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02/03/2021 investigaction.net  7 min #186280

«La liberté n'est jamais donnée volontairement»: le boycott palestinien d'Israël n'est pas raciste, il est antiraciste

02 Mar 2021

Article de :  Ramzy Baroud

Antisémite, la campagne BDS? L'accusation n'est pas nouvelle ni propre aux États-Unis. Mais elle y a été relancée par un candidat démocrate à la mairie de New York. Ramzy Baroud se penche sur cette dernière polémique en date pour rappeler qu'elle n'est malheureusement pas unique en son genre, et pour souligner surtout comment ceux qui veulent associer le boycott d'Israël aux nazis se mettent le livre d'Histoire dans l'œil. (IGA)

Dans un récent éditorial de l'hebdomadaire juif américain, The Forward, les affirmations du candidat démocrate à la mairie de New York, Andrew Yang, soulignent l'ignorance qui continue de dominer les États-Unis sur le discours entre la Palestine et Israël. Yang, par ailleurs ancien candidat démocrate à la présidence, se bat pour le vote juif à New York. Selon l'hypothèse réductrice que tous les juifs doivent naturellement soutenir Israël et le sionisme, Yang a construit un argumentaire entièrement basé sur le faux mantra usé jusqu'à la corde et assimilant la critique d'Israël à l'antisémitisme. La logique pro-israélienne de Yang est non seulement infondée, mais également confuse.

«Une administration Yang repoussera le mouvement BDS qui condamne Israël par une punition économique injuste», a-t-il écrit, faisant référence au mouvement palestinien Boycott, Désinvestissement et Sanctions. Yang a comparé le mouvement BDS aux «boycotts fascistes des entreprises juives», probablement une référence au tristement célèbre boycott nazi des entreprises juives en Allemagne, à partir d'avril 1933. Non seulement Yang échoue à construire son argument d'une manière historiquement défendable, mais il affirme que le BDS est «enraciné dans la pensée et l'histoire antisémites».

Le BDS est, en fait, enraciné dans l'histoire, non pas de l'Allemagne nazie, mais de la grève générale palestinienne de 1936, lorsque la population arabe palestinienne a pris une action collective pour tenir la Grande-Bretagne coloniale responsable de son traitement injuste et violent des musulmans et des chrétiens palestiniens. Au lieu d'aider la Palestine à atteindre sa pleine souveraineté, la Grande-Bretagne coloniale a soutenu les aspirations politiques des sionistes blancs européens qui visaient à établir une «patrie juive» en Palestine.

Malheureusement, les efforts des autochtones palestiniens ont échoué et le nouvel État d'Israël est devenu une réalité en 1948, après qu'environ un million de réfugiés palestiniens aient été déracinés et nettoyés ethniquement à travers une campagne résolument violente, dont les répliques se poursuivent encore aujourd'hui. En fait, l'occupation militaire et l'apartheid en cours aujourd'hui sont tous enracinés dans cette histoire tragique.

Le mouvement de boycott se bat pour changer cette réalité. Il n'y a ici aucune accointance antisémite, nazie ou même « fasciste » comme le prétend le récit ahistorique de Yang. Il s'agit juste d'une nation assiégée et opprimée qui se bat pour ses droits humains les plus fondamentaux.

Les commentaires ignorants et intéressés de Yang ont reçu les réponses les plus appropriées, y compris par de nombreux intellectuels et militants juifs anti-sionistes à travers les États-Unis et dans le monde. Alex Kane, un écrivain de «Jewish Currents» a tweeté que Yang a fait «une comparaison fausse et déboussolée», et que le politicien «semble profondément ignorant de la Palestine, des Palestiniens et du BDS». La députée musulmane américaine Ilhan Omar et le Comité arabe anti-discrimination américain (ADC) ont ajouté leurs voix à de nombreuses autres, soulignant tous l'opportunisme de Yang, son manque de compréhension de l'histoire et sa logique déformée. Mais cela va au-delà de Yang, car le débat sur le BDS aux États-Unis est presque entièrement enraciné dans des comparaisons fallacieuses et l'ignorance de l'histoire.

Ceux qui avaient espéré que la fin sans cérémonie de l'administration Donald Trump apporterait une mesure de justice pour le peuple palestinien seront sûrement déçus, car le discours américain sur la Palestine et Israël varie rarement, quel que soit le président résidant à la Maison Blanche et quelque soit le parti politique dominant le Congrès. Ainsi, réduire le débat sur le boycott à l'approche confuse de Yang serait en réalité une approche réductrice de la politique US. Yang n'est pas une exception. Un langage similaire est régulièrement insufflé. Par exemple, celle qui a été choisie par Joe Biden pour représenter les États-Unis à l'ONU, Linda Thomas-Greenfield, a également déclaré lors de son audition à la commission des relations extérieures du Sénat, le 27 janvier, que le boycott d'Israël est un acte «inacceptable» qui «frôle l'antisémitisme».

Ainsi, lorsque Thomas-Greenfield soutient le retour des États-Unis au Conseil des droits de l'homme, à l'UNESCO et à d'autres organisations affiliées aux Nations Unies, son raisonnement est simplement de s'assurer que les États-Unis ont une place «à la table» afin que Washington puisse surveiller et découragez toute critique d'Israël.

Yang, Thomas-Greenfield et d'autres perpétuent des comparaisons aussi inexactes sachant qu'ils bénéficient d'un solide soutien parmi les élites dirigeantes du pays, tant au sein du Parti démocrate que républicain. En effet, selon le dernier décompte produit par le site Web de la bibliothèque virtuelle juive pro-Israël, «32 États ont adopté des lois, des décrets ou des résolutions visant à décourager les boycotts contre Israël.»

En fait, la criminalisation du mouvement de boycott a occupé le devant de la scène du gouvernement fédéral à Washington DC. La législation anti-boycott a été adoptée à une majorité écrasante au Sénat et à la Chambre des représentants ces dernières années et d'autres mesures devraient suivre. La popularité de telles dispositions a incité l'ancien secrétaire d'État, Mike Pompeo, à déclarer que le mouvement de boycott israélien est antisémite, le qualifiant de « cancer » lors d'une conférence de presse en novembre, aux côtés du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu. Ils se tenaient dans la colonie illégale de Psagot.

Si la position de Pompeo n'est pas surprenante, il appartient à Yang et Thomas-Greenfield, tous deux membres de groupes minoritaires qui ont souffert d'un racisme et d'une discrimination historiques immenses, de revenir sur l'histoire des mouvements de boycott populaire dans leur propre pays. En effet, l'arme du boycott était la plate-forme la plus efficace pour traduire en relations tangibles la dissidence politique des Noirs opprimés aux États-Unis pendant le mouvement des droits civiques au milieu du 20e siècle. Le boycott des bus de Montgomery en 1955 a été le plus mémorable et le plus conséquent de ces boycotts.

De plus, en dehors des États-Unis, de nombreux ouvrages ont été écrits sur la manière dont le boycott du gouvernement de l'apartheid suprématiste blanc en Afrique du Sud a déclenché un mouvement mondial qui, combiné aux sacrifices des Noirs sud-africains, a mis fin à l'apartheid au début des années 1990.

Le peuple palestinien n'apprend pas l'histoire de Yang et d'autres, mais des expériences collectives de peuples et de nations opprimés à travers le monde. Ils sont guidés par la sagesse de Martin Luther King Jr., qui a dit un jour: «Nous savons par expérience douloureuse que la liberté n'est jamais donnée volontairement par l'oppresseur, elle doit être exigée par les opprimés.»

Le mouvement de boycott vise à responsabiliser l'oppresseur, car il met un prix sur l'occupation militaire et l'apartheid. Non seulement le mouvement de boycott palestinien n'est pas raciste, mais c'est essentiellement un cri de ralliement contre le racisme et l'oppression.

Ramzy Baroud est journaliste et rédacteur en chef du Palestine Chronicle. Il est l'auteur de cinq livres. Son dernier en date est «Ces chaînes seront brisées: histoires palestiniennes de lutte et de défi dans les prisons israéliennes» (Clarity Press). Le Dr Baroud est chercheur principal non résident au Centre pour l'Islam et les Affaires Mondiales (CIGA) et également au Centre Afro-Moyen-Orient (AMEC). Son site Web est www.ramzybaroud.net

Source originale: Le site de  Ramzy Baroud

Traduit de l'anglais par Jean-Louis Scarsi pour  Investig'action

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