Lubrizol : perquisition dans les locaux administratifs, le Sénat vote la création d'une commission

11-10-2019 francais.rt.com 8 min #162853

Des perquisitions ont été ordonnées dans les locaux de l'entreprise Lubrizol dans le cadre d'une enquête pour «mise en danger d'autrui». Parallèlement, le Sénat a acté la mise en place d'une commission d'enquête pour faire la lumière sur l'incendie.

D'après une source judiciaire citée par l'AFP, plusieurs perquisitions ont été réalisées, le 10 octobre, dans les locaux administratifs de l'usine Lubrizol de Rouen, ainsi que dans ceux de la société voisine, Normandie Logistique,  après l'incendie qui a ravagé le site classé Seveso, site industriel présentant des risques d'incidents majeurs, le 26 septembre dernier. Elles ont été menées par les enquêteurs en présence d'un magistrat ainsi que d'un assistant spécialisé du pôle de santé publique du parquet de Paris, dans le cadre d'une enquête ouverte pour «mise en danger d'autrui».

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«On collaborera s'il y avait toute perquisition chez nous, en toute transparence. On n'a rien à cacher de spécial», a assuré le président de Normandie Logistique, Sylvain Schmitt, lors d'une conférence de presse tenue le 10 octobre. Lubrizol avait de son côté affirmé, dans  un communiqué daté du 30 septembre, que «le feu a[vait] tout d'abord été observé et signalé à l'extérieur du site de Lubrizol Rouen, ce qui suggère que l'origine du feu est extérieure à Lubrizol et que le feu s'est malheureusement propagé sur notre site», se basant sur des «témoins oculaires» ainsi que sur «la vidéo surveillance».

«On a []... la quasi certitude que ça ne vient pas de chez nous», a affirmé Sylvain Schmitt, au cours d'une conférence de presse. «C'est quasi impossible []... La rapidité avec laquelle les choses se sont produites fait penser à nos experts que ça vient forcément de l'extérieur et violemment», a ajouté le président de Normandie Logistique.

Des investigations sont menées depuis le 8 octobre par 13 enquêteurs de la gendarmerie nationale (dont six experts incendie), appuyés par des gendarmes de l'Oclaesp (Office central de lutte contre les atteintes à l'environnement et à la santé publique) ainsi que par la police judiciaire. Au moins 130 plaintes ont été déposées à ce jour.

Après  les 5 253 tonnes de produits chimiques incendiés chez Lubrizol, la préfecture de Seine-Maritime avait publié le 4 octobre au soir une liste de...  9 050 tonnes de produits stockés par l'entreprise voisine, Normandie Logistique, elle aussi partiellement incendiée.

Commission d'enquête sénatoriale

De son côté, le Sénat a voté, le 10 octobre à l'unanimité, la création d'une commission d'enquête «afin d'évaluer l'intervention des services de l'Etat dans la gestion des conséquences environnementales, sanitaires et économiques de l'incendie de l'usine Lubrizol». La commission d'enquête se penchera également sur l'application des règles auxquelles sont soumises les installations classées «afin de tirer les enseignements sur la prévention des risques technologiques».

Elle sera mise en place pour une durée maximale de six mois et les 21 membres qui la composeront seront connus le 16 octobre. «Nous votons cette résolution des deux mains», a assuré  à la tribune la sénatrice centriste de Seine-Maritime Catherine Morin-Desailly, par ailleurs habitante de Rouen. «Elle doit apporter la totale transparence pour les Rouennais mais aussi pour les habitants de toutes les communes impactées», a-t-elle fait valoir, faisant part du «désarroi des agriculteurs et des éleveurs».

L'Assemblée nationale avait elle décidé la simple mise en place d'une mission d'information, qui a tenu sa première réunion le 9 octobre. Dans un communiqué, son président, Christophe Bouillon, élu (PS) de Seine-Maritime, avait salué «un instrument qui peut s'avérer efficace si elle se dote des moyens nécessaires».

Une commission d'enquête parlementaire dispose de prérogatives plus importantes qu'une mission d'information. Les personnes qu'elle souhaitera auditionner n'auront d'autre choix que de s'y rendre et de prêter serment. C'était par exemple le cas dans le cadre de  l'affaire Benalla.

«Il va falloir prouver que c'est une pollution liée à l'incendie»

Dans une interview accordée à  BFM TV, la directrice générale de Lubrizol France, Isabelle Striga, a émis des doutes quant à l'origine de taux de dioxine «plus importants que la normale» le jour du sinistre révélé par Agnès Buzyn. «Il va falloir prouver que c'est une pollution liée à l'incendie parce qu'il n y a pas de produit chloré dans ce qui a brûlé chez Lubrizol», a-t-elle noté, précisant que l'incendie était «un choc pour l'entreprise».

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«Nous prenons en charge les études qui sont nécessaires aujourd'hui. Nous travaillons avec les services de l'Etat pour prendre en charge tout ce qu'on pourra prendre en charge pour aider la population. La qualité de l'air est bien meilleure que le jour de l'incendie, nous avons fait beaucoup d'efforts pour nettoyer les zones en feu : tout ça génère des odeurs», a-t-elle ajouté pour justifier les odeurs incommodantes encore ressenties dans la cité normande.

Selon la DG, 400 salariés sont actuellement «mobilisés pour nettoyer dans la gestion périphérique du site». Elle a également rappelé que, l'usine étant classée Seveso, la préfecture «disposait d'une liste à jour très régulièrement des produits stockés».

La dirigeante a enfin assuré que l'entreprise avait «l'intention de contribuer à un fonds d'indemnisation des citoyens», sans en préciser le montant.

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