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Alors que la Covid-19 fait rage, Québec veut embaucher des enfants pour désinfecter les garderies

Par Laurent Lafrance
19 mai 2020

Ayant abandonné tout effort systématique et sérieux pour limiter la propagation du coronavirus, particulièrement à Montréal où se trouve l'épicentre de la pandémie au Canada, le gouvernement du Québec a recours à des mesures désespérées pour forcer un retour prématuré au travail en pleine crise sanitaire dont il a totalement perdu le contrôle.

Après avoir ordonné la reprise des activités dans la construction, les mines, les manufactures et la plupart des commerces, ainsi que la réouverture des écoles primaires et des garderies dans toute la province sauf à Montréal, le gouvernement de François Legault veut maintenant préparer les garderies de la grande région de Montréal à rouvrir bientôt en les exhortant à embaucher des adolescents et des enfants.

«Lors du congé scolaire estival, les étudiants de 14 ans et plus pourront être embauchés» pour des tâches de désinfection, ménage ou accueil des enfants, a indiqué le gouvernement dans une note envoyée aux garderies faisant face à une pénurie de personnel, elle-même liée aux piètres conditions de travail et exacerbée par la crise du coronavirus. «L'employeur qui souhaite faire travailler un enfant de moins de 14 ans», est-il précisé dans la note, «doit obtenir l'autorisation écrite d'un de ses parents ou de son tuteur».

Alors que les hôpitaux de Montréal commencent à déborder sous les cas de COVID-19, que l'hécatombe se poursuit dans les résidences pour personnes âgées, et que plusieurs quartiers ouvriers de la ville font face à une transmission communautaire à grande échelle, le gouvernement Legault poursuit une politique scandaleuse consistant à utiliser des enfants, en les exposant du coup à un risque élevé de contracter et transmettre le coronavirus mortel, pour remplacer des employés incapables de s'occuper des tout-petits pour des raisons de santé.

Jusqu'à 6.000 employés seraient dans une telle situation, selon la FIPEQ (Fédération des intervenantes en petite enfance du Québec), affiliée à la CSQ (Centrale des syndicats du Québec).

«On parle, par exemple, de personnes vulnérables, de gens qui ont des maladies chroniques, qui font du diabète», explique sa présidente Valérie Grenon. «Certaines craignent d'attraper et de transmettre le virus à un proche vulnérable», ajoute-t-elle. Elle note également que le gouvernement a décidé de ne pas rémunérer les intervenantes en CPE (Centres de la petite enfance) qui seraient atteintes de la COVID-19, sauf en cas d'intervention de la Santé publique.

La réouverture précipitée des garderies, grâce à l'embauche massive d'adolescents et d'enfants dans un milieu de travail hautement dangereux, vise à accélérer le retour prématuré au travail exigé par la classe dirigeante afin de relancer l'exploitation accrue des travailleurs pour leur faire payer les centaines de milliards de dollars donnés à l'élite financière sous divers plans de sauvetage.

Cette politique anti-ouvrière est appliquée partout, que ce soit aux États-Unis, en Europe ou ailleurs dans le monde. Au Canada, avec le plein appui du gouvernement fédéral de Justin Trudeau, tous les gouvernements provinciaux, y compris celui de Doug Ford en Ontario, ont commencé à lever les mesures de confinement. Ils le font au mépris des avertissements répétés de l'Organisation mondiale de la Santé qu'un déconfinement prématuré, et l'absence des mesures nécessaires de dépistage, traçage et traitement systématiques, risquent d'entraîner une deuxième vague de contamination, encore plus grande que la première toujours en cours.

Quant au gouvernement Legault, même s'il a cessé de prôner officiellement la stratégie criminelle de «l'immunité collective», qui permet et souhaite une contamination de masse de la population, toute sa politique démontre qu'il est prêt à risquer les vies non seulement de milliers de personnes âgées et de travailleurs à risque, mais aussi d'adolescents et d'enfants. Cela est d'autant plus troublant que les scientifiques commencent à observer des conséquences graves chez les jeunes enfants atteints de la COVID-19, notamment la maladie de Kawasaki.

D'autres mesures envisagées par le gouvernement Legault pour accélérer la réouverture des garderies comprennent: l'embauche d'animateurs de camp de jour pour remplacer des éducatrices en CPE; l'augmentation du nombre d'enfants par éducatrice formée; et l'embauche de personnel avant la fin du processus de vérification des antécédents judiciaires.

Au même moment, en violation flagrante de ses propres appels hypocrites à maintenir la distanciation sociale, le gouvernement recommande aux parents dans le besoin d'embaucher un étudiant ou même de recourir aux grands-parents âgés de moins de 70 ans pour garder leurs enfants.

Plusieurs cas d'éclosion ont déjà été signalés dans les services de garde d'urgence qui étaient restés ouverts pendant la période de confinement pour accueillir les enfants des travailleurs de la santé et autres employés essentiels.

Dans un service de garde situé dans l'école La Mennais à Mascouche, en banlieue nord de Montréal, 12 enfants et 4 employés ont été déclarés positifs. Un autre CPE d'urgence de Mascouche, Clair-Soleil, a fait savoir qu'un enfant a reçu un résultat positif à la COVID-19 et que trois autres enfants et six éducatrices ayant été en contact avec l'enfant infecté ont été retirés par mesure préventive.

Le danger immense posé par la réouverture complète des garderies que prépare le gouvernement Legault est indiqué dans une lettre ouverte de la FIPEQ. «De nombreuses directives concernant les ratios, la distanciation avec les parents ou encore les départs et arrivées limitées ne sont pas respectées», peut-on y lire. «Des directions menacent de congédiement des intervenantes qui craignent pour leur santé ou celle de leur proche».

Les équipements de protection sont nettement insuffisants. «Tous les jours, on change des couches, on essuie des nez et on réconforte des enfants, et jusqu'à présent, on ne nous a pas donné de matériel de protection», a déploré Paula Romero, une éducatrice au CPE Pierrot La Lune, sur la Rive-Sud à Montréal.

Aucun dépistage systématique du coronavirus n'a été mis en place. «On place certaines personnes en quarantaine, mais du personnel et des enfants ayant été en contact demeurent au CPE sans avoir été testés», explique la FIPEQ. Le syndicat a également observé que les parents d'enfants fréquentant des services de garde d'urgence ne sont pas systématiquement informés lors de cas d'infection confirmés à la COVID-19 dans leur garderie.

Même les employés sont souvent gardés dans l'ignorance de l'état de santé des parents qui font appel à leurs services. Dans une entrevue rapportée par le quotidien Le Devoir, une éducatrice en garderie a expliqué: «J'ai été témoin d'un enfant dont la mère a été déclarée positive à la COVID-19, et la direction ne nous a jamais avisées».

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