium News, Ray McGovern, 01-07-2019

1er juillet 2019

Donald Trump devra finalement rappeler à son conseiller à la sécurité nationale et secrétaire d'État qui est président s'il veut que des progrès soient réalisés en Corée du Nord, dit Ray McGovern.

Il y a de l'espoir pour de réels progrès dans les relations américano-coréennes après la rencontre imprévue de dimanche matin entre le président Donald Trump et le dirigeant nord-coréen Kim Jong-Un, en grande partie parce que la Russie et la Chine semblent plus déterminées que jamais à faciliter une avancée.

Avant le début des pourparlers, Kim a souligné l'importance de la réunion : « J'espère qu'elle pourra servir de base à des avancées positives auxquelles les gens ne s'attendent pas », a-t-il dit. « Nos excellentes relations seront une puissance magique qui nous permettra de surmonter épreuves et obstacles dans les tâches qui doivent être exécutées à partir de maintenant. »

Trump était tout aussi positif en parlant de Kim :

« Nous avons développé une très bonne relation et nous nous comprenons très bien. Je crois qu'il me comprend, et je pense que je le comprends peut-être, et parfois cela peut mener à de très bonnes choses. »

M. Trump a indiqué que les deux parties désigneraient des équipes, l'équipe américaine dirigée par l'envoyé spécial Stephen Biegun sous les auspices du secrétaire d'État Mike Pompeo, pour commencer à travailler dans les deux ou trois prochaines semaines. « Ils vont entamer un processus, et nous verrons ce qu'il se passera », a-t-il dit.

Un nouvel élan

Le président russe Vladimir Poutine et le président chinois Xi Jinping, qui ont rencontré individuellement le président Trump au G20 à Osaka, ont chanté la même partition de musique que la Corée, en particulier à la suite de la visite de Xi en Corée du Nord les 20-21 juin. Les remarques de Poutine sont les plus éclairantes.

Dans une  interview accordée au Financial Times, M. Poutine a évoqué « les tragédies de la Libye et de l'Irak » - désignant, bien sûr, ce qui est arrivé à chacun d'entre sachant qu'ils ne disposaient pas de la dissuasion nucléaire. Appliquant cette leçon à la Corée du Nord, Poutine a dit,

« Ce dont nous devrions parler, ce n'est pas de la manière de faire désarmer la Corée du Nord, mais de la manière d'assurer la sécurité inconditionnelle de la Corée du Nord et de faire en sorte que tout pays, y compris la Corée du Nord, se sente en sécurité et protégé par le droit international... »

« Nous devrions réfléchir à des garanties, que nous devrions utiliser comme base pour les pourparlers avec la Corée du Nord. Nous devons tenir compte des dangers découlant de... la présence d'armes nucléaires », a-t-il dit, ajoutant que si l'on peut trouver un moyen de satisfaire la détermination compréhensible de la Corée du Nord à assurer sa sécurité, « la situation pourrait prendre un tournant que personne ne peut imaginer aujourd'hui ».

« Que nous reconnaissions ou non la Corée du Nord comme une puissance nucléaire, le nombre de charges nucléaires qu'elle possède ne diminuera pas. Nous devons partir des réalités du présent... » Et ces réalités comprennent des préoccupations fondamentales et immédiates en matière de sécurité, tant pour la Russie que pour la Chine. Poutine l'a exprimé ainsi :

« Nous avons une frontière commune, même si elle est courte, avec la Corée du Nord, ce problème a donc une incidence directe sur nous. Les États-Unis sont situés de l'autre côté de l'océan... alors que nous sommes ici même, dans cette région, et la zone nucléaire nord-coréenne n'est pas loin de notre frontière. C'est pourquoi cela nous concerne directement, et c'est quelque chose que nous n'oublions jamais. »

Les « attentes raisonnables » de Xi

La semaine dernière à Pyongyang, le président chinois Xi Jinping a déclaré que la Chine attend et souhaite une réponse à l'impasse des négociations sur le nucléaire avec les États-Unis.

« La Corée du Nord aimerait rester patiente, mais elle espère que la partie intéressée fera des concessions à la Corée du Nord pour examiner des solutions en tenant compte des préoccupations raisonnables de chacun », a-t-il déclaré.

Selon un commentaire de l'agence de presse officielle chinoise Xinhua, la Chine pourrait jouer un rôle unique pour briser le cycle de méfiance entre la Corée du Nord et les États-Unis, mais les deux parties « doivent avoir des attentes raisonnables et s'abstenir d'imposer des contraintes unilatérales et irréalistes ».

Poutine lors d'un entretien avec le Financial Time (photo Kremlin)

Il ne fait guère de doute que les Russes et les Chinois ont comparé leurs notes sur ce qu'ils considèrent comme un problème potentiellement explosif (littéralement) dans leurs arrière-cours respectives, d'autant plus que les deux pays sont devenus des alliés en tout sans en porter le nom.

Lors d'une visite de trois jours à Moscou début juin, le président Xi a parlé de sa « profonde amitié personnelle » avec Poutine, qu'il a « rencontré près de 30 fois au cours des six dernières années ». Pour sa part, Poutine a affirmé que « les relations russo-chinoises ont atteint un niveau sans précédent. C'est un partenariat global et une coopération stratégique ».

Un changement stratégique fondamental

Qu'ils soient les « meilleurs amis » ou non, l'affirmation d'une coopération stratégique sans précédent est vraie - et c'est le changement le plus fondamental dans l'équation stratégique mondiale depuis des décennies. Compte tenu de la crainte qu'ils ont que les choses ne dérapent en Corée avec le lunatique Trump et ses faucons de conseillers, il est fort probable que Poutine et Xi ont travaillé en étroite collaboration sur la Corée du Nord.

La prochaine étape pourrait être d'intensifier les efforts pour persuader Trump que la Chine et la Russie peuvent en quelque sorte garantir le maintien d'une retenue de la part de Pyongyang concernant le nucléaire, en échange de l'accord des États-Unis pour une avancée pas à pas plutôt qu'un passage en force- en allant vers la dénucléarisation partielle de la Corée du Nord - avec peut-être d'un assouplissement des sanctions économiques américaines. Xi et Poutine ont peut-être passé ce genre de marché avec Trump à Osaka.

Il y a aussi un signe positif qui est que le président Trump en a appris davantage sur les effets d'un conflit militaire avec la Corée du Nord et qu'il s'est rendu compte que Pyongyang possède déjà non seulement une force nucléaire, mais aussi une formidable dissuasion conventionnelle : l'artillerie de masse.

« Il y a 35 millions de personnes à Séoul, à 40 km de distance », a déclaré M. Trump dimanche. « Toutes accessibles à ce qu'ils possèdent déjà dans les montagnes. En terme de danger, nous n'avons rien d'équivalent ailleurs dans le monde. »

Des obstacles encore énormes

Trump et Kim se rencontrent dimanche avant que Trump ne devienne le premier président américain à marcher sur le territoire nord-coréen. (Photo Maison Blanche)

M. Trump devra rappeler à son conseiller à la sécurité nationale, John Bolton, et au secrétaire d'État Mike Pompeo, qu'il est le président et qu'il a l'intention de prendre plus fermement les rênes de la politique coréenne. Au vu de leur performance maladroite face à l'Iran et au Venezuela, il semblerait facile, à première vue, de se débarrasser des deux super-faucons.

Mais cela signifierait que le complexe Militaire-Industriel-Parlementaire-Renseignement-Médiatique-Academique-Think-Tank [Military-Industrial-Congressional-Intelligence-Media-Academe-Think-Tank (MICIMATT), NdT], dans lequel les médias institutionnels contrôlés jouent aujourd'hui ce rôle incontournable, serait mis à mal.

Un signe avant-coureur des événements à venir, le rapport initial du Washington Post sur l'issue des pourparlers Trump-Kim  présente deux déformations : « Trump... a déformé ce qui avait été accompli, prétendant que la Corée du Nord avait cessé ses essais de missiles balistiques et qu'elle continuait à renvoyer les restes des soldats américains tués pendant la guerre de Corée. »

L'administration Trump pourrait raisonnablement appeler ça une « fausse nouvelle ». Certes, la Corée du Nord a testé des missiles balistiques à courte portée au printemps dernier, mais la promesse de Kim à Trump était d'arrêter les essais de missiles stratégiques et non tactiques, et la Corée du Nord a tenu cette promesse. Quant au retour des restes des soldats américains : il est vrai que ces restes ne sont plus renvoyés aux États-Unis, mais ce sont les États-Unis qui y ont mis un terme après l'échec du sommet de Hanoï.

On peut certainement s'attendre à des « rapports » plus malhonnêtes de ce genre.

Reste à savoir si Trump peut résister au MICIMATT sur la Corée. L'Extrême-Orient reste le théâtre d'un très grand volume de trafics d'armes entre fabricants et vendeurs d'armes, tant que les tensions y sont entretenues et maintenues à un niveau suffisamment élevé.

Ray McGovern travaille avec Tell the Word, une maison d'édition de l'Église œcuménique du Sauveur dans le centre-ville de Washington. Son premier portefeuille à la CIA était analyste-référent pour la politique soviétique envers la Chine, la Corée, le Vietnam et le Japon. À la retraite, il a cofondé Veteran Intelligence Professionals for Sanity (VIPS) [groupe d'anciens officiers du renseignement des États-Unis formé en 2003 lors de la présidence Bush pour dénoncer le fait que les décideurs n'écoutaient pas les analystes du renseignement, NdT].

Source :  Consortium News, Ray McGovern, 01-07-2019

Traduit par les lecteurs du site  www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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