Réflexions sur la guerre d'Ukraine

par Xenalga

Quelques réflexions sur la guerre d'Ukraine.

L'autre jour j'ai écrit sur les réseaux sociaux que d'après moi les signes visibles dans nos médias au sujet de la diplomatie laissaient fortement penser que la Fédération de Russie avait gagné la guerre. Je trouve que cette affirmation en apparence provocatrice mérite des éclaircissements que je voudrais si possible partager ici.

Ce que j'ai en tête par « gagner » ce n'est certes pas une victoire immédiatement constatable et encore moins déclarée médiatiquement. D'après moi, la guerre ne prendra pas fin officiellement, déjà parce qu'elle n'a jamais été formellement déclarée, et ensuite parce que des affrontements sporadiques se dérouleront le long de la ligne de front durant des années. Là-dessus, dans mon scénario, la situation chronique, au fond, ne deviendrait pas très différente de ce qu'elle était déjà. La différence réside là où ces affrontements se dérouleront à présent dans une frontière fortifiée et tenue par les armes russes et non dans les quartiers résidentiels du Donbass. Et c'est sur ce point que l'un des deux objectifs de la Fédération de Russie est atteint. Chacun doit juger pour lui-même si 50 000 morts (estimation personnelle de l'ordre de grandeur) valent que l'on mette fin à la souffrance et à l'humiliation d'une population de quelques millions d'habitants qui en huit ans, malgré les menaces constantes de mort, n'ont pas voulu baisser la tête et renoncer à leur culture ainsi qu'à leur choix de l'administration par laquelle ils voulaient être gouvernés.

Le deuxième objectif de l'armée russe était d'après moi la destruction, au sein de l'armée ukrainienne, du capital humain déjà entrainé et surtout désireux de combattre. D'après mes lectures, les États-Unis avaient financé et entraîné plusieurs bataillons (plusieurs milliers d'hommes) particulièrement choyés des autorités et des services de paye, à condition que ceux-ci entretiennent une pensée extrèmement anti-russe, ce qui dans ce cas passe - chemin de facilité - par le racisme envers l'Asie (pour ces milices neo-nazies ukrainiennes financées par les américains, les russes sont les descendants des « hordes mongoles » qui envahirent jadis le pays, ce qui se surajoute au vieux cliché, circulant depuis toujours dans les milieux d'extrème-droite, du « bolchevisme juif »... qui arrange très bien leurs employeurs capitalistes). S'il n'y avait jamais eu d'invasion de la part de l'armée russe, qu'en aurait-il été de cette masse de fanatiques, auraient-ils campés à jamais aux frontières après toute cette rage et cette envie d'en découdre accumulées ? Ou auraient-ils plutôt franchis la frontière avec la Russie afin de se livrer à des actes sans fin de sabotage et de terrorisme ? (comme certains l'ont d'ailleurs fait) Va traquer ensuite des milliers d'hommes individuellement ou par petites cellules... L'armée russe a saisi sa chance de les bombarder puis de les encercler alors qu'ils sont groupés par gros paquets dans des installations et des villes précises.

Donc voilà, encore une fois ce n'est que mon avis d'amateur passionné par le sujet. Mais je pense que ces deux objectifs ont été atteints : déplacement de la frontière sur une zone plus avancée et plus facilement défendable (et mise en place de la situation administrative qui permette de la militariser à fond sans avoir à se cacher) et destruction des éléments les plus intégristes/anti-russes des forces armées ukrainiennes. Et cela, encore une fois, ne se verra pas du tout dans des proclamations tapageuses mais en une stagnation (aussi bien matérielle que médiatique) de la situation qui se traduira par des escarmouches plus ou moins constantes sur la nouvelle ligne de front.

Histoire de pousser encore un peu plus les prédictions, je dirais que cette dernière va encore fluctuer pendant à peu près un an avant de se figer totalement pour une durée indéterminée (a priori plusieurs années ou dizaines d'années). En effet il reste encore des dizaines de milliers de soldats ukrainien correctement entrainés susceptibles de poursuivre les combats sous la menace. Mais ils sont très mal payés dans un pays où les salaires sont dérisoires et rien ne garantit qu'ils considèrent au fond l'ennemi comme étant plus en tort que leur propre gouvernement. Et il serait illusoire d'espérer poursuivre une guerre avec des réservistes tout juste enrôles de force, très jeunes et n'ayant pas eu le temps de suivre un entraînement prolongé, ça tous les commandants militaires le savent. En dernière instance, si le but est de reprendre un terrain occupé par l'ennemi, il ne sert à rien d'avoir beaucoup d'armes pour l'en déloger si nos propres troupes ne pourront ensuite pas le tenir.

Voilà les raisons qui m'ont fait dire que l'armée russe a gagné cette guerre, pas dans le sens où l'ennemi n'a plus de moyens, mais dans le sens où les moyens dont il dispose ne lui permettent plus d'inverser la situation stratégique, peu importe ce qu'il fasse au niveau tactique. Mais cela implique-t-il pour autant de penser que les États-Unis ont perdu ? Il est très difficile pour ces derniers de perdre, étant donné que leurs plans comportent des conséquences qui les rapprochent de leurs objectifs dans tous les dénouements possibles. Ici l'objectif stratégique était d'affaiblir ou de diviser la Fédération de Russie, et l'objectif tactique était d'après moi de tester leurs armes et leurs tactiques contre une armée puissante, chose qu'ils n'ont jamais pu faire depuis la seconde guerre mondiale.

Concernant le premier point, la Fédération de Russie est un pays dont les riches et les intellectuels dans un premier temps, puis la classe moyenne, ont toujours recherché, plus ou moins consciemment, l'approbation culturelle d'un l'Occident vu depuis leur perspective comme le nid douillet où s'épanouissent de l'esprit de réflexion et de création. Ce sont ces pans de la population russe qui vont se désolidariser encore plus de l'effort national à la vue de la propagande nationaliste et chauvinisme à laquelle l'État russe a recours pour maintenir le support à la guerre des classes populaires. Et que ce nationalisme et ce chauvinisme d'État passent de surcroît le plus officiellement possible par la religion orthodoxe en tant qu'institution, cela ne devrait rien arranger à la chose...

Voilà pour ce qui est de la division. Pour l'affaiblissement, je me limiterai à faire remarquer que les armes perdues par l'armée russe - qu'elles soient détruites par l'ennemi ou à usage unique comme les missiles - lui couteront bien plus à remplacer que celles des américains qui disposent de dix fois plus de budget militare et dont leur industrie ne subit aucune sanction économique de la part d'un tiers. De plus, les officiers de l'armée russe étant - de par leur doctrine militaire - beaucoup plus exposés sur le front que leurs homologues occidentaux, et que d'autre part l'armée russe aurait choisi d'employer en priorité ses troupes les plus aguerries, on peut en déduire que ladite armée a perdu une quantité significative de ses meilleurs éléments. Néanmoins l'expérience acquise contre des troupes bien entrainées et sur-armées compensera ces pertes - d'un point de vue utilitaire bien sûr - sur le long cours.

Donc bon vous voyez que si la Russie perdait face à l'armée ukrainienne, elle en ressortirait affaiblie sur le plan intérieur comme international, car les éléments de l'armée les plus radicaux pourraient vouloir forcer le gouvernement à continuer la guerre coûte que coûte ; et en voyant les représailles sur les habitants du Donbass plus aucune population n'aurait considéré la Russie comme un protecteur potentiel. Mais nous venons de voir également qu'une victoire face à l'armée ukrainienne et la crédibilité qui en découle au niveau international vis-à-vis des pays non-alignés comporte un prix humain, matériel et culturel élevé que j'ai essayé de résumer dans le paragraphe ci-dessus.

 reseauinternational.net

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