30 ans après la chute du mur de Berlin, l'Europe a trahi ses idéaux - 'Nous sommes de nouveau sur le sentier de la guerre' - par Willy Wimmer

09-11-2019 entelekheia.fr 6 min #164121

Propos recueillis par  RT

Trois décennies après la chute du mur de Berlin, l'un des symboles de la Guerre froide, l'Europe reste divisée parce qu'elle a choisi la confrontation plutôt qu'un avenir commun, estime Willy Wimmer, ancien Secrétaire d'État allemand à la Défense.

L'Allemagne fête les 30 ans de la chute du mur de Berlin - un symbole de division, peut-être, non seulement pour les Allemands mais pour tous les Européens, qui ont vu le continent divisé entre bloc occidental et bloc soviétique. La destruction du mur est devenue depuis lors un symbole de la réunification allemande. Pourtant, l'Europe elle-même n'a pas réussi à réaliser la véritable unité rêvée par les peuples qui l'ont fait tomber, le 9 novembre 1989.

Wimmer est un membre de longue date du Parlement allemand et l'ancien vice-président de l'Assemblée de l'OSCE, et également un haut fonctionnaire du ministère allemand de la Défense à l'époque de la réunification. Il a supervisé l'intégration des forces armées de l'Allemagne de l'Ouest et de l'Est.

Il estime qu'au lieu de s'efforcer de créer une « Maison commune » réunissant toutes les nations européennes, les politiciens ont tracé de nouvelles lignes de faille, mettant leurs nations sur la voie d'un nouveau conflit. Les espoirs qui emplissaient le cœur des populations après la fin de la Guerre froide ont finalement été anéantis, a-t-il dit, en qualifiant de « désastre » les politiques actuelles de l'Europe et de l'OTAN envers la Russie.

Voici davantage de ses réflexions sur la question.

La stratégie anglo-saxonne de « division » au lieu de la « Maison commune » de Gorbatchev

La raison de la nouvelle guerre froide est absolument claire. Si nous avions suivi la politique de Mikhaïl Gorbatchev [le dernier dirigeant soviétique], de [l'ancien chancelier allemand] Helmut Kohl et même de [l'ancien président américain] George H. W. Bush, nous serions entrés dans une ère de coopération. C'est pour cette raison que je mentionne la « Maison européenne commune » - la grande idée de Mikhaïl Gorbatchev.

C'est une politique anglo-saxonne que de ne pas avoir de coopération sur le continent européen - principalement entre les Russes, les Français, les Polonais et les Allemands. Ils veulent avoir une ligne de confrontation dans ce domaine et vont donc contre toutes les promesses. En conséquence, l'OTAN a été étendue à l'Est.

J'étais responsable de l'organisation des forces armées allemandes sur le territoire allemand après la réunification. Nous ne voulions pas de troupes étrangères dans l'ancienne Allemagne de l'Est. Nous ne voulions pas de troupes britanniques ou françaises sur place ; nous voulions seulement des troupes allemandes. Nous voulions expliquer au monde qu'il n'y avait aucune volonté d'étendre l'OTAN jusqu'aux nouvelles frontières avec la Russie créées en 1992.

Cela allait contre toutes les idées que nous avions après la réunification. Ce qui se passe maintenant, c'est une sorte de politique anglo-saxonne qui a été créée avant même la Première Guerre mondiale. Nous sommes de nouveau sur le sentier de la guerre. C'est totalement contre la volonté de notre peuple.

C'est aussi contre la volonté des Néerlandais, des Français, des Espagnols et des Italiens. Nous considérons comme un désastre le fait qu'un président américain désireux de coopérer avec le président russe Vladimir Poutine - le président [Donald] Trump - doive faire face à une politique [de confrontation] désastreuse organisée par l'État profond américain, et qui est contraire à nos intérêts nationaux et aux intérêts nationaux de tous les autres Européens occidentaux.

Les vestiges du mur de Berlin ne sont pas seulement le symbole de la réunification allemande ou la fin de la division en Europe. C'est un symbole d'espoirs brisés et d'attentes oubliées, lorsqu'il s'agit de la grande idée de Mikhaïl Gorbatchev : aider à construire une Maison européenne commune.

Toute notre vie, le peuple allemand se souviendra avec une grande gratitude du Secrétaire général soviétique et de son dirigeant, ainsi que de la population russe. Nous avons toujours dit que la clé de la réunification allemande se trouvait à Moscou.

Moscou nous l'a remis et nous devons donc assumer nos responsabilités pour l'avenir.

Le rétablissement des liens avec la Russie

Le rôle de Mikhaïl Gorbatchev s'apparente encore, à ce jour, à celui d'un saint pour les Allemands. En Allemagne, les gens aiment Gorbatchev, et ils aiment son idée d'une Maison européenne commune. Nous considérons comme un désastre en Allemagne le fait que, avec l'OTAN, nous soyons à nouveau en train de préparer l'Europe à redevenir un champ de bataille.

Gorbatchev est une sorte de héros pour les Allemands. Je voyage beaucoup dans toutes les régions d'Allemagne et quand je viens dans l'Est, je vois un autre grosse question pour eux. Pendant 20 ans après la réunification, il a été très difficile de leur parler des Russes et de leurs relations avec la Russie. Ils tournaient presque complètement le dos à ce genre de discours, à cause du passé.

Mais quand vous venez aujourd'hui à Rostock, Dresde ou Leipzig, ils réapprennent le russe, ils vont au théâtre pour assister à des représentations russes et écouter de la musique russe. Ils ont rétabli leurs liens avec la Russie, et s'ils pouvaient faire ce qu'ils veulent, ils seraient de grands partenaires économiques de la Russie.

Les choses ont vraiment changé pour la Fédération de Russie, et pour les perceptions de la Russie. Les habitants de Dresde, capitale de la Saxe, sont absolument fiers que le président russe Vladimir Poutine y ait travaillé. C'est la réalité actuelle, malgré ce que disent les médias grand public.

Traduction Entelekheia
Photo : Fresque sur le mur de Berlin, Caro Sodar/Pixabay

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