La vraie menace nucléaire au Moyen-Orient, c'est Israël

Israël procède à une expansion majeure de son installation nucléaire de Dimona dans le désert du Néguev. De nouvelles images satellites de la centrale nucléaire dans le désert du Néguev en Israël montrent que le régime sioniste prend des mesures pour agrandir certaines parties du centre de recherche de la centrale. Les travaux de construction sont évidents sur les nouvelles images satellites publiées début 2021 par le Groupe d'experts international sur les matières fissiles (IPFM), un groupe d'experts indépendants. La zone des travaux se trouve à quelques centaines de mètres au sud et à l'ouest du réacteur en forme de dôme et du secteur du retraitement chimique du centre de recherche nucléaire Shimon Peres Negev, près de la ville désertique de Dimona - Photo : via ParsToday

Par  Ramzy Baroud

Alors que les pays occidentaux  prétendent que la Russie pourrait transformer son conflit avec l'Ukraine en une guerre nucléaire, de nombreux gouvernements occidentaux continuent de fermer les yeux sur l'arsenal nucléaire d'Israël. Heureusement, de nombreux pays dans le monde ne souscrivent pas à cette hypocrisie occidentale maladive.

La  conférence sur « l'imposition d'une zone exempte d'armes nucléaires et d'autres armes de destruction massive au Moyen-Orient » s'est tenue du 14 au 18 novembre, dans le seul but de définir de nouvelles normes de responsabilité qui, comme cela aurait toujours dû être le cas, seraient appliquées de manière égale à tous les pays du Moyen-Orient.

Le débat sur les armes nucléaires au Moyen-Orient ne saurait être plus d'actualité. Les observateurs internationaux  notent à juste titre que la période ouverte par la guerre entre la Russie et les Etats-Unis, via l'Ukraine, est susceptible d'accélérer la quête d'armes nucléaires dans le monde.

Compte tenu de l'état de conflit apparemment perpétuel au Moyen-Orient, la région risque d'être également le théâtre d'une rivalité par rapport au nucléaire.

Pendant des années, les pays arabes comme d'autres pays ont tenté de soulever la question selon quoi la surveillance et le contrôle du développement et de l'acquisition d'armes nucléaires, ne peut être limitée aux États qui sont perçus comme des ennemis d'Israël et de l'Occident.

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La dernière en date de ces tentatives a été une résolution des Nations unies qui appelle Israël à se débarrasser de ses armes nucléaires et à placer ses installations nucléaires sous la surveillance de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA).

La  résolution A/C.1/77/L.2, rédigée par l'Égypte avec le soutien d'autres pays arabes, a été adoptée par un vote initial de 152 voix contre 5. Sans surprise, parmi les cinq pays qui ont voté contre le projet figurent les États-Unis, le Canada et, bien sûr, Israël lui-même.

En dépit du soutien aveugle des Etats-Unis et du Canada à Tel Aviv, qu'est-ce qui pousse Washington et Ottawa à voter contre un projet intitulé : « Le risque de prolifération nucléaire au Moyen-Orient » ?

En gardant à l'esprit les gouvernements successifs d'extrême droite qui ont dirigé Israël depuis de nombreuses années, Washington doit comprendre que le risque d'utiliser des armes nucléaires sous le couvert de la lutte contre une « menace existentielle » est une possibilité réelle.

Depuis sa création, Israël a exploité l'expression « menace existentielle » d'innombrables fois. Divers gouvernements arabes, puis l'Iran et même certains mouvements de résistance palestiniens ont été accusés de mettre en danger l'existence même d'Israël.

Même le mouvement non violent de boycott, de désinvestissement et de sanctions ( BDS), dirigé par la société civile palestinienne, a été  accusé par le Premier ministre de l'époque, Benjamin Netanyahu, en 2015, d'être une menace existentielle pour Israël. Netanyahu avait alors affirmé que le mouvement de boycott n'était « pas lié à nos actions ; il est lié à notre existence même ».

Cela devrait inquiéter tout le monde, pas seulement au Moyen-Orient, mais dans le monde entier. Un pays fait sans cesse référénce à de prétendues « menaces existentielles » ne devrait pas être autorisé à acquérir le genre d'armes qui pourraient détruire tout le Moyen-Orient, et plusieurs fois.

Certains pourraient prétendre que l'arsenal nucléaire d'Israël est intrinsèquement lié à des craintes réelles résultant de son conflit historique avec les Arabes. Mais c'est faux. Dès qu'Israël a finalisé son nettoyage ethnique des Palestiniens de leur patrie historique, et bien avant toute résistance arabe ou palestinienne sérieuse en réponse, Israël était déjà en quête d'armes nucléaires.

Dès 1949, l'armée israélienne a  découvert des gisements d'uranium dans le désert du Néguev, ce qui a conduit à la  création, en 1952, de la très secrète Commission israélienne de l'énergie atomique (IAEC).

En 1955, le gouvernement américain a  vendu à Israël un réacteur de recherche nucléaire. Mais cela ne suffisait pas. Désireux de devenir une puissance nucléaire à part entière, Tel Aviv  fait appel à Paris en 1957.

Les gouvernements français successifs sont devenus un partenaire majeur dans les sinistres activités nucléaires d'Israël lorsqu'ils ont aidé le gouvernement israélien à construire un réacteur nucléaire clandestin près de Dimona, dans le désert du Néguev.

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Le père du programme nucléaire israélien de l'époque n'était autre que Shimon Peres qui, ironiquement, a reçu le  prix Nobel de la paix en 1994. Le réacteur nucléaire de Dimona  s'appelle désormais « Centre de recherche nucléaire Shimon Peres-Negev ».

Sans aucune surveillance internationale, et donc sans aucune responsabilité légale, l'activité nucléaire d'Israël se poursuit jusqu'à ce jour. En 1963, Israël a  acheté 100 tonnes de minerai d'uranium à l'Argentine, et l'on croit fermement que pendant la guerre israélo-arabe d'octobre 1973, Israël « a failli faire une frappe nucléaire préventive », selon Richard Sale, qui  écrit dans United Press International (UPI).

Actuellement, on estime qu'Israël  possède « suffisamment de matières fissiles pour disposer de 60 à 300 armes nucléaires », selon l'ancien officier de l'armée américaine Edwin S. Cochran.

Les estimations varient, mais les faits concernant les armes de destruction massive (ADM) d'Israël ne sont guère contestés. Israël lui-même pratique ce que l'on appelle « l'  ambiguïté délibérée », afin d'envoyer un message à ses ennemis potentiels sur sa puissance meurtrière, sans rien révéler qui risquerait de le voir soumis à d'une inspection internationale.

Ce que nous savons des armes nucléaires israéliennes est dû en partie à la ténacité d'un ancien technicien nucléaire israélien,  Mordechai Vanunu, un lanceur d'alerte qui a été  maintenu en isolement pendant une décennie en raison du courage dont il a fait preuve en révélant les secrets les plus obscurs d'Israël.

Pourtant, Israël a  toujours refusé de signer le traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), approuvé par 191 pays.

Les dirigeants israéliens adhèrent à ce que l'on appelle la «   doctrine Begin », en référence à Menachem Begin, le Premier ministre israélien qui a décidé l'invasion du Liban en 1982, causant la mort de milliers de personnes.

La doctrine est formulée autour de l'idée que, si Israël se donne le droit de posséder des armes nucléaires, ses ennemis au Moyen-Orient en sont interdits. Cette conviction continue de guider les actions israéliennes jusqu'à ce jour.

Le soutien des États-Unis à Israël ne se limite pas à lui assurer un « avantage militaire » sur ses voisins en termes d'armes traditionnelles, mais à veiller à ce qu'Israël reste la seule superpuissance de la région, même si cela implique d'échapper à la responsabilité internationale pour le développement d'ADM.

Les efforts collectifs déployés par les pays arabes et d'autres pays à l'Assemblée générale des Nations unies pour créer une zone exempte d'armes nucléaires au Moyen-Orient sont des initiatives bienvenues.

Il incombe à tous, y compris Washington, de se joindre au reste du monde pour obliger enfin Israël à adhérer au traité de non-prolifération, une première étape essentielle vers une obligation trop longtemps différée, de rendre des comptes.

Auteur :  Ramzy Baroud

* Ramzy Baroud est journaliste, auteur et rédacteur en chef de  Palestine Chronicle. Son dernier livre est «  These Chains Will Be Broken: Palestinian Stories of Struggle and Defiance in Israeli Prisons» (Pluto Press). Baroud a un doctorat en études de la Palestine de l'Université d'Exeter et est chercheur associé au  Center for Islam and Global Affairs (CIGA)Visitez son site web:  ramzybaroud.net et son compte  Twitter.

30 novembre 2022 -  The Palestine Chronicle - Traduction :  Chronique de Palestine - Lotfallah

 chroniquepalestine.com

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