Convention citoyenne pour le climat : les propositions de trois personnes tirées au sort

07-11-2019 usbeketrica.com 15 min #164025

A l'occasion de la  Convention citoyenne pour le climat, qui s'est ouverte le 4 octobre et se conclura en janvier 2020, 150 citoyens sont appelés par le gouvernement à formuler des propositions concrètes pour lutter contre le dérèglement climatique. Nous avons interrogé trois d'entre eux pour comprendre leurs priorités.

« Comment réduire les émissions de gaz à effet de serre d'au moins 40% d'ici à 2030, par rapport à 1990 ? » Voilà la question à laquelle devront répondre les 150 participants tirés au sort dans le cadre de la  Convention citoyenne pour le climat, qui s'est ouverte le 4 octobre dernier. A travers six sessions qui s'étalent jusqu'à la fin du mois de janvier 2020, les citoyens concernés sont ainsi appelés à formuler des propositions concrètes, qui seront ensuite soumises « soit au vote du Parlement, soit à référendum, ou donneront lieu directement à des mesures réglementaires ». Une promesse d'examen  « sans filtre » formulée par Emmanuel Macron il y a quelques mois et pour laquelle il sera sans doute attendu au tournant l'année prochaine.

En attendant de passer à la rédaction des solutions, les 150 membres de la Convention se sont déjà réunis à deux reprises en octobre, pour explorer en profondeur le sujet du dérèglement climatique, notamment en auditionnant de nombreux experts du sujet. Ces 15, 16 et 17 novembre, l'objectif de la  troisième session sera sensiblement différent : pour la première fois, c'est la « recherche de solutions » qui sera placée au centre des débats. Les membres de l'assemblée ont-ils déjà quelques idées en tête ? Pour le savoir, nous avons interrogé trois citoyens tirés au sort, en leur demandant de choisir une mesure phare qui leur tient à cœur et qu'ils souhaiteraient appliquer le plus tôt possible. Résultat : des formulations et des attentes variées, mais une thématique centrale celle des transports. Témoignages.

Dominique, 62 ans : « Diminuer drastiquement tous les flux de transports »

Retraitée âgée de 62 ans, Dominique vit en région Bourgogne-Franche-Comté. Pour elle, c'est avant tout aux transports qu'il faut s'attaquer. Limitation des vols aériens et des trajets routiers, généralisation du télétravail... Elle plaide pour un mode de vie plus local.

« Il faut diminuer drastiquement tous les flux de transports, parce que c'est le domaine qui produit le plus d'émissions de CO2. Je pense notamment aux transports internationaux, avec les camions et les avions, mais pas seulement. Cela implique de réduire les importations, et donc de consommer plus local et responsable. En changeant notre mode de transport, on changera automatiquement notre mode de consommation, puisqu'on n'aura plus les apports extérieurs que l'on a actuellement. C'est une question de logique : si on arrête d'utiliser des transports pour importer des produits alimentaires de l'autre bout du monde, eh bien on sera obligé de manger les pommes et les salades produites à côté de chez nous ! Il faut réapprendre à manger mieux, localement et normalement. Cela implique de faire des sacrifices, certes, mais il faut savoir ce qu'on veut.

En limitant les déplacements, on arrivera à faire diminuer les émissions de CO2 très rapidement. On le voit dans les villes où le transport a été réduit : automatiquement, on a une diminution très importante, et visible, de la pollution. Mais regardez aussi comment le transport aérien a augmenté en à peine dix ans, c'est affolant... On parle de réchauffement climatique sans cesse mais on veut aussi  agrandir Roissy et on continue de construire des aéroports partout sur la planète !

Deux avions sur un fond de coucher de soleil. CC Pixabay.

J'habite en Bourgogne, et j'ai été sensibilisée à cette thématique des transports par moi-même : quand vous allez de Beaune à Mâcon en empruntant l'autoroute, vous ne croisez que des "trains" de camions. Il y a deux voies pour les camions et seulement une pour les voitures normales, c'est affolant... D'ailleurs moi-même je ne prends plus l'autoroute, en partie pour des raisons écologiques. Il y a trop de circulation. Arrêtons tout ça et privilégions les transports qui polluent le moins, le train par exemple.

En plus, les transports sont parfois carrément inutiles. Mon fils est employé, et on lui demande sans cesse de faire des déplacements pour des réunions qu'on pourrait très bien se contenter de faire par internet. Internet pollue aussi, certes, mais beaucoup moins qu'un déplacement en voiture. Réduire les flux de transport permettrait aussi de faire plus de télétravail, plus de vidéoconférences. On a les moyens de le faire.

Quand on voit tous les déplacements que fait notre président depuis deux ans avec son staff... Je trouve que là encore, l'exemple n'est pas bien donné par ceux qui gouvernent. Chacun doit limiter ses déplacements. Mais c'est difficile : aujourd'hui, quand on parle de ses vacances, si on ne dit pas qu'on a été en Tunisie ou dans les îles, on passe pour un plouc ! Ce n'est pas dans les mœurs, il vaut mieux aller à Punta Cana qu'à côté parce que "ça fait bien", tout comme ça fait bien d'avoir une grosse bagnole. Ces dernières décennies, tout le monde a voulu aller plus vite, produire plus et on en a oublié l'essentiel : la vie sur Terre. »

William, 33 ans : « Mettre en place des véritables lieux de vie à l'échelle locale »

Architecte urbaniste, William vit à Nantes depuis quelques années. Ce citoyen de 33 ans propose de mettre en place des véritables « lieux de vie » locaux, où les déplacements de chacun seraient limités.

« Inciter à la réduction de la distance entre le travail et le logement me semble aujourd'hui primordial. Au-delà des solutions technologiques du type voiture électrique, où on remplace un problème par un autre, je pense que le vrai enjeu est de pouvoir rapprocher les gens de leur travail. L'idée serait d'évoluer dans une sorte de "bassin de proximité", dans lequel on trouverait tout ce dont on a besoin pour vivre.

Les Français dépensent énormément de temps et d'argent dans leurs déplacements. En France, plus d'un cinquième des travailleurs parcourt  en moyenne plus de 40 km chaque jour, c'est énorme... Bien sûr, il faudrait arrêter le plus possible de prendre la voiture, mais ce n'est pas forcément possible partout. La vraie équation, c'est donc de trouver un moyen pour être attractif : si vous proposez aux gens de venir dans les villes, il faut également qu'ils puissent trouver les moyens d'y habiter sereinement.

Comme je travaille dans l'urbanisme, je suis notamment inspiré par les travaux de l'architecte Christian Devillers. Il avait réalisé, il y a quelques années, une des dix études pour former des " bassins de vie" dans le Grand Paris, en imaginant qu'à travers des poches de population allant de 50 000 à 300 000 habitants, on puisse avoir à la fois son travail, son logement et des champs permettant de nourrir localement les gens. Vivre dans ce genre de lieux de vie, ça vous donnerait aussi une vraie implication dans le territoire dans lequel vous vivez. Aujourd'hui, on reste très éloigné des décisions nationales, donc l'idée serait de se réapproprier le territoire autour de soi, ce qui donnerait davantage de cohésion aux territoires.

Le marché d'Ajaccio, en Corse, en 2008. Crédits : Jean-Pol GRANDMONT / Wikimédia (CC).

A la Convention, on nous demande de travailler nationalement mais on a quand même bien conscience que les choses vont bouger de manière locale. Je suis plutôt optimiste sur tout le travail qu'on effectue. Beaucoup de choses sont amenées sur la table, on parvient déjà à mettre en place nos idées, etc. J'ai une totale confiance dans le travail des 150 citoyens. Ma crainte personnelle, c'est plutôt d'arriver à être audible et à susciter l'adhésion dans la population.

Et puis surtout, il va y avoir un gros travail didactique, de communication à effectuer. On sait qu'on a besoin de changer, mais on sait aussi qu'on ne peut pas forcer les gens. C'est pourquoi je crois beaucoup à la communication, à une meilleure information sur les sujets liés à l'écologie. L'écologie sera un fait de société si la communication est réussie. On pourrait pour cela placer le rejet de CO2 autour de tout acte, en informant les citoyens de ce que représente chaque achat, par exemple. Acheter de la viande, une voiture, un logement... Il faudrait avoir une idée précise de ce que tout cela représente en termes d'émission de CO2. »

Nancy, 21 ans : « Réduire l'utilisation de la voiture »

Nancy a 21 ans et vit en Meurthe-et-Moselle. Employée dans le secteur militaire, elle n'a pas son permis mais préconise de réduire l'utilisation de la voiture. Selon elle, c'est à chacun de « donner un coup de main », même si la pollution est en grande partie causée par les grands groupes industriels.

« Pour moi, il faudrait d'abord réduire l'utilisation de la voiture. Rouler moins, tout simplement. Quand c'est nécessaire, bien sûr, on ne peut pas s'en débarrasser mais pour des trajets plus courts, on pourrait privilégier le bus ou le vélo. Les coûts de tous les transports alternatifs à la voiture devront être réduits, car ils sont encore trop chers pour tout le monde aujourd'hui.

A titre personnel, je ne suis même pas vraiment concernée par ce genre de mesure je n'ai pas le permis mais je pense qu'elle pourrait être efficace car elle concerne tout le monde. Presque toute la population pourrait réduire ses trajets en voiture aujourd'hui. A un niveau individuel, on ne peut pas agir sur le pétrole ni sur les usines, par exemple, car ce sont des décisions qui relèvent de nos dirigeants. Mais on peut au moins "donner un coup de main" sur ce côté-là.

Une autoroute dans la ville de London (Ontario, Canada). Crédits : Ryan Stubbs, Haljackey (CC).

Je parle de niveau individuel, mais je pense que cela doit quand même passer par la loi. On pourrait imaginer un système avec un nombre de kilomètres ou de temps passé en voiture que l'on ne devrait pas dépasser chaque année, par exemple. Je suis plutôt optimiste pour voir ce genre de mesure prise en compte par la Convention. Après, est-ce que tous les citoyens y sont prêts ? Je pense que oui et non... Certains vont râler en disant qu'on leur enlève une part de liberté ce que je peux comprendre, évidemment. Mais il s'agirait de réduire ses trajets en voiture de façon partielle, surtout dans la semaine et pour aller au travail par exemple.

Cela ferait du bien à la nature, l'air sera un peu plus respirable. Il faudrait mettre cela en place assez rapidement, tout en laissant le temps aux gens de se préparer. On pourrait se fixer des objectifs pour 2030, par exemple. Après, je ne peux pas m'empêcher de me dire qu'il y aura toujours de la pollution... Même en mettant en place une mesure écologique comme celle-ci, la pollution va perdurer, parce qu'elle est causée par les grands groupes industriels. On peut tous faire des efforts, et le mieux est qu'ils soient importants, mais il y aura toujours un niveau au-dessus de nous. Si une partie de la population fait un effort mais que l'autre partie n'agit pas, franchement, ça ne sert peut-être à rien... »

Image à la Une : L'assemblée de la Convention citoyenne pour le climat réunie au CESE (Conseil économique, social et environnemental), à Paris. Crédits : Convention citoyenne ©.

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newsnet 19/11/07 11:37

et si le tiré au sort n'a pas d'idée, il peut tirer une idée au sort ?
et si au lieu d'économiser l'intelligence, après avoir mit toutes les idées dans un chapeau, on en faisait une synthèse ?