29/06/2020 reseauinternational.net  7 min #176098

Venezuela - La bataille judiciaire pour l'or vénézuélien bloqué en Angleterre

Le Tribunal Suprême de Justice d'Angleterre décidera du destin des réserves d'or de l'État vénézuélien qui se trouvent à la Banque d'Angleterre (BOE), estimées à environ 2 000 000 000 de $ et exigées par le Gouvernement du président Nicolás Maduro pour renforcer le système de santé pendant la « pandémie ».

Les audiences ont débuté ce lundi 22 juin. Les représentants de la Banque Centrale du Venezuela et ceux de l'équipe de Juan Guaidó s'affrontent pour obtenir ces ressources.

La bataille pour savoir à qui seront attribuées ces ressources a débuté l'année dernière quand le Gouvernement britannique s'est aligné sur la politique des États-Unis en reconnaissant Juan Guaidó qui s'est autoproclamé président en janvier 2019. Dès lors, le député de Volonté Populaire et son équipe ont réclamé les lingots illégalement aux yeux du Droit International.

Mais l'élément juridique de la soi-disant présidence par intérim perd de sa force si on considère que le blocage de l'or fait partie d'un processus qui a débuté en 2018 après le refus de reconnaître les élections présidentielles au cours desquelles Maduro a été réélu président constitutionnel du Venezuela.

À quoi sont destinées ces ressources ?

La demande déposée par la Banque Centrale du Venezuela (BCV) à la BOE dit que sur le total de ces ressources en or qui se trouvent dans ses caves, une partie correspondant à 1 000 000 000 de $ doivent être transférées au Programme des Nations Unies pour le Développement pour que cet organisme gère l'achat des fournitures et du matériel médical nécessaires pour combattre le coronavirus.

Cette manœuvre de triangulation avec le programme de l'ONU est l'une des nombreuses manœuvres qu'a dû réaliser le Venezuela pour éviter le blocus économique, financier et commercial des États-Unis, une politique criminelle qui, ces dernières années, a donné plusieurs tours de vis destinés à asphyxier les Vénézuéliens et provoquer ainsi une explosion sociale et militaire tant attendue qui forcerait la chute du chavisme.

Les mesures coercitives unilatérales de ces dernières années empêchent le développement normal de l'État face au marché international car elles rendent impossible l'importation d'aliments, de médicaments et des autres ressources destinées à soutenir les secteurs stratégiques de l'économie et la société vénézuélienne.

Face à chaque garrot du Gouvernement étasunien destiné à couper les flux de capital au Venezuela, on a cherché d'autres voies pour surmonter la crise et répondre à la population mais à chaque solution répond une nouvelle « sanction. » Dans cette guerre d'usure, les secteurs les plus touchés sont les secteurs les plus vulnérables de la population du pays.

Plus de 140 000 000 000 de $ d'actifs vénézuéliens sont bloqués ou confisqués par des banques et des entreprises internationales à l'étranger.

En particulier, la BOE retient environ 15% des réserves d'or du Venezuela.

Dans cette situation, l'arrivée de la « pandémie » est un défi majeur pour le Gouvernement de Nicolás Maduro qui n'a cessé de chercher des solutions pour empêcher la propagation du virus. Cela a impliqué, dans certains cas, de trianguler avec d'autres pays alliés, entreprises émergentes et un gros effort pour amener des médicaments, du combustible et autres fournitures indispensables.

Antécédents de la demande

Dès la fin de l'année dernière, le Gouvernement vénézuélien a utilisé les moyens légaux à sa disposition pour récupérer les réserves en or qui se trouvent à la Banque d'Angleterre.

En janvier de l'année dernière, Sarosh Zaiwalla, l'avocat de la BCV en Londres, le président de la banque vénézuélienne, Calixto Ortega et le ministre des Finances de l'époque, Simón Zerpa, se sont rendus à Londres pour demander la restitution de l'or. Face à cette demande légitime, la direction de la banque anglaise a refusé en disant que son Gouvernement reconnaissait Juan Guaidó « comme président légitime du Venezuela ».

Ensuite, en février de cette année, le Gouvernement britannique s'est plié à la position d'autres nations en soutenant la réclamation de Guaidó. 2 mois plus tard, le Département du Trésor des États-Unis a sanctionné la BCV en alléguant que Maduro utilisait la principale banque du pays pour « piller » les actifs vénézuéliens.

Selon Reuters, Zaiwalla, qui avait été engagé en février pour remplacer un autre cabinet d'avocats, a envoyé à la BOE une lettre dans laquelle il appelait à faciliter la vente de 1 000 000 000 de $ d'or et à transférer ce montant au Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) pour qu'il achète les médicaments et les aliments nécessaires pour combattre le coronavirus au Venezuela, selon les documents présentés au tribunal.

Face au refus de cette demande, le représentant du Venezuela a déposé en mai une plainte légale contre la Banque d'Angleterre en disant qu'ils refusaient au Venezuela ses ressources à un moment d'urgence mondiale, une situation qui dans le cas du Venezuela, s'aggrave du fait que le blocus empêche de générer plus de revenus.

Que le Gouvernement vénézuélien ait eu recours au PNUD, comme l'a confirmé l'organisme multilatéral à Reuters, fait s'effondrer l'idée que le Gouvernement du président Maduro cherche à « piller les ressources du pays. »

À cause de ce que nous avons dit auparavant, il n'existe pas de possibilité que ces ressources soient administrées directement par l'État. Au contraire, son principal intérêt est de subvenir à la demande de médicaments et de matériel médical.

Les autres acteurs de la bataille

Tandis que le Gouvernement du président Maduro cherche comment vaincre le blocus, Guaidó et ses représentants semblent marcher dans la direction opposée.

Depuis qu'il s'est autoproclamé président en janvier 2019, son « action de gouvernement » s'est circonscrite basiquement à la création de figures juridiques parallèles à celles de l'État constitutionnel de la République Bolivarienne qui, au-delà de l'aspect médiatique, n'ont aucune incidence réelle sur la prise de décisions internes et extérieures.

Le soutien des États-Unis et de quelques dizaines de pays est le seul argument qu'il manie depuis son apparition en tant que président autoproclamé. Jusqu'à présent, il n'est pas un réel référent du pouvoir, pas même pour négocier en tant qu'acteur politique en position d'égalité avec les pays qui le « reconnaissent » comme « Gouvernement. »

Dans cette bataille, on voit comment l'autre partie réclame l'utilisation des ressources en or retenues à la Banque d'Angleterre mais elle n'est pas représentative car elle n'est pas soutenue par l'appareil d'État.

L'argument présenté par le représentant de Guaidó, José Ignacio Hernández, est que le Gouvernement britannique les « reconnaît » et que son équipe devrait obtenir ces ressources pour que le Gouvernement de Maduro ne les « pille » pas. Cruelle ironie étant donné que c'est l'opposition qui a effectué des malversations de fonds aussi bien des fonds de « l'aide humanitaire » destinée au Venezuela qu'ils ont tant chantée sur les toits ces dernières années que des biens et des actions des entreprises vénézuéliennes à l'étranger.

Pour donner un exemple en situation, il suffit de dire que le personnel diplomatique présent et reconnu par la Grande Bretagne est celui qui a été désigné par le Gouvernement de Nicolás Maduro, ce qui montre bien les contradictions des autorités britanniques.

Jusqu'à présent, les organismes proches du Venezuela impliqués dans la gestion de ces ressources ne se prononcent pas ou restent neutres. D'une part, la Banque d'Angleterre se désintéresse de l'affaire et attend la décision du tribunal et d'autre part, le PNUD reste en dehors des décisions de la BOE et de la BCV.

Même si c'est le tribunal anglais qui doit prendre la décision d'accorder la gestion de ces ressources à l'une ou à l'autre partie, il faut dire que leur gel et leur déblocage correspondent à une décision politique du Gouvernement britannique. Apparemment, ce tribunal décidera s'il cède les ressources à des millions de Vénézuéliens pour contenir la « pandémie » ou s'il continuera à reconnaître Guaidó comme « président » sur les ordres des États-Unis.

source :  resumenlatinoamericano.org

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

via  bolivarinfos.over-blog.com

 reseauinternational.net

 Commenter