22/05/2020 wsws.org  8 min #174250

Le New York Times démasque le journaliste et militant #metoo Ronan Farrow en tant qu'imposteur hypocrite

Par David Walsh
22 mai 2020

Dans un long article publié le 17 mai («Est-ce que Ronan Farrow est trop beau pour être vrai?»), le chroniqueur des médias du New York Times, Ben Smith, a lancé une attaque acharnée contre le journaliste Ronan Farrow, le révélant comme un journaliste manipulateur malhonnête et un imposteur.

Farrow est l'enfant chéri des médias américains depuis la publication de son supposé exposé de Harvey Weinstein dans le New Yorker en octobre 2017. Smith démontre que Farrow joue facilement avec la vérité, en omettant «les faits compliqués et les détails incommodes».

L'histoire de Weinstein en 2017, publiée presque simultanément avec le propre article du Times sur le producteur hollywoodien et ses prétendus méfaits, a contribué au lancement de la campagne d'inconduite sexuelle #MeToo. À la suite, en partie, des efforts «pionniers» de Farrow, des dizaines de vies et de carrières ont été détruites.

Ronan Farrow in March 2019

Farrow a débuté son histoire de Weinstein au New Yorker pour ensuite publier des «bombes», ou participer à la publication de celles-ci, qui ont fait tomber, entre autres, le procureur général de New York Eric Schneiderman et le président-directeur général de CBS Corporation Leslie Moonves, et ont alimenté l'effort de bloquer la nomination de Brett Kavanaugh à la Cour suprême des États-Unis. Parallèlement à tout cela, il a poursuivi ses efforts pour détruire et mettre sur une liste noire son père, Woody Allen, y compris pour empêcher l'autobiographie du cinéaste vétéran de voir le jour.

Il est impossible de savoir précisément pourquoi le Times a choisi de poursuivre Farrow à ce stade, alors que l'étendue de son inconduite aurait pu faire l'objet d'une enquête à tout moment au cours des dernières années, mais la décision ne peut pas être simplement arbitraire ou accessoire. Tout article d'importance qui apparaît dans ce journal doit faire partie d'une campagne politique plus vaste.

Il se peut que la plainte pour inconduite sexuelle de Tara Reade contre l'ancien vice-président Joe Biden ait été la goûte qui a fait déborder le vase. Dans cette controverse, la campagne #MeToo et son slogan «Believe women» (Il faut croire les femmes) ont traversé les plans et la politique du Times et les sections puissantes de l'élite dirigeante américaine pour qui elle parle. Ayant profité au Parti démocrate et à sa circonscription, Farrow et les chasseurs de sorcières de la sexualité peuvent maintenant être perçus, au moins temporairement, comme un obstacle: il est donc temps de passer à autre chose!

Quoi qu'il en soit, que Farrow ait été démasqué et qu'on tente de s'en débarrasser est révélateur.

Dans son article du Times, Smith examine le rôle de Farrow dans les cas de Weinstein, du présentateur de NBC Matt Lauer et de Michael Cohen, l'avocat personnel de Donald Trump. De plus, Smith réfute de manière convaincante l'affirmation de Farrow selon laquelle NBC a comploté pour censurer ses reportages sur Weinstein et que le camp Hillary Clinton a cherché à étouffer la même histoire.

En ce qui concerne Weinstein, qui, avec l'aide de Farrow, a finalement été condamné à une sévère peine de 23 ans de prison, Smith souligne des problèmes avec le reportage original du New Yorker d'octobre 2017.

Une des femmes interrogées par Farrow, Lucia Evans, a affirmé qu'elle avait été approchée par Weinstein dans un club, écrit Smith, «puis plus tard attirée vers son bureau avec une promesse d'opportunités. Là, a-t-elle dit à M. Farrow, il l'a forcée à lui faire une fellation.» Smith observe que Farrow n'a fourni aucune corroboration de l'allégation, «un principe fondamental de l'art contemporain de dénoncer les agressions sexuelles».

Il poursuit: «Un témoin crucial, l'amie qui était avec Mme Evans lorsque les deux femmes ont rencontré M. Weinstein au club, a déclaré plus tard aux procureurs que lorsqu'un vérificateur des faits pour le New Yorker l'avait appelée au sujet de l'histoire de M. Farrow, elle n'avait pas confirmé le récit de viol de Mme Evans. Au lieu de cela, selon une lettre des procureurs aux avocats de la défense, le témoin a déclaré au magazine que "quelque chose d'inapproprié s'était produit'' et a refusé d'entrer dans les détails.»

Plus tard, l'amie a déclaré à un détective de la police de New York qu'Evans avait indiqué que la relation sexuelle était consensuelle. Le policier aurait tenté de supprimer cet élément de preuve et lorsque le récit du témoin a émergé, le juge dans l'affaire Weinstein a rejeté l'accusation.

En fait, toute l'histoire de Farrow sur Weinstein sentait terriblement mauvais. Avec Evans, une autre source importante de l'article était Asia Argento, qui a admis qu'elle «s'était même rapprochée» de Weinstein, qu'il «avait dîné avec elle et l'avait présentée à sa mère... Elle a dit qu'elle avait eu des relations sexuelles consensuelles» avec lui plusieurs fois au cours des cinq années suivantes.» Le reste de l'article était composé de rumeurs, de ragots et d'allégations répétées de la grossièreté et du comportement inapproprié de Weinstein. Il y avait très peu de substance dans tout cela.

Smith infirme l'une des principales allégations de Farrow, qui occupe une place importante dans sa légende, selon laquelle les dirigeants de NBC ont cédé aux menaces de Weinstein de supprimer le reportage de sa prétendue prédation sexuelle, reportage sur lequel Farrow travaillait à ce moment. (Après avoir quitté NBC, il a rapporté l'histoire au New Yorker). L'article du Times suggère que les dirigeants de NBC, pour une bonne raison, pensaient que l'histoire de Weinstein était faible et ne répondait pas à «des normes de preuve... élevées».

Passant en revue les efforts journalistiques de Farrow dans son ensemble, Smith écrit dans le Times: «Il [Farrow] livre des récits irrésistiblement cinématographiques - avec des héros et des méchants indubitables - et omet souvent les faits compliqués et les détails incommodes qui peuvent les rendre moins dramatiques. Parfois, il ne suit pas toujours les impératifs journalistiques typiques de corroboration et de divulgation rigoureuse, ou il suggère des complots alléchants qu'il ne peut pas prouver.»

Smith se met en quatre pour donner à Farrow le bénéfice du doute, observant que ce dernier «n'est pas un fabuliste. Ses reportages peuvent être trompeurs mais il n'invente rien. Son travail, cependant, révèle la faiblesse d'une sorte de journalisme de résistance qui a prospéré à l'époque de Donald Trump: que si les journalistes nagent habilement avec les marées des médias sociaux et produisent des reportages dommageables sur les personnalités les plus détestées par les voix les plus bruyantes, les anciennes règles d'équité et d'ouverture peuvent ressembler davantage à des obstacles qu'à des impératifs journalistiques essentiels.»

Néanmoins, malgré son ton relativement prudent et discret, l'article du 17 mai dans le Times est dévastateur. Il s'agit, comme le suggère Vanity Fair, «d'un portrait brutal» de Farrow. Et un avec des implications plus larges. Smith écrit: «Le New Yorker a fait de M. Farrow une vedette générationnelle très visible pour sa marque.» Mais cette «marque» n'est pas seulement le New Yorker. Farrow est au cœur de la campagne #MeToo depuis sa création, en tant que porte-parole journalistique de premier plan.

Par exemple, lorsque Farrow a pris la parole à l'Université du Michigan en mars 2019, où il a reçu un prix, il a été présenté comme un journaliste «révolutionnaire» dont le travail avait établi «l'étalon-or des signalements d'inconduite sexuelle» et avait lancé «un raz de marée» de changement sociétal. «Ses reportages», a-t-on dit, «ont dévoilé les outils à la disposition des personnalités les plus puissantes d'Amérique alors qu'elles cherchent à faire taire leurs nombreuses victimes». Le public a appris que Farrow combattait «les structures de pouvoir et les déséquilibres de pouvoir» tout en «recherchant agressivement la vérité».

Tout cela n'était que sottises, adorées par son public aisé. Jeter un doute sérieux sur ses reportages, c'est jeter un doute sur toute la chasse aux sorcières sexuelle sordide et réactionnaire et soulever des questions inévitables et pénétrantes sur son objectif plus large et son évolution.

Smith et le Times procèdent, bien sûr, comme si ce journal lui-même n'avait pas une part de responsabilité dans la réputation imméritée de Farrow. On peut parcourir des dizaines et des dizaines d'articles du Times consacrés à Farrow sans tomber sur un seul passage sceptique ou même inquisiteur. Au contraire, le contenu est presque toujours très flatteur. Ce sont des titres typiques du Times: «Ronan Farrow va développer une série d'investigation pour HBO», «Dans Catch and Kill, Ronan Farrow raconte la poursuite de l'histoire de Harvey Weinstein», «Ronan Farrow poursuit les dirigeants de NBC News dans son nouveau livre», «Je vais aller à ma tombe en répétant l'importance des vérificateurs de faits [Farrow]»,«L'accusateur de Matt Lauer s'exprime dans le nouveau livre de Ronan Farrow»,«Imaginez si c'était votre sœur, raconte Ronan Farrow à l'éditeur de Woody Allen», etc.

En avril 2018, lorsque le New Yorker (grâce à Farrow) et le Times ont partagé le prix Pulitzer pour la fonction publique pour leur couverture des allégations de harcèlement et d'abus sexuels à Hollywood et ailleurs, le Times n'a jamais fait allusion à aucun problème avec les méthodes de Farrow. Le prix, a écrit le Times, «reconnaît les enquêtes sur le magnat du cinéma Harvey Weinstein, dont les prédations sur les femmes - et les efforts considérables déployés pour dissimuler son comportement - ont été révélées dans The Times par Jodi Kantor et Megan Twohey, et dans The New Yorker par Ronan Farrow».

La couverture conjointe de Weinstein, jubilait le Times, «a déclenché une cascade de témoignages de femmes sur les abus sur le lieu de travail, que ce soit dans un hôtel de Beverly Hills ou dans une usine de Ford Motor dans le Midwest. Des personnalités célèbres, dont le comédien Louis CK et le chef Mario Batali, ont vu leur carrière dérailler après que des femmes aient présenté des allégations d'inconduite.» Où étaient alors les références aux méthodes minables, trompeuses et autopromotionnelles de Farrow?

En fait, Farrow appartient entièrement au reste des déchets de célébrités médiatiques produits par les dernières décennies de dégénérescence culturelle et politique aux États-Unis, un processus que la marque de journalisme du Times incarne tout aussi profondément.

La pratique habituelle de Farrow en tant que «journaliste d'investigation» se compose de déclarations anonymes et non fondées, de sensationnalisme, de demi-vérités, de soupçons de sombres secrets qui ne sont jamais expliqués et de tactiques de diffamation ouvertement maccartistes. Ce n'est pas par hasard que Farrow a commencé sa vie publique en tant que propagandiste de la politique impérialiste américaine au Moyen-Orient et en Asie centrale, où les distorsions et les mensonges sont une exigence quotidienne. Mais c'est aussi l'école de communication du Times, approuvée ou simplement fournie par la CIA, le Pentagone et d'autres organismes d'État ou de sociétés.

Alors que les médias libéraux et de pseudo-gauche (Jacobin, la Nation et le non regretté Socialist Worker) ont accepté et approuvé les affirmations de Farrow, le WSWS lui, procédant sur la base de principes démocratiques, n'a pas eu besoin d'attendre deux ans et demi ans pour voir clair dans son jeu et dans celui de ses complices dans les médias.

Dès janvier 2018, nous avons commenté que Farrow personnifiait «le lien entre la moralisation de la classe moyenne, le Parti démocrate et les opérations étatiques de haut niveau... Farrow a commencé à travailler sous"certains titres non spécifiés (Politico) pour un diplomate américain (et démocrate) Richard Holbrooke quand il était adolescent. À un moment donné, Farrow a été rédacteur de discours pour Holbrooke, qui, comme le WSWS l'a noté dans une nécrologie de 2010, était "un homme imprégné de la commission et de la dissimulation de crimes sanglants" du Vietnam aux Balkans, en Afghanistan, au Pakistan et au-delà.»

Après la publication de l'attaque de Farrow contre Moonves, nous avons écrit en août 2018 que la dernière pièce du New Yorker était «du pire genre de sensationnalisme». Farrow «construit ses articles avec le minimum de preuves et un maximum d'insinuations pour exercer une influence sur un lectorat de la classe moyenne supérieure bien trop désireux d'accepter toutes ses déclarations sensationnalistes. La cible individuelle est jugée, reconnue coupable et condamnée par Farrow le moralisateur.» En mars 2019, le WSWS a carrément affirmé qu'il s'agissait encore une fois de «l'Époque des scélérats» et que «Ronan Farrow est l'un de ces principaux scélérats».

Maintenant, le Times et des sections de l'establishment se sont retournés contre lui. Cela peut être motivé par les allégations de Reade, mais il peut y avoir d'autres enjeux. Farrow a-t-il froissé la mauvaise personne? S'intéressait-il à des individus du Times lui-même ou en rapport avec le journal, dans sa salle de nouvelles, de rédaction, ou un conseil d'administration?

Incontestablement, les efforts de Farrow, qui ont coûté à certaines de ses cibles des dizaines de millions de dollars, leur position sociale et plus encore, lui ont fait plusieurs ennemis puissants. Ou s'est-il simplement fait gênant? Il s'est peut-être trop épris de sa propre importance et a été trahi par son orgueil. En tout état de cause, il tombe en disgrâce. Le New Yorker affirme que ses reportages demeurent valables. Nous verrons. Il ne fait aucun doute que des réévaluations sont en cours dans plusieurs départements.

Nos yeux sont secs. Mais la tâche de mettre pleinement à nu les forces et les motivations derrière la campagne #MeToo incombe au mouvement socialiste dans le cadre de la lutte pour que la classe ouvrière se libère du Parti démocrate et de tous ses apologistes.

(Article paru en anglais le 20 mai 2020)

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