11/02/2020 wsws.org  7 min #168843

Les autorités chinoises tentent de contenir le mécontentement sur la gestion de l'épidémie de coronavirus

Par James Cogan
11 février 2020

Le bilan de l'épidémie de coronavirus 2019-nCoV a dépassé le nombre de décès causés par l'épidémie de syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) de 2002-2003. On craint de plus en plus que l'infection se propage de personne à personne plus facilement qu'on ne le soupçonnait au départ.

Le coronavirus du SRAS a infecté un peu plus de 8.000 personnes et a fait 774 victimes à l'international entre novembre 2002 et juillet 2003, avant qu'on ait pu l'endiguer. Depuis son apparition au début de décembre 2019, il a infecté au moins 40.350 personnes et causé 908 décès, tous, sauf deux, en Chine continentale. En outre, on a signalé 89 décès dimanche et l'on a recensé 2656 nouveaux cas. Le samedi, on a signalé 3399 cas. En dehors de la Chine continentale, 368 cas sont confirmés.

Des personnes portant des masques, marchant dans une station de métro, à Hong Kong [Crédit: AP Photo/Kin Cheung]

La grande majorité des cas et des décès surviennent dans la province du Hubei, l'épicentre de l'épidémie. Le virus se serait propagé à partir de chauves-souris ou de serpents infectés à des personnes qui travaillaient dans les champs. Ou bien qui faisaient des achats dans un marché d'alimentation vivante à Wuhan, la capitale du Hubei, et la plus grande ville de Chine centrale, avec une population de 11 millions d'habitants. On pensait au départ que la transmission ne se faisait que par contact étroit avec une personne infectée. Mais aujourd'hui, les chercheurs pensent que des cas existent où le virus s'est fait transmettre par une exposition passagère. Si cela s'avère exact, le virus a plus de chances de continuer à se propager, tant en Chine que dans le monde entier.

Hier, l'Australian Financial Review a cité l'opinion de Neil Ferguson, expert en maladies infectieuses au Collège Impérial de Londres. Il a dit: «on a détecté seulement 10 pour cent ou moins de toutes les infections en Chine et un quart dans d'autres pays». a déclaré Ferguson: «Nous pensons que la taille de l'épidémie double environ tous les cinq jours. Les preuves d'un ralentissement en Chine ne sont pas concluantes.»

Les autorités chinoises espèrent néanmoins que les mesures prises pour endiguer la propagation de 2019-nCoV ont été suffisantes, car les semaines de réduction des transports et l'arrêt virtuel de la plupart des industries doivent prendre fin aujourd'hui. Dans tout le pays, des dizaines de millions de personnes vont commencer à reprendre le travail après les vacances du Nouvel An lunaire qui ont été prolongées de 10 jours.

Depuis le 22 janvier, le gouvernement a tenté d'empêcher les déplacements à l'intérieur ou à l'extérieur de Wuhan. Ensuite, on a étendu les mesures de quarantaine à toute la province du Hubei, touchant près de 60 millions de personnes. Dans toute la Chine, on a réduit les services de transport et on a annulé pratiquement tous les événements et rassemblements publics, ou les gens sont restés à l'écart.

L'effet social et économique a déjà été énorme. Le Global Times, journal public en langue anglaise, a rapporté que le nombre de passagers sur le réseau ferroviaire chinois avait diminué de 85,4 pour cent samedi par rapport à la même période l'année dernière. Le Guardian a qualifié les principaux centres urbains de Chine de «villes fantômes». Des millions de personnes sont restées chez elles autant que possible pour éviter l'infection.

Le Conseil d'État, dirigé par le Premier ministre Li Keqiang, a demandé aux employeurs de réintégrer leur main-d'œuvre par «lots» et de surveiller tout signe de pic d'infection. De nombreuses entreprises choisissent de ne pas rouvrir aujourd'hui, et d'attendre de voir ce qui se passe ailleurs. Toute région où une recrudescence des cas se produit est susceptible d'être confrontée à des fermetures d'entreprises dirigées par l'État et à des restrictions strictes en matière de voyages et de rassemblements publics.

Le gouvernement du Parti communiste chinois et ses médias d'État cherchent anxieusement à apaiser l'immense colère du public face aux tentatives initiales du gouvernement à Wuhan et au niveau national de dissimuler qu'une nouvelle épidémie de coronavirus était en cours.

La police a menacé le docteur Li Wenliang de Wuhan, ainsi que sept de ses collègues, pour avoir fait de «faux commentaires». Ils avaient discuté sur un blog le 30 décembre de l'émergence d'un nouveau virus semblable au SRAS. Cet incident est devenu un symbole de l'incompétence répressive du régime et de son indifférence à l'égard de la vie de la population. Pendant des semaines, les autorités provinciales et nationales savaient qu'elles faisaient face à une pandémie potentielle. Mais ils n'ont émis aucun avertissement de santé publique, alors que des millions de personnes se déplaçaient à Wuhan pour les vacances du Nouvel An.

Li Wenliang a été lui-même infecté alors qu'il soignait des patients et est décédé des suites de complications causées par le virus le 6 février. Sa mort tragique a provoqué un déferlement de chagrin et d'indignation sur les plateformes de médias sociaux. Une déclaration qu'il aurait faite, «une société saine ne peut pas avoir une seule voix», a été largement interprétée comme une condamnation de la censure et de la répression de l'État. Un hashtag #WeWantFreedomofSpeech a été repris sur Weibo, l'équivalent chinois de Twitter.

Les commentaires faits avant que le hashtag et la discussion soient enlevés par les censeurs, comprenaient: «L'article 35 de la Constitution - les citoyens ont la liberté de parler, de publier, de défiler et de protester»; «Vous m'avez dit que la liberté d'expression est un droit légitime des citoyens, mais vous ne m'avez jamais donné la liberté»; et «Nous voulons la liberté d'expression». Je veux la liberté d'expression. Nous voulons la liberté de manifester. Rendez-nous nos droits naturels.»

La revendication de la liberté d'expression et l'invocation de la constitution de la République populaire de Chine ont été reprises par un groupe de dix universitaires à Wuhan. Le 7 février, ils ont publié une lettre ouverte condamnant le traitement de Li Wenliang et des autres médecins. Selon le Financial Times (FT), la lettre disait «Ce que les huit médecins ont fait et dit est pleinement conforme à l'esprit [de la constitution]. La punition... est donc inconstitutionnelle et contraire à la volonté du public». La lettre se termine par un appel au gouvernement à s'abstenir de «toute mesure qui limiterait la liberté d'expression.»

Le 7 février, le FT a rapporté qu'on a publié aussi une lettre séparée, adressée au Congrès national du peuple, le parlement chinois (qui n'est qu'un cache-sexe). Les auteurs - un groupe de «grands intellectuels publics» selon le journal - ont fait une déclaration. Ils ont dit: «Nous affirmons, à partir d'aujourd'hui, qu'aucun citoyen chinois ne doit se faire menacer par un quelconque appareil d'État ou groupe politique pour ses paroles... L'État doit immédiatement cesser de censurer les médias sociaux et de supprimer ou bloquer les comptes.»

Les médias contrôlés par l'État autorisent la publication de certaines critiques sur la gestion du virus et le traitement de Li Wenliang. Mais c'est principalement pour détourner la colère du public du président Xi Jinping et du régime central et la diriger vers la ville de Wuhan et les gouvernements provinciaux de Hubei.

C'est ce qu'affirme une chronique du Global Times d'aujourd'hui: «C'est en effet regrettable qu'on a réduit au silence son avertissement [celui de Li Wenliang] et qu'il n'ait pas réussi à motiver les différentes autorités à agir. Cet avertissement a partiellement conduit à la lutte nationale actuelle contre le virus mortel. Les autorités de Wuhan doivent présenter des excuses à Li, et les fonctionnaires de Wuhan et de la province de Hubei doivent présenter des excuses aux habitants de Wuhan et à l'ensemble du pays.»

Si les fonctionnaires de Wuhan et du Hubei semblent susceptibles de devenir les boucs émissaires, il est loin d'être clair si cela suffira à apaiser le mécontentement.

(Article paru d'abord en anglais 10 février 2020)

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