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26/01/2022 francesoir.fr  4 min #201150

Prix de l'électricité: les salariés d'Edf en grève contre la « fragilisation » de leur groupe

© Sameer Al-DOUMY / AFP/Archives

Des salariésd'EDF sont en grève ce mercredicontre la demande de l'Etat de vendre davantage d'électricité à bas prix à ses concurrents afin de contenir la facture d'électricité des ménages et des entreprises, une décision dont ils craignent les conséquences pour la santé du groupe.

Le mouvement, qui ne devrait pas occasionner de coupures de courant, a tout de même entraîné une baisse de la production de 2.500 MW dans la nuit de mardi à mercredi, jusqu'à 08H00 du matin environ, lorsque RTE a demandé l'arrêt des baisses, a indiqué à l'AFP le gestionnaire des lignes à haute et très haute tensions. C'est l'équivalent de deux gros réacteurs nucléaires.

Devant la flambée des prix de l'énergie, le gouvernement a dégainé un arsenal de mesures pour contenir les factures et honorer sa promesse de limiter à 4% l'augmentation des tarifs réglementés de l'électricité en 2022, dans un contexte sensible à quelques semaines de l'élection présidentielle.

Chez l'énergéticien, la dernière mesure annoncée a suscité une levée de boucliers: le gouvernement a demandé à EDF d'augmenter de 20% le volume d'électricité nucléaire vendu à prix réduit à ses concurrents cette année, pour le faire passer de 100 à 120 terawattheures (TWh). Ce qui coûtera de l'ordre de 8 milliards d'euros au groupe.

Après cette annonce, les quatre principaux syndicats du secteur énergétique ont lancé un appel à la grève des salariés d'EDF mercredi. Le groupe est déjà aux prises avec de nouveaux retards pour l'EPR de Flamanville (Manche) et avec un problème de corrosion sur des systèmes de sécurité dans plusieurs centrales.

"C'est une décision totalement aberrante, prise sans en mesurer les conséquences à long terme. Elle va considérablement fragiliser EDF", a dit mercredi Eric Kozlowski, délégué syndical CFE-CGC à la centrale nucléaire de Golfech.

Cette centrale, qui emploie quelque 800 personnes dans le Tarn-et-Garonne, est un des points de rassemblement en ce jour de contestation.

Pour lui, d'autres solutions existent, comme une TVA ramenée à 5,5% sur le prix de l'électricité, "mais visiblement, aucune autre piste n'a été étudiée par le gouvernement". Or EDF a besoin d'investir "pour faire face aux enjeux de lutte contre le réchauffement climatique".

Des rassemblements avaient lieu dans la journée de mercredi, devant d'autres certaines centrales nucléaires du groupe, comme à Gravelines (Nord), ou au Bugey.

Environ 200 personnes se sont rassemblées entre 07H00 et 09H00, devant l'entrée de cette centrale à Saint-Vulbas (Ain), selon l'intersyndicale.

Le gouvernement "veut qu'EDF fournisse près de 40% de sa production à prix-coûtant à ses principaux concurrents !", a déploré Christophe Paul, secrétaire général CGT Bugey, interrogé par l'AFP.

- "Contribuer à la solidarité nationale" - "Quand EDF a connu des difficultés, l'Etat (actionnaire à près de 84% d'EDF, ndlr) a toujours été présent. Et l'Etat sera toujours présent", a déclaré le patron des députés LREM Christophe Castaner, mercredi sur France 2.

Il a indiqué ne pas comprendre cette grève, "parce que quand vous avez la fierté d'être dans une entreprise publique comme EDF, vous assumez aussi de contribuer à la solidarité nationale".

Sans intervention pour obliger EDF à fournir de l'électricité à des prix plus bas, le gouvernement affirme que 150 entreprises françaises très consommatrices d'électricité auraient pu fermer.

Les tarifs réglementés auraient bondi de 45% le 1er février, selon le régulateur, qui calcule des hausses annuelles en fonction des prix du marché.

Fait rare, cette mesure gouvernementale a ému jusqu'aux plus hautes sphères de l'entreprise: dans un message interne aux cadres d'EDF, le PDG Jean-Bernard Lévy a vivement critiqué la décision du gouvernement, un "véritable choc", qu'il a "combattue".

Ce mouvement chez EDF vient se superposer à une grève catégorielle des agents de l'énergie dans leur ensemble pour la revalorisation des salaires et pensions, à l'appel de la CGT, débutée mardi.

"Pendant un mois, il va y avoir tout un tas d'actions. Depuis hier soir, nous avons déconnecté tous les radars routiers de Corse du réseau EDF donc ils sont inopérants aujourd'hui", a indiqué mercredi à l'AFP Xavier Nesa, secrétaire général de la CGT Energie dans l'île, un "petit coup de main financier" aux usagers pour gagner ainsi la bataille de l'opinion.

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