09/05/2020 reseauinternational.net  4 min #173610

La Première Guerre globale : 75 ans de la Victoire, 75 jours d'une nouvelle occupation

Toute la vérité à propos de la Seconde Guerre Mondiale finira, un jour ou l'autre, par devenir si évidente que l'on ne pourra plus la nier ou la cacher derrière des discours-propagande martelés depuis l'école maternelle.

Une de ces vérités nous saute aujourd'hui aux yeux : L'Europe est un espace occupé, occupé militairement, culturellement, idéologiquement, une sorte de colonie qui ne dit pas son nom, et ce, depuis la fin de la Deuxième Guerre Mondiale, les 8 et 9 Mai 1945.

Le 8 Mai en particulier, que l'on célèbre aujourd'hui comme date anniversaire de la libération, est en fait la date officialisant la prise de possession de l'Europe par les armées anglo-américaines, avec, comme toujours, la présence symbolique de l'Armée Française pour donner une touche universelle à l'opération. Du côté de l'Est, il y a aussi eu une invasion, bien que cette invasion-là n'ait été motivée que par un souci défensif, pour éviter précisément que la Russie soit à son tour envahie.

L'Europe de l'Est s'est libérée lors du démantèlement de l'Union Soviétique, mais il n'est pas sûr que l'Europe de l'Ouest fasse de même si l'empire anglo-américain s'effondrait, car la réalité de l'asservissement de l'Europe est encore invisible pour la majeure partie des Européens de l'Ouest.  Avic.  RI

------ par Karine Bechet-Golovko.

Ce 8 mai 2020 est une triste date. Nous devions célébrer cette année les 75 ans de la Victoire lors de la Seconde Guerre Mondiale, nous entrons de plain-pied dans la Première Guerre globale, menée tambours battants sous la bannière du coronavirus. Guerre qui a tiré les leçons du passé, guerre qui ne nous laisse aucun allié dans la résistance, guerre qui s'est emparée en quelques semaines de Moscou, guerre qui nous laisse ce goût écoeurant de l'Occupation. Tristes célébrations, sans public, qui s'excusent presque d'être encore, reliquat d'un monde que certains veulent écraser. Car trop humain, trop complexe pour eux, ne permettant pas la répartition des bénéfices attendue. Occupation idéologique, réalisée au nom du globalisme, par les pouvoirs nationaux. Triste date.

En France, les  célébrations du 8 mai, se dérouleront en présence du Président et de quelques personnalités, sans spectateurs, qui pourront regarder la télé. En Russie, le 9 mai, il n'y aura pas de parade militaire. C'est la première fois depuis les années 90, puisque la Parade militaire du 9 mai, rappelant la victoire de l'Armée rouge et de l'URSS n'avait pas sa place dans la Russie post-soviétique, qui devait faire allégeance aux États-Unis et jusqu'en 1995 n'a pas organisé de cérémonies majeures à cette occasion. C'est donc la première fois depuis cette date qu'il n'y aura pas de Parade, juste une cérémonie aérienne, que les habitants pourront regarder à la télé ou par la fenêtre s'ils ont de la chance. Quant au feu d'artifice, le maire de Moscou a intimé aux Moscovites de ne pas sortir pour le voir. Ne parlons même pas du Régiment Immortel, qui exaspérait tant l'Occident, il n'aura pas lieu, des photos sur des sites, à la télé encore, donc rien.

75 ans après la victoire de la Seconde Guerre Mondiale, nous sommes en pleine Première Guerre globale. Et les leçons ont été tirées, en voici quelques unes :

  • Il n'est pas nécessaire de recourir à la force armée pour faire plier un pays, le mieux est d'utiliser les élites intérieures « reformatées » pour le conduire à utiliser ses structures non pas pour défendre l'intérêt national, mais contre sa propre population, dans l'intérêt du monde global;
  • Le long travail d'implantation des technologies a permis de fragiliser l'être humain, de le couper de la société, de ses racines, du monde réel; étant individualisé, il ne présente plus aucun danger;
  • La résistance n'est possible que si elle est organisée et soutenue par des forces politiques, comme l'URSS, la Grande-Bretagne et les États-Unis qui soutenaient la résistance française pendant la Seconde Guerre Mondiale. Ces pays ne présentent plus une force politique à même de soutenir et d'organiser un système de résistance, qui soit en mesure de porter des coups perturbant le monde global - Trump est sous attaque permanente, sa relance de l'économie réelle a été abattue, Johnson a été recadré par un petit séjour à l'hôpital et ne présente plus aucune résistance idéologique, Poutine a cédé sous la pression conjuguée des organismes internationaux et d'élites intérieures néolibérales hors contrôle;
  • La prise de possession des médias, qu'ils soient étatiques ou privés, permet de maîtriser une propagande globale, sans laisser de place à un discours alternatif puissant;
  • Même si quelques poches de résistance intellectuelle existent, la dégradation de l'enseignement a produit ses effets, les populations sont facilement manipulables, il y a très peu d'intellectuels indépendants et ils ne sont pas forcément compris. Il ne peut donc y avoir de massification d'un discours alternatif, qui remettrait en cause le discours global, en situation de monopole.

Ce ne sont que des exemples, l'on peut en trouver beaucoup d'autres. Il se dégage de tout cela une étrange sensation d'Occupation. Sans armée étrangère visible dans la rue, qui permettrait d'identifier l'ennemi. Occupation qui se traduit physiquement par, entre autres, un contrôle des déplacements soumis à autorisation, suspension de l'école, rues vidées, propagande de masse, interruption des contacts humains, suspension de l'état de droit... Une Occupation idéologique, assumée par les structures de son propre pays. Ce qui rend extrêmement difficile toute réaction, car l'on n' a pas envie de détruire son pays en même temps.

Maupassant, dans Boule de suif, a parfaitement traduit ce sentiment, comme quoi, toutes les Occupations se ressemblent, quelle que soit la manière dont elles sont techniquement réalisées :

« Il y avait cependant quelque chose dans l'air, quelque chose de subtil et d'inconnu, une atmosphère étrangère intolérable, comme une odeur répandue, l'odeur de l'invasion. Elle emplissait les demeures et les places publiques, changeait le goût des aliments, donnait l'impression d'être en voyage, très loin, chez des tribus barbares et dangereuses ».

Une atmosphère étrangère intolérable...

 Karine Bechet-Golovko

source :  russiepolitics.blogspot.com

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