19/06/2023 dedefensa.org  4 min #230082

Le côté sombre du camp de concentration du Bien

Le président chèque et la russophobie

Andrew Korybko

Le président tchèque Petr Pavel tente de revenir sur sa proposition de la semaine dernière concernant le sort des Russes vivant à l'Ouest, qui, selon lui,  pourrait ressembler à l'internement des Japonais par les États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale. Cet ancien président du comité militaire de l'OTAN avait justifié ce scénario en le qualifiant de « simple conséquence de la guerre » mais il affirme aujourd'hui que ses propos ont été mal interprétés. Quelques jours plus tard, Pavel interprète sa proposition comme suggérant seulement « un suivi général de ce qui se passe dans cette communauté ».

Cependant, les dégâts en termes de système de la communication sont déjà faits, puisqu'il a dit tout haut la partie silencieuse de la russophobie. Il s'agit d'une forme de sectarisme qui n'est pas différente de l'antisémitisme, de l'islamophobie et du racisme, et tout comme ces trois exemples de discrimination bien plus connus, ses partisans envisagent également de restreindre les droits du groupe qu'ils ciblent. À tout le moins, Pavel propose de mettre mal à l'aise les Russes ethniques et les ressortissants de ce pays en les soumettant à la surveillance de l'État uniquement en raison de leur identité.

Cela contredit les principes officiels du soi-disant  ordre « fondé sur des règles » dont  les libéraux-globalistes occidentaux ne cessent de nous parler, mais la sombre vérité est que cela correspond parfaitement à ce qu'ils ont vraiment à l'esprit. La recherche de l'égalité sociopolitique et juridique entre les personnes d'identités différentes est noble et tout le monde devrait la soutenir ; mais il est ignoble d'exploiter ce concept comme une arme idéologique pour déstabiliser d'autres pays, chose condamnable en soi.

Dans ce contexte, l'Occident accuse ses rivaux géopolitiques de violer les droits des minorités tout en affirmant qu'ils accordent eux-mêmes la priorité à leur protection, mais voilà que l'un de ses propres dirigeants fait publiquement pression en faveur de la violation des droits de ses minorités russes sous prétexte de sécurité nationale. Il est déjà assez grave que l'Occident ait « cancellé » tout ce qui est lié à la Russie sur la base fallacieuse de la « solidarité » avec l'Ukraine, mais il est encore plus grave que cela ait évolué au point de parler ouvertement d'examiner cette communauté à la loupe.

Les partisans de cette politique pourraient la défendre en affirmant que ceux qui n'ont rien à cacher ne devraient pas avoir de problème avec l'espionnage de leurs activités par l'État, mais ces personnes n'accordent pas de crédit à cette explication lorsque les défenseurs des politiques prétendument bigotes de leurs rivaux géopolitiques disent la même chose. Ce double standard est typique de « l'ordre fondé sur des règles » et révèle que ses principes officiels ne sont rien d'autre que des armes idéologiques pour discréditer d'autres pays et encourager leurs minorités à se révolter.

Jusqu'à ce que Pavel partage sa proposition la semaine dernière, qu'il compare de manière inquiétante à l'internement des Japonais par les États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale, les partisans de l'Occident pouvaient prétendre que leur nouveau bloc de facto de type-Guerre Froide avait tiré les leçons de l'histoire des violations des droits de l'homme commises dans leur pays pendant cette période. Cette affirmation n'a jamais été crédible pour ceux qui sont informés de tout ce qui s'est passé au cours des décennies précédentes, mais un certain nombre de personnes continuent à y croire.

Ils seront heureusement encore moins nombreux aujourd'hui après ce que Pavel vient de suggérer, bien qu'il ait tenté de revenir sur ses propos, - ne faisant dès lors que confirmer qu'il envisage effectivement de violer les droits de la minorité russe de l'Ouest, même s'il affirme de manière peu convaincante qu'il n'avait pas de camps d'internement à l'esprit. Le diable est sorti de sa boite lorsqu'il a énoncé en pleine lumière la partie cachée de la russophobie. On comprend alors que tout ce que l'Occident allègue à propos de ses rivaux géopolitiques violant les droits de l'homme de leurs propres minorités n'est que propos de circonstance.

Les principaux médias du 'Sud Global' devraient s'assurer que tous les non-Occidentaux sont au courant de ce scandale, qu'il s'agisse des propos initiaux de Pavel sur les camps d'internement ou de ses propos ultérieurs sur la « surveillance » des personnes sur la seule base de leur identité ethno-nationale. Ses paroles infâmes brisent l'impression que les plus naïfs d'entre eux auraient pu avoir sur la soi-disant « hauteur morale » de l'Occident, qui peut aider à « déprogrammer » leurs populations et ainsi les inoculer contre de futurs virus idéologiques.

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