10/12/2023 reseauinternational.net  10 min #238882

De la fonction des accusations de viols par la propagande sioniste

Dans cet article Kareena Pannu s'intéresse aux accusations de viols qu'auraient commis les militants du Hamas à l'encontre de victimes ressortissantes de l'entité sioniste. De telles accusations avaient été énoncées peu de temps après l'irruption des militants palestiniens en Palestine occupée le 7 octobre mais, sans avoir jamais disparu totalement du récit, elles étaient restées en arrière-plan. Mais depuis quelques jours on assiste, ainsi que l'observe l'auteure de l'article à un retour de ces accusations avec une force nouvelle, d'abord dans les relais de la hasbara, aussi bien journaux que télévisions et comptes sur les réseaux sociaux puis dans l'ensemble des médias occidentaux. La simultanéité et la similarité des messages sur les réseaux sociaux est tout à fait évidente en plus de leur caractère absolument massif.

Ces accusations ont une fonction très claire pour les Goebbels sionistes : enrôler les féministes occidentales aux côtés du régime sioniste et rejeter la lutte palestinienne de la sphère des combats légitimes.

Mounadil al Djazaïri

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Malgré le manque de preuves, les allégations de «viols massifs» commis par le Hamas justifient le génocide israélien à Gaza

par Karrena Pannu

L'absence de toute preuve de «viols massifs» perpétrés par des membres du Hamas le 7 octobre n'a pas empêché Israël d'utiliser ces accusations comme arme pour légitimer son génocide des Palestiniens à Gaza.

Après une accalmie, les allégations israéliennes de violences sexuelles commises par le Hamas sont  revenues en force pour faire la une des journaux internationaux. Alors que l'ONU est sujette à  une pression accrue pour condamner les violences sexuelles présumées du Hamas, le regain soudain et massif d'attention des médias et de la communauté internationale près de deux mois après le 7 octobre appelle la question : pourquoi maintenant ?

En effet, les récits de violence sexuelle ont non seulement réapparu, mais ils l'ont fait avec vigueur. Des histoires sinistres de viols collectifs, de mutilations et même de nécrophilie ont été diffusées par les médias. Cela s'est produit malgré l'absence de preuves substantielles d'agressions sexuelles apportées par les forces d'occupation israéliennes [FOI].  À plusieurs reprises, Israël a manqué à fournir des preuves médico-légales, des preuves photographiques concrètes ou des témoignages de victimes aux agences de presse au-delà des conclusions établies par les équipes médico-légales israéliennes. En effet, le Times of Israel affirme que les FOI ne fourniront  jamais de preuves médico-légales parce que «les preuves physiques d'agressions sexuelles n'ont pas été recueillies sur les cadavres par les morgues surchargées d'Israël», et il serait désormais trop tard pour rassembler des preuves concluantes.

Actuellement, le dossier à charge d'Israël consiste en un témoignage oculaire montré en privé à des  journalistes par la police israélienne, des témoignages de «ramasseurs de corps», d'équipes médico-légales et de l'état-major de l'armée, des photographies prises sur des sites suggérant que des femmes pourraient avoir été agressées sexuellement, et des témoignages de combattants du Hamas obtenus par le Shin Bet [Sécurité intérieure], dont le recours à  la torture est  notoire. Les témoignages des victimes ne seront pas partagés ; la police n'a interrogé aucune victime survivante et, selon May Golan, ministre israélienne des droits des femmes, les très rares victimes qui ont survécu reçoivent un traitement psychiatrique et sont donc, c'est bien commode, incapables de parler.

On est loin des efforts persistants des Palestiniens, obligés de filmer leurs proches assassinés, leurs enfants brûlés et mutilés, ainsi que leurs amis et leur famille dans leurs moments de deuil les plus terribles, le tout dans une tentative désespérée de montrer au monde ce qui se passe, ce qu'ils subissent. C'est peut-être à cela que ressemble un privilège, où la dignité des victimes israéliennes est préservée, et la dignité des victimes palestiniennes doit être rejetée dans une démarche désespérée pour faire connaître leurs souffrances, parfaitement conscients que la survie du peuple palestinien en dépend.

Le maintien du secret par Israël reste assourdissant ; les FOI ont projeté en exclusivité une compilation de 47 minutes de «séquences brutes» aux journalistes invités, au lieu de partager les séquences avec les agences de presse pour qu'elles en rendent compte et les vérifient de manière indépendante (les journalistes d'Al Jazeera, notamment, n'ont pas été invités à y assister). Parmi les invités, le journaliste Owen Jones n'a vu aucune «I Watched The Hamas Massacre Film. Here Are My Thoughts. » de torture, de violence sexuelle, de viol ou de décapitation. De plus, bien qu'il ait appelé l'ONU à condamner les actes de violence sexuelle du Hamas, Israël refuse de coopérer avec une commission d'enquête de l'ONU sur les violences sexuelles commises par le Hamas sur la base ridicule que l'ONU a « un parti pris anti-israélien».

Néanmoins, malgré le manque de preuves, Israël a renouvelé ses allégations d'actes de violence sexuelle commis par le Hamas, mais avec une nouvelle contextualisation ; ces violences faisaient désormais partie d'une tactique systématique et concertée de viols massifs, a affirmé le Dr Elkayam-Levy, chef de la «Commission civile sur les crimes du 7 octobre commis par le Hamas contre les femmes et les enfants» et professeur de droit à l'histoire troublé de violations des droits de l'homme et des liens étroits avec le «Conseil national de sécurité». Ce narratif a été repris par le département d'État américain, dont le porte-parole, Matt Miller, a allégué que «l'une des raisons pour lesquelles [le Hamas] ne veut pas livrer les femmes qu'il a prises en otage, et la raison pour laquelle la trêve a été interrompue c'est qu'ils [le Hamas] ne veulent pas que ces femmes puissent parler de ce qui leur est arrivé pendant leur détention».

À l'inverse, en l'absence de preuves concrètes d'agressions sexuelles, que peut-on savoir sur la manière dont le Hamas traite les femmes ? On peut dire que les otages nous fournissent la preuve la plus claire du comportement du Hamas envers les femmes, puisque nous disposons d'images directes de leur libération. Le gouvernement israélien a affirmé, de manière assez absurde, que les otages étaient sous tranquillisants au moment de leur libération, ce qui expliquerait leurs adieux amicaux aux membres du Hamas avec des poignées de main, des blagues et des sourires. La majorité des otages n'ont pas encore été interviewés publiquement, à l'exception de  Mia Leimberg, qui est sortie de captivité avec son chien Bella. Les expériences des otages varient ; tandis que  la lettre virale de Daniel Aloni remerciait le Hamas pour le traitement qu'il avait réservé à elle et à sa fille, lors d'une réunion entre des membres du cabinet de guerre israélien et des otages libérés, un  otage anonyme aurait raconté des incidents d'attouchements. Cependant, les preuves auxquelles nous avons directement accès, qui comprennent des images de la libération des otages et  des vidéos TikTok publiées par les otages libérés, montrent que les otages sont souriants et en assez bonne condition.

Cette dernière action propagandiste témoigne du désespoir de la machine de propagande israélienne. Des militants [pro-Palestiniens, NdT] et des journalistes ont souligné à juste titre comment le gouvernement israélien a utilisé les allégations d'agressions sexuelles comme une arme, en fonction d'arrière-pensées plutôt que par véritable préoccupation pour les femmes et les enfants, étant donné le  bilan horrible d'Israël en matière  de viols et d'abus sexuels, et en outre, sa censure active des organisations de défense des droits de l'homme qui enquêtent sur les agressions sexuelles sur des enfants palestiniens, ce que  Josh Paul, ancien directeur au département d'État américain, a reconnu sur CNN.

L'affirmation infondée du département d'État américain selon laquelle le cessez-le-feu a pris fin en raison des désirs barbares du Hamas à l'égard des femmes manque de crédibilité. Cependant, l'instigation et la montée en puissance d'une tempête médiatique sensationnaliste autour du 7 octobre ont permis au gouvernement israélien de réaffirmer son hégémonie sur les récits qui entourent les événements de cette journée. Les descriptions farfelues des attaques du Hamas remettent le focus sur le Hamas, nuisant ainsi à l'impact de nouvelles enquêtes menées par les agences  de presse qui ne vont pas dans le sens du narratif du gouvernement israélien sur une attaque impitoyable menée par le Hamas et s'intéressent à la responsabilité des forces d'occupation israéliennes dans le massacre de civils israéliens et suggèrent que l'attaque aveugle de l'armée israélienne contre le Hamas  pourrait avoir également causé la mort de citoyens israéliens.

En outre, l'accent mis sur la brutalité et l'inhumanité des attaques du Hamas le 7 octobre sert de plus en plus à légitimer la vengeance israélienne. L'offensive d'Israël n'a aucun semblant de proportionnalité, puisque le nombre de morts  dépasse les 16 000 et que de nombreuses vidéos choquantes documentent, de manière approfondie et détaillée, l'anéantissement des Palestiniens, y compris l'incinération de nourrissons et de jeunes enfants. Exagérer l'inhumanité des attaques du Hamas suggère qu'il existe une équivalence dans la réponse israélienne ; même si l'ampleur n'est pas la même, il s'agit de suggérer que l'offensive d'Israël est de même nature et brutalité, et que par conséquent, la vengeance contre une population de 2,2 millions de personnes est logique.

Mais les choses vont plus loin que cela. Le recours aux caricatures orientalistes faciles représentant les hommes arabes en tant que prédateurs sexuels sauvages est à la fois sournois et destructeur. La suggestion selon laquelle la brutalité et la dépravation sexuelle sont des caractéristiques intrinsèques des hommes et du peuple arabes suggère que les Palestiniens sont, de manière inhérente et irrémédiable, une race perverse et que leur annihilation totale est donc justifiable. Fabriquer le consentement à un génocide ne fonctionne que lorsque le génocide d'un peuple n'est pas considéré comme une perte, et que l'éradication de sa culture, de son histoire et de son humanité est un acte qui rend le monde meilleur. La stigmatisation et la déshumanisation des hommes indigènes et des hommes de couleur ne sont pas nouvelles. C'est un procédé qui n'est que trop familier et nous devons y résister.

source :  Mondoweiss via  Mounadil al Djazaïri

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