14/05/2020 les-crises.fr  5 min #173881

Une gigantesque crise de la dette menace les pays émergents

Les crédits chinois aux pays africains. © Johns Hopkins

Source :  Mediapart

La crise sanitaire du Covid-19 est en train de provoquer un effondrement des pays émergents, qui se retrouvent asphyxiés financièrement et incapables de payer leurs dettes. Une annulation de 1 000 milliards de dollars de dettes s'impose pour éviter une cascade de pays en faillite, selon les Nations unies.

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C'est l'état d'urgence au Fonds monétaire international (FMI). Depuis mars, l'institution monétaire est sur tous les fronts. Confrontés à la pandémie et à l'écroulement de leur économie, la plupart des pays africains, mais aussi la Macédoine, le Kirghizistan et bien d'autres, se tournent vers elle pour demander de l'aide.

Au total, 109 pays émergents ont déjà appelé le FMI à la rescousse. Dans la précipitation, la direction de l'organisation a créé un mécanisme pour pouvoir débloquer des fonds au plus vite, qui permettent aux pays asphyxiés de financer leurs besoins immédiats. Mais pour le FMI comme pour toutes les organisations internationales, ces appels à l'aide ne sont que les signes avant-coureurs d'une crise majeure de la dette qui menace la plupart des pays émergents.

« Le choc Covid-19 ne fait que mettre en lumière ce qui était déjà une crise de la dette souveraine à évolution rapide dans le monde en développement », écrit la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced) dans un rapport publié fin avril.

« La dévastation qu'elle est susceptible de provoquer, à moins qu'une action décisive ne soit prise, devrait être une motivation plus que suffisante pour que la communauté internationale se dirige enfin vers un cadre cohérent et complet pour faire face à la dette souveraine insoutenable », prévient l'organisation dépendante de l'ONU.

« La crise de la dette qui se forme dans les pays émergents est la pire que j'aie jamais vue », avertit Bill Rhodes, ancien banquier de Citigroup qui a participé notamment au plan Brady en 1989 (un plan de restructuration de la dette mexicaine signé par le secrétaire américain au trésor, Nicholas Brady, qui servira par la suite de modèle pour de nombreux autres pays). Celui-ci redoute qu'elle n'intervienne dès le deuxième trimestre de cette année, si les décisions pour l'endiguer ne sont pas suffisantes.

Si les pays émergents se retrouvent si exposés à une crise de la dette en raison du coronavirus, c'est d'abord parce qu'ils sont les plus ouverts, les plus intégrés dans la mondialisation de l'économie. Au nom du libre-échange et de la concurrence, les institutions internationales (FMI, OMC, Banque mondiale) les ont pressés au cours des quatre dernières décennies d'abandonner toute mesure de protection, toute barrière douanière, tout contrôle des capitaux.

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Placés en première ligne, les pays émergents ont dû absorber dès janvier les contrecoups de l'épidémie du coronavirus, alors circonscrite à la Chine. Avec l'arrêt de la production chinoise, l'interruption de toutes les chaînes de valeur mondiales, ils ont vu leurs exportations de matières premières s'effondrer, et leurs rentrées financières fondre à vue d'œil.

Dans le même temps, les gouvernements doivent faire face à l'épidémie de Covid-19 chez eux. Ils doivent l'affronter avec des systèmes sanitaires et hospitaliers insuffisants ou dégradés, quand leur population, faute de moyens, ne peut se payer le luxe de s'arrêter et de se confiner. Car s'arrêter signifierait ne plus pouvoir manger.

Cette accumulation, pour de nombreux observateurs, rend la situation intenable dans de nombreux pays émergents. D'où leur crainte de voir se multiplier une succession de défauts ou de faillites incontrôlés, si rien n'est fait. Avec le risque, soulignent-ils, de menacer la stabilité de tout le système financier international.

L'Institut de la finance internationale, qui représente les grandes banques et institutions financières mondiales, se dit d'accord pour participer à des suspensions d'intérêt ou de remboursement momentanées. Cela pourrait concerner quelque 73 pays. Mais parler d'annulation est une autre histoire. D'autant que la dette des pays émergents est éparpillée dans des milliers de mains privées, allant des hedge funds basés à Wall Street aux fonds souverains du Moyen-Orient, en passant par des portefeuilles asiatiques.

Inconscient du danger que pourrait représenter l'effondrement de plusieurs, voire de dizaines de pays émergents, tout le monde, à ce stade, tergiverse.

Les crédits chinois aux pays africains. © Johns Hopkins

Mais il n'y a pas que les créanciers privés qui posent problème, il y a aussi la Chine. Figurant parmi les tout premiers créanciers mondiaux, elle est le premier prêteur dans les pays émergents, par le biais de son projet de la route de la soie. Dans le cadre de ce programme lancé en 2013 par Xi Jinping, elle a prêté 461 milliards de dollars à 138 pays, selon les estimations.

Le gouvernement chinois a promis de se joindre à l'initiative du Club de Paris et d'accorder une suspension des intérêts pendant un an pour certains crédits aux pays africains. Mais pas pour tous. Les crédits ayant été accordés par des banques chinoises, le gouvernement considère qu'il ne s'agit pas de crédits d'État mais de crédits privés.

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