25/03/2020 les-crises.fr  6 min #170973

Près d'un millier de morts dans la région de Bergame - Les maires : « Mais il y en a beaucoup d'autres »

Une ambulance à l'hôpital Papa

L'armée transporte les cercueils des morts depuis le cimetière monumental de Bergame

Le centre de Nembro

Source :  L'Eco di Bergamo, Isaia Invernizzi, 22-03-2020

Une ambulance à l'hôpital Papa

D'Alzano à Nembro, de Dalmine à Stezzano, à Bassa, tous, chiffres à l'appui, démentent le nombre officiel de victimes.

La voix de nombreux maires de la région de Bergame tremble en prononçant le bilan d'un mois qui semble une vie entière. Pas « seulement » des chiffres, mais des personnes. Des amis, des concitoyens, à qui il n'a même pas été possible de dire au revoir. Un capital humain balayé en trois semaines environ. L'ampleur de la douleur dépasse les données officielles diffusées chaque jour par la Région et la Protection civile : hier encore, 226 personnes sont mortes à Bergame, pour un total de 951. Des chiffres partiels peu fiables, car la réalité est désormais beaucoup plus dramatique que les froids calculs. Il suffit de parler à n'importe quel Premier citoyen, des vallées aux Bassa, pour se rendre compte que, sans un contrôle via les tests, les chiffres sont sous-estimés

Le maire de Bergame, Giorgio Gori, a tiré la sonnette d'alarme  il y a deux jours dans L'Eco - « nous connaissons tous des personnes âgées qui sont mortes dans une maison de retraite, ou à domicile, et qui n'ont pas été testées » - et les experts ne l'ont pas contredit. Dans la ville, où 48 décès ont été enregistrés hier,  environ 600 personnes sont mortes au cours des trois dernières semaines, hôpitaux compris. « Nous avons lancé ce message pour donner une représentation plus réaliste du très grave problème auquel nous sommes confrontés », explique Gori, « Les données ne sont que la partie émergée de l'iceberg. Elle s'appliquent aux contagions, aux hospitalisations et malheureusement aussi aux décès. Mais trop de victimes ne sont pas incluses dans les décomptes parce qu'elles meurent chez elles ».

L'armée transporte les cercueils des morts depuis le cimetière monumental de Bergame

Alzano Lombardo et Nembro, le cœur de l'urgence bergamasque, payent un lourd tribut. À Alzano, 62 personnes sont mortes depuis le 23 février. Il y a un an, elles étaient 9. A Nembro, le maire Claudio Cancelli observe avec prudence et optimisme une baisse après des journées dramatiques : « La baisse des décès est significative, surtout par rapport à la période du 10 au 13 mars. Depuis le début du mois à Nembro, nous avons eu entre 110 et 120 décès. A la même période l'année dernière 14. Les chiffres parlent d'eux-mêmes ».

Chaque jour, le rapport envoyé par Ats et la préfecture se heurte à la perception directe des premiers citoyens. « Bien sûr, dans notre cas, les documents officiels disent que le Coronavirus a causé 9 décès - explique le maire de Seriate, Cristian Vezzoli - mais depuis le début du mois, notre service de l'État civil en a enregistré environ 60. En l'absence de test, les médecins écrivent « pneumonie interstitielle » mais les symptômes sont clairs et les données sont donc irréalistes ». Un bilan qui est malheureusement similaire à celui d'autres grandes municipalités. A Treviglio, depuis le début du mois, 36 résidents ont disparu et 68 personnes malades ont été hospitalisées. Dans Caravaggio, le village voisin, 50 contre une moyenne de 6 les années précédentes. Mais seulement 2 « officiellement » du Covid-19.

Le centre de Nembro

A Dalmine, 70 personnes sont mortes, dont 2 officiellement du Coronavirus. Il y a un an, elles étaient 18 : « Une catastrophe - commente le maire Francesco Bramani - et même pour les personnes infectées nous n'avons aucune certitude car chaque jour on nous dit quelque chose de différent avec des oscillations incompréhensibles ».

« Nous perdons une génération de bénévoles et de personnes qui ont fait l'histoire de notre pays - c'est le constat amer de Simone Tangorra, maire de Stezzano où 40 personnes sont mortes en mars, presque toutes avec des symptômes compatibles avec le Coronavirus, contre 10 il y a un an - c'est un phénomène très répandu, qui concerne malheureusement aussi les 50 et 60 ans ».

Dans la Valle Brembana, à San Giovanni Bianco, 30 morts au cours des deux dernières semaines, dont seulement 4 officiellement du Coronavirus. A San Pellegrino 23. A Selvino 20. « Le même nombre que nous avons eu en un an et demi - explique le maire Diego Bertocchi -. Espérons que la courbe va bientôt s'inverser ».

Gianluca Sala, le premier citoyen de Terno d'Isola, appelle à la clarté « parce que nous ne pouvons pas surveiller les personnes qui devraient rester en quarantaine et nous n'en sommes même pas informé. Heureusement, nous avons des citoyens responsables, qui s'autogèrent très bien. Ici, à Terno, 12 personnes sont mortes. L'année dernière, en mars, une seule ». Bagnatica, comme beaucoup d'autres municipalités, organisera bientôt, espérons-le, une cérémonie pour se souvenir des morts. « C'est vraiment difficile - explique le maire Roberto Scarpellini -. Depuis le 27 février, nous avons eu 16 morts, dont officiellement 3 du Covid-19, mais les autres aussi avaient des symptômes très clairs. Pour tout 2019, il y a eu 28 morts ».

Des chiffres qu'on retrouve également à Calcinate, une ville dirigée par le président de la Province, Gianfranco Gafforelli. 18 personnes sont mortes, contre 3 en mars 2019. Mais, à Martinengo, le bureau d'état civil a enregistré 53 décès. « Mais je ne veux rien savoir des chiffres, c'étaient des personnes, mes concitoyens - commente avec amertume le maire Mario Seghezzi - Nous devons tout fermer. Tout de suite ».

Source :  L'Eco di Bergamo, Isaia Invernizzi, 22-03-2020

Traduit par les lecteurs du site  les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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