12/04/2020 reseauinternational.net  4 min #172163

La confrontation à la mort

par Marie-France de Meuron.

Ce thème a surgi en moi ce Vendredi Saint, jour de la crucifixion d'un homme appelé Jésus de Nazareth. La synchronicité souligne la puissance du sujet soulevé de façon très aiguë en cette période de pandémie suscitée par un coronavirus.

Nous traversons depuis quelques temps une période où nous remettons en cause la mort. Alors qu'il s'agit du passage d'un état à un autre, la technoscience cherche les moyens d'en modifier le processus.

Dans certains milieux, on sait encore accompagner les mourants et vivre des moments intenses. Que vit l'être humain pendant son avancée dans le trépas ? Actuellement, on attend plutôt son dernier souffle. Pire encore, on le laisse mourir seul comme maintenant dans les hôpitaux et dans les homes pour personnes âgées où il est interdit à la parenté de veiller un mourant.

Comme pour différentes expériences de l'existence, la technoscience veut s'imposer et voudrait même changer les lois de la vie de l'être humain. Ainsi, nous avons vu apparaître le transhumanisme que Luc Ferry a bien développé dans son ouvrage :  La Révolution transhumaniste.

De son côté, une filiale de Google veut développer la technologie pour retarder puis  « tuer » la mort.

Différentes voies étudiées nous sont exposées dans « Transhumanisme, l'être humain peut-il  devenir immortel ? » Le philosophe Jean-Michel Besnier pose une conclusion cruciale : « Nous permettre d'en finir avec la finitude humaine, voilà l'idée ultime que banalisent les transhumanistes. Il ne s'agit plus de réinventer l'homme mais de préparer sa succession, pour donner naissance à un posthumain ».

Certains croient que tout s'achète, y compris l'évitement de la mort. Tels sont  certains milliardaires.

En médecine hospitalière, la tendance est plutôt de retenir le moment fatal. Alors que le corps peut montrer des signes d'être arrivé à son terme, des moyens techniques le retiennent. En retardant le dernier souffle, on montre à quel point on a de la peine à respecter le rythme de l'existence humaine. À l'inverse, des mouvements prônant l'euthanasie sont apparus avec l'objectif de précipiter la mort.

L'évolution de  la nature de la mort nous est rapportée très clairement par le Dr Luc Périno. J'en relève un passage qui décrit si bien l'évolution du corps médical : « Faute de pouvoir dominer la mort, la médecine en dissimulait l'inexorabilité. La trivialité de la cause ultime faisait place à la science de la cause primaire ».

La façon dont est considéré le Covid-19 en est une illustration patente. Il lui est attribué la cause primaire des morts actuels. De plus, pour justifier l'importance qu'on lui donne, les journaux nous abreuvent tous les jours des nouveaux bilans de défunts, alors qu'il vaudrait bien mieux découvrir tous les paramètres qui permettent à un organisme de résister ou non à ce micro-organisme. Cela conduirait également à englober des thérapies qui, loin d'être récentes et ayant apporté moult études observationnelles, sont pourtant laissées pour compte par la médecine technoscientifique qui n'a pas grand-chose à proposer si ce n'est la mesure de confinement (mesure hygiénique et non thérapeutique) qui montre de plus en plus  la catastrophe qu'elle amène.

Une réflexion très large dénonce les limitations de la mentalité actuelle : « Coronavirus - Ce que  vous NE pouvez PAS dire à son sujet ». J'en relève des propos bien représentatifs de la mentalité courante : « La mort est devenue une abstraction ; quelque chose qui arrive quelque part, à d'autres personnes. Mais sûrement pas à nous, cependant ». Et tout à coup, on lui reconnaît sa place - alors que le même nombre de morts d'autres causes n'attirent pas autant de journalistes - car nous sommes pris de cours par sa vitesse inhabituelle. L'auteur aborde encore une autre dimension de « toute cette folie pandémique (qui) semble reposer sur l'idée que la maladie et la mort sont en quelque sorte évitables ». Et l'auteur conclut : « C'est juste que cette actuelle crise d'hystérie semble presque anti-humaine ; comme si nous devions être capables de transcender la mortalité de notre humanité ».

Le professeur Maffesoli, sociologue, nous apporte, dans une longue entrevue radiophonique, sa perception très aiguë de la société que nous préparent les politiciens et les économistes. Il affirme que « le progressisme est en train de disparaître car la mort est là, la finitude qui nous constitue. Cela nous renvoie au destin ». On peut dire que le virus couronné nous ramène abruptement à cette réalité connue de tout temps. « Le manque de préparation vient peut-être du fait que la mort n'était pas au programme du progressisme. Savoir vertical et absolu des énarques ».

Que le printemps qui éclate nous permette de découvrir nos forces vives et d'en jouir, tout en sachant qu'elles prendront d'autres formes en temps voulu...!

 Marie-France de Meuron

source:  http://mfmeuron.blog.tdg.ch

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