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27/01/2022 dedefensa.org  21 min #201214

Notes sur le voyage au bout de notre nuit

 Analyse

• Nul n'en doute, si jamais la Russie envahit (encore, et encore, et encore) l'Ukraine, les sanctions que la civilisation occidentale lui prépare seront dévastatrices, apocalyptiques, eschatologiques, atroces et monstrueuses. • C'est la Russie qui est visée, n'est-ce pas, et non les sanctionneurs ? • Pourtant, les uns et les autres commencent à découvrir ce qu'ils savaient déjà : les conséquences pour eux tous, et pour le Système lui-même, seraient "dévastatrices, apocalyptiques, eschatologiques, atroces et monstrueuses". • A côté de cette réjouissante perspective, il y a d'autres nouvelles importantes en marge de l'urgence de l'alarme face aux "invasions" sans fin qui se poursuivent. • Il y a, selon notre classement, le réel durcissement russe, déduit de l'annonce que la Russie explore une coordination stratégique avec des amis d'Amérique Latine (Cuba, etcetera), pour, qui sait, envisager des déploiements militaires. • Il y a la division très nette désormais apparue, palpable et sérieuse, entre l'Europe et les USA face à la Russie. • Etc. • Et "tout ça pour ça", pour l'"invasion" de l'Ukraine. • Chronique d'une invasion-bouffe.

27 janvier 2022 - Il y a un sort étrange qui accable le  bloc-BAO, le Système, l'exceptionnalisme américaniste, tout ce qu'on veut en matière d'expressions et de noms mais ramené au seul phénomène de l'effondrement de la modernité. Ce sort est la conséquence d'un emprisonnement des simulacres divers qui ont été brodés, notamment d'une manière éhontée depuis le 11-septembre, essentiellement sans frein ni la moindre retenue depuis le début de la crise ukrainienne en février 2014.

Cet emprisonnement de l'esprit, on l'a vu déjà tant de fois (ce sont deux articles du 'Glossaire.dde' bien souvent consultés), est celui du  déterminisme-narrativiste assiégé chaque jour plus fermement par les  vérités-de-situation.

Cela explique notamment la persistance des simulacres, contre la puissance grandissante de l'évidence, avec le désordre et les contradictions qui en résultent. Si le bloc-BAO cède un instant sur une vérité-de-situation, il contribue à une affreuse fragilisation de sa propre situation. Il ne cède donc pas, le plus souvent, et s'enferme plus encore dans sa forteresse de déni de l'évidence, et se perd un peu plus dans le labyrinthe de ses simulacres avec comme défnse favorite le silence des questions sans réponses.

La crise ukrainienne est un 'must' de cette conséquence opérationnelle et psychologique de la  Grande Crise de l'Effondrement du Système. Plus que de savoir s'il y aura ou non la guerre, ce qui est absolument/tout à fait improbable selon la logique des choses vraies et tout à fait/absolument possible selon la logique faussaire des simulacres en place, on doit rechercher les effets latéraux, inattendus, enchaînés et indirects de la vérité-de-situation. L'issue catastrophique est une perspective complètement folle et donc complètement irréaliste, et en même temps absolument réaliste puisque la folie est sans aucun doute l'aliment principal d'un nombre important des acteurs malgré leur malaise grandissant devant le poids étouffant de cette folie qui les possède.

Par conséquent, on laisse de côté les inutiles supputations sur la possibilité d'un conflit, pour nous attacher à certains événements beaucoup plus avérés et sensibles à la logique rationnelle matinée d'intuition, que nous jugeons significatifs et importants, qui sont les conséquences directes mais surtout indirectes de la pression d'une telle folie et d'un tel emprisonnement. On comprend bien entendu ce que l'on sait déjà depuis 2014 : l'acte de la simulation est du côté du bloc-BAO, au moins à 98% pour être mesuré ; la Russie, elle, se trouve dans une vérité-de-situation qui est extrêmement difficile à porter, mais qui lui donne la possibilité, et la nécessité, de juger et d'agir selon des données extrêmement contraignantes mais qui ont la vertu justement de la vérité-de-situation. La position russe n'est pas facile mais elle est impérative ; en d'autres mots, la Russie est libre de tout simulacre important, et par conséquent elle n'a pas le choix d'une autre stratégie que celle qu'elle suit. Pour elle, la liberté se mesure précisément à l'absence de choix... Temps de l'inversion !

Voyage (jusqu') au bout des sanctions

D'abord, il y a la comédie des sanctions qui seront prises en cas d'"invasion", dont on sent bien que certains jugent qu'elles devraient être prises aussitôt, en prévision, sinon en préventions ou en dissuasion, - et peut-être même, finalement, comme preuves décisives de l'"invasion", avant l'"invasion".

Dans la formidable  tragédie-bouffe que nous interprète le bloc-BAO sous la baguette toussotante de Joe Biden, depuis novembre 2021 pour cette nième séquence de "l'invasion de l'héroïque Ukraine par la lâche Russie", on atteint enfin les sommets des entresols labyrinthiques dans l'étalage des projets de sanctions, et leurs conséquences du type "contrecoup", "coup de fouet en retour' ou"retour de manivelle"('backlash', 'blowback'). Le voile se déchire, les masques tombent avec entrain, malgré les prescriptions médicales... Alors, on ne s'étonne pas qu'un un embarras considérable soit perceptible  dans ce texte qui nous signale quelques-unes des multiples agitations des uns et des autres à ce propos...

« Au cours des discussions sur les mesures potentielles à prendre à l'encontre de Moscou, l'Allemagne aurait insisté sur le fait que, sans une exemption pour les transactions énergétiques, l'approvisionnement en pétrole et en gaz de l'Europe pourrait être sérieusement menacé. Ces inquiétudes sont également partagées par d'autres pays, affirme réseau Bloomberg, qui note qu'une exemption pour l'énergie pourrait être incluse dans le paquet final convenu, conçu pour être introduit en cas d'invasion [de l'Ukraine].

» Washington et Bruxelles mettent actuellement la dernière main à un train de sanctions qui devrait inclure des restrictions sur la capacité de Moscou à échanger des roubles contre des devises étrangères et pourrait également viser le commerce avec l'Occident dans des secteurs spécifiques. Cependant, les 27 membres de l'Union européenne doivent encore se mettre d'accord, chacun ayant ses propres intérêts liés à l'économie russe. Par exemple, Berlin s'inquiète de l'impact potentiel sur les systèmes financiers allemands si les actifs russes sont gelés et les transactions interdites.

» Au début du mois, le journal allemand Handelsblatt a rapporté que l'UE et les États-Unis ont refusé d'envisager de déconnecter la Russie du système international de paiement bancaire SWIFT, faisant remarquer que cela pourrait déstabiliser les marchés financiers et contribuer à créer une infrastructure de paiement alternative qui ne serait plus dominée par les pays occidentaux. »

Cette mise à nu des réels effets des diverses sanctions"nucléaires"envisagées montre que les Occidentaux commencent à réaliser le piège qui les attend par les effets 'backlash'/'blowback'. Le rappel des informations rapportées par 'Handelsblatt', qui vont jusqu'à l'extrême de la logique 'backlash'/'blowback', met à nu les véritables préoccupations du bloc-BAO, qui sont, au-delà de la stabilité des marchés financiers, leur préoccupation de les dominer et de les manipuler selon leurs intérêts par le biais de SWIFT ; et c'est une indication précieuse pour les Russes : le bloc-BAO ne craint rien de moins ni de différent que l'installation par la Russie d'« une infrastructure de paiement alternative qui ne serait plus dominée par les pays occidentaux ». C'est révéler la faiblesse fondamentale des positions occidentales car cette crainte d'un"système alternatif"est bel et bien fondée  dans la réalité opérationnelle, au-delà des sarcasmes et des supputations d'Orlov ou du Saker-US :

« Là-dessus, on apprend... dans le 'bulletin' n°61 de Xavier Moreau (voir à partir de 15'10" de la vidéo ), pour 'Stratpol', que le patron de la banque-mastodonde russe 'Sberbank (rebaptiséed'Sber'), Guerman Gref, pourtant jusqu'alors considéré comme un libéral "occidentaliste" (les libéraux russes favorables à l'Occident), vient de déclarer que la banque serait prête à fonctionner en cas de sanctions, notamment en cas d'interdiction du réseau SWIFT ; cela montrant que les Russes continuent à s'adapter, et qu'ils ont désormais un réseau opérationnel permettant de se passer de SWIFT, et que les sanctions US sont le meilleur incitatif pour que la Russie s'équipe avec zèle des outils les plus nécessaires pour se passer du bloc-BAO. »

Kiev mécontent du bloc-BAO

Un autre aspect révélateur du désordre autour du bloc-BAO est une transformation ponctuelle, qu'on a déjà vue, et qui est toujours aussi jouissive, de la " marionnette" en  critique agressif de ses soutiens corrompus et corrupteurs ; et ceux-ci se trouvant alors en position défensive, sinon en complet contrepied, plongés dans de grands troubles moraux, par exemple lorsque les Ukrainiens demandent aux dirigeants occidentaux et à la presseSystème qui va avec de réduire leur rhétorique de dénonciation d'une "invasion russe" qu'eux-mêmes (les dirigeants ukrainiens) ne voient pas/plus venir.

Dans le cas ci-après, les Ukrainiens n'ont pas du tout apprécié la poudre d'escampette des parrains américanistes, désertant leur ambassade de Kiev. Zelenski aurait donc l'ironie de le leur faire sentir, d'une façon bien informée et carrément moqueuse, puisque  mettant en parallèle, à l'avantage de Kiev, la sécurité des rues de Los Angeles et de Kiev.

« Une source prétendument proche du président ukrainien Volodymyr Zelenski a déclaré lundi à BuzzFeed News que le gouvernement ukrainien "ne pense pas qu'il y ait une menace imminente pour Kiev". La source, [rapportant les termes employés par Zelenski], a qualifié d'"extrêmement décevant" le fait que les États-Unis aient décidé d'évacuer leurs diplomates de l'ambassade de Kiev et a déclaré : "Très franchement, ces Américains sont plus en sécurité à Kiev qu'à Los Angeles... ou dans n'importe quelle autre ville des États-Unis où sévit la criminalité."

L'explication des autorités américanistes est pour le moins piteuse, marquant simplement l'incompétence des personnes en place et la très mauvaise diffusion des instructions dans l'administration Biden. Il faut écouter à cet égard les explications confuses et embarrassées de Kristina Kvien, ambassadrice par interim à Kiev, où l'on découvre comme dans un fourre-tout que les USA ont une délégation diplomatique étonnamment dépourvue d'autonomie de décision et de qualification professionnelle...

« Kvien a déclaré à ABC News qu'elle avait conseillé à une partie du personnel de quitter le pays "parce qu'à l'heure actuelle, Vladimir Poutine et la Russie ont accumulé une telle puissance militaire à la frontière qu'ils pourraient passer à l'action d'un jour à l'autre".

» "En gardant cela à l'esprit, nous avons estimé que, par surenchère de prudence, nous devions nous assurer que les familles de notre ambassade étaient en sécurité. C'était donc la base de la décision", a-t-elle affirmé. »

En sens contraire, mais toujours avec la même autorité de la marionnette pour son manipulateur si peu sûr de lui, et jouant évidemment dans le champ agité des simulacres, il y a  cette adresse du maire de Kiev, l'ancien champion de boxe poids lourd Vitali Klitschko. Dans ce cas, la marionnette, qui n'a rien à ficher de la cohérence et encore moins de la vérité-de-situation, annonce une situation d'urgence avec attaque très probable et très-proche de la Russie, sur fond de trahison et faute de solidarité de l'Allemagne.

« Le maire de Kiev, Vitali Klitschko, a déclaré que Berlin avait trahi l'Ukraine à plusieurs reprises en refusant de suspendre les livraisons d'armes, de munitions et d'équipements militaires face à l'agression présumée de la Russie voisine, alors que la tension monte en Europe de l'Est.

» S'exprimant dans le tabloïd allemand 'Bild' dimanche [24 janvier], l'ancien champion de boxe poids lourd a déclaré : "La frustration est grande en Ukraine du fait que le gouvernement fédéral continue de s'accrocher" à son soutien au gazoduc sous-marin russe. »

Complications entre amis

Il y a beaucoup d'agitations au sein du pool UE-OTAN, entre USA et pays européens, et entre pays européens eux-mêmes. Il est évident depuis quelques jours que certains pays veulent absolument ralentir, sinon stopper, la poussée américaniste contre la Russie, alors qu'à diverses reprises cette poussée s'exprime d'une façon étonnante ; on songe à cette conférence de presse où Biden laisse échapper que «   quelques incursions » russes en Ukraine, côté Donbass, ne seraient pas considérées comme une "invasion"... Depuis, il s'est repris et a dû menacer d'autant plus fort qu'il avait semblé capituler, et ainsi mettant les pays européens, tout occupés à avancer en faisant du surplace qui semblerait aux Russes une sorte de recul, dans un bien cruel embarras.

Ainsi sait-on, du côté européen, plusieurs choses et attitudes.

• La France et l'Allemagne, chacun de façon différente et pour des motifs peut-être pas coordonnés, mènent une sorte de "résistance" aux poussées américanistes qui sont pourtant parcourues de toussotements. En Allemagne, on reste très conditionnés par le gaz russe, malgré les Verts et leur ministre des affaires étrangères. En France, on rêve électoralement d'une grande politique dont Macron pourrait faire une sorte d'exploitation gaullienne lui donnant un bon argument pour ne pas débattre avec ses adversaires avant le premier tour.

• Des pays européens autres que les deux grands qui s'imaginent avoir une politique étrangère et le troisième qui, Brexit ou pas, a sa place comme d'habitude dans la poche arrière de l'oncle Sam, ont des positions spécifiques. On s'arrêtera  à la petite Croatie, dont le président Milanovic a des mots extrêmement rafraichissants qui vous réchauffent le cœur, lui qui jurait pourtant allégeance au vieux Biden fin 2020. Il précise dans tous les cas qu'il est hors de question qu'un seul soldat croate soit engagé en cas de conflit : c'est aussi remarquable à entendre que les coups de pied de l'âne des marionnettes, dans une intrigue où les puissants brandissent de plus en plus leur impuissance..

« Zoran Milanovic a souligné que cette position croate découlait de ce qu'il a décrit comme "les tendances de la politique intérieure des Etats-Unis, menées par Joe Biden et son administration", dont l'arrivée au pouvoir avait pourtant été saluée par Milanovic à l'époque. Le dirigeant avait en effet assuré en novembre 2020 que la Croatie serait une alliée et une amie du nouveau président américain. Désormais, "en ce qui concerne les questions de sécurité internationale, je constate des incohérences et des comportements en réalité dangereux", a-t-il déclaré.

» A la tête d'une coalition, le président social-démocrate doit composer avec des adversaires politiques au gouvernement, dont le Premier ministre de centre-droit Andrej Plenkovic, le ministre des Affaires étrangères Gordan Grlic-Radman et le ministre de la Défense Mario Banozic, qu'il n'a pas manqué d'égratigner dans son allocution télévisée pour leurs positions belliqueuses à l'égard de la Russie : "Grlic-Radman et Banozic sont libres de se rendre à Bruxelles. Quant à l'armée croate, elle n'y participera pas. Personne ne bougera. Plenkovic peut menacer la Russie autant qu'il le souhaite. La Croatie devrait s'éloigner de cela comme de la peste", a déclaré le chef de l'Etat, en poste depuis février 2020. »

• L'UE elle-même, même avec sa grande prudence et son langage châtié, a néanmoins pris fermement ses distances avec un allié américain qu'elle ne comprend absolument plus. Elle peine à accepter l'évidence que lui chuchotent certains conseillers ; évidence du type Orlov, « Il n'y a plus de pilote ! », il n'y a pas de plan B, il n'y a plus de pouvoir central réel et honorable à Washington D.C... D'où  les réticences très convenables mais aussi bien assez marquées de monsieur Borrell, Haut Représentant, qui a déjà annoncé qu'il n'était pas question, au contraire des USA, que l'UE évacue sa représentation diplomatique de Kiev :

« Le Haut Représentant de l'UE pour les affaires étrangères a déclaré qu'aucune nouvelle information n'avait été révélée qui aurait accru les craintes d'une invasion immédiate de l'Ukraine par la Russie, alors que les inquiétudes concernant une guerre potentielle en Europe de l'Est restent élevées.

» S'exprimant lundi [24 janvier] après des entretiens avec le secrétaire d'État américain Antony Blinken, Josep Borrell a semblé minimiser les suggestions selon lesquelles Moscou aurait l'intention d'envahir l'Ukraine dans un avenir proche.

» "Certainement pas, je ne pense pas qu'il y ait quoi que ce soit de nouveau qui puisse augmenter le sentiment de crainte d'une attaque immédiate, non", a déclaré Borrell, répondant à une question d'un journaliste, notant également qu'il ne pense pas qu'il y ait une menace pour d'autres pays, comme la Lituanie.

» Les commentaires du haut diplomate de l'UE interviennent alors que les tensions entre la Russie et l'Ukraine n'ont jamais été aussi fortes... »

Être hybride entre Caraïbes et Sargasses

Un autre point a été marqué dans les dernières 48 heures, d'une singulière importance à notre avis. Il s'agit de la prise de position officielle, sinon solennelle par la voix du ministre Lavrov  mercredi devant la Douma, annonçant une « coopération stratégique » de la Russie avec trois pays ami de l'Amérique Latine, - Cuba, Venezuela et Nicaragua. Cela est complètement placé dans le conteste de la crise des relations USA-Russie, directement en rapport avec la crise ukrainienne et les exigences russes en matière de sécurité en Europe. C'est un pas dans le cadre de ce qu'on nomme à peu près "guerre hybride", ce concept qui passionne tant les Russes : communication + opérations à contrepied.

« "Le président Poutine a eu récemment des conversations téléphoniques avec ses collègues de ces trois gouvernements, avec lesquels nous sommes très proches et amicaux, et ils ont convenu d'examiner de nouveaux moyens d'approfondir notre partenariat stratégique dans tous les domaines, sans exception", a déclaré M. Lavrov. Il a noté que la Russie entretient déjà des relations étroites avec ces pays dans de nombreux domaines, "y compris militaires et militaro-techniques".

» Interrogé sur les perspectives d'une coopération militaire accrue avec les trois pays, Lavrov a répondu : "dans l'immédiat, nous comptons sur des réunions régulières des comités correspondants".

» Au début du mois, le vice-ministre des Affaires étrangères de Moscou, Sergey Ryabkov, avait été interrogé sur la possibilité d'envoyer des troupes en Amérique latine, et il avait refusé d'exclure cette possibilité. "C'est le style américain d'avoir plusieurs options pour sa politique étrangère et militaire", a-t-il déclaré. "C'est la pierre angulaire de la puissante influence de ce pays dans le monde".

» "Le président de la Fédération de Russie s'est exprimé à de multiples reprises sur le sujet des mesures qui pourraient être prises, par exemple en impliquant la marine russe, si les choses sont mises sur la voie de la provocation de la Russie et de l'augmentation supplémentaire de la pression militaire exercée sur nous par les États-Unis", a-t-il poursuivi. "Nous ne voulons pas cela. Les diplomates doivent parvenir à un accord".

» Le conseiller à la sécurité nationale des États-Unis, Jack Sullivan, a répondu en notant que l'activité militaire russe en Amérique latine n'avait pas été un point de discussion lors des récentes discussions sur la sécurité, mais a déclaré que les États-Unis agiraient de "manière décisive" si cela se produisait. »

L'évolution russe sur cette question, jusqu'à l'officialisation par Lavrov, est particulièrement impressionnante. C'est une affirmation remarquable. Elle est pour l'instant au simple niveau de la communication mais elle n'a nul besoin pour l'instant d'un autre champ d'activité pour peser du poids qu'on lui voit. Jusqu'alors, l'hypothèse d'une telle évolution avait été officieusement évoquée, puis plus officiellement ; désormais, elle est fixée dans la communication officielle, et les Russes n'ont même pas daigné, ni en discuter, ni même en informer les USA lors de leurs dernières rencontres sur les questions de sécurité nationale.

Les USA ont pourtant réagi (Sullivan), mais d'une manière qui met en évidence la façon dont ils sont pris de vitesse et par surprise, aussitôt sur une défensive bien surprenante puisqu'il s'agit de leur "pré carré", de leur "extérieur proche" comme disent les Russes pour leurs frontières européennes, de leur vieille et sacrée doctrine de Monroe, - mais, après tout, le président Monroe, indubitable "mâle blanc", devait bien avoir quelque connexion esclavagiste.

« Qu'est-ce que diraient les Américains si nous installions des missiles sur leur frontière mexicaine ? », suggérait encore récemment Poutine, en guise de parabole ironique. Avec Cuba, nous y sommes pratiquement, comme l'on s'en souvient depuis octobre 1962. Cette fois, la situation est très différente, beaucoup plus pressante, beaucoup plus désordonnée, beaucoup plus insaisissable et énigmatique.

Les Russes laissent flotter l'idée d'une possibilité de pression militaire, même de loin, même théoriques, sur les frontières des États-Unis, en réponse à une pression étouffante, dans un contexte où il serait difficile de leur reprocher une telle initiative ; ils n'en sont encore qu'aux premières approches de la communication de la chose que, déjà, les USA se sentent comme confrontés à une sorte de défaite psychologique. Dans leur étrange posture, dans la folie d'une non-politique désintégrée en plusieurs centres de pouvoir, le moindre relâchement de la pression sur la frontière de l'"Ennemi" au bout de leurs propres lignes de communication logistique (lignes matérielles, de déploiement, de soutien, comme le veut l'OTAN), le moindre écartement (écartèlement ?) du centre crisique vers d'autres théâtres, constituent en soi une défaite pour la vulnérabilité américaniste (surpuissance certes, autodestruction évidemment...)

Que vont faire les Russes, concrètement, "technico-militairement" ? Pour l'instant, la réponse à cette question, outre de ne pas exister sans doute, n'est que de très peu d'intérêt. Il suffit de savoir que, cette fois, les Russes ont déclenché le processus  de la riposte. La crise ne change pas de centre, elle élargit sa surface et son intensité à des théâtres complémentaires, mettant en évidence que les USA ne sont pas seulement un exceptionnalisme libre de toute obligation juridique et légale, qu'ils sont aussi un pays, avec des frontières, avec des vulnérabilités stratégiques.

"Tout ça pour ça ?"

On ne s'attarde pas trop à la posture US, comme s'il pouvait être dit quelque chose de rationnel, de mesuré, de construit sur ce qu'on peine à nommer "la politique des États-Unis". Le désordre américaniste, marqué par l'incroyable et impayable performance courante du 46ème président, Joe Biden, décourage toute tentative d'analyse. Il constitue l'autre, le second point tenant et alimentant la folie convulsive de l'ensemble, avec le premier point qui est la crise-bouffe ukrainienne, et son "invasion" qui ne cesse de se déployer depuis 2014. Nul ne pouvait imaginer les dimensions stratégico-mythiques que pourrait prendre l'affaire ukrainienne lorsque celle-ci démarra en février 2014 par, comme ceci selon  les observations de l'excellent George Friedman  :

« La Russie définit l'événement qui a eu lieu au début de cette année [en février 2014] comme un coup d'Etat organisé par les USA. Et en vérité, ce fut le coup [d'État] le plus flagrant de l'histoire.»

Le problème est que les USA ne pouvaient acquiescer à une telle observation. Ils fabriquèrent aussitôt un simulacre, qui aurait eu sa vertu si les USA et les compères du bloc-BAO en avaient tenu compte comme d'un simulacre et de rien d'autre ; au contraire puisque c'est justement un simulacre, petit à petit et c'est-à-dire très rapidement, ils se mirent à y croire, enchaînés par la logique de leur montage (nous nommons cette chose terrible : " déterminisme-narrativiste", qui vaut bien le déterminisme darwiniste). Depuis février 2014, et d'ailleurs dès novembre 2013 avec les négociations de Ianoukovitch avec une UE qui se prenait pour une sorte de Jules César bureaucratique, nous avons installé nos informations, nos constats, nos perceptions, sur cet incroyable socle d'une incroyable puissance apparente, et pourtant fait d'un empilement de sable prêt à s'effondrer. Nous tenons là, en bonne part, l'explication de l'extraordinaire vélocité de cette crise littéralement "liquide comme du sable", impossible à saisir, crise à laquelle s'alimentent d'autres situations crisiques qui, elles-mêmes, l'alimentent en retour de pressions crisiques. Nous voyons se matérialiser en une dynamique tourbillonnante (" tourbillon crisique") une  structure crisique d'ores et déjà constituée en "crise-Dieu", qui constitue l'aliment central de notre Grande Crise d'Effondrement du Système.

Dans cet environnement encore plus catastrophiste que catastrophique, et les acteurs extérieurs à l'axe transatlantique (comme la Chine certes, et les autres) étant mis à part, le seul acteur véritablement sérieux est la Russie. Elle est le seul acteur dont on comprend la tactique et la stratégie, qui se conduit avec une extrême prudence et une extrême détermination à la fois, qui jusqu'ici a tenu bon et, avec cette ouverture vers l'Amérique latine, peut envisager de marquer des points fort importants dans le jeu de l'influence stratégique.

Le fait est que rarement sinon jamais, on ne vit un potentiel ébranlement indirect d'une telle puissance, suscitée par des "forces" si dérisoires qu'on est autorisé à les considérer comme des farces. L'emploi obstiné des qualificatifs "bouffe" et "bouffon" dans nos commentaires est la marque de l'estime dans laquelle nous tenons le fond de cette démarche crisique.

"Tout ça pour ça ?", dites-vous ? A part ça, l'affaire est de toute première importance.

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