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26/01/2022 reseauinternational.net  8 min #201138

Attitude bipolaire autour de la future « invasion de l'Ukraine par la Russie » entre hystérie occidentale et calme apparent à Kiev

par Christelle Néant.

Alors que de plus en plus de pays commencent à évacuer leur personnel diplomatique et leurs familles hors d'Ukraine, entretenant l'hystérie autour de la menace d'une invasion (imaginaire) du pays par la Russie, les autorités ukrainiennes appellent à garder son calme en disant que rien n'indique qu'un tel scénario soit imminent. Cette attitude radicalement différente entre Kiev et ses patrons occidentaux à de quoi surprendre, et amène à se poser la question suivante : l'invasion de l'Ukraine par la Russie n'est-elle qu'un conte de fées inventé par l'Occident, ou Kiev joue-t-elle un mauvais remake de la célèbre chanson « Tout va très bien Madame la Marquise » ?

Après  les États-Unis, le Royaume-Uni et l'Australie, c'est  au tour du Canada, des Pays-Bas et de l'Allemagne de proposer aux familles de leurs diplomates de quitter l'Ukraine s'ils le souhaitent, et de recommander à leurs ressortissants de ne pas s'y rendre. Même son de cloche  du côté du Japon, qui a aussi recommandé à ses ressortissants de quitter le pays « tant qu'il y a des vols commerciaux », et envisage leur évacuation. La France, de son côté appelle juste ses ressortissants à éviter de se rendre en Ukraine, sauf voyage absolument indispensable.

Dans le même temps, la compagnie aérienne  Lufthansa a changé les horaires de ses vols vers l'Ukraine, officiellement pour des raisons opérationnelles, et d'après les médias ukrainiens, ce serait pour éviter que son personnel de bord soit obligé de dormir sur place (avec le risque de se retrouver coincé là-bas en cas d'escalade brutale de la situation).

Face à ces réactions en chaîne des pays occidentaux, le discours appelant au calme et disant qu'il n'y a pas d'invasion imminente de l'Ukraine par la Russie, tenu hier soir par les autorités ukrainiennes, a de quoi provoquer une dissonance cognitive.

En effet, hier, 24 janvier 2022, le Président ukrainien,  Volodymyr Zelensky, a convoqué une réunion extraordinaire du Conseil de Sécurité Nationale et de Défense de l'Ukraine, à l'issue de laquelle beaucoup s'attendaient à des déclarations importantes.

Mais au lieu de cela, à l'issue de la réunion, le ministre ukrainien de la Défense,  Alexeï Reznikov a appelé à ne pas paniquer, et a déclaré que les informations dont disposent les autorités ukrainiennes n'indiquent pas que la Russie prépare une invasion de l'Ukraine dans un avenir immédiat.

« Je n'accorde pas une grande importance à un tel scénario. Nos forces armées, notre commandement et notre état-major ont toutes les options en main et savent comment agir. À ce jour, les éléments factuels observés par nos services de renseignement et ceux des pays partenaires (suggèrent) qu'aucune force de frappe n'a été créée par la fédération de Russie indiquant qu'elle lancera une offensive demain. Il n'y a pas de telle menace. Je vous demande donc de ne pas semer la panique », a-t-il déclaré.

Face à cette déclaration qui se veut rassurante, beaucoup de commentateurs se sont demandés pourquoi Zelensky a réuni en urgence le Conseil de Sécurité Nationale et de Défense de l'Ukraine, si « tout va très bien Madame la Marquise ».

La réponse est peut-être à chercher dans la  déclaration qu'a faite le Premier-ministre ukrainien, Denis Chmygal, à l'issue de cette même réunion.

« Le message clé est de ne pas paniquer, de ne pas faire d'accusations infondées. Il est très important aujourd'hui, du point de vue de l'économie, de rester calme, d'être fermement engagé dans notre travail », a-t-il déclaré.

Ces deux déclarations appelant à ne pas paniquer, alors que la semaine dernière, le ministère ukrainien de la Culture a commencé à distribuer dans les entreprises de Kiev des brochures contenant des instructions à suivre en cas de guerre, et que l'armée ukrainienne accumule dans le Donbass tout ce qu'il lui faut pour une offensive, sonnent quelque peu faux.

Les autorités ukrainiennes ont beau avoir opéré un nouveau revirement de rhétorique, en  retirant le projet de loi controversé sur la période de transition (qui  viole totalement les accords de Minsk, voir mon article de 2021 à ce sujet), en se disant prêtes à négocier (de  Reznikov qui se dit prêt à discuter avec Sergueï Choïgou, le ministre russe de la Défense, à la  délégation ukrainienne au sein du groupe de contact qui a fait semblant de vouloir discuter de la décentralisation de l'Ukraine avant de se raviser), ou en  jurant leurs grands dieux que Kiev ne va attaquer personne, la réalité sur le terrain raconte une toute autre histoire.

En effet, confirmant  les informations fournies récemment par la milice populaire de la RPD (République Populaire de Donetsk),  l'agence de presse du ministère ukrainien de la Défense, ArmyInform, a annoncé que des instructeurs britanniques entraînent les soldats ukrainiens au maniement des lance-roquettes antichars NLAW, que Londres a livré il y a peu en grandes quantités à l'Ukraine.

Ce sont aussi  des instructeurs britanniques qui ont formé les cinq groupes de sabotage-reconnaissance ukrainiens qui viennent d'arriver en région de Lissitchansk, face à la RPL (République Populaire de Lougansk). D'après les informations de la milice populaire de la RPL, ces groupes ont pour mission de mener des actes de sabotage sur des infrastructures civiles vitales, dont la station d'épuration ouest, qui fournit une partie de l'eau potable de la République.

Et le déploiement des soldats ukrainiens se fait parfois aux dépens de la population civile, comme dans  le village de Lopaskino, où les soldats de la 79 e brigade des Forces Armées Ukrainiennes (FAU) ont expulsé les habitants de la rue Karl Marx de leurs maisons pour y installer le personnel du 3e bataillon.

La  milice populaire de la RPL a aussi signalé une forte augmentation des communications radios sur les fréquences des FAU, que Kiev est en train de  préparer des places supplémentaires dans les hôpitaux militaires pour recevoir les malades et les blessés, et que deux fours crématoires mobiles ont été repérés à Kramatorsk.

Dans le même temps,  Kiev crée et entraîne des unités de défense territoriale, et il n'y a pas que dans le Donbass que l'armée ukrainienne accumule troupes et équipement. Ainsi, le chef du parlement de Crimée,  Vladimir Konstantinov, a déclaré que l'armée ukrainienne a intensifié ses activités près de la frontière avec la péninsule.

« Les soldats ukrainiens ont essaimé sur les zones les plus proches de la Crimée, et le comédien jouant le rôle du président affirme qu'ils « n'oublieront pas » notre péninsule. Cela signifie que nous devons nous préparer à une nouvelle manifestation « d'amour » ukrainien à notre égard », a-t-il déclaré lors d'une réunion du présidium du Parlement.

Si l'Ukraine semble continuer ses préparatifs pour une offensive dans le Donbass (voire une provocation contre la Crimée), pourquoi alors faire croire que tout va bien ? Premièrement, pour écarter d'elle l'accusation d'avoir provoqué l'escalade et la reprise du conflit, en faisant croire qu'elle n'a pas de plans belliqueux, et qu'elle n'est que la victime de la méchante Russie.

Deuxièmement, parce que  l'hystérie occidentale a des effets délétères sur l'économie ukrainienne, comme l'a révélé le lapsus du Premier-ministre Ukrainien. Les annonces de départ des familles des diplomates et de début d'évacuation du personnel de certaines ambassades occidentales, ont fait chuter la hryvnia, rendu les investisseurs nerveux, fait baisser la valeur boursière des grandes compagnies ukrainiennes, et poussé les étrangers à revendre leurs biens immobiliers en Ukraine.

De plus, qui irait prêter de l'argent à un pays sur le point d'être envahi ? Personne. Résultat l'Ukraine pourrait avoir du mal à obtenir de nouveaux prêts pour rembourser les échéances des précédents, et risque le défaut de paiement.

Voilà pourquoi l'Ukraine essaye de calmer le jeu publiquement : pour stopper les pertes financières que subit le pays, alors qu'aucune action militaire n'a encore été menée dans un sens ou dans l'autre. Il est d'ailleurs possible que ces pertes financières dues à l'hystérie médiatique occidentale soient un moyen (créé délibérément par Washington) pour obliger Zelensky à lancer son pays dans une guerre dont il sait qu'il sortira perdant.

Le Président ukrainien est désormais coincé entre Charybde et Scylla. Entre le défaut de paiement et l'effondrement total du pays, ou la reprise de la guerre dans le Donbass, la défaite de son armée, et potentiellement la perte de nouveaux territoires. Deux options qui lui vaudront l'inimitié du peuple ukrainien.

Il reste à voir si une troisième option se dégagera (par miracle) de la réunion qui doit avoir lieu demain à Paris entre les conseillers politiques du Format Normandie.

 Christelle Néant

source :  donbass-insider.com

 reseauinternational.net

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