21/03/2020 mondialisation.ca  8 min #170707

Covid-19: Toute vérité compte trois étapes

Par  Larry Romanoff

D'abord, on la tient pour nulle et non avenue.

Ensuite tout le monde la tourne en ridicule.

Enfin, on la tient pour allant de soi.

Avec COVID-19, nous sommes désormais dans la phase 2. Au début, les médias restaient sourds aux affirmations et analyses montrant que le virus pouvait tout à fait provenir des États-Unis. Mais la circulation des informations, la concordance des indices, réévalués de toutes parts - et jusque aux États-Unis même - étant devenus trop intenses, cet éclairage est désormais ouvertement tourné en ridicule dans les médias occidentaux.

Il a fallu peu de temps aux virologues chinois pour découvrir et démontrer que la source initiale du virus n'était ni la Chine, ni Wuhan, ni le marché des fruits de mer, mais pouvait clairement être retracée jusqu'aux États-Unis ; un scénario possible étant que le virus pouvait en réalité provenir de l'arsenal bactériologique US de Fort Detrick - fermé en juillet dernier sur ordre du CDC (Ndt : le Centre pour le contrôle et la prévention des maladies : la principale agence fédérale US en matière de protection de la santé publique), pour des questions de contamination - et qu'il aurait été introduit en Chine à l'occasion de la compétition sportive militaire internationale d'octobre 2019 (CISM Military World Games : Wuhan 2019).

De leur côté, les virologues japonais et taïwanais parvenaient eux aussi, indépendamment, à la conclusion que l'origine du virus pouvait bien être américaine.

Avant le début de la crise, les Américains se sont surpassés en balivernes pour se défausser sur les consommateurs de chauves-souris, de serpents et de pangolins, du marché des fruits de mer de Wuhan, et sur un prétendu programme d'armes bactériologiques de l'Université de Wuhan (qui n'a jamais existé). La version « made in CIA » selon laquelle la contamination était partie de cette université s'est répandue via Voice Of America et Radio Free Asia. En soulignant que des chercheurs chinois avaient participé (il y a 7 ans) à des recherches sur les virus financées par le NIH (National Institutes of Health américain), ce qui est exact, cette éclairage imputait implicitement la responsabilité de l'épidémie à la Chine, en éludant l'absence totale de lien pertinent entre un programme universitaire de 2013 et les événements actuels.

Je dois reconnaître que les Américains se sont surpassés pour s'emparer les premiers du micro et pondre une version « officielle » d'un événement en cours, tout en inondant les médias de preuves toutes faites, sans laisser le temps à un public crédule d'assembler lui-même les pièces du puzzle de manière logique.

Ce faisant, ils passaient à la trappe une évidence majeure : quelle nation voudrait créer ou libérer une arme biologique spécifiquement ciblée sur elle-même ? Ils écartaient aussi d'un revers de main la probabilité d'un « échec et mat » géopolitique - un virus étant une puissante arme de guerre économique, capable d'infliger à l'économie chinoise ce qu'aucune guerre commerciale ne pouvait lui infliger.

Les lecteurs négligents sont loin d'imaginer à quel point, dans la mentalité américaine, les impératifs géopolitiques ne manquent pour s'en prendre à la Chine, à l'Iran et à l'Italie, les autres pays n'étant dès lors que de regrettables dommages collatéraux.

De nombreux articles sur le virus portant ce type d'éclairage ont été publiés sur des sites d'info. Internet non mainstream - certains de ces articles ayant touché un lectorat énorme, avec des centaines de milliers de téléchargements, souvent republiés sur d'autres sites. Nombre d'entre eux ont été traduits en 6 ou 7 langues et publiés sur des sites Web du monde entier. Simultanément, de nombreux messages ont été publiés sur les médias sociaux chinois, spéculant sur les circonstances étranges et la longue chaîne de coïncidences inhabituelles qui ont conduit à l'épidémie de virus à Wuhan.

L'un de ces articles, traduit et publié sur les réseaux sociaux chinois, avait recueilli 76 000 commentaires, 8 heures après sa parution. Finalement, les principaux médias chinois sont arrivés aux mêmes conclusions - que le virus semblait effectivement provenir des États-Unis et que les Américains se livraient à une dissimulation massive.

Enfin, Zhao LiJian, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, a officialisé cette version des faits, en la relayant lui-même sur les réseaux sociaux US. Un article important paru cette fois dans le New York Times, observait que « les remarques de Zhao se sont diffusées à travers la Chine depuis la principale plateforme chinoise de médias sociaux, Weibo... [et] ont été vu plus de 160 millions de fois, sans compter la diffusion des captures d'écran des messages Twitter originaux ».

Comme les Twitts de LiJian, affirmant que le virus a été importé en Chine depuis les USA à l'occasion des Jeux militaires « Wuhan 2019 », provenaient essentiellement d'une source officielle difficilement négligeable et qu'ils exigeaient des autorités US qu'elles rendent des comptes, ils recevaient manifestement trop d'attention du public pour être ignorés. Tout cela a créé une pression politique suffisante pour contraindre les médias occidentaux à répondre. Et bien évidemment, leur réponse déniait toute valeur à la base factuelle des messages et en discréditait l'auteur.

Le 12 mars, Le Guardian (UK) publiait un article affirmant que la ligne de propagande chinoise accusait les États-Unis d'être l'origine de l'épidémie (1). Le 13 mars, le New York Times publiait un article similaire sur le « conspirationnisme chinois sur le coronavirus », et les « fausses allégations » concernant l'origine du virus (2). Le 14 mars, ABC News publiait à son tour un article intitulé « De fausses allégations sur l'origine du coronavirus aggravent les tensions entre les États-Unis et la Chine ». L'article tournait en ridicule l'attitude de la Chine et l'éventuelle origine américaine virus (3). (Ndt : Dans le même temps, les plus grands médias français et francophones s'alignaient unanimement sur les mêmes positions et la même attitude).

Le Seattle Times y allait bientôt de sa propre version de l'histoire en publiant: « La Chine agite une nouvelle théorie sur les origines du coronavirus. La maladie serait américaine (...) introduite en Chine par des membres de l'armée américaine qui ont visité Wuhan en octobre. Il n'y a pas la moindre preuve pour étayer cela, mais cette idée a reçu l'approbation officielle du ministère chinois des Affaires étrangères, dont le porte-parole accuse les responsables américains de dissimuler ce qu'ils savent au sujet de la maladie » (4). En Angleterre, The Independent publie lui aussi sa propre version de la « théorie du complot en Chine » (5), tout comme CNN (6), etc.

Dans la version d'ABC « Le secrétaire adjoint David Stilwell a donné à l'ambassadeur [chinois] Cui Tiankai une "représentation des faits sans concession", affirmant que Cui était "monté sur ses grands chevaux" devant à cette rodomontade "officielle" américaine ». Le département d'État américain aurait déclaré: « Nous voulions informer clairement le gouvernement [chinois] que, pour le bien des Chinois et du reste du monde, nous ne tolérerions aucune [théorie conspirationniste] ».

Suite quoi, Le Washington Post, Bloomberg et une demi-douzaine d'autres médias et organes de presse se sont rués sur les interviews de l'auteur, trop impatients de pouvoir conspuer eux aussi cette « théorie du complot » et ses zélateurs. L'ambassade américaine à Pékin s'est également « tournée vers » l'auteur « pour en discuter ».

Néanmoins, si la diffusion des information se poursuit, et si la pression politique qui en résulte peut être maintenue, nous finirons par entrer dans la troisième phase, où les médias commenceront à admettre d'abord la possibilité, puis la probabilité, puis le fait même que les États-Unis sont effectivement le point de départ du « virus chinois ».

Larry Romanoff

Le 19 mars 2020

Article original en anglais :

 COVID-19: All Truth Has Three Stages

Traduit par Dominique Arias pour Mondialisation.ca

Notes :

(1)  theguardian.com

(2)  nytimes.com

(3)  abcnews.go.com

(4)  seattletimes.com

 ccn.com

(5)  independent.co.uk

(6)  ccn.com

Larry Romanoff est consultant en gestion et homme d'affaires à la retraite. Il a occupé des postes de direction dans divers cabinets de conseil internationaux et a dirigé sa propre entreprise d'import-export international. Il a été professeur invité à l'Université Fudan de Shanghai, où il a présenté des études de cas en affaires internationales à des classes EMBA supérieures. M. Romanoff vit à Shanghai et est actuellement en train d'écrire une série d'ouvrages sur les rapports entre la Chine et l'Occident. Il peut être contacté au:  email protected Il est chercheur associé au Centre de recherche sur la mondialisation (CRM/CRG).

La source originale de cet article est Mondialisation.ca
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