22/06/2020 wsws.org  7 min #175747

L'Oms avertit : la pandémie de coronavirus entre dans une «phase dangereuse».

Par Benjamin Mateus
22 juin 2020

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a annoncé que la pandémie de COVID-19 avait enregistré un record jeudi avec plus de 150.000 cas confirmés en un jour. Selon la base de données du New York Times, ce chiffre s'élève même à 166.099 cas. Une autre base de données de suivi, gérée par Worldometer, indique que le total était encore plus élevé vendredi avec 181.000 cas nouvellement confirmés.

Depuis le 2 mai, la moyenne sur sept jours des cas quotidiens de COVID-19 dans le monde a augmenté régulièrement, passant d'environ 81.000 à un maximum de136.956 vendredi, soit plus 70 pour cent. La moyenne mondiale sur sept jours des morts du coronavirus a atteint son niveau le plus bas le 26 mai avec 4.079 décès ; il a depuis progressivement augmenté pour atteindre 4.649. Le nombre de décès sur une journée a dépassé les 5.000 vendredi.

De toute évidence, malgré des mesures de confinement massives affectant des milliards de gens et faisant presque s'effondrer l'économie capitaliste mondiale, la politique actuelle d'ouverture des marchés, de l'abandon de toute prudence et de reprise de toutes les activités commerciales et sociales - comme si la pandémie était vaincue et chose du passé - est de la pure folie. Si la réalité scientifique de l'épidémie ne peut être ni contournée ni ignorée, l'exigence de faire du profit rend les marchés et les élites dirigeantes de chaque pays imperméables à cette réalité et à toute sagesse.

Des travailleurs d'une équipe de secours Servpro en combinaisons de protection, munis de respirateurs, entrent dans le Life Care Center de Kirkland (État de Washington) pour commencer à nettoyer et désinfecter les installations. [Crédit: AP Photo/Ted S. Warren]

«Le monde est dans une phase nouvelle et dangereuse. On peut comprendre que de nombreuses personnes en aient assez d'être chez elles. Les pays sont naturellement désireux d'ouvrir leurs sociétés et leurs économies, mais le virus continue de se propager rapidement. Il est toujours mortel et il affecte la majorité des gens», a déclaré vendredi le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus. Plus de 81 pays dont l'Inde, le Chili, la Turquie, le Mexique, le Pakistan, l'Afrique du Sud et le Bangladesh avaient enregistré une augmentation du nombre des cas de COVID-19 dans les deux dernières semaines; moins de la moitié des pays du monde avaient enregistré une diminution de ces chiffres.

Selon l'outil de suivi du COVID-19 du site Worldmeter, il y avait vendredi soir 8,75 millions de cas dans le monde. Il y avait aussi près de 462.000 décès, selon toute vraisemblance une sous-estimation de leur nombre réel. La part du lion des nouveaux cas vendredi est revenue au Brésil avec le nombre horrifiant de 55.209 infections confirmées en un seul jour, le total le plus élevé pour un jour jusque là. Ce pays a aussi dépassé le million de cas au total, rejoignant les États-Unis. Le Brésil a enregistré 1.221 nouveaux décès, le nombre le plus élevé le 19 juin ; cela porte son bilan officiel à plus de 49.000 morts.

Le président Trump et son administration ont beaucoup en commun avec des gens comme Jair Bolsonaro, le président fasciste du Brésil, pour ce qui est de leur mépris total pour la sécurité publique et les conséquences sanitaires de l'épidémie.

Mais l'attitude dédaigneuse de Trump, qui personnifie les diktats des oligarques financiers, est d'un caractère bien plus sinistre et calculé. Dans une récente interview avec Jacqueline Policastro de Gray Television, il était interrogé sur la hausse inquiétante des nouveaux cas dans 22 États dont l'Oklahoma où il avait prévu d'organiser un grand rassemblement dimanche. Il a déclaré: «Si vous regardez, les chiffres sont très minuscules par rapport à ce qu'ils étaient. C'est en train de s'éteindre. Au fait, nous nous en sortons très bien en fait de vaccins et de thérapies. Je pense qu'il va y avoir de grandes annonces à ce sujet dans un avenir pas si lointain. Mais non, nous ne sommes pas inquiets».

Le vice-président Mike Pence a écrit cette semaine dans un article d'opinion du Wall Street Journal: «Le fait qu'aujourd'hui, moins de 6 pour cent des Américains testés chaque semaine soient porteurs du virus n'a pas vraiment été rapporté... La vérité est que nous avons fait de grands progrès au cours des quatre derniers mois, et cela témoigne du leadership du président Trump». Les chiffres réels derrière ces affirmations sans preuves présentent un tableau bien différent ; mais la signification de celles-ci est nette: nous ne prendrons plus de mesures de confinement ou d'autres mesures en réponse à une résurgence de l'épidémie.

La Caroline du Sud a vu ses cas grimper d'une moyenne de moins de 200 par jour fin mai à un pic de 1.083 cas vendredi. Une partie de cette augmentation est attribuée au tourisme récent, en particulier dans la ville touristique populaire de Myrtle Beach. À la mi-mai, le gouverneur de l'État, Henry McMaster, avait autorisé les hôtels à reprendre leurs réservations et les restaurants à rouvrir. Le 1er juin, 22 nouveaux cas étaient déclarés dans le comté de Horry, où se trouve Myrtle Beach. Le 17 juin, le nombre des nouveaux cas d'infection est passé à 120, en rapport avec le long week-end du «Memorial Day». Actuellement 660 lits d'hôpital sont occupés par des malades du coronavirus dans cet État.

La Floride a battu son record deux jours de suite avec 3.822 nouveaux cas vendredi, selon le tableau de l'Université John Hopkins. Le gouverneur républicain de cet État, Ron DeSantis, a cherché à détourner les critiques en suggérant que davantage de tests étaient effectués et que les infections se produisaient chez des personnes plus jeunes et en meilleure santé. Il a ensuite indiqué que des 'clusters' de travailleurs journaliers «majoritairement hispaniques» étaient le principal facteur de cette augmentation. «Certains de ces gars vont au travail en bus scolaire, et ils sont tous là, entassés comme des sardines, traversant le comté de Palm Beach ou certains de ces autres endroits, et il y a là toutes ces possibilités de transmission». Mais le commissaire à l'agriculture de Floride, Nikki Fried, a contesté les affirmations du gouverneur en soulignant que la plupart des ouvriers agricoles étaient partis il y a plusieurs semaines, après la fin de la récolte.

Le Texas a signalé 3.516 nouveaux cas jeudi, soit une augmentation de plus de 10 pour cent par rapport à la veille, suivis de 4.497 autres infections vendredi. Malgré l'affirmation que ces augmentations sont uniquement dues à une hausse des tests, les experts sanitaires ont noté que le pourcentage des tests s'avérant positifs augmentait également, indiquant une croissance hors contrôle de l'épidémie. La grande région de Houston a vu près de 26.000 cas avec un nombre de cas 1,2 fois plus élevé que la semaine précédente. La juge Lina Hidalgo, du comté de Harris, a émis une ordonnance qui doit entrer en vigueur aujourd'hui et oblige toutes les entreprises à rendre obligatoire le port de masques par les employés et les clients. « L'idée est qu'on voie qu'il s'agit d'une politique du 'sans chemise, sans chaussures, ou sans masque, vous ne serez pas servi», a déclaré Hidalgo aux médias locaux.

Vendredi, l'Arizona a connu une forte hausse des cas, passant d'un record de 2.519 cas jeudi à 3.246 nouveaux cas, soit une augmentation de plus de 25 pour cent. Malgré une pression importante de la part des communautés médicales qui constatent une diminution des ressources en lits dans les Unités de soins intensifs, le gouverneur républicain Doug Ducey n'a pas émis d'obligation de port de masques à l'échelle de l'État, préférant laisser les villes et les comtés appliquer ces politiques, ce qui équivaut à une forme de négligence criminelle. A la date de jeudi, 85 pour cent des lits d'hôpitaux de cet État étaient occupés. Le nombre de lits utilisés pour les patients de COVID-19 est passé de 1.667 mercredi à 1.832 en vingt-quatre heures.

Dans une interview accordée mercredi au Wall Street Journal, le président Trump avait déclaré: «Je pense personnellement que le test est surestimé, même si j'ai créé la plus grande machine à tester de l'histoire», pour ensuite ajouter que l'augmentation des cas confirmés «à bien des égards, donne de nous une mauvaise image».

Un tel sentiment de mépris est contrebalancé par celui du Dr Ashish Jha du Harvard Global Health Institute qui a récemment déclaré à CNN: «Nous en avons peut-être fini avec la pandémie, mais la pandémie n'en a pas fini avec nous».

Non seulement le gouvernement Trump a tardé à prendre des mesures immédiates à chaque étape de la pandémie entraînant des morts massives et inutiles mais de toute évidence sa réouverture prématurée du pays mènera à une accélération des décès et à l'envahissement d'infrastructures sanitaires déjà sous le choc de la pandémie.

Pour donner une idée quantitative de l'ampleur de cette négligence malveillante, une étude récente qui a comparé la réponse des États-Unis à la pandémie et celle d'autres pays, comme la Corée du Sud, l'Australie, l'Allemagne et Singapour, a révélé que 70 à 99 pour cent des Américains morts du virus auraient pu être sauvés.

Dans un article d'opinion paru dans Stat News, les chercheurs Isaac et James Sebenius notent : «En raison de la propagation exponentielle du virus, notre retard dans l'action a été dévastateur. Suite à la réponse des États-Unis 117.858 Américains sont morts dans les quatre mois qui suivirent les 15 premiers cas confirmés. Après une période équivalente... en extrapolant une population allemande de 83,7 millions d'habitants aux 331 millions [des États-Unis], une Allemagne de taille américaine aurait subi 35.049 décès dus au COVID-19». L'étude note que la réponse américaine, dans les deux premières semaines à partir de la date du quinzième cas confirmé, a été à la traîne «très loin» derrière les pays mentionnés. Elle estime que 99 pour cent des 120.000 décès dus au COVID-19 auraient pu être évités si les États-Unis avaient géré l'épidémie aussi efficacement que ces autres pays.

(Article paru d'abord en anglais 20 juin 2020)

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