09/11/2020 les-crises.fr  4 min #181411

Loi sécurité globale : surveillance généralisée des manifestations

Source :  La Quadrature du Net

Le 20 octobre, les députés de la majorité LREM ont déposé une  proposition de loi de « sécurité globale ». Son article 21 veut déréguler l'utilisation des caméras mobiles portées par les forces de l'ordre. Son article 22 veut légaliser la surveillance par drone. Son article 24 veut interdire au public de diffuser l'image de policiers.

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Nous exigeons le rejet de ces trois mesures, ne serait-ce qu'en raison de l'atteinte inadmissible qu'elles portent au droit fondamental d'exprimer nos opinions en manifestation. Ce n'est pas la seule critique à faire contre ce texte, mais c'est la critique que nous développerons dans cette première analyse.

Surveillance de masse au sol

Une loi de 2016 a  autorisé les policiers et les gendarmes à filmer leurs interventions par des « caméra mobiles ». Une condition était toutefois posée : que l'agent portant la caméra ne puisse pas accéder aux images, celles-ci ne pouvant être exploitées qu'a posteriori, lorsqu'un événement particulier survenu pendant l'intervention le justifiait. Cette condition, d'après l' avis de la CNIL, constituait une des « garanties essentielles » capables de rendre le dispositif acceptable.

L'article 21 de la loi « sécurité globale » propose de supprimer cette garantie. Non seulement l'agent pourra accéder aux images qu'il a enregistrées mais, plus grave, les images ne seront plus seulement exploitées à posteriori : elles pourront aussi être « transmises en temps réel au poste de commandement ». À notre sens, un des intérêts principaux serait de permettre l'analyse automatisée et en temps réel des images. Pour rappel, la police est  autorisée depuis 2012 à utiliser des logiciels de reconnaissance faciale pour identifier une des 8 millions de photos déjà enregistrées dans le fichier de traitement des antécédents judiciaire (TAJ) sur n'importe quelle image dont elle dispose (qu'elle vienne de caméras fixe ou mobile, de vidéo publiée en ligne, etc.)

Surveillance de masse aérienne

L'article 22 de la loi « sécurité globale » propose d'autoriser une pratique qui s'est répandue en violation de la loi au cours des derniers mois : le déploiement de drones pour surveiller les manifestations (pratique que nous venons d' attaquer à Paris).

La surveillance par drones permet de suivre à la trace n'importe quel individu « dérangeant » repéré au cours d'une manifestation, afin de diriger les forces aux sols pour le malmener.

Pire, avec une vision si haute et lointaine, les ordres du centre de commandement ne peuvent qu'être déconnectés des considérations humaines les plus élémentaires : bien souvent, les manifestants et les manifestantes ne sont plus que des points vus du dessus, dont la souffrance et la peur sont imperceptibles. Les conditions idéales sont réunies pour éviter que les donneurs d'ordre ne soient distraits par quelque empathie ou considération morale, pour que plus rien ne retienne la violence illégitime qui dissuadera les manifestants de revenir exercer leurs droits.

Interdiction de documenter l'action de la police

L'article 24 de la loi « sécurité globale » propose d'interdire au public de diffuser « l'image du visage ou tout autre élément d'identification d'un fonctionnaire de la police nationale ou d'un militaire de la gendarmerie nationale lorsqu'il agit dans le cadre d'une opération de police » et lorsque cette diffusion est faite « dans le but qu'il soit porté atteinte à son intégrité physique ou psychique ». Cette dernière précision vise à rassurer, mais ne soyons pas dupes : la police empêche déjà très régulièrement des personnes de la filmer alors qu'elles en ont parfaitement le droit. Cette nouvelle disposition ne pourra que rendre l'opposition de la police encore plus systématique et violente, peu importe le sens exact de la loi. De même, cette disposition sera à coup sûr instrumentalisée par la police pour exiger que les réseaux sociaux, petits ou grands, censurent toute image d'abus policiers, d'autant que le droit français rend ces plateformes responsables des images « manifestement illicites » qu'elles ne censureraient pas après signalement.

Il faut bien comprendre, ici encore, que si le maintien de l'ordre se faisait dans une approche de protection et d'apaisement, cette mesure serait parfaitement inutile. La population ne dénoncerait pas de policiers et n'en diffuserait pas l'image si la stratégie de maintien de l'ordre ne reposait pas sur la violence. Le seul objectif de cette disposition est de permettre à cette violence de perdurer tout en la rendant pratiquement incontestable.

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Source :  La Quadrature du Net - 29/10/2020

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