10/02/2020 tlaxcala-int.org  5 min #168831

Hélicoptères et navires militaires : le business invisible entre l'Italie et l'Égypte

 Chiara Cruciati

Armes : indiscrétions sur les nouveaux contrats de vente pour le ministère de la Défense du Caire. Fincantieri et Leonardo ne font pas de commentaires. Le flux d'armements entre les deux pays se poursuit sans heurts : en 2018, un boom des exportations (69 millions d'euros), en 2019, des armes légères pour 1,5 million d'euros et, bientôt 2 frégates et 20 hélicoptères

Commandos des forces spéciales de la Marine égyptienne, armés de fusils d'assaut ARX-160 de Beretta

Le lundi 3 février, le vice-président du Parlement européen, membre du Mouvement Cinq étoiles, Fabio Massimo Castaldo, a demandé l'arrêt immédiat des exportations d'armes de l'Italie vers l'Égypte. « Je pense qu'il est nécessaire d'envoyer un signal clair : les exportations d'armes doivent être arrêtées, réellement et immédiatement », a exigé Castaldo à l'occasion du quatrième anniversaire de la découverte, le long de l'autoroute Le Caire-Alexandrie, du corps de Giulio Regeni, torturé de façon barbare.

Et pourtant, le gouvernement dont font partie les cinqétoilés aurait donné l'autorisation de vendre deux navires militaires FREMM (Frégates multi-missions) classe Bergamini fabriqués par Fincantieri à la Défense égyptienne. C'est ce que rapporte l'Egypt Defence Review, un site de surveillance des affaires militaires menées par le régime du Caire. « L'accord - écrit EDR - porterait sur le transfert du Spartacus Schergat F598 et de l'Emilio Bianchi F599 à la marine égyptienne ».

Une facture de 1,5 milliard d'euros, que l'Égypte règlerait « partiellement avec des prêts » : « Certaines banques et agences de crédit européennes sont prêtes à fournir 500 millions d'euros de prêts (Cassa Depositi e Prestiti {Caisse des dépôts et consignations italienne), Sace, Intesa Sanpaolo, BNP Paribas et Santander », ajoute le site.

Nous avons contacté à ce sujet l'UAMA, l'Unité d'autorisation des matériels d'armements du ministère italien des Affaires étrangères, l'organisme chargé de donner le feu vert pour la vente d'armements aux gouvernements étrangers : « Cette autorité nationale ne peut pas divulguer des informations sur les autorisations relevant de sa compétence pour des raisons de confidentialité commerciale », répond le service de presse. Fincantieri ne fait pas de commentaires : la société italienne, que nous avons contactée, a préféré ne pas faire de déclaration.

La vente présumée fait partie du projet franco-italien plus large autour des Fremm, frégates multi-missions dont la dernière unité, l'Emilio Bianchi, a été lancée à Gênes le 25 janvier - en présence du chef d'État-major de la Marine Giuseppe Cavo Dragone et du président de la région Ligurie Giovanni Toti. Selon le quotidien Il Sole 24 Ore, il s'agit d'un navire de 144 mètres de long avec un potentiel de chargement de 6 700 tonnes. L'Emilio Bianchi sera prêt en 2021 et fait partie du "paquet" de huit navires destinés à la France et de dix navires destinés à l'Italie. Fin avril de l'année dernière, une rumeur, jamais confirmée, faisait état d'un contrat remporté par l'Italienne Leonardo pour la vente de vingt hélicoptères Aw149 au Caire, plus une douzaine en option. La Banca Akros, citée par Milano Finanza, a estimé la valeur de l'ensemble de la transaction à 600-900 millions d'euros. Contactée par il manifesto, Leonardo n'a pas souhaité faire de commentaires à ce sujet. Ainsi, le flux d'armements et de technologie militaire vers l'Égypte, un violateur en série des droits humains, semble se poursuivre sans accorcs. Sous une chape de plomb de répression institutionnalisée, le pays vient de (non)célébrer en silence le neuvième anniversaire de la révolution de 2011, tandis que le régime du chef du coup d'État, le maréchal Abdel Fattah al-Sissi, renforce jour après jour sa machine militaire et achète l'impunité en devenant un acteur essentiel des urgences méditerranéennes, qu'il s'agisse de la guerre de Libye ou des flux migratoires.

Le 2 avril 2019, la présidence du Conseil des ministres italien a communiqué les chiffres pour 2018 : plus de 69 millions d'euros d'exportations militaires italiennes totales vers Le Caire. Dix fois plus qu'en 2017 (7,4 millions) et 2016 (7,1). En achetant des armes automatiques, des bombes, des missiles, des torpilles - des armes destinées à l'armée mais aussi à la police, celle qui quotidiennement arrête les militants et effectue des raids dans les bureaux des ONG et les rédactions des journaux indépendants - l'Égypte a gagné une place parmi les dix premiers pays recevant des licences d'exportation individuelles italiennes.

En 2019, la situation est similaire : « L'Italie a continué à fournir des systèmes militaires et des armes légères à l'Égypte même après l'assassinat de Giulio Regeni - explique Giorgio Beretta, analyste de l'Observatoire sur les armes légères (OPAL), au manifeste -. En 2019, de janvier à octobre, des « armes légères » ont été envoyées au Caire pour plus de 1,5 million d'euros, provenant principalement des provinces de Brescia (Beretta) et de Pesaro-Urbino (Benelli), qui abritent des sociétés d'armement historiques ».

Policier égyptien armé d'un Beretta AR 70/90

Courtesy of  Tlaxcala
Source:  ilmanifesto.it
Publication date of original article: 05/02/2020

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