22/05/2020 europalestine.com  4 min #174265

Nombreux escrocs franco-israéliens parmi ceux qui font leur « alya »

 22 mai 2020

Si l'on n'en parle pas aux JT, le phénomène s'amplifie pourtant, et ils s'en sont donné à coeur joie avec les escroqueries en France pendant l'épidémie de covid-19 !

Fabrice Avraham Benini, 56 ans, et Yann Moshe Zouaghi, 35 ans, ont pourtant fait de très nombreuses victimes de ce côté de la Méditerranée. Profitant de la crise sanitaire pour piéger leurs cibles, les deux hommes sont suspectés d'avoir escroqué plus d'une vingtaine de sociétés françaises, notamment dans les secteurs de l'agroalimentaire et de la construction, apprend-on dans un reportage de Libération.

A chaque fois, ils téléphonaient à des employés du service comptabilité en se faisant passer pour le patron de l'entreprise ou un de ses avocats, puis leur demandaient d'effectuer discrètement des virements pour de soi-disant projets confidentiels. Dans le milieu, on parle d'«arnaques au président», une spécialité franco-israélienne. Grâce à leur tchatche, Benini et Zouaghi ont également poussé des particuliers à investir dans des projets fictifs de recherche médicale, d'exploitation d'or ou dans l'immobilier. Plusieurs centaines de milliers d'euros ont ainsi été escamotés avant d'être blanchis dans différents pays européens, selon les premières investigations. Placés en détention provisoire, les deux hommes devraient être extradés dans les prochaines semaines en France, indiquent  Emmanuel Fansten et  Guillaume Gendron, correspondant à Tel-Aviv.

ils vivent depuis plusieurs années en Israël et bénéficiaient de plusieurs complices sur lesquels des investigations sont toujours en cours. En France, l'enquête a été confiée à un juge d'instruction du tribunal judiciaire de Châlons-en-Champagne et aux gendarmes de la section de recherches de Reims (Marne).

«Avant, ces escroqueries étaient l'apanage d'une poignée de fraudeurs. Aujourd'hui, il y a beaucoup plus de joueurs, la pyramide des escrocs s'est élargie.» Avec une constante, toutefois : la base de cette pyramide reste fermement ancrée dans la communauté franco-israélienne. «Nos investigations ont montré qu'il s'agissait souvent de citoyens français qui ont émigré en Israël et utilisent leur connaissance de la langue pour cibler des entreprises ou des particuliers en France.»

A Tel-Aviv, un connaisseur du milieu, passé par l'école du «Forex» (fraude sur le marché des changes) et des casinos en ligne, raconte à Libération l'attrait de ces arnaques pour les nouveaux immigrants français, souvent rétifs à l'apprentissage de l'hébreu et refusant les emplois sous-qualifiés et sous-payés. «En Israël, ils sont frustrés par la barrière de la langue, celle des contacts, et puis surtout les salaires, qui sont plus bas qu'en France. Ceux qui se lancent, ce ne sont pas forcément des gens brillants, mais ceux qui ont la tchatche, qui savent sentir l'actualité, la fièvre du moment. Avant, c'était le business des faux encarts publicitaires vendus à des entreprises. Puis il y a eu le Forex, légal au début bien que pas très moral. Puis le bitcoin, les cryptomonnaies... Maintenant, c'est les arnaques au président. Là, ils ont vu le Covid, ils ont sauté dessus, ils ont adapté. Ils se font passer pour des entreprises pharmaceutiques ou des fabricants de masques avec des connexions en Chine. Ils utilisent des comptes basés en Chine, appellent les services comptabilité de boîtes françaises et leur mettent une pression de dingue : « On a un super deal, mais c'est maintenant, le stock est limité. » Ils jouent sur l'urgence.»

L'affaire Benini-Zouaghi est le second dossier d'arnaque présumée impliquant des citoyens français en Israël depuis le début de la pandémie. Deux Françaises suspectées d'escroquerie à la vente de masques de protection FFP2 à des sociétés françaises ont été arrêtées début avril à Netanya, ville au nord de Tel-Aviv où vit aussi une importante communauté française.

Généralement, écrit le quotidien français, les sommes détournées sont blanchies en Chine, au Moyen-Orient, mais aussi au cœur de l'Europe. Dès qu'il a été investi, dans l'immobilier par exemple, il devient beaucoup plus difficile de faire le lien avec l'infraction de départ.

Si l'attaché de police a accepté de parler, c'est aussi pour battre en brèche l'idée persistante que les escrocs trouveraient refuge en Israël. «La France n'extrade pas ses propres ressortissants, et certains pensent que c'est la même chose en Israël, s'offusque-t-il. Mais c'est faux, nous extradons tout le temps, et pas seulement vers la France.» Comment expliquer ce malentendu ?

Ces dernières années, plusieurs Franco-Israéliens poursuivis ou condamnés en France ont donné le sentiment de narguer leurs victimes depuis l'Etat hébreu, comme Ulcan (hacker accusé d'avoir causé la mort d'un homme par infarctus après un canular sordide) ou Gilbert Chikli ( condamné en mars pour avoir soutiré des millions d'euros en se faisant passer pour le ministre Jean-Yves Le Drian). En Israël aussi, cette impunité de façade laisse parfois un goût amer.

Libé rapporte un autre cas, assez croustillant : Fin septembre, la saison 8 de Masterchef Israël a été remportée par Vanessa Vidal Abittan, olah hadasha(«récente immigrée», en hébreu) française de 42 ans. Au bout des fourneaux, la gloire cathodique, 100 000 shekels (environ 26 000 euros) et une nouvelle cuisine : success story à l'israélienne. Mais l'histoire a vite été éclipsée par la présence dans le public du mari de la championne, un certain Eddie Abittan. Bien à l'aise sur le plateau de l'émission, lançant des petits «ça sent bon !» en français dans les effluves de cuisine. Petit souci :  Abittan a été condamné par contumace en France à six ans de prison pour son implication dans plusieurs volets de la fraude à la taxe carbone, condamnation dont Abittan a fait appel. Depuis, la France, qui a demandé son extradition, n'a pas eu de nouvelles.

Source Libération

CAPJPO-EuroPalestine

 europalestine.com

 Commenter