10/02/2020 les-crises.fr  19 min #168805

Brexit, c'est parti ! Par Guillaume Berlat

Source :  Proche & Moyen-Orient, Guillaume Berlat, 03-02-2020

« Une gifle, cela ne blesse que l'orgueil » (Lange de solitude, Marie-Claire Blais). Et nos bons apôtres de la bienpensance n'en manque pas d'orgueil. Orgueil, un des sept pêchés capitaux, synonyme d'arrogance, de dédain, de suffisance, de vanité. Celui dont nos dirigeants, nos experts auto-désignés, nos chantres des relations internationales et de la diplomatie sont bouffis à tel point qu'ils risquent d'exploser un jour prochain. Les exemples de leur suffisance, qui n'a d'égal que leur insuffisance, ne manquent pas. On pourrait dire qu'ils sont légions au cours des dernières années aux quatre coins de la planète. Qu'il est agréable d'évoluer dans le monde des bisounours rythmé par la ballade des gaffeurs heureux ! Un minimum de prudence et d'humilité s'impose alors que nous allons aborder l'acte II du « Brexit », une sorte de grand saut dans l'inconnu1 alors que le Royaume-Uni prend le large2.

À la fois pour le Royaume Uni mais aussi pour l'Union européenne sur laquelle pèse une sérieuse menace de déconstruction3 en dépit des déclarations lénifiantes dont nous sommes gratifiées à son sujet par les « fédérastes » indécrottables. Personne ne peut prédire raisonnablement ce qui va se passer dans un avenir proche et éloigné des deux côtés du Channel. Après la ballade des gaffeurs heureux, nous abordons le grand saut dans l'inconnu. Mais, avant cela un rappel de quelques fondamentaux de l'âme britannique s'impose pour mieux comprendre la situation actuelle.

LES FONDAMENTAUX DE L'ÂME BRITANNIQUE

Sans la donnée incontournable d'un peuple britannique entièrement à part, on ne peut comprendre la signification du « Brexit » ainsi que la prudence que tout ceci impose à l'analyste des relations internationales.

Un peuple entièrement à part

« On s'est aperçu qu'il n'y avait pas de montagnes entre l'Angleterre et la France ; il y a seulement un canal » (Charles de Gaulle). Or, ce canal n'a fait que s'approfondir au fil des siècles en dépit de cette parenthèse européenne d'environ un demi-siècle (1973-2019)4 où le Royaume-Uni a successivement appartenu à la Communauté économique européenne (CEE) et à l'Union européenne avant de claquer la porte un 23 juin 2016 à la stupeur de tous ceux qui n'avaient rien compris aux particularismes du Grand-Breton. Rien n'y fait, le Britannique est différent du continental. Il parle une langue que personne ne peut imiter. Il roule à gauche. Il a gardé son propre système de mesure. Il raille tout ce qui est latin. Il se présente en modèle de démocratie à la terre entière. Westminster et le 10 Downing Street sont montrés à la face du monde comme le phare de la civilisation de l'état de droit, l'étalon de la protection des droits de l'homme (Cf. la procédure d'Habeas Corpus), le modèle de l'homme qui se tient droit (face au Blitzkrieg en 1940). Nul ne s'aventurerait sur le continent à mettre en doute ce postulat que l'on apprend dans les cours d'histoire, de droit, de science politique. Le pragmatisme à l'anglo-saxonne présente une supériorité indiscutable face au cartésianisme à la française. Il permet d'amortir les chocs de la société alors que la France excelle dans l'art de faire les révolutions, de mettre les citoyens dans les rues (Cf. crise des « gilets jaunes »). Mais rien n'est éternel, tout est éphémère (Mazouz Hacène), y compris dans ce Royaume-Uni qui semblait frappé par la grâce d'une éternité monarchique.

La signification du Brexit

Or, le « Brexit » vient jouer le rôle du grain de sable qui vient gripper la machine pourtant bien huilée par le poids des traditions et des coutumes locales. Alors que l'on pensait le Royaume de sa très gracieuse Majesté vacciné à jamais contre les maux du continent : populisme et dogmatisme5, il n'en est rien. Le spectacle, qu'offrait au monde le feuilleton du processus devant conduire au divorce annoncé entre la Grande-Bretagne et les Vingt-Sept, a été peu réjouissant. Westminster et Downing Street apparaissent de plus en plus comme les deux extrémités d'une scène du théâtre de Guignol. Chaque représentation relève du grand guignol. L'homme à la mèche blonde, sorte de clone de Donald Trump en moins cohérent, encaisse coup de bâton après coup de bâton, promettant d'en finir avec la guignolade qui a pour nom « Brexit » avant le 31 octobre 2019 « by hook or by crook » (quoi qu'il advienne ou coûte que coûte). Son entêtement commence à interpeller jusque dans les rangs des conservateurs qui l'accompagnaient au gouvernement ou au Parlement. Le radeau de la Méduse est aussi le bateau ivre. Un coup a droite, un coup à gauche. Une chatte n'y retrouve plus ses petits tant avec BOJO on dépasse les bornes de l'incongruité. Shoking, my dear ! Les continentaux sont des enfants de chœur comparés à nos donneurs de leçons devant l'Éternel que sont les Anglais. À les voir à l'œuvre depuis quelques mois, quelques semaines, le spectacle de la démocratie britannique est affligeant, voire pathétique. Ne signifie-t-il pas l'effacement de ce grand peuple (qui croit aux chimères6) de la scène internationale pour un bout de temps ? Ne signifie-t-il pas qu'une démocratie, si immunisée soit-elle comme pensait l'être le Royaume-Uni, n'est jamais à l'abri d'une embardée qui peut lui être fatale ? Ne signifie-t-il pas que la souveraineté n'appartient plus aux peuples mais aux Parlements ? Mais, Boris Johnson a su revenir vers le peuple pour trancher le nœud gordien.

Prudence, prudence...

Conclusion : tout ceci doit conduire à la plus grande humilité lorsque l'on manie des concepts tels que ceux de démocratie, d'état de droit, de patrie des droits de l'homme et autres plaisanteries du même acabit. « Il y a, entre Londres et Paris, cette différence que Paris est fait pour l'étranger et Londres pour l'Anglais. L'Angleterre a bâti Londres pour son propre usage, la France a bâti paris pour le monde entier » (Ralph Waldo Emerson). Nous en avons la preuve au quotidien. En dernière analyse, le « Brexit » n'est-il pas le meilleur révélateur de l'âme britannique dans ce qu'elle a de plus tourmentée ? Comme le pensait si justement le général de Gaulle, les Britanniques n'avaient pas leur place dans la construction européenne. Comme dit l'autre, ils nous ont fait c... pour y entrer, ils nous font c... pour en sortir. C.Q.F.D.

Revenons-en à l'actualité de ce dernier jour du mois de janvier 2020 qui marque le jour du divorce entre l'île et le continent !

LA BALLADE DES GAFFEURS HEUREUX

Alors que l'on nous vantait urbi et orbi ses immenses qualités, Theresa May essuie une humiliante défaite sur le « Brexit ». En dépit de l'entreprise de dénigrement médiatique lancée contre lui, Boris Johnson, une sorte de diable, enregistre un succès sur le sujet.

L'étrange défaite de Sainte Theresa

Nos oracles n'avaient pas vu venir le mouvement populaire en faveur du divorce avec l'Union européenne lors du référendum du 23 juin 20167. Pas plus qu'ils n'avaient anticipé une victoire de Donald Trump contre Hillary Clinton lors de l'élection présidentielle du 8 novembre 2016. La liste de leurs erreurs est si impressionnante qu'elle devrait suffire à les discréditer Ad Vitam aeternam. Mais, il n'en est rien. Nos experts de la bourde tiennent toujours le haut du pavé médiatique avec la superbe qui en fait leur charme. Eux qui, il n'y a pas très longtemps encore, ne juraient que par Sainte Theresa May - avant tout parce qu'elle était une femme -, nous prédisaient qu'elle parviendrait à conclure l'accord de séparation avec l'Union européenne, en dépit des reports successifs dus à son incapacité à se faire entendre par le Parlement de Westminster. Patatras ! Cela ne faisait pas débat dans les milieux de la bien-pensance européiste. Le fameux ait du tout va très bien madame la marquise... sauf qu'il y a eu un tout petit rien. Le 24 mai 2019, elle devait se rendre à l'évidence en annonçant qu'elle jetterait l'éponge à compter du 7 juin 2019.

Le dénigrement du diable Boris

Nous avons alors assisté au concert habituel de lazzis à l'encontre de son successeur, le guignol à la mèche blonde - comme celui de Washington -, un ancien maire de Londres. Son imprévisibilité et son côté théâtral allaient en faire une proie facile pour la mauvaise troupe bruxelloise dirigée par le crétin des Alpes, Michel Barnier. Celui qui ose dire : « nous ne nous laisserons pas impressionner » alors qu'il n'avait rien anticipé du film en fixant des dates butoir dont aucune n'a été tenue8. On clamait urbi et orbi que le gaffeur grand breton allait chuter à la première occasion, nous prédisaient nos prévisionnistes de talent. Il ne possédait pas le moindre talent de stratège pour mener à bien la tâche insurmontable qui lui était dévolue. Les commentateurs comptaient sur les doigts d'une seule main les jours qui le séparaient de son départ précipité du 10 Downing Street, avec perte et fracas. Comment un tel pitre pourrait-il s'acquitter de son pensum ? Nos fameux « toutologues » soulignaient qu'il s'était tiré une balle dans le pied en sollicitant l'avis du peuple. Ils nous expliquaient, avec force détails, que le peuple ne voulait plus de la sortie de l'Union (il se serait trompé en juin 2016) et qu'il infligerait une superbe claque électorale à notre balourd invétéré (il voulait se racheter en démontrant qu'il voulait rester dans l'Union).

Le succès éclatant de Boris

C'est le contraire qui se produisit lors des élections législatives anticipées du 12 décembre 20199. L'opposition travailliste fut balayée d'un trait de plume. Les conservateurs furent plébiscités comme ils ne l'avaient jamais été10. Le peuple assumait son choix de 2016 avec une constance qui mérite louange. « On le croyait saltimbanque, il s'est révélé stratège politique »11. Une fois encore, nos bons apôtres ont eu tout faux sur toute la ligne. Nous risquons d'attendre encore longtemps leur acte de contrition en bonne et due forme. Ils n'ont toujours rien compris à la spécificité de la Perfide Albion et du phénomène Boris Johnson12. Le Royaume-Uni, qui sort le vendredi 31 janvier 2020 de l'Union européenne, reste « un partenaire, un pays ami », mais l'UE sera « très lucide et très ferme » dans ses négociations avec Londres, a affirmé le président du Conseil européen, Charles Michel. Ce qui ne veut strictement rien dire en termes très concrets. Pour leur part, les responsables de l'Union européenne - Commission, Conseil et Parlement européens - ont salué « une Europe à l'aube d'une ère nouvelle », rappelant au Royaume-Uni qu'il perdrait « les bénéfices » d'un Etat membre après le Brexit, dans une lettre publiée vendredi31 janvier 2020, jour du divorce historique. Ce qui s'appelle enfoncer des portes ouvertes. La présidente de la Commission européenne a averti que la force ne résidait pas dans « le splendide isolement ». Paroles, paroles, paroles... Quant à Nathalie Loiseau de mauvais augure, le jour de divorce, elle promène son ennui sur les radios. Elle regrette la « bêtise du Brexit » en ajoutant que « le peuple peut se tromper ». Drôle de conception de la démocratie de Madame Foldingue !13 Est-ce cela qu'elle enseignait à l'ENA lorsqu'elle dirigeait cette très noble institution censée être un haut lieu de défense de la démocratie par le peuple ? Est-ce cela qu'elle pensait lorsqu'elle était en charge des Affaires européennes auprès de Jean-Yves Le Drian. Et dire que tous ces bons apôtres se plaignent de la montée des partis qualifiés injustement de « populistes » ? S'il est possible que le « Brexit » soit une erreur - et cela se discute argument contre argument -, c'est le choix des Britanniques qui est des plus respectables. Qu'on le veuille ou non !

Aujourd'hui, et encore plus demain, nous abordons une Terra incognita sur le plan diplomatique, une sorte de grand saut dans l'inconnu dont on ne sait ce qu'il adviendra de l'Union européenne. « La vraie victime du Brexit, c'est l'Europe », tire, de manière provocante, l'hebdomadaire l'Express en une de son édition du 29 janvier 2020. Est si tout ceci était vrai ? Les prochains mois nous le diront vraisemblablement.

LE GRAND SAUT DANS L'INCONU

Le moins que l'on puisse est que les choses n'ont pas traîné avec le comique à la mèche blonde qui en revient à l'appel du grand large. Force est de constater que dans ses futures négociations avec l'Union européenne, il ne manque pas d'atouts que nos européistes distingués n'ont de cesse de minorer.

Les choses n'ont pas traîné, une fois n'est pas coutume

Alors, les choses ne vont pas traîner. Boris Johnson prend le taureau par les cornes. Il envoie un madrigal à Dame von der Leyen pour l'informer qu'il disposait désormais de toutes les onctions (populaire et parlementaire) pour tenir sa promesse de « Get Brexit Done » (mener à bien le Brexit). Le Parlement européen a voté la ratification de l'accord sur le « Brexit » le 29 janvier 2020 pour une sortie validée le 31 janvier et effective dès 2021 (« Brexit Bill »)14. Les 73 eurodéputés britanniques tirent, à cette occasion, leur révérence à l'issue d'un psychodrame de quatre ans15. Le 23 janvier 2020, le texte avait été définitivement validé par le Parlement britannique et promulgué, dès le lendemain, par la reine Elizabeth II. Ensuite, la période de transition s'ouvre pour un an. Elle doit donc s'achever à la fin de l'année. Une chose est désormais certaine, le Royaume Uni n'est plus membre de l'Union européenne. Qu'on se le dise ! Rien ne sert de réécrire l'histoire, cela ne changera rien à la réalité des faits. Il faudra s'y faire et penser l'après plutôt que de ressasser inlassablement l'avant. De façon pragmatique, nos douaniers ont déjà commencé à prendre la mesure de l'inévitable.

L'appel du grand large n'a pas tardé à se manifester

Le 31 janvier 2020, comme il l'avait promis, le Royaume-Uni retrouve l'air du grand large16 et tire sa révérence au Technopole de Bruxelles. Il est évident que nous entrons dans une période troublée, s'agissant d'un exemple unique dans la (dé) construction européenne. Et, nos ventriloques se perdent en conjectures. Il y a quelques mois encore, ils nous expliquaient fort doctement que Londres avait tout à perdre dans cette aventure alors que les Vingt-Sept lui feraient boire le calice jusqu'à la lie. Aujourd'hui, le jugement est devenu plus mesuré. Certes, les Britanniques vont devoir surmonter de multiples contradictions : géopolitique (la faiblesse de son poids par rapport aux géants que sont les États-Unis, la Chine, l'Union européenne...) ; économique (la force de ses services suppose un cadre réglementaire harmonisé) ; politique et sociale (la gestion des divergences avec l'Union restreindra l'accès de ce marché). Mais, tout le monde sait bien que l'économie n'est pas plus une science exacte que les relations internationales et la diplomatie ne le sont. L'expérience nous enseigne aussi que la dimension irrationnelle de la vie internationale est loin d'être négligeable17. Certains grands esprits que les risques d'affaiblissement européens sont importants aux Nations unies18. Encore, faudrait-il démontrer que l'Union européenne pesait d'un poids significatif dans cette enceinte !

Les atouts objectifs de BOJO dans les futures négociations à 27

De plus, il faudra compter sur la détermination d'un Boris Johnson stimulé par les résultats des législatives anticipées et par le cap clair qu'il a fixé à son pays19. Cet atout lui sera d'autant plus précieux que les Vingt-Sept ne démontrent pas actuellement l'existence d'une forte dose d'affectio societatis pour relever les immenses défis du XXIe siècle. Il fixera, de manière indépendante et souveraine, les contours de sa future politique commerciale, de sa future politique réglementaire sans être à la traine de la cohorte des cloportes européens. L'idée d'un « Singapour-sur-Tamise » fait son chemin. Elle pourrait être une épine dans le pied du Dieu Europe. La Perfide Albion a coutume de pratiquer les sports de voyou avec des airs de gentlemen (Cf. le rugby). Elle ne s'en privera pas et utilisera tous les coups pour faire plier l'Union - aussi divisée que de coutume (Bruno Le Maire déplore le « chacun pour soi » en zone euro, le 27 janvier 2020 - dans les futures négociations. Son agilité sera un précieux atout pour le Royaume Uni20. Autant que sa résilience expérimentée durant la Seconde Guerre mondiale21. Nous en aurons un exemple éclairant avec la question de la libre-circulation des travailleurs et des marchandises22. Contrairement à ce qu'écrit, Pierre Sellal, ex-ambassadeur de France auprès de l'Union européenne, aujourd'hui reconverti comme conseil du cabinet August & Debouzy pour arrondir ses difficiles fins de mois d'ambassadeur dignitaire de France - qui n'avait rien vu venu venir de tout ce qui est arrivé avec et depuis le « Brexit » comme la majorité des experts du Quai d'Orsay -, les Britanniques auront avoir le beurre, l'argent du beurre et le sourire de la crémière23. Faisons-en le pari ! Ils risquent de nous le faire payer au prix fort24. Les prochaines négociations vont servir de révélateur à la force et à la faiblesse des uns et des autres25.

Dans une mondialisation devenue folle et dangereuse, la capacité d'adaptation rapide aux circonstances constitue un atout non négligeable pour tirer son épingle du jeu. Seul (le Royaume-Uni) est plus à même d'anticiper et de réagir dans l'urgence qu'un moloch (l'Union européenne incapable de s'entendre sur l'essentiel). On le voit aujourd'hui sur la question budgétaire qui traduit l'absence de priorités commune des Vingt-Sept. « Nous sommes dans une situation où la raison du maintien de l'UE réside davantage dans la peur des coûts engendrés par la désagrégation, que dans le fait d'être pris dans une dynamique commune. » (Antoine Vauchez). Certains esprits rebelles estiment que la phase active du « Brexit » dans laquelle nous entrons pourrait n'être qu'une « station sur le chemin de croix du déclin européen » (Jean Pisani-Ferry, précité). On ne le répétera jamais assez, les Britanniques seront encore une calamité pour l'Europe à échéance prévisible. Que nous promet l'avenir ? Sursaut ou suicide pour l'Europe ? L'Union entame 2020 en marche arrière. Une chose est certaine, le « Brexit », c'est parti ! Preuve en est que les Écossais se tournent vers les Vingt-Sept pour préserver leur avenir européen26 et que les deux Irlande s'interrogent.

Épilogue :

« M. Paul Cambon ne s'était pas trompé quand il avait prévenu M. Delcassé en 1903, à la veille de sceller l'Entente cordiale : « L'Angleterre, naturellement, ne s'engagera jamais à fond avec personne »27

« Par la préférence qu'il accorde aux faits sur les principes, et à l'instinct sur l'intelligence, le Britannique se sent sûr de lui, de son originalité par rapport aux autres peuples, de la supériorité de sa vie politique et commerciale, et de ses aptitudes au statemanship »28.

Les Britanniques ne sont pas européens29. Ils l'ont amplement démontré durant tout leur dernier séjour au sein de l'Europe (CEE puis UE)30. Avec le « Brexit », nous revenons à la normalité sur le temps long31. L'Histoire ne serait-elle qu'un éternel recommencement ?

Guillaume Berlat
3 février 2020


1Virginie Malingre, L'Europe face à l'épreuve de la sortie de l'Union européenne, Le Monde, 28 janvier 2020, p. 8.
2Arnaud de la Grange, Le Royaume-Uni prend le large, Le Figaro, 31 janvier 2020, pp. 2-3.
3Ludovic Lamant, Après 60 ans d'élargissements successifs, avec le Brexit, l'UE devient démontable,  mediapart.fr, 29 janvier 2020.
4Florentin Collomp, Je t'aime, moi non plus : 47 ans de relations tumultueuses avec l'Europe Le Figaro, 31 décembre 2020, pp. 6-7.
5Alain Frachon, Brexit, populisme et dogmatisme, Le Monde, 13 septembre 2019, p. 30.
6Jacques Julliard, Lettre aux Anglais, Marianne, 13-19 septembre 2019, pp. 4-5.
7Philippe Bernard, Arnaud Menon. Le sphynx du Brexit, Le Monde, 28 janvier 2020, p. 30.
8François Clémenceau, Michel Barnier : « Nous ne nous laisserons pas impressionner »,  lejdd.fr, 26 janvier 2020.
9Jean Daspry, Brexit : c'est reparti de plus belle ! Goodby London,  prochetmoyen-orient.ch, 23 décembre 2019.
10Christian Salmon, « BoJo le clown » et son ingénieur magicien,  mediapart.fr, 26 janvier 2020.
11Jean Pisani-Ferry, Du bon usage du Brexit, Le Monde, 26-27 janvier 2020, p. 31.
12Marc Roche, Brexit : l'heure de gloire de Boris Johnson,  lepoint.fr, 31 janvier 2020.
13Nathalie Loiseau regrette « la bêtise » du Brexit. « Le peuple peut se tromper », wwwlefigaro.fr, 31 janvier 2020.
14Anne Rovan, Brexit : le Parlement européen ratifie l'accord de retrait, Le Figaro, 30 janvier 2020, pp. 6-7.
15Florentin Collomp, De David Cameron à Boris Johnson en passant par Theresa May, quatre ans de psychodrame britannique, Le Figaro, 30 janvier 2020, pp. 6-7.
16À la veille du Brexit, Johnson discute rapprochement commercial avec Pompeo, Agence France-Presse, 30 janvier 2020.
17Jean-Pierre Stroobants, Le Brexit, inconnue géopolitique pour l'Europe, Le Monde, 31 janvier 2020, p. 6.
18Carrie Nooten, Risques d'affaiblissement européen aux Nations unies, Le Monde, 31 janvier 2020, p. 6
19Jean-Michel Quatrepoint, Brexit. Boris Johnson ou l'autre troisième voie, Marianne, 31 janvier - 6 février 2020, pp. 32-33-34.
20Cécile Ducourtieux, Du « Global Britain », au risque isolationniste, Le Monde, 29 janvier 2020, p. 5.
21Philippe Bernard, 1940-2020 : les échos du Blitz sur le Brexit, Le Monde, 31 janvier 2020, p. 26.
22Éric Albert, La libre circulation des travailleurs et des marchandises prendra fin en 2021, Le Monde, 29 janvier 2020, p. 5.
23Pierre Sellal, Le Brexit et maintenant, Institut Diderot, 2020, non vendu.
24Elvire Fabry, Sur la sortie juridique du Royaume-Uni, l'épreuve de force avec l'UE ne fait que commencer, Le Monde, 31 janvier 2020, p. 25.
25Anne Rovan, Les dossiers clés de la négociation future, Le Figaro, 31 janvier 2020, pp. 4-5.
26Julie Connann, L'Écosse se tourne vers les Vingt-Sept pour préserver son avenir européen, Le Figaro, 31 janvier 2020, p. 2.
27Jules-François Blondel, Ce que mes yeux ont vu. De 1900 à 1950. Récit d'un diplomate *, 1960, p. 232.
28Précité, p. 239.
29Kevin O'Rourke, Les Britanniques ne sont pas européens, Le Monde, 29 janvier 2020, p. 28.
30Ian Kershaw, « Nous quittons le convoi au moment où l'Europe arrive dans des eaux dangereuses », Le Monde, 31 janvier 2020, p. 24.
31Jean Daspry, Le Brexit, révélateur de l'âme britannique ?,  prochetmoyen-orient.ch, 16 septembre 2019.

Source :  Proche & Moyen-Orient, Guillaume Berlat, 03-02-2020

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