03/12/2020 wsws.org  6 min #182413

La pandémie de coronavirus et les arguments en faveur de l'expropriation de l'oligarchie financière

Alors que des milliards de personnes se préparent à un hiver de difficultés et de maladie, les marchés boursiers mondiaux célèbrent leur meilleur mois en 33 ans. L'indice Dow Jones des valeurs industrielles a atteint 30.000 points pour la première fois en novembre.

Alors que les décès s'accumulent dans tous les pays, la classe dirigeante profite de la pandémie pour orchestrer un transfert de richesse sans précédent de la classe ouvrière vers les riches.

Selon une enquête récente de l'organisation à but non lucratif «Save the Children», 75 pour cent des ménages dans le monde ont déclaré avoir perdu des revenus depuis le début de la pandémie. Si l'on étend ces pourcentages à la population mondiale, cela signifie que 5,25 milliards de personnes sont nettement plus pauvres en novembre qu'elles l'étaient en janvier. Sur ce nombre, 1,05 milliard de personnes ont perdu 100 pour cent de leurs revenus, 1,7 milliard de personnes ont perdu plus de 75 pour cent de leurs revenus et 1,7 milliard de personnes ont perdu entre 56 et 75 pour cent de leurs revenus.

Part de la population mondiale déclarant ne pas recevoir d'aide gouvernementale (Crédit: Save the Children)

La même enquête a révélé que 3,7 milliards de personnes, soit 70 pour cent des personnes interrogées ayant subi des pertes économiques, n'avaient reçu aucune aide du gouvernement.

Le degré d'appauvrissement social que représentent ces chiffres est quasi inimaginable. Quatre-vingt-dix pour cent des personnes interrogées dans le cadre de l'enquête ont déclaré avoir un accès moindre aux soins de santé que l'année précédente. Près des deux tiers des personnes interrogées - soit 4,3 milliards de personnes si les chiffres sont exacts - ont des difficultés à fournir à leur famille les aliments de base.

Plus de 25 pour cent des parents affirment que leurs enfants n'ont aucun matériel scolaire pour l'enseignement à distance, pas même un manuel ou un livre de lecture. «Save the Children» estime «prudemment» que 10 millions d'enfants pauvres ne retourneront jamais à l'école lorsque la pandémie sera terminée, car la pauvreté à long terme les obligera à travailler au lieu d'apprendre. Les taux de grossesse chez les adolescentes, et de violence familiale, sont en augmentation.

Les travailleurs des pays «plus riches» ne sont pas épargnés par cette dévastation. Selon les données du ministère américain du Travail, il y a aujourd'hui plus d'emplois bien rémunérés qu'en janvier, tandis qu'il y a 25 pour cent de moins d'emplois rémunérés à moins de 15 dollars de l'heure. Selon les chiffres officiels, le nombre total de chômeurs s'élève encore à plus de 10 millions.

Cet argent n'a pas «disparu», on l'a conduit vers les comptes en banque des super-riches.

La loi bipartite CARES a transféré en moyenne 1,6 million de dollars à chacun des 43.000 Américains riches dont le revenu dépassait déjà le million de dollars. Cela fait un total de 135 milliards de dollars distribués à ceux qui n'en avaient pas besoin.

Mesures de relance budgétaire 2009 et 2020 (Crédit: Forum économique mondial)

Les principaux pays impérialistes ont fourni un total de 10.000 milliards de dollars en mesures de relance budgétaire pour soutenir les banques et les entreprises cette année, dépassant déjà massivement la taille des sauvetages bancaires de 2008-2009. Aux États-Unis, le renflouement des entreprises s'est élevé cette année à plus de 12 pour cent du PIB, soit le double du renflouement de 2009, qui avait coûté moins de 6 pour cent du PIB. Au Japon, en Allemagne, en Australie, au Royaume-Uni, au Canada et en France, les gouvernements ont également doublé, triplé ou quadruplé la taille du plan de sauvetage.

Cela a rendu, de facon obscène, les riches encore plus riches. Selon un rapport publié en novembre par Inequality.org, «Entre le 18 mars - en gros le début de la pandémie de COVID-19 - et le 13 octobre, la richesse totale des 644 milliardaires américains est passée de trois mille milliards de dollars à presque quatre mille milliards de dollars, soit une augmentation de 31,6 pour cent».

La richesse des 10 personnes les plus riches a augmenté de 141 milliards de dollars au cours de cette période, soit 46.850 dollars par minute!

Voilà pour l'affirmation, répétée dans toutes les langues par les politiciens capitalistes, de la droite à la prétendue gauche, qu'«il n'y a pas d'argent» pour fournir à la classe ouvrière mondiale de la nourriture, un revenu complet, des soins de santé et des livres.

C'est une contradiction flagrante, inhérente au capitalisme, que cette richesse obscène est générée par des sociétés comme Amazon et Microsoft qui utilisent les technologies et les systèmes logistiques les plus avancés connus de l'homme.

Ces sociétés transnationales, qui dominent largement la plupart des gouvernements en termes de pouvoir et de capacité, ont accumulé une richesse et un pouvoir énormes en exploitant le surplus collectif de travail de masses de travailleurs.

Libérer les forces productives des contraintes du système capitaliste de profit et exproprier les richesses des riches sont des nécessités urgentes et immédiates, nécessaires pour combattre la pandémie et sauver des millions de vies.

Les innovations techniques et scientifiques qui existent aujourd'hui doivent être exploitées par la classe ouvrière pour sauver des vies au lieu d'accroître l'exploitation à des fins de profit.

En 1880, Friedrich Engels écrivit dans «Socialisme utopique et scientifique » que le socialisme: «suppose donc un degré d'élévation du développement de la production où l'appropriation des moyens de production et des produits, et par suite, de la domination politique... par une classe sociale particulière est devenue non seulement une superfétation, mais aussi, au point de vue économique, politique et intellectuel, un obstacle au développement.».

Engels poursuit: «La possibilité d'assurer, au moyen de la production sociale, à tous les membres de la société une existence non seulement parfaitement suffisante au point de vue matériel et s'enrichissant de jour en jour, mais leur garantissant aussi l'épanouissement et l'exercice libres et complets de leurs dispositions physiques et intellectuelles, cette possibilité existe aujourd'hui pour la première fois, mais elle existe».

Il y a environ 230.000 personnes comptant comme des «Personnes très fortunées», dont la richesse est supérieure à 30 millions de dollars. Ensemble, ces 0,0003 pour cent les plus riches de la population possèdent environ trente-cinq mille milliards de dollars. En outre, les dix plus grandes places boursières du monde abritent des sociétés dont la valeur marchande combinée s'élève à soixante-douze mille milliards de dollars.

Cette somme massive de richesses thésaurisées doit servir à fournir 4.000 dollars par mois pendant cinq mois à chaque adulte de la planète, assez pour couvrir la totalité des revenus des travailleurs pendant les périodes d'immobilisation jusqu'à ce que le vaccin soit produit en quantité suffisante pour être mis à la disposition du monde entier. Ni un travailleur ni un petit propriétaire ne devrait se trouver forcé de choisir entre la mort par la famine et la mort par le coronavirus.

Les ressources thésaurisées par les riches doivent être utilisées pour engager et former immédiatement des personnels soignants et construire des espaces hospitaliers supplémentaires selon les besoins. Dans les pays les plus «riches» du monde, les hôpitaux sont débordés et les patients meurent dans les couloirs. C'est le comble de l'irrationalité capitaliste que l'hôpital Mercy de Chicago, qui dessert la classe ouvrière appauvrie du South Side de la ville, soit appelé à fermer dans les prochains mois parce qu'en pleine pandémie il ne peut faire de bénéfices.

La possibilité d'un vaccin montre en outre que les ressources technologiques et logistiques de sociétés comme Amazon, Microsoft et Tesla doivent être réaffectées pour assurer la production et la diffusion rapide de vaccins sûrs dans le monde entier, y compris dans les régions les plus pauvres et les plus difficiles d'accès.

Ceci est la réponse programmatique du Parti de l'égalité socialiste (PES). Sa mise en œuvre nécessite la construction du PES et la formation d'une direction de la classe ouvrière capable de le mener à bien par la lutte révolutionnaire. Pour sauver des vies, il faut mettre fin au système capitaliste et briser l'emprise que la classe capitaliste exerce sur tous les aspects de la vie sociale et politique.

(Article paru d'abord en anglais le 2 décembre 2020)

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