06/01/2024 reseauinternational.net  6 min #240352

Le Yémen prêt à affronter une nouvelle coalition impériale

Le canal de Suez, le Yémen et la Russie

Les libéraux se sont moqués de l'amitié entre la Russie et l'Érythrée. Et s'ils commençaient maintenant à s'y pencher ?

par Dzen.ru

Voilà qui est intéressant. Pour bloquer le canal de Suez, il n'est pas nécessaire de s'en approcher. Il suffit de se trouver à 2000 kilomètres pour rendre le canal impraticable.

Tout est de la faute de la géographie et il est difficile de discuter avec elle.

Le canal de Suez n'est qu'une petite partie de la route maritime reliant l'Asie à l'Europe :

Certes, mais c'est une partie très importante sans laquelle le passage des navires ne peut se faire. De même, le mouvement des navires à travers le canal de Suez n'est également pas possible sans la possibilité de naviguer en passant un autre goulot d'étranglement sur cette route : le détroit de Bab-el-Mandeb.

Le canal de Suez et ce détroit sont comme les deux «cols» de la mer Rouge. L'entrée et la sortie. Ou bien la sortie et l'entrée en fonction du sens de la navigation.

C'est un fait que le canal de Suez a été construit par l'homme alors que c'est la nature qui a créé le détroit. Mais la navigation est autant importante par les deux passages.

Le détroit de Bab el-Mandeb est large d'environ 28 kilomètres (sans prendre en compte les îles). Il est d'autant plus intéressant que sur l'une des côtes se trouve l'État du Yémen. Ce même Yémen où vit un groupe arabe extrêmement spirituel et belliqueux - les Houthis.

Les Houthis sont très mécontents des actions que mène Israël dans la bande de Gaza. Ils profitent ainsi d'un avantage géographique naturel : ils bloquent le détroit aux navires transportant des marchandises dans l'intérêt d'Israël.

Ainsi, bien que les Houthis vivent à 2000 km du canal de Suez, ils le rendent extrêmement vulnérable et pratiquement impraticable.

Regardons maintenant la rive opposée du détroit de Bab el-Mandeb de l'autre côté du Yémen. Je pense que tout le monde a déjà compris de quoi il était question.

On trouve deux États - Djibouti et l'Érythrée. À partir de ces deux territoires, il est possible de contrôler le détroit, donc de contrôler toute la route maritime à travers la mer Rouge, donc une bonne partie du commerce mondial.

L'État érythréen est très pauvre. Excessivement pauvre. C'est l'un des plus pauvres du monde. Selon certains indicateurs, il s'agit de l'État le plus pauvre au monde.

Mais cet État entretient des relations très amicales avec la Russie. À l'ONU, il vote toujours pour nos résolutions et contre celles de l'ennemi. Au printemps 2023, le président érythréen est venu à Moscou et a rencontré Poutine.

Le président Isaias Afwerki en compagnie de Vladimir Poutine

Je m'en souviens très bien alors que les mauvaises langues libérales ricanaient.

«Voilà qu'à Kiev, disent-ils, les «Personnes joyeuses et intelligentes» (en russe, le KVN : Klub veselykh i nakhodtchivykh, le Club des Bienheureux et des Populaires) rencontrent les dirigeants des États-Unis et de la Grande-Bretagne, alors que nous... Il a trouvé avec qui se lier d'amitié. Est-ce qu'il n'y avait vraiment personne d'autre ? La honte !»

Je ne me réfèrerai pas ici à la longue liste de pays relativement importants, de la Chine et de l'Inde aux Émirats arabes unis et à la Turquie, que Poutine rencontre et avec lesquels il renforce les contacts depuis ces deux dernières années au moins.

Pensons maintenant spécifiquement à l'Érythrée. Ce pays est-il réellement insignifiant dans le contexte de ce qui se passe aujourd'hui dans le monde ?

Plus d'une fois, j'ai écrit que la puissance de l'Occident reposait sur son contrôle, en premier lieu, des routes commerciales maritimes. Les États-Unis et leurs alliés possèdent des bases militaires près de tous les points cruciaux des océans dans le monde, tels que les canaux de Suez et de Panama, Gibraltar, le détroit du Bosphore, le détroit de Malacca et même la pointe de l'Amérique du Sud (les îles Falkland) et les ports maritimes chinois à Taïwan.

En cas de graves problèmes, les États-Unis peuvent tout simplement exclure pratiquement tous les pays du commerce mondial. Ce que d'ailleurs fait actuellement le Yémen. Simplement, le Yémen use de méthodes artisanales, «manuelles». Les États-Unis, eux, ont tout un arsenal jusqu'aux porte-avions.

Regardons maintenant par quoi ces derniers temps la Russie est occupée.

Une partie de ses actions revient littéralement à «gratter» des parties des océans du monde qu'elle pourrait contrôler. Sans ce contrôle, un pays ne peut pas vraiment être considéré comme influent et fort.

Soit. Il y a actuellement beaucoup de choses qui sont faites dans ce sens.

Par exemple, la Route maritime du Nord se développe rapidement. Elle peut déjà reprendre une part importante du commerce maritime mondial aux États-Unis. On n'arrive plus à compter le nombre de projets allant dans ce sens. De la pose de fibres optiques dans les profondeurs arctiques (communications) jusqu'au développement de centrales nucléaires flottantes (énergie).

La flotte militaire a été recomposée. Les navires et les sous-marins les plus modernes sont régulièrement mis à l'eau. Ces dernières années, ils sortent des cales tout simplement par paquets.

La création de bases navales en dehors de la Fédération de Russie aux points stratégiques les plus importants de la planète est en cours.

La première base de l'histoire de la Russie moderne a été créée en Syrie. La société n'y accorde pas particulièrement d'importance, mais cette base permet à la flotte russe de pouvoir contrôler une partie importante du Moyen-Orient sans rester «enfermée» dans la mer Noire.

Des négociations sont en cours pour établir des bases dans d'autres endroits. Par exemple, près du canal de Panama, du détroit de Malacca. Et, bien sûr, sur la mer Rouge.

Dans ce cadre, de nouveaux accords évoluent avec le Soudan qui semble accepter la localisation d'une base militaire et technique pour la flotte russe.

L'Érythrée est un point ultra-important sur la carte du monde. Si la Russie y installe une base militaire, ce sera cent fois plus sérieux que les actions actuelles du Yémen.

En effet, c'est une chose quand les Houthis presque pieds nus tentent de contrôler la navigation à travers le détroit, et c'en est une autre quand ce sont des corvettes modernes de la Fédération de Russie qui décident de cette navigation.

Pour le moment, on peut difficilement s'imaginer cette situation, mais la Russie, en représailles, peut parfaitement bloquer, par exemple, la navigation des navires à travers la mer Rouge en direction de l'Europe. Au cas où ils s'attaqueraient à nos intérêts dans la région. Nous ne sommes pas loin d'avoir atteint ce stade. Les (Occidentaux) s'affaiblissent très rapidement autant que nous nous renforçons au même rythme.

source :  Dzen.ru

Traduction de Bertrand Hédouin

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