La trahison politique en démocratie

par Thierry Foucart

L'évolution actuelle est un crime contre la Raison commis par des gens qui s'en réclament, aux dépens d'une population trahie par l'aveuglement et la faiblesse de ses représentants.

Comment en sommes-nous arrivés à des théories aussi étranges que le  wokisme, le  féminisme radical, la théorie de la continuité sexuelle, l'  antispécisme, le  véganisme... ? À considérer comme normal le choix par un enfant de son prénom, de son genre ?... À accepter que les parents ne soient plus père et mère mais «   parent 1 et parent 2 » ?

Ces théories sont en pleine contradiction avec les principes de l'analyse scientifique établis progressivement par les sociologues, philosophes, médecins. Le rejet des traditions immémoriales est celui de la théorie des ethnologues des XIXe et XXe siècles qui expliquent le progrès de l'humanité par l'  évolution spontanée des mœurs et des règles de justice des  sociétés humaines au cours des millénaires.

Le rôle des États-Unis dans l'extrémisme politique

Cette folie née dans les universités d'Amérique du Nord il y a plus de vingt-cinq ans conquiert maintenant l'Europe des Lumières et la France de Montaigne, Descartes, Voltaire...

En l'espace de quelques années, l'Union européenne a été atteinte par cette déferlante et par un discours pseudo-rationnel dont les contradictions sont pour le moins surprenantes et même inquiétantes : c'est au nom de l'égalité des cultures que l'on accepte le  communautarisme en France, de la lutte contre le racisme qu'on exclut de certaines réunions les Français de race blanche dans leur propre pays, de la liberté d'expression qu'on diffuse dans les collèges des caricatures grossières de Mahomet, de l'histoire officielle que l'on condamne des écrivains, des philosophes, des historiens qui en discutent, de la justice que l'on recherche une mauvaise intention dans « l'impensé de l'inconscient » de l'accusé et que l'on croit sur parole les femmes qui prétendent avoir été violées il y a trente ans ou plus...

Ce sont des étudiants pétris de certitudes qui dénoncent publiquement leurs enseignants au lieu de débattre avec eux des sujets qui les heurtent. La « résistance civile » destinée à lutter contre les totalitarismes justifie maintenant le refus d'obéir à la loi de la démocratie, mais c'est au nom de la démocratie qu'elle est revendiquée et même subventionnée.

Les États-Unis connaissent de temps à autre des mouvements sociaux excessifs : la prohibition née des mouvements féministes américains du début du XXe siècle, le maccarthysme provoqué par la guerre froide à partir de 1950 en sont des exemples récents. Les objectifs initiaux de ces mouvements (la lutte contre l'alcoolisme et l'anticommunisme) ont provoqué les abus que l'on connaît : explosion de la délinquance et des trafics d'alcool plus ou moins frelatés, chasse à l'homme au moindre soupçon de sympathie pour le communisme ou à la suite d'une simple dénonciation. Les mouvements actuels sont de même nature : leurs objectifs initiaux sont raisonnables, compréhensibles, justifiés, mais la passion qui s'est emparée d'une frange de la population américaine provoque des réactions et comportements tout autant excessifs que les mouvements évoqués précédemment.

La puissance économique et culturelle des États-Unis favorise l'exportation de ces mouvements en Europe. Une frange de la population européenne sous leur influence exerce une forte pression sur les journalistes, écrivains, responsables politiques et sociaux, enseignants, chercheurs, magistrats... pour faire triompher ses revendications copiées sur celles de la frange américaine. Elle néglige les différences culturelles, historiques, religieuses, démographiques et sociales entre les deux continents.

Que pensent les Français du mariage pour tous ? De l'enseignement de la sexualité à l'école ? Des limites de la liberté d'expression ? De la parité homme femme ?

Toutes ces mesures ont été imposées par le pouvoir politique sous la pression de cette minorité très active. C'est là peut-être une cause de l'abstention massive des électeurs quand on leur demande de s'exprimer, ou du vote pour des candidats accusés d'être extrémistes par les partis qui se prétendent modérés mais qui ne sont que faibles devant ces revendications. Extrémistes, des parents qui refusent que leurs enfants soient incités à changer de sexe, à suivre des régimes alimentaires dangereux, ou qui exercent chacun leur rôle de père et de mère ? Des croyants outrés que leur foi soit tournée en dérision devant leurs enfants en collège ? Des historiens qui manifestent contre les lois mémorielles limitant leurs débats ? Des philosophes qui défendent l'humanisme et la culture chrétienne ? Des académiciens qui protestent contre l'écriture inclusive ? Ce texte même est-il extrémiste ?

La fin de la rationalité ?

Ce détournement de la rationalité est renforcé par les réseaux sociaux qui diffusent des statistiques utilisées sans la moindre rigueur scientifique et des raisonnements qui sont au mieux des paralogismes mais bien plus souvent des sophismes.

En donnant satisfaction aux désirs inavoués de leurs lecteurs et auditeurs, ils exploitent leur faiblesse, leur donnent l'impression de détenir la vérité, de vivre intensément, mais les privent de tout réalisme et esprit critique. Le succès de ces revendications s'explique par l'excitation, la passion qu'elles donnent aux individus.

Les chiffres ne donnent pas la juste vérité même s'ils sont exacts. Les jugements ne sont pas non plus définitifs, incontestables. Les progrès de la connaissance humaine sont indéniables, mais montrent en même temps l'incommensurabilité de la nature devant laquelle l'intelligence de l'Homme est impuissante.

Pascal l'a déjà dit : « Notre intelligence tient dans l'ordre des choses intelligibles le même rang que notre corps dans l'étendue de la nature. »

Les franges de population dont il est question ne l'ont pas compris (si elles l'ont lu) et jouent à l'apprenti sorcier. Mais leurs certitudes sont passionnelles, infondées et par suite dangereuses. Elles contraignent les élus à accepter leurs exigences sans se préoccuper de l'avis des sociétés savantes, ni respecter les règles de la dialectique et de l'analyse critique.

L'évolution actuelle est un crime contre la Raison commis par des personnes qui s'en réclament aux dépens d'une population trahie par l'aveuglement et la faiblesse de ses représentants. Les sophistes ont eu raison de Socrate : arrêtons-les avant qu'il ne soit trop tard.

source :  Contrepoints

 reseauinternational.net

 Commenter