14/05/2020 cadtm.org  3 min #173868

Crise sanitaire et économique : Suspendre, annuler et répudier la dette des pays du Sud Global

(Réalisé par Yakana lors des « 8h contre la dette illégitime » organisé par le CADTM en décembre 2016)

213 pays et territoires frappés par la pandémie de Coronavirus, 4,5 millions de personnes touchées, 300.000 personnes décédées [1]. La crise sanitaire est mondiale. Le système financier capitaliste est au bord de l'implosion depuis plusieurs années déjà. Sans mesures fortes, les conséquences économiques et sociales n'en seront que plus désastreuses pour les pays du Sud Global représentant 84 % de la population mondiale.

En l'espace d'une décennie, la dette extérieure publique des pays du Sud Global (également appelés « pays en développement ») a plus que doublé. Dans le même temps, le service de la dette, c'est-à-dire les ressources consacrées par les gouvernements à son remboursement a suivi la même tendance. Hier déjà et aujourd'hui plus encore, les populations ont besoin quantitativement et qualitativement de services de santé. La réalité est autre. Une majorité de pays de ces régions sont contraints d'allouer davantage de leurs ressources financières au remboursement de la dette qu'en dépenses de santé.

Cette situation désastreuse trouve son essence dans le système capitaliste. Système destructeur et prédateur qui depuis six siècles se réinventent pour maintenir et alimenter les asymétries mondiales, entre pays, entre régions, entre classes sociales

Cette situation désastreuse trouve son essence dans le système capitaliste. Système destructeur et prédateur qui depuis six siècles se réinventent pour maintenir et alimenter les asymétries mondiales, entre pays, entre régions, entre classes sociales. Système permettant que 8 personnes (des hommes) détiennent autant de richesses que 50 % de la population mondiale. Système protégeant des classes dirigeantes entières corrompues et agissant contre l'intérêt général. Système permettant consciemment de financer des régimes autoritaires pour défendre ou accroître les intérêts géopolitiques des créanciers. Système enfermant les pays du Sud Global dans le piège de la dette. Système permettant qu'une poignée de dirigeants de pays ou d'institutions considérés comme les plus puissants imposent à tou-te-s les politiques économiques et sociales à mener au sein de groupes informels et/ou non démocratiques (G7/8, G20, Club de Paris, Banque mondiale, FMI, Institute of International Finance, OMC, etc.).

Ce système est à bout de souffle. Le réchauffement climatique s'emballe. La pauvreté ne faiblit pas. Les inégalités augmentent. L'effondrement du prix des matières et les indécents taux d'intérêts imposés aux pays du Sud sont le résultat des spéculations sans fin des grands argentiers de ce monde. Les timides progrès réalisés, la faiblesse voire l'absence de protection sociale et la fuite massive des capitaux résultent de l'application continue de quarante ans de politiques d'ajustement structurel exigées par les institutions financières internationales (IFI).

Pour faire face à la crise, il est urgent d'agir. Les fautes passées ne doivent pas être reproduites. A l'image de l'échec cuisant de l'initiative PPTE lancée en 1996 - trop tardive, trop limitée, sans reconnaissance de la responsabilité des créanciers et bourrée de conditionnalités - il n'y a rien à attendre des dites mesures d'allègement de la dette annoncées ces dernières semaines par les IFI.

Des alternatives existent. Les États ont absolument la possibilité de prendre des mesures unilatérales afin de libérer des ressources financières susceptibles de protéger leur population et d'assurer la satisfaction des droits humains fondamentaux. Le droit international peut être invoqué pour au moins trois arguments : l'état de nécessité, le changement fondamental de circonstances et la force majeure. Par ailleurs, les États sont également en droit de répudier leurs dettes après examen et reconnaissances de celles-ci comme illégitimes et/ou odieuses.

C'est pourquoi, face à l'état d'urgence sanitaire et la crise du système capitaliste, il est nécessaire que :
Au Nord et au Sud, les populations :

  • S'unissent, créent, favorisent et s'impliquent dans toutes les actions de solidarité
  • Dénoncent sans relâche tous les mécanismes d'oppression
  • Et pour l'autodétermination des peuples, maintiennent une pression constante sur leurs dirigeants

Les États du Sud Global :

  • Prennent avec effet immédiat des mesures unilatérales de suspension de paiement de la dette ;
  • Réalisent dans les plus brefs délais, avec participation citoyenne, un audit de leur dette afin de procéder à la répudiation des parts illégitimes, illégales et/ou odieuses ;
  • S'unissent et créent un front des pays du Sud contre le paiement des dettes illégitimes ;

Les Institutions financières internationales, créanciers privés et États du Nord :

  • Prennent acte de la situation sanitaire, économique et politique actuelle, reconnaissent leurs responsabilités et acceptent sans concession les nécessaires mesures unilatérales entreprises par les populations et États du Sud Global.

Notes

[1] D'après les données de Worldometers. Consultées le 14 mai 2020. Disponible à :  worldometers.info

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