29/11/2019 histoireetsociete.wordpress.com  12 min #165226

Le socialisme, c'est la création vivante des masses! par Valentin Simonine

Des représentants du monde entier ont participé à la séance plénière «Les ponts sur les ondes de la déglobalisation» tenue à Moscou les 20 et 21 novembre 2019 dans le cadre du 11ème Forum d'investissement de VTB Capital «La Russie vous appelle »! Le 20 novembre, le président V. Poutine a pris la parole, puis a répondu aux questions. Voici quelques réflexions et commentaires d'un camarade russe sur cet événement et la manière dont Poutine s'est trouvé interpellé par un Américain sur l'URSS et l'Union européenne (note de Danielle Bleitrach et traduction de Marianne Dunlop)

 kprf.ru

25-11-2019

Il y a eu beaucoup de questions, mais, n'étant pas fonctionnaire, nous ne sommes pas obligés de les mentionner toutes et, naturellement, nous ne le ferons pas, cependant l'une des questions intéresse également nos lecteurs. C'est un représentant des États-Unis d'Amérique, Ray Zukaro, qui l'a posée. Certes, sa question comportait deux parties, dont l'une était complètement ridicule. Nous pourrions donc simplement sauter cette partie, mais nous avons préféré laisser la question telle quelle. Voici ce que l'Américain a déclaré: «Je vois certains parallèles entre l'Union soviétique et l'Union européenne d'aujourd'hui. Nous assistons à un affrontement de différentes personnes, de différentes cultures et de différentes langues, qui sont unies sous un drapeau unique, sous une bannière unique, une monnaie unique avec le soutien du gouvernement central et celui des pays satellites, puisque l'Union européenne en est désormais dotée. Ils sont tous unis par une idée commune.

La Banque centrale européenne, semble-t-il, crée de l'argent par l'opération du saint esprit et tente d'unir artificiellement les États membres, en créant une présence militaire, comme ce fut le cas en Union soviétique. Et le Brexit ressemble à bien des égards à la situation de 1988 en Union soviétique avec la montée du nationalisme dans les États baltes, qui a finalement conduit à l'effondrement de l'Union.

Par conséquent, ma question est concrète: quelle est votre opinion sur l'Union soviétique, ou plutôt sur l'Union européenne? »

Honnêtement, je soupçonne qu'à ce moment-là, Vladimir Vladimirovitch Poutine a été surpris en son for intérieur de la façon dont cet Américain, Ray Zukaro, parvenait à associer «cheval et biche tremblante» dans un seul harnais? Non, bien sûr, il a répliqué, ou plutôt, il a noté qu'il était faux de comparer l'Union soviétique à l'Union européenne, bien qu'il l'ait fait avec peu de conviction. Jugez-en vous-même, chers lecteurs: «En ce qui concerne l'Union européenne, certains parallèles sont possibles, même si chaque pays de l'Union européenne est un pays multinational. Mais j'ai déjà dit cela, ce n'est pas moi, ni mes données, mais celles de mes collègues de certains pays de l'UE: le nombre de décisions contraignantes imposées à tous les pays de l'Union européenne par le Parlement européen dépasse le nombre de décisions contraignantes adoptées par le Soviet suprême de l'URSS vis-à-vis des républiques soviétiques. Et en ce sens, bien sûr, certains parallèles sont appropriés et possibles, bien que ces choses restent différentes, l'Union soviétique était toujours un pays unique, centralisé de manière assez rigide, et l'Union européenne est une formation différente.» Oui, peut-être a-t-il raison de dire que «l'Union européenne est une formation différente», mais ces deniers temps, elle prend l'eau de toutes parts et la Hongrie n'est plus seule à avoir sa propre position sur un certain nombre de points. Bien entendu, le président Poutine se gardera bien de commenter cette question lors d'un forum mondial. Il a également laissé de côté la question de « faire de l'argent avec de l'air ». Auparavant, M. Silouanov [ministre des finances, NdT] a répété à maintes reprises que le pays n'avait pas d'argent pour les « projets nationaux », mais a ensuite arrêté ces discours... est-ce parce que la solution à ce problème a été confiée aux machines à imprimer des usines de Goznak [imprimerie nationale, NdT]?

Bon, d'accord, nous allons laisser ce sujet au profit de la révélation, qui en est une au moins pour certaines personnes, faite par le président V. Poutine dans sa réponse à l'Américain.

«En ce qui concerne les raisons de la chute de l'Union soviétique (...), la politique économique très inefficace de l'Union soviétique est bien sûr à l'origine de son effondrement dans le domaine social avec toutes les conséquences induites dans le domaine politique.

La République populaire de Chine a d'ailleurs, selon moi, utilisé au mieux les possibilités de l'administration centrale et le développement d'une économie de marché (...) En Union soviétique, rien de semblable n'a été fait et les résultats d'une politique économique inefficace ont affecté la sphère politique. Les résultats de l'effondrement ont été bien pires que ce que les gens avaient cru et ce qu'ils pouvaient imaginer même dans leurs pires cauchemars. Je ne vais pas en parler maintenant -ce n'est ni le lieu ni le moment.»

Honnêtement, je doute que le président V. Poutine trouve un jour le lieu et l'heure pour «se répandre» à ce sujet. Il a un jour déclaré que l'effondrement de l'Union soviétique était un cataclysme mondial, mais a ensuite ajouté que le pays était allé si loin dans la nouvelle voie qu'il ne pouvait y avoir de retour. Cela semble assez ridicule quand on songe qu'avant la «nouvelle» voie de 30 ans, le pays marchait sur des rails socialistes. J'ajouterai pour ceux qui auraient quelques doutes, dont le président V. Poutine : L'asservissement des paysans en Russie a commencé dès l'époque de Boris Godounov, puis les paysans ont été entièrement soumis au système du servage. Ils se sont battus contre pendant plus de 250 ans et ont fini par gagner.

Maintenant, concernant la « politique économique inefficace ». Comment peut-on la qualifier d'inefficace si le peuple a créé toutes ces richesses que vos oligarques pillent sans vergogne, et continuent toujours de piller jusqu'au jour d'aujourd'hui! Même dans les années difficiles de 1988 à 1991, toutes les usines de la RSFSR fonctionnaient et produisaient, malgré les difficultés.

Vous savez, camarades? Nous vivons à une époque plutôt intéressante. En 1990 ou au début de 1991, indigné par une publication mensongère parue dans un journal, si ma mémoire est fidèle, c'était Komsomolskaïa Pravda, j'ai écrit un article de réponse, mais ni dans ce journal, ni dans d'autres, y compris dans un journal où j'avais un ami membre du comité de rédaction, on n'a voulu me publier. Mon ami m'a expliqué qu'Alexandre Nikolaïevitch Yakovlev, responsable du travail idéologique au sein du Comité central du Parti communiste de l'Union soviétique, avait interdit aux journaux de créer des polémiques. Ainsi, chaque journal a sa propre opinion, l'exprime et ne discute avec personne. Aujourd'hui, ce nombre ne fonctionne pas. En février de cette année, j'ai rencontré sur Internet des documents intéressants écrits par Mikhaïl: «Qu'aurait pu devenir l'URSS en 2019 si elle ne s'était pas dissoute. Chiffres et analyses. »

Je ne vais pas reproduire l'article intégralement ici, tout le monde peut le trouver sur Internet, il suffit de citer quelques données.

  1. En 2019, la population de l'URSS aurait été de 360 millions d'habitants, soit plus d'un tiers d'un milliard de personnes.

C'est-à-dire que si l'URSS avait survécu, sa population aujourd'hui, sans tenir compte de sa progression, aurait atteint plus d'un tiers d'un milliard de personnes.

  1. L'économie. Le PIB du pays en 2019 pouvait devenir au moins le deuxième ou le troisième au monde et concurrencer les États-Unis et la Chine. Et si vous prenez en compte l'énorme dette américaine actuelle de 22 000 milliards de dollars, alors l'URSS et la Chine pouvaient devenir de véritables leaders de la planète. Et sans dettes, avec GOST [normes de qualité, y compris écologiques, NdT], médecine et éducation gratuites.

  1. Réalisations générales et vie en URSS en 2019

Simulons une situation dans laquelle les républiques de l'URSS n'auraient pas eu à sombrer dans l'abîme des années 1990 pour en sortir dans les années 2000. Que se serait-il passé si l'URSS avait réformé l'armée et l'industrie, conservé la technologie, s'était tournée vers la production de biens de consommation, conservant en même temps les GOST et autres privilèges de l'URSS?

3.1 espace

Maîtriser la lune. Il y a de l'argent, il y a la technologie, il y a Baïkonour. Je pense, par exemple, qu'en 2019, l'URSS aurait déjà extrait de l'hélium-3 sur la Lune, qui est 1000 fois plus efficace que le combustible nucléaire ordinaire des centrales nucléaires.

3.2 Technologie

Notre éducation, notre formation professionnelle gratuite, aurait conduit au développement de la robotique, à une percée en médecine, etc.

3.3 Les gens en URSS

Un Géorgien, un Touvien, un Ukrainien, un Yakoute et un Russe se seraient assis à la même table pour célébrer le jour de la victoire, les anniversaires et les autres fêtes. Sans d'inimitié, sans conflits, guerres civiles, larmes et autres calamités.

C'est ce que l'URSS serait devenue en 2019. »

Bravo, Mikhaïl! Je pense que la plupart de nos lecteurs seront d'accord avec vous!

Mais revenons au discours du Président V. Poutine, à ses paroles selon lesquelles nous n'avons pas suivi la voie tracée par la République populaire de Chine, autrement dit l'introduction de la propriété privée de certains moyens de production. En d'autres termes, le traitement de certains des maux du socialisme dans notre pays avec l'aide du capitalisme.

Nous devons absolument aborder ce sujet, car beaucoup de nos camarades soutiennent également cette thèse, d'autant plus que la mentalité des Russes et des Chinois est encore aujourd'hui différente.

La première chose à dire est de se souvenir de quelque chose d'oublié. Au cours de l'ère soviétique, les camarades chinois ont déclaré à plusieurs reprises qu'ils construisaient « un socialisme ou un communisme avec des caractéristiques chinoises ». C'est une question épineuse : et nous, ne sommes-nous pas en train de construire «notre propre socialisme ou communisme avec des spécificités russes»? Je soupçonne qu'à cet endroit il y ait quelques lecteurs qui sourient et même fasse la grimace. Prenez votre temps, mes chers, ne vous précipitez pas. Vladimir Ilitch Lénine a dit un jour (enfin, il a écrit) que la Russie a adhéré au marxisme dans la douleur. C'est-à-dire que notre pays et nos peuples à la recherche d'une idéologie révolutionnaire ont suivi le chemin standard des peuples européens, à travers le socialisme utopique. Mais certaines des leçons que nous avons reçues au cours de ce processus ont coûté très cher. Rappelons que Vladimir Ilitch nous a légué sa haute appréciation de l'oeuvre d'Alexandre Ivanovitch Herzen. Un jour, à l'occasion, je la citerai, mais à présent je ne le ferai pas, parce que j'écris cet article, j'ai une tâche différente.

Alexandre Ivanovitch Herzen eut l'occasion de subir une terrible épreuve : voir de ses propres yeux le soulèvement des travailleurs de Paris en 1848 et sa répression brutale par les autorités bourgeoises. «Dans la soirée du 26 juin, après la victoire de la Garde Nationale sur Paris, nous avons entendu des salves régulières avec de petits intervalles... Nous nous sommes tous regardés, nos visage étaient verts... » Ce sont des exécutions », avons-nous dit d'une seule voix et nous nous sommes détournés les uns des autres. J'ai appuyé mon front contre la vitre. Ce sont de tels instants qui forgent une haine de dix ans, une vengeance de toute une vie. Malheur à ceux qui pardonnent de tels moments! »Je pense que ces mots conviennent également à ceux qui ont connu octobre 1993!

Mais revenons à notre idée. Pratiquement jusqu'aux derniers jours de sa vie, Herzen a été partisan de l'adhésion de la Russie au socialisme par le biais de la communauté paysanne. Il n'était pas le seul, d'autres spécialistes de la vie russe ont noté que la communauté paysanne russe présente des caractéristiques proches de la gestion communiste de la propriété commune - la terre. C'est-à-dire qu'une fois par an ou un peu plus, en fonction des circonstances, du décès de l'un des participants, une assemblée générale avait lieu au cours de laquelle les parcelles de terrain étaient redistribuées. De plus, les conflits sur cette base étaient extrêmement rares. En outre, comme l'a noté Iskander, ceux qui travaillaient en artels fonctionnaient sur le même principe. En d'autres termes, le peuple russe avait l'habitude de s'exprimer librement dans son cercle et de défendre son opinion sans crainte. Vladimir Ilitch Lénine le savait, le respectait et l'appréciait chez les Russes. Dans ses articles post-octobre, il a répété à plusieurs reprises que « le socialisme est la création vivante des masses! »

Depuis quelque temps en Union soviétique, cette position avait été écartée et la construction du socialisme était devenue l'affaire de la nomenclature bureaucratique du parti, que Guennadi Andreïevich Ziouganov à la plénière du Comité central du Parti communiste en octobre 2019 a appelé l'aristocratie du parti. Je tiens à dire une chose amusante: cette aristocratie de parti a pris forme bien avant la perestroïka de Gorbatchev et, en substance, elle n'était pas contre le socialisme, mais voulait le faire dans des conditions confortables pour elle-même, ses proches et ses enfants, qui devaient également occuper des postes élevés au gouvernement et dans le parti. Mais le peuple en avait assez depuis longtemps. Je vous rappelle qu'à l'automne 1987, le Comité central du PCUS a donné aux organisations du parti une nouvelle instruction concernant la tenue de réunions de compte rendu et de réélection. Disons, si avant c'était comme ça: cinq personnes devaient entrer dans le bureau du parti, par exemple. Ce sont les cinq premiers qui avaient obtenu le plus de votes des communistes qui passaient. Selon les nouvelles instructions, celui qui recevait 50% plus une voix était considéré comme élu. L'un des communistes de la radio Mayak, Alexander R., m'a dit que leur réunion de bilan/élection avait duré 12 heures. «En fait, nous sortions parfois pour nous rafraîchir et prendre une tasse de thé», a-t-il déclaré. A la rédaction où je travaillais, les émissions radio à destination de l'étranger, j'ai vu comment les autorités utilisaient ces pauses-rafraîchissements pour pousser leurs gens au bureau du parti.

En général, le sujet abordé dans mon article est plutôt difficile à comprendre. Il est temps de terminer l'article, mais je souhaite tout de même raconter une histoire. En février et avril 1993, une conférence de privatisation s'est tenue dans mon usine de Moscou, « Fraiseur », où j'ai travaillé comme mécanicien de 1961 à 1970. L'atmosphère était très tendue, cela me montrait ce que je savais déjà depuis longtemps: l'équipe est divisée en deux parties - les patrons et les employés, «nous et eux». J'avoue que cela m'a déprimé - le moment était compliqué, nous devions réfléchir ensemble, rechercher un consensus. Le directeur de l'entreprise, Vladimir Pashchenko, a proposé la meilleure option à l'époque, à mon avis. Ne prenez que les actions qui sont données gratuitement. Mais les gens voulaient prendre, c'est-à-dire acheter le plus d'actions possible pour avoir la possibilité de gérer la production. Ce désir brillait littéralement dans les yeux des travailleurs. C'était leur désir caché de longue date, qui était utilisé à des fins égoïstes par les escrocs qui avaient accédé au pouvoir.

Pour résumer. La lutte du peuple russe pour le droit d'être maître de sa terre, dans ses entreprises urbaines, ses fermes d'État et ses fermes collectives, doit se poursuivre de manière consciente et résolue sous la bannière rouge de Vladimir Ilitch Lénine.

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