Le Maître des Portes a les mains libres au Levant

13-10-2019 reseauinternational.net 6 min #162911

Le Maître des portes n'a peur de rien et il dispose d'assez d'atouts pour réussir. Les appels ridicules des Républicains et des Démocrates US à expulser les Turcs de l'Otan font rire aux éclats la plupart des analystes turcs. Ces derniers soulignent une chose assez évidente : il n'existe aucun mécanisme au sein de l'Otan pour se débarrasser d'un pays membre contre son gré.

C'est l'Otan qui a besoin de la Turquie mais non l'inverse. Un retrait turc de l'Otan ferait tomber l'Alliance comme un château de cartes. Les forces armées turques sont la deuxième force de l'Otan en termes d'effectifs et on ne présente plus la combativité du soldat turc au sol. La dernière chose que les stratèges occidentaux souhaitent voir est une alliance stratégique cauchemardesque entre la Turquie, l'Iran et la Russie.


Le Grand Turc de 2019 a menacé publiquement de faire envahir l'Europe avec 3,6 millions de réfugiés (dans un premier temps) en usant de la rhétorique la plus méprisante à l'égard des dirigeants européens. « hey l'Union Européenne, essayes pour voir de qualifier ce que je fais en Syrie d'invasion et vous serez envahi en temps record par des millions de nouveaux réfugiés ». Il ne fait aucun doute que Erdogan maîtrise son sujet bien au delà du gardiennage des digues et qu'il connaît par dessus tout l'extrême hypocrisie des dirigeants européens qu'il ne ménage plus. Ses forces sont en Syrie en train d'écraser les FDS ou Forces Démocratiques Syriennes kurdes et toutes les formations kurdes indépendantistes qui se sont empiffrées de l'aide militaire US jusqu'à se croire les maîtres du monde et à voir tout le monde de haut. Le rouleau compresseur turc va les ramener à la raison et surtout à la table des négociations.

De ce point de vue, Damas, Moscou et Téhéran se frottent les mains. Laisse le Turc écraser cette calamité de Cassad et on verra mieux après. C'est même le vœu de Trump qui en a vu de toutes les couleurs avec ces Kurdes jamais satisfaits et avides de ressources. Mais personne n'est dupe : le Turc a ramené dans ses bagages une « Armée Nationale Syrienne » mise sur pied avec les débris de l'ASL ou Armée Syrienne Libre et les dizaines de milliers de jeunes réfugiés syriens vivant en Turquie. Le danger pour Damas est extrême.

Les Iraniens pragmatiques ont déclenché par précaution des exercices militaires à la frontière avec la Turquie. Histoire de signifier au Turc que le gouvernement syrien n'est pas seul. Les Russes eux observent non sans fascination le grand bouleversement. L'Armée syrienne aurait dû se ruer sur Minbedj dès le retrait des forces US mais elle ne l'a pas fait. En pleine reconstruction et serrée entre une grosse enclave rebelle au Nord accrochée au cœur de la Syrie utile, Israël au Sud et les Kurdes au Nord-est, l'Armée syrienne garde le sens des réalité. Elle ne peut se mesurer à l'ogre turc dont la stratégie en Syrie et en Irak semble secondaire par rapport à ses trois champs prioritaires : la Grèce, Chypre et Israël avec lequel il entretient une coopération fructueuse.

Erdogan a les yeux rivés sur les gisements de gaz, tous les gisements de la méditerranée orientale, y compris le bassin du Léviathan et les Kurdes commençaient à lui poser un problème avec leur pseudo entité étatique aux frontières élastiques déjà à cheval entre la Syrie et l'Irak et demain séduisant les Kurdes de Turquie.

Seule consolation : l'Irak n'est plus un rival puisque il a quasiment sombré en tant qu'État-nation, la Syrie est en lambeaux et l'Iran sous le coup de sanctions et de blocus qui entravent son développement normal. C'est le grand moment ottoman. De quoi se plaignent ces Européens déjà ? De choses insignifiantes pour Erdogan. Ils ne pèsent plus rien sur la balance stratégique d'un monde où il se fraye une place sous le soleil.

L'armée turque est capable d'envahir sans trop de dégât un tiers de la Syrie. Ce n'est pas l'objectif recherché. La stratégie turque, versatile et profondément orientale va plus loin. La création de l'Armée nationale syrienne mime un phénomène que l'on a vu à l'œuvre en Libye sous la supervision d'Ankara. Damas a annoncé qu'il se battra contre l'agression turque et espère attirer les Kurdes en errance d'une allégeance à l'autre mais la plupart de ces derniers ne parviennent pas à accepter l'abandon d'un vieux rêve séparatiste sous la bannière étoilée.

Quelques militaires US ont bien enfreint les ordres du Pentagone et de Washington et sont demeurés auprès des miliciens kurdes par esprit de fraternité ou par loyauté. Ils se sont fait canarder comme pas possible par une artillerie turque qui se révèle d'une redoutable mobilité.

Qui est à blâmer dans ce jeu de massacre. Que l'on s'y trompe pas : les Kurdes vont tout faire pour résister et cela va aggraver la réaction turque, laquelle sera de plus en plus brutale. Cela permettra à Damas de souffler et de voir ce que décideront les Kurdes. Pour la Syrie, Ankara et Trump ont un plan commun assez complexe. Erdogan, lui, envoie balader pèle mêle les Européens, les Saoudiens et les Egyptiens et commence à narguer l'État profond US avec lequel Trump est aux prises de Sumo.

Orient complexe et déroutant. Des forces apparaissent en Orient et elles sont redoutables. Le monde a définitivement basculé... par la faute d'une obsession ou du tropisme moyen-oriental de la politique étrangères US au profit de lobbyistes cherchant le profit par dessus tout. Au passage 10 trillions de dollars US ont été emportés par le vent. Mais autant en emporte le vent ! Le feu va tout consumer.

source :  strategika51.org

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