Ford Canada annonce d'autres suppressions d'emplois

04-11-2019 wsws.org 7 min #163872

Par Carl Bronski
4 novembre 2019

À la suite de la suppression de 200 emplois en septembre à l'usine d'assemblage de Ford Canada à Oakville, en Ontario, l'entreprise a annoncé lundi dernier que 450 emplois supplémentaires seront supprimés en février 2020.

Cette annonce s'inscrit dans le cadre d'un programme de restructuration mondiale de 11 milliards de dollars lancé par Ford l'an dernier.

Les suppressions d'emplois à Oakville font suite aux mauvais résultats du troisième trimestre publiés par la société mère la semaine dernière, qui ont vu les actions de Ford chuter de 7%, alors que Wall Street envoie un message à Ford pour s'assurer que le contrat du syndicat United Auto Worker (UAW, Travailleurs unis de l'automobile), actuellement en négociation, impose de sévères reculs.

Usine d'assemblage Ford à Oakville

Ford et les autres constructeurs automobiles mondiaux se préparent à un ralentissement économique important au cours des prochaines années.

Ford a annoncé l'an dernier que 12.000 emplois de production seront supprimés en 2020 sur ses sites européens. Par ailleurs, l'entreprise a déjà réduit ses effectifs salariés mondiaux de 70.000 personnes. James Hackett, PDG de Ford, dont la rémunération personnelle a augmenté de 6% pour atteindre près de 18 millions de dollars l'an dernier, a qualifié le programme de réduction des effectifs de Ford de «remaniement intelligent».

L'annonce de la fermeture à Oakville, où 4400 travailleurs de production sont employés, a également marqué le coup d'envoi de la direction de Ford dans ses préparatifs aux négociations contractuelles de 2020 avec Unifor au Canada, tout en cherchant à intimider les travailleurs américains dans les négociations contractuelles en cours avec les TUA.

Tous les trois constructeurs automobiles de Detroit ont collaboré avec Unifor et les TUA dans la promotion nationaliste de nouvelles possibilités d'investissement sur le marché nord-américain afin de réduire les salaires, les avantages sociaux et les conditions de travail pendant les négociations contractuelles dans chaque juridiction.

Depuis des décennies, les TUA, Unifor et le prédécesseur d'Unifor, les Travailleurs canadiens de l'automobile, qui ont procédé à une scission nationaliste des TUA en 1985, dressent les travailleurs de l'automobile canadiens et américains les uns contre les autres. Les deux syndicats ont imposé à maintes et maintes fois des réductions de salaires, d'emplois et d'avantages sociaux au nom de la défense des emplois «américains» ou «canadiens».

Cette stratégie n'a pas réussi à sauver un seul emploi, que ce soit au Canada ou aux États-Unis. Au lieu de cela, elle a joué directement le jeu des patrons de l'automobile, qui ont profité de la mondialisation de la production pour déplacer les usines vers l'endroit où les coûts de main-d'œuvre étaient les plus bas.

Travailleurs de Ford à Oakville

Lundi dernier, le président d'Unifor, Jerry Dias, a fait une brève déclaration en réaction à l'annonce des licenciements à Oakville. «Il est urgent de créer ou d'élargir la production de véhicules», a-t-il dit, «afin d'éviter des pertes d'emplois permanentes à l'usine Ford d'Oakville.»

Dave Thomas, président du syndicat local d'Oakville, a ajouté: « Depuis des mois, Unifor presse Ford d'élaborer un plan pour éviter ce scénario. Ford savait que le Ford Flex et la Lincoln MKT arrivaient à la fin de leur cycle de production.»

Ford Canada n'a pris aucun engagement à l'égard de nouveaux produits pour Oakville. En juillet dernier, lorsqu'une série de mises à pied a été annoncée, Thomas s'est incliné docilement devant l'annonce des 200 suppressions d'emplois en disant aux membres: «Comme toujours, c'est une décision d'affaires et tout se résume en dollars et en cents».

Quoi qu'il en soit, les «engagements» de produits et d'investissements pris par les sociétés et vendus cyniquement aux membres par Unifor ne valent pas le papier sur lequel ils sont imprimés.

Chez GM Oshawa, Unifor a fait passer un contrat de reculs en 2016 qui, et Dias avait insisté sur ce point, garantissait une présence de GM à Oshawa au moins jusqu'en 2020. Pourtant, GM a annoncé l'automne dernier que la production d'assemblage de l'usine serait définitivement fermée en 2019.

Au cours de l'hiver dernier, les travailleurs de l'automobile ont été témoins du sermon grandiloquent et bidon de Dias qui promettait qu'Unifor n'accepterait pas la fermeture de l'usine d'Oshawa. Cela s'est accompagné d'une campagne anti-mexicaine agressive, y compris un appel au boycottage des véhicules GM assemblés au Mexique.

Alors que les travailleurs retournaient à l'usine après cinq semaines de congé en raison de la grève de GM aux États-Unis, il ne reste que quelques semaines de travail jusqu'à ce que la production d'assemblage cesse définitivement, mettant fin aux emplois de 2300 travailleurs.

À l'usine d'assemblage CAMI de GM à Ingersoll, en Ontario, un arrêt planifié d'une semaine pour compenser la baisse des ventes d'Equinox au début du mois sera suivi de plusieurs autres congés temporaires au cours des prochains mois. Dias a récemment jubilé qu'étant donné qu'un troisième quart de travail dans une usine mexicaine qui produit également l'Equinoxe sera définitivement fermé, mettant fin à l'emploi de plus d'un millier de travailleurs mexicains pauvres du secteur automobile, les travailleurs de CAMI devraient être fiers de leur syndicat qui est responsable de répercussions plus limitées à Ingersoll.

À l'usine d'assemblage Fiat-Chrysler de Windsor, 1500 travailleurs sur 6 000 à l'usine viennent d'être mis à pied en raison de l'élimination par FCA du troisième quart de travail des modèles Pacifica. La popularité décroissante des fourgonnettes a incité les analystes de l'industrie à suggérer qu'il pourrait y avoir d'autres mises à pied.

En 2015, FCA a modernisé l'usine de Windsor pour la production du Pacifica avant de licencier les travailleurs quatre ans plus tard. Comme dans le cas de la réponse d'Unifor aux mises à pied à Oakville, le président de la section locale 444 de Windsor, Dave Cassidy, a minimisé les mises à pied annoncées, qualifiant les coupures de «décision strictement commerciale basée sur le Pacifica».

Les mises à pied au Canada ne sont que les résultats les plus récents d'un ralentissement de plus en plus marqué de l'industrie automobile mondiale. Le contrat GM-TUA qui vient d'être conclu a scellé la fermeture de quatre installations de GM. La société a également récemment fermé une usine d'assemblage en Corée du Sud. L'été dernier, FCA a renvoyé 1400 travailleurs à son usine Belvedere près de Chicago.

Ford a fermé trois usines d'assemblage en Russie, une au Brésil et mis à pied 5000 travailleurs en Allemagne. Honda ferme son usine en Angleterre et réduit sa production en Turquie, supprimant ainsi 5000 emplois supplémentaires. Jaguar Land Rover met à pied 4500 personnes à travers le monde.

Dans un rapport publié en août, la Banque de Montréal, Marchés des capitaux, a souligné que la production d'automobiles au Canada a diminué de 7,8% en un an. Au premier semestre de 2019, la production automobile canadienne a chuté à des niveaux jamais vus depuis la Grande Récession de 2008-2009. La production de véhicules au Canada est maintenant inférieure d'un tiers à son sommet de 1999, ne représentant aujourd'hui que 12% de toute la production automobile en Amérique du Nord.

La restructuration mondiale de l'industrie automobile et le massacre des emplois qui l'accompagne doivent être combattus sur la base d'une stratégie socialiste et internationale. Contre le programme nationaliste «diviser pour régner» des syndicats, les travailleurs de l'automobile au Canada doivent se joindre à leurs frères et soeurs de classe en Amérique du Nord, en Europe, en Amérique du Sud et en Asie pour préparer une lutte mondiale contre les constructeurs automobiles.

(Article paru en anglais le 31 octobre 2019)

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