28/01/2024 chroniquepalestine.com  6 min #241720

L'exhibitionnisme dans la cruauté fait partie de la psyché israélienne

Capture d'image tirée du compte X/Twitter @HananyaNaftali, lors de destructions massives de quartiers entiers par explosifs à Khan-Younis

Par  Yara Hawari

Des décennies d'impunité, non seulement pour le régime israélien mais aussi pour les Israéliens coupables de crimes de guerre, nous ont conduits aux horreurs d'aujourd'hui.

Depuis le début du génocide à Gaza en octobre, les soldats israéliens publient sur les réseaux sociaux ce qu'il convient d'appeler des « snuff videos ». Dans ces vidéos, on peut voir des soldats commettre des crimes de guerre contre des Palestiniens, souvent avec jubilation.

Dans une Israeli soldier dresses up in dinosaur costume to launch bombs towards the Gaza strip , un soldat israélien vêtu d'un costume de dinosaure charge des obus d'artillerie dans un char et danse pendant que les obus sont tirés en direction de Gaza.

Dans une autre vidéo, un soldat  est filmé en train de dédier une explosion à sa fille de deux ans pour son anniversaire. Quelques secondes plus tard, un immeuble résidentiel palestinien situé derrière lui explose.

D'autres vidéos montrent des soldats israéliens  mettant le feu à des réserves de nourriture palestiniennes au cours d'une campagne de famine et  se moquant de civils palestiniens déshabillés, rassemblés et les yeux bandés.

Les Palestiniens et ceux qui les soutiennent ont été choqués et indignés par ces vidéos sur les réseaux sociaux, et beaucoup ont fait remarquer qu'elles devraient être utilisées comme preuves dans le  procès intenté contre le régime israélien pour  génocide devant la Cour internationale de justice de La Haye.

En effet, cette dernière agression contre Gaza est l'une des atrocités les plus visuellement documentées de l'histoire. Et l'intention génocidaire n'a jamais été exprimée de manière aussi  flagrante, tant par les soldats que par les dirigeants politiques.

Même ceux qui soutiennent le régime israélien semblent choqués par le culot avec lequel les soldats israéliens partagent ces vidéos.

L'animateur britannique  Piers Morgan, par exemple, a posé la question suivante sur X/Twitter : « Pourquoi les soldats israéliens continuent-ils à se filmer en train de faire ce genre de choses brutales et insensibles ? Pourquoi leurs commandants ne les arrêtent-ils pas ? Ils ont l'air insensible alors que tant d'enfants sont tués à Gaza ».

Pour Morgan, il semble que le problème ne soit pas ce que font les soldats, mais plutôt le fait qu'ils se filment en train de le faire.

Les personnes moins informées du contexte pourraient trouver étrange que ces soldats s'impliquent dans des crimes aussi horribles sans la moindre hésitation.

Mais ceux qui connaissent mieux le projet colonial sioniste en Palestine savent que des décennies d'impunité non seulement pour le régime israélien, mais aussi pour les Israéliens coupables de crimes de guerre, nous ont conduits là où nous en sommes.

En effet, le régime israélien n'a à ce jor jamais subi aucune conséquence sérieuse de la part d'États tiers pour les crimes qu'il commet contre le peuple palestinien depuis sa création.

Au contraire, il jouit de relations diplomatiques et commerciales exceptionnelles avec une grande partie du monde occidental et a été le principal bénéficiaire de l'aide des États-Unis. Au lieu d'être exclu des institutions et des événements mondiaux, il y est inclus et célébré, de l'Eurovision aux Jeux olympiques.

Un autre aspect de l'impunité israélienne est souvent négligé : les soldats israéliens admettent régulièrement les crimes horribles qu'ils commettent contre les Palestiniens pour se donner bonne conscience et se décharger de toute responsabilité personnelle, mais ils n'ont jamais à répondre de leurs actes.

Les Israéliens eux-mêmes décrivent cette pratique comme «  yorim ve bochim », ce qui se traduit en hébreu par « tirer puis pleurnicher ». Passe-temps favori de la gauche sioniste, elle occupe le devant de la scène dans des dizaines de films et de documentaires israéliens.

Prenons par exemple le film TANTURA TRAILER , largement célébré, qui porte le nom d'un village de pêcheurs palestiniens qui a été victime d'un massacre en 1948.

Dans ce film, plusieurs vétérans israéliens parlent avec aisance du fait qu'ils ont tué des centaines de civils palestiniens. D'autres admettent ouvertement avoir participé à un nettoyage ethnique, mais tous sont dépeints comme des individus complexes, traumatisés par le traumatisme qu'ils ont infligé aux Palestiniens.

L'expression « Yorim ve bochim » est également illustrée par le travail de l'ONG israélienne  Breaking the Silence.

Chouchou de l'Occident libéral, cette organisation de vétérans de l'armée israélienne tente d'exposer la réalité des « Territoires occupés » en offrant un espace aux soldats israéliens pour qu'ils racontent confidentiellement leurs expériences dans l'armée israélienne et admettent parfois avoir pris part à des abus et à des destructions systématiques.

Les témoignages publiés sur le site web de l'organisation sont d'une lecture extrêmement difficile, en particulier à l'heure où nous voyons ce qui se passe à Gaza.

Pourtant, cette organisation ne demande nulle part que les responsables rendent des comptes et n'aborde pas la question de la justice pour les Palestiniens que les soldats avec lesquels elle travaille ont systématiquement maltraités pendant des décennies.

La réalité, c'est qu'au cours des sept dernières décennies et demie, la brutalité et le massacre des Palestiniens ont bénéficié d'une impunité totale.

Le génocide en cours à Gaza et la manière dont il est partagé avec tant d'effronterie sur les médias sociaux par ses auteurs sont une manifestation de cette impunité.

La seule façon de s'assurer qu'il cesse et ne se reproduise plus jamais est de demander des comptes non seulement à ceux qui ont pris part au génocide, mais aussi à ceux qui en sont complices.

Auteur :  Yara Hawari


* Yara Hawari est Senior Palestine Policy Fellow d' Al-Shabaka. Elle a obtenu son doctorat en politique du Moyen-Orient à l'Université d'Exeter, où elle a enseigné en premier cycle et est chercheur honoraire.En plus de son travail universitaire axé sur les études autochtones et l'histoire orale, elle est également une commentatrice politique écrivant régulièrement pour divers médias, notamment The Guardian, Foreign Policy et Al Jazeera. Son  compte twitter.

24 janvier 2024 -  Al-Jazeera - Traduction :  Chronique de Palestine

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