15/09/2020 tlaxcala-int.org  6 min #179266

Il est possible d'arrêter la catastrophe : nous devons nous y préparer ! Appel à une première assemblée en chair et en os le 27 septembre à Rome

 ilmondocheverrà theworldtocome lemondequiviendra

Les assemblées transversales qui ont suivi le lancement du hashtag #ilmondocheverrà (lemondequiviendra) ont commencé pendant le confinement. Notre 'intention était d'ouvrir un espace de confrontation pour les luttes sociales à l'ère de la Covid. La première assemblée avec présence physique est convoquée pour le 27 septembre à Rome.

La pandémie n'est pas terminée, mais le monde a recommencé à courir, comme si de rien n'était. Il n'est pas étonnant que dans les pays gouvernéz par un néolibéralisme autoritaire, pratiquant un négationnisme vis-à-vis du virus, les contagions se développent sans relâche, tout comme les morts. Aux USA, au Brésil, en Inde, la pandémie est devenue un instrument de guerre contre la société, une inévitable « sélection naturelle » pour éliminer les pauvres, la pauvreté suivant la ligne de la couleur ou affectant de manière différentielle les autochtones et les migrants internes.

En Italie et en Europe, l'urgence semblait avoir partiellement reculé, mais les données de ces dernières semaines, de l'Espagne à la France et aux pays de l'Est, indiquent sans équivoque que ce n'est pas le cas. Et nous verrons ce que l'automne nous réserve, lorsque les rhumes, les éternuements et les fenêtres fermées multiplieront les possibilités de contagion...

En attendant, le monde des affaires ne peut pas rester tranquille. La colonne vertébrale de l'industrie manufacturière européenne, cet espace industriel et logistique qui commence en Belgique et va jusqu'en Lombardie, et où la contagion a été la plus dramatique, n'a pas l'intention de s'arrêter et ne s'arrêtera pas à l'automne. Ce qui met en avant la contradiction, nullement atténuée après le confinement, entre la vie et le travail. Pourtant, la discontinuité a été forte, les chaînes de valeur mondiales se sont fragmentées, la catastrophe de l'emploi est déjà en cours, des secteurs productifs entiers - dont certains services à faible valeur ajoutée - semblent voués à disparaître.

C'est dans ce cadre, imposé certes par la violence de l'impact de la pandémie, mais aussi par la pression des mouvements diffus à travers le continent, que s'inscrit le changement de cap constitué par le Fonds de relance de l'UE : c'est là une première forme de partage communautaire du budget et de la dette, une injection puissante de liquidités dans l'économie, pas seulement financière. C'est sur ce terrain, en exerçant une contestation très dure et en recherchant une alternative radicale, que l'espace de convergence que nous avons commencé à construire avec les cinq actes du #mondequiviendra doit se situer et lutter.

La discussion et la rédaction d'un programme, à distance, ont les motifs d'un nouvel espoir politique. La prise de conscience d'une fracture faisant date a sans doute relancé le désir de conjuguer les luttes, de fédérer les prototypes de nouveaux mutualismes, de dépasser les particularismes et les aphasies. Un pari gagné, sans aucun doute. Mais il s'agit maintenant de se mettre à l'épreuve avec la longue transition inaugurée par la « phase 2 » : un rythme syncopé d'ouvertures et de fermetures, le point de non-retour du smart working (télétravail), les restructurations d'entreprises imminentes, l'approfondissement de la crise du salaire direct et indirect, welfare (protection sociale) comme terrain de conflit.

C'est une transition qui se greffe sur un processus à moyen terme, entamé avec la crise financière de 2008 et sa gestion, notamment dans les pays du Sud de l'Europe, violemment appauvris par l'austérité et marqués par la politique de la peur. Le monde déjà en marche n'est pas le nôtre, c'est la catastrophe en tant que forme de gouvernance contemporaine. L'ouvrir au monde à venir signifie, ici et maintenant, ouvrir des failles, générer des glissements de terrain, diviser l'un du pouvoir en deux, c'est-à-dire inventer et consolider des contre-pouvoirs.

Le monde qui viendra s'est cependant déjà montré, en partie, une potentialité émergente dans les mois de confinement et de reprise : la centralité - déjà rendue indiscutable par le mouvement féministe mondial - de la reproduction sociale et du travail du soin ; la mobilisation de l'école, dans la convergence entre enseignants et parents ; les « courses solidaires » et le fait de repenser, par le bas, le welfare ; le renforcement et l'extension de la revendication de revenu ; les luttes des coursiers et des immigré·es, celles des intermittents du spectacle et des travailleur·ses précaires avec code fiscal [partita IVA, obligatoire pour tout travailleur autonome avec un revenu annuel supérieur à 5 000 €, NdT] ; la transformation de l'administration publique et les conflits contre la précarité. Entre ces fragments d'un nouveau monde et la marée antiraciste des USA, la relation n'est pas linéaire, mais elle est puissante.

Une classe ouvrière nouvelle et multiple, féminine et métisse, précaire et jeune, formée et sous-payée à la fois, fait son apparition malgré et contre la catastrophe des multinationales, les profits des géants de la tech et du big data.

Il s'agit maintenant de comprendre si cette urgence peut déboucher sur une cohérence organisationnelle, une alternative politique, un contre-pouvoir efficace. Il s'agit de battre, maintenant comme toujours, en brèche la fragmentation et le repli identitaire et/ou corporatif. La convergence des luttes n'est jamais acquise, c'est un chemin difficile qui exige un dévouement patient et une innovation continue.

Au niveau européen, à la lumière du Fonds de relance et de la reprise en force des dépenses publiques, le welfare devient un terrain de lutte décisif et unificateur, et nous pouvons parier sur le fait qu'au moins pour un certain temps, il sera impossible de proposer à nouveau une politique d'austérité systématique. L'Europe néolibérale reste erronée, soyons clairs, mais les ressources sont là et il s'agit de comprendre, avec la dureté du conflit, où elles vont finir et de quelle manière, avec quel calendrier, etc.

Exiger aujourd'hui plus que jamais le renforcement de la santé, de la formation et de la recherche publiques, l'extension inconditionnelle du revenu de base, la stabilisation du travail public, social et de soins, c'est repenser la démocratie en Europe. Démocratiser l'Europe, en retour, ne peut que signifier reconstruire le welfare d'en bas.

Un grand mouvement social peut aujourd'hui construire l'espace européen d'une nouvelle manière, en le libérant du néolibéralisme et en ouvrant une perspective fédéraliste fondée sur l'approfondissement et la réinvention de la liberté, de l'égalité et de la solidarité. La migration se présente à nouveau comme une question cruciale, non seulement pour la qualité des relations sociales et de la citoyenneté qui prévalent au sein de l'espace européen, mais aussi pour définir la position de cet espace dans le monde - à partir des relations avec la rive sud de la Méditerranée.

Avec la tension ébauchée à ce jour, l'assemblée nationale en chair et en ose, le 27 septembre à Rome, peut être une occasion importante de vérifier les hypothèses politiques élaborées collectivement au cours de ces derniers mois : les luttes pour la réappropriation démocratique des dépenses publiques continentales peuvent briser la fragmentation et les barrières corporatives, elles peuvent surmonter une fois pour toutes les frontières nationales. Dans un premier temps, en envisageant dès maintenant les mobilisations de l'automne et la construction, avec tant de différences, d'une assemblée télématique européenne. C'est un pari, celui de considérer qu'il est possible d'arrêter la catastrophe du capitalisme néolibéral et autoritaire : préparons-nous-y, essayons.

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Publication date of original article: 01/08/2020

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