15/11/2020 francais.rt.com  6 min #181688

Etats-Unis : pourquoi la présidentielle est encore loin d'être terminée

Quoi qu'en disent les médias, Joe Biden n'est pas encore élu. Entre les multiples recours judiciaires lancés dans les Etats clés par Donald Trump, et ses allégations explosives concernant Dominion Voting System, la justice va avoir son mot à dire.

Depuis qu'il a été proclamé  vainqueur par les médias, le candidat démocrate Joe Biden tient ses conférences de presse sous l'appellation «bureau du président élu», préparant les quatre prochaines années de son administration. A lire la presse et à en croire le camp démocrate, l'affaire serait donc entendue : l'ancien vice-président de Barack Obama va prendre en main la destinée des Etats-Unis en janvier prochain.

Pourtant, rarement la situation n'aura été aussi incertaine dans la foulée d'une élection. Dénonçant des fraudes massives lors du scrutin, Donald Trump n'a pas admis sa défaite et son équipe juridique multiplie les procédures judiciaires dans les Etats clés. Il convient dès lors de rappeler quelques points importants, qui pour une raison ou une autre ne sont pas - ou peu - évoqués dans la presse : le «bureau du président élu» n'existe pas, pas plus que la fonction de président élu. Surtout, il ne revient pas aux médias de décréter le vainqueur de l'élection. Ces derniers se contentent de faire des projections sur les résultats, qui ne sont à l'heure actuelle que provisoires, puisque chaque Etat doit encore les certifier. Une fois que cela sera fait, le Collège électoral se réunira et ses grands électeurs voteront pour un candidat, nommant officiellement le prochain président.

«Pluie de procédures» judiciaires

Or le Collège électoral ne fera son choix que le 14 décembre prochain, et rien ne dit que la situation n'évoluera pas d'ici là. L'équipe de campagne de Donald Trump soutient que la loi électorale a été violée dans plusieurs Etats, affirmant,  témoignages à l'appui, que d'une part des votes ont été comptés sans la présence d'observateurs, et d'autre part que de nombreux votes frauduleux ont été pris en compte. Des procédures judiciaires sont toujours en cours dans le Michigan, la Pennsylvanie, le Nevada, l'Arizona et le Wisconsin. Un recompte de votes est par ailleurs en cours en Géorgie, tandis qu'un autre va avoir lieu dans le Wisconsin.

Si les premiers recours de l'équipe du chef d'Etat sortant ont été dans leur immense majorité rejetés, Donald Trump a signé une victoire qui pourrait avoir son importance en Pennsylvanie.  La justice a estimé que la décision de l'Etat de prolonger le délai du 9 au 12 novembre pour vérifier certains votes par correspondance n'était pas valable, car adoptée par Kathy Boockvar, qui en sa qualité de secrétaire du Commonwealth de l'Etat n'avait pas l'autorité nécessaire à ces fins. Si ce jugement n'invalide qu'un nombre minime de votes (10 000), il pourrait ouvrir la porte à une intervention de la Cour suprême,  selon le constitutionnaliste Alan Dershowitz, qui estime toutefois que cela reste improbable.

Il est par ailleurs notable que Donald Trump bénéficie dans sa démarche du soutien de l'ensemble de la direction des républicains au Congrès, ainsi que de son parti. Tout aussi notable, le président de la commission électorale fédérale (FEC) a récemment  déclaré qu'il pensait qu'il y avait eu des fraudes lors de cette élection, et que les procédures judiciaires de l'équipe Trump étaient fondées sur des allégations valides. La bataille juridique qui s'est ouverte ne fait donc que commencer. Selon  Jenna Ellis, membre de l'équipe juridique de Donald Trump, une «pluie de procédures» est d'ailleurs encore à venir.

Dominion Voting System, la clé du scrutin ?

Des procédures au premier rang desquelles se trouvera sûrement Dominion Voting System, une entreprise qui gère informatiquement la tabulation des votes dans plusieurs Etats. Dans le comté d'Antrim, dans le Michigan, les responsables électoraux  ont établi après un recompte manuel des votes que 6 000 voix en faveur de Donald Trump avaient été attribuées à Joe Biden.

De quoi interpeller le camp républicain, d'autant que Dominion gère des machines similaires dans 47 comtés du Michigan mais aussi dans 28 autres Etats, dont la plupart des Etats clés. Sydney Powell, ex-procureur fédéral et avocate de Michael Flynn, désormais dans l'équipe juridique de Donald Trump, accuse depuis des jours Dominion d'être à l'origine d'une fraude électorale informatique massive, à même de remettre totalement en cause les résultats du scrutin dans les Etats clés.

Je vais relâcher le Kraken. []... Le président Trump a gagné de façon écrasante. Cela va être irréfutable

L'avocate assure disposer d'éléments permettant d'étayer ses allégations explosives, comme elle l'a confié sur Fox News Business. «Des témoins de Dominion se sont manifestés. L'ampleur de la fraude est stupéfiante», a-t-elle notamment déclaré, précisant qu'une vaste enquête criminelle allait être ouverte. «Je vais relâcher le Kraken. []... Le président Trump a gagné de façon écrasante. Cela va être irréfutable.»

Lou Dobbs  13/11/2020 23:35:576827629715 2292249/2099
Release the Kraken: @SidneyPowell1 vows to expose the Silicon Valley and left-wing corporations that are using their power to help Democrats steal the election from @realDonaldTrump. #MAGA #AmericaFirst #Dobbs

Si Dominion a «  catégoriquement nié» tout problème avec ses machines à voter, le camp républicain, Donald Trump en tête, n'en démord pas et insiste sur les failles de sécurité que présenterait l'entreprise. Le chef d'Etat a notamment retwitté un reportage de la chaîne NBC datant d'il y a quelques mois, dans lequel des pirates informatiques expliquaient la facilité avec laquelle ils pouvaient pénétrer dans le système.

Donald J. Trump  14/11/2020 22:58:3619975870684 88947366/51
pic.twitter.com/aqAf0KkoYn
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L'administration Trump continue de travailler dans l'optique d'un second mandat

Dans la confusion qui règne, l'appareil d'Etat américain n'a pas pris position. Le directeur du renseignement américain, John Ratcliffe, a ainsi  expliqué qu'aucune information ne serait partagée avec l'équipe de transition de Joe Biden tant que les résultats ne seraient pas officiellement certifiés.

Au sein de l'administration Trump, une certaine confiance se dégage même : le conseiller au commerce extérieur de la Maison Blanche, Peter Navarro, a par exemple  confié que l'administration poursuivait son travail avec en tête l'hypothèse d'un second mandat du chef d'Etat : «Nous travaillons à la Maison Blanche en supposant qu'il y aura un deuxième mandat Trump.» Répondant à la question d'un journaliste sur la passation de pouvoir entre Donald Trump et Joe Biden, le secrétaire d'Etat Mike Pompeo a de son côté glissé dans un sourire qu'il y aurait une «transition en douceur vers une deuxième administration Trump».

En tout état de cause, la patience semble une vertu cardinale dans cette période trouble que traversent les Etats-Unis. Il n'est pas inutile de rappeler qu'en l'an 2000, le candidat démocrate Al Gore avait été annoncé vainqueur par les médias, devenant président élu 37 jours durant. Jusqu'à ce que, après recompte des voix en Floride sur décision de la Cour suprême, son rival George W. Bush ne soit déclaré vainqueur. Voilà peut-être pourquoi la Russie n'a pas encore félicité Joe Biden pour sa «victoire», préférant attendre l'officialisation des résultats. Une position qui fait sens tant la justice pourrait jouer un rôle déterminant au cours des semaines à venir. Lorsqu'elle aura tranché viendra alors l'heure de féliciter le vainqueur, Joe Biden... ou Donald Trump.

Frédéric Aigouy

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