15/08/2020 venesol.org  7 min #178047

La main visible de l'Usaid et de la Cia

Sous le prétexte de la pandémie, le Tribunal Suprême Electoral (T.S.E.) a, pour la troisième fois, reporté la date des élections en Bolivie du 6 septembre au 18 octobre, ce qui a épuisé la patience du peuple bolivien qui, en signe de protestation, a bloqué 150 points du pays.

Les revendications, qui dépassent la question des élections, portent sur l'accès au droit à la santé, à l'éducation et au travail. Sur les blocages on commence à exiger la démission de Jeanine Áñez.

Les médias de masse accusent les organisations sociales de rejeter la nouvelle date des élections par caprice mais les organisations qui appellent à la grève expliquent leur rejet non seulement parce qu'ils considèrent les multiples reports comme une mascarade mais aussi parce que la décision a été prise par le T.S.E. de manière unilatérale, anticonstitutionnelle et illégale par le truchement d'une résolution qui passe au-dessus des lois N° 1297 et N° 1304 (qui organisent la convocation aux élections), contournant ainsi la Constitution Politique de l'État (C.P.E.) et l'Assemblée Législative.

La loi N° 1297 sur le Report des Elections générales prévoit que les élections doivent avoir lieu dans un délai maximum de 127 jours à partir du 3 mai, c'est à dire jusqu'au 6 septembre comme l'a suggéré le T.S.E. La N° 1304 (loi modifiant la loi N° 1297) ne modifie que l'article 2 de la loi N° 1297.

Une résolution ne peut pas passer outre à une loi. Par conséquent, l'élection du 18 octobre serait un acte nul et non avenu, qu'Áñez pourrait ne pas reconnaître. C'est pourquoi Luis Arce, le candidat du M.A.S. conditionne un accord sur une nouvelle date à son établissement par une loi et non par une résolution pour entrer ainsi dans le cadre juridique constitutionnel et avoir une validité légale.

Le président du T.S.E., Salvador Romero, en est bien conscient. Dès lors, à quoi joue-t-il et qui est Salvador Romero ?

Son nom apparaît dans les câbles révélés par WikiLeaks qui démontrent ses liens avec la Département d'État nord-américain et avec l'Agence des États-Unis pour le Développement International connue sous son acronyme anglais USAID. À travers l'USAID, l'Agence Centrale de Renseignement (CIA) alloue des fonds pour des opérations politiques contre les Gouvernements non alignés sur les États-Unis. D'autre part, les câbles révèlent que Salvador Romero était un informateur de l'ex-ambassadeur des Etats-Unis Philip Goldberd (2006-2008) expulsé de Bolivie par Evo Morales pour avoir conspiré contre le Gouvernement.

L'USAID a financé les « conférences » de Salvador Romero contre Evo Morales dans le passé. Où est sa prétendue neutralité politique ? D'autre part, des photos circulent sur les réseaux sociaux qui montrent ses liens étroits avec Carlos Mesa, le candidat à la présidence pour Comunidad Ciudadana (C.C.). En 2003, Salvador Romero a été nommé président de la Cour Electorale (C.N.E.) par Carlos Mesa, alors président de la Bolivie. Evo Morales avait dénoncé le fait que cette organe électoral était gérée par les États-Unis.

Un fait révélateur pour comprendre le contexte actuel de la Bolivie est la participation de Salvador Romero à la persécution et à la proscription de l'ex-président du Honduras, Manuel Zelaya, et sa légitimation des fraudes qui ont suivi. Romero a été envoyé par les États-Unis au Honduras après le coup d'Etat et a été nommé directeur du National Democratic Institute (NDI) de 2011 à 2014.

Qu'est-ce que le NDI ? Le National Democratic Institute est un organisme de financement qui a soutenu les groupes d'opposants au processus de changement et se qualifie lui-même d'organisation « politique non gouvernementale » des États-Unis. Il a été créée en 1983 dans le cadre du programme « National Support for Democracy » du Congrès des États-Unis et est financée par l'USAID.

Depuis l'arrivée de Salvador Romero au Honduras après le coup d'État contre le président Zelaya, la droite a toujours remportéé les élections grâce à la fraude soutenue par les Etats-Unis et le NDI, financé par le National Endowment for Democracy (NED) qui dépend de l'USAID.

Le NED est un autre canal de financement de projets et de groupes destinés à réaliser des coups d'Etat. Parmi ses actions, on trouve l'utilisation de groupes de jeunes pour provoquer des déstabilisations. Est-ce un hasard si les groupes paramilitaires en Bolivie sont composés de jeunes universitaires. Il finance des partis politiques et des O.N.G. opposées aux présidents soutenus par le peuple.

NED, USAID, NDI, etc., différents noms pour un même but : imposer les intérêts des États-Unis dans les pays non alignés sur les Etats-Unis. La complicité de Salvador Romero avec les Etats-Unis et ses organismes comme C.I.A. et l'U.S.A.I.D. est prouvée.

La Bolivie et la voie du Honduras : coup d'État, proscription et fraude

Le coup d'État au Honduras a été le premier acte d'un projet régional de reconquête des pays que les États-Unis considèrent comme leur « arrière-cour » (Doctrine Monroe) : toute la zone depuis leur frontière jusqu'à l'extrême sud. À partir de là ont eu lieu une série de coups d'État « doux » au Paraguay contre Fernando Lugo, au Brésil contre Dilma Rouseff, ils ont essayé au Venezuela mais n'ont pas réussi grâce à la loyauté de ses Forces Armées et des milices populaires qui ont une conscience idéologique et politique. Ils ont alors accéléré leurs plans concernant la Bolivie en créant les conditions internes pour le réaliser.

Sur le plan extérieur, la Bolivie était seule avec une UNASUR désactivée, entourée de pays alignés sur les États-Unis et les Etats-Unis eux-mêmes dans un contexte de chute libre en tant que puissance économique mondiale, avec la montée de la Russie et de la Chine. C'est pourquoi les États-Unis doivent s'assurer les ressources naturelles de la Bolivie dont l'or et l'argent ont construit tout le continent européen avec la conquête de l'Amérique.

La Bolivie possède 60% des réserves mondiales de lithium et peut devenir une puissance régionale et même mondiale. Dans le pays, les coups d'État « doux » ou institutionnels ne fonctionnent pas à cause des particularités du peuple bolivien, une Assemblée Législative contrôlée par le M.A.S. et un pouvoir judiciaire élu par les urnes, de sorte qu'un coup d'Etat violent était nécessaire.

L'avenir de la Bolivie pourrait être semblable à celui du Honduras : Coup d'Etat, Proscription et Fraude. Le coup d'Etat contre Manuel Zelaya a eu lieu en 2009, suivi de la proscription et de l'imposition du président de facto Roberto Micheletti. Des élections ont eu lieu en décembre 2009 et le président « démocratique » Porfirio Lobo (2010-2014) a été élu. Ensuite, Orlando Hernández (2014-2018), réélu pour un second mandat en 2018. Toutes ces élections ont été accompagnées de fraudes non dissimulées, avec le soutien de l'O.E.A. Ainsi, ils ont donné une façade démocratique à la dictature jusqu'à aujourd'hui. Ces présidents ont pris leurs fonctions avec le peuple dans la rue pendant des semaines et brutalement réprimé. Des gens ont été arrêtés, tués, disparus, torturés, blessés et exilés.

Qu'est-ce que les putschistes ont laissé au Honduras ?

Le 13 octobre 2018, les fameuses « caravanes de migrants » ont quitté le Honduras. Elles sont parties avec 1000 personnes auxquelles d'autres se sont jointes à différentes dates, en provenance du Salvador, du Guatemala et du Honduras. Il y a eu jusqu'à 7000 personnes, c'est la plus grande caravane jamais vue marchant vers les États-Unis.

Nous, les Boliviens, savons très bien ce que signifie être migrant à cause des politiques néolibérales et des coups d'État. Mais la situation de ces « caravanes » est très différente. Des milliers de personnes ont quitté le Honduras à pied, elles ont traversé des fleuves, subi la pluie, le soleil, le froid, elles ont dormi dans des abris improvisés, sous des tentes dans les rues, etc Certaines sont mortes, d'autres sont tombées malades et d'autres encore sont tombées dans des réseaux de traite d'êtres humains.

Les indicateurs sociaux du pays, la pauvreté, les inégalités etc. sont parmi les plus mauvais du continent, ce qui a amené le développement de la violence, du trafic de drogues, des groupes paramilitaires, des assassinats de dirigeants, etc. Un cas emblématique a été l'assassinat de la dirigeante indigène Berta Cáceres qui jouissait de mesures de protection de la Cour Inter-américaine des Droits de l'Homme (C.I.D.H.).

Les États-Unis qui ont mené le coup d'État au Honduras ont militarisé la frontière et l'ont fermée aux migrants. De son côté, le président du Honduras a qualifié les migrants comme des « groupes financés par Nicolás Maduro » pour discréditer sa gestion. Sans pitié...

Verónica Zapata
Journaliste et psychologue bolivienne, collaboratrice du Centro Latinoamericano de Análisis Estratégico (CLAE, www.estrategia.la)

Source :  https://www.resumenlatinoamericano.

Traduction :  Bolivar Infos &  Venesol

 venesol.org

 Commenter