28/05/2024 reseauinternational.net  8min #249410

 Washington s'attaque à un élément clé du parapluie nucléaire russe, menaçant l'ensemble de l'architecture mondiale de sécurité nucléaire

Un pas en avant vers... la guerre nucléaire mondiale

par le Pr. Djamel Labidi

«Chaque jour qui passe nous rapproche de la menace d'une guerre mondiale» avertissait, d'un ton grave, le 23 mai dernier, le ministre des Affaires étrangères hongrois. Il aurait dû préciser que ce serait inévitablement une guerre nucléaire, et donc, à coup sûr, la fin d'abord de l'Europe, puis celle, à terme, de toute vie sur la planète. L'Apocalypse.

Le monde est en permanence au bord du gouffre d'une fin nucléaire. Chaque épisode des extrêmes tensions internationales actuelles nous y ramène sans cesse, quand on croit s'en être éloigné.

Actuellement, l'aspect le plus dangereux, le nouveau pas vers le gouffre, c'est la campagne intense menée en Occident pour convaincre l'opinion qu'il faut donner des missiles de longue portée à l'Ukraine, pour cibler désormais directement le territoire russe.

La véritable réciproque

Le principal argument de cette campagne est de dire que «la Russie utilise bien elle des armes fournies par l'Iran et la RPDC pour frapper le territoire ukrainien» et qu'il est donc légitime que l'Ukraine frappe le territoire russe avec toutes les armes qui lui sont fournies, y compris les missiles de longue portée occidentaux. Mais ceux qui mènent cette campagne oublient simplement un détail, c'est que la Russie n'utilise pas, elle, ses armes pour frapper des pays occidentaux. La véritable réciproque serait que la Russie cible le territoire des pays occidentaux au cas où ceux-ci cibleraient de leurs armes à longue portée, par Ukraine interposée, le territoire russe. On voir où cela pourrait conduire.

La réalité est que les États occidentaux, l'OTAN, font la guerre à la Russie mais que la Russie ne fait, jusqu'à présent, la guerre à aucun pays occidental. Toute la différence est là. Et toute la propagande n'a qu'un but : faire oublier cette réalité, créer «un point aveugle», précisément sur cette réalité.

Historiquement, le seul moment où il y a eu un fait similaire, le risque d'utilisation d'armes soviétiques contre le territoire des États-Unis a été la crise des missiles à Cuba. On a été alors à deux doigts de la guerre nucléaire. Comme maintenant. Mais cela les médias occidentaux, bizarrement, semblent l'avoir oublié. Cherchent-ils à endormir l'opinion sur le risque extrême, actuel, d'une guerre nucléaire. Ils préfèrent convaincre leur opinion que les avertissements donnés par la Russie, depuis le début de la guerre en Ukraine, sur la réalité de ce risque, ne sont que «du bluff». Les avertissements à l'époque de John Kennedy étaient-ils du bluff ?

La guerre du Vietnam, comparaison n'est pas raison

Une autre comparaison situe le niveau de la propagande des idéologues du parti de la guerre, c'est celle avec la «guerre du Vietnam», et accessoirement celle de Corée de 1946. Les va-t'en guerre occidentaux disent qu'ils aident militairement l'Ukraine comme l'URSS aidait, à l'époque, le Vietnam, et lui fournissait des armes contre les USA. Faux. Le Vietnam ne s'est jamais servi des armes fournies par l'URSS pour frapper le territoire américain. Il s'en est servi pour libérer son territoire.

C'est ce qu'est supposé faire le pouvoir ukrainien. Mais son problème, son problème central, que la propagande essaie encore de masquer ou d'atténuer, ce sont les difficultés de la mobilisation du peuple ukrainien. La jeunesse, notamment, ne suit pas. Les Ukrainiens, surtout les jeunes, ont fui par millions l'Ukraine. Une grande partie, de ceux qui se trouvent en Ukraine, refuse de porter les armes et il faut souvent les y obliger, leur faire la chasse. C'est la véritable raison pour laquelle le parlement ukrainien est resté bloqué pendant des mois autour de l'adoption d'une loi de mobilisation. Cette très difficile mobilisation en Ukraine est significative. N'est-ce pas le signe que le peuple ukrainien ne veut plus ou ne veut pas de cette guerre sans perspectives. Il apparait de plus en plus que ce n'est pas sa guerre.

Toute la question est là, que la propagande essaie sans cesse de camoufler par mille artifices. Les arguments développés pour annuler les élections présidentielles vont dans le même sens. Il est dit que c'est parce que le pays est en guerre. Or, ces élections pourraient être un facteur de mobilisation si le pouvoir avait confiance en la population mais ce n'est pas le cas. La Russie, au contraire, a organisé ses élections présidentielles, y compris dans le Donbass, et les zones en guerre. On peut bien sûr mettre en doute l'honnêteté de ces élections, mais elles ont eu lieu.

Ces difficultés de mobilisation du peuple en Ukraine, étaient-elles aussi le cas, au Vietnam, dans sa lutte de libération nationale ? La comparaison avec le Vietnam est donc, on le constate, inappropriée sur tous les plans.

L'Occident vit dans un cocon où il ne voit plus la réalité du monde en changement. Il disait que «l'Iran était un État paria, isolé du monde», et ne voilà pas que le monde entier présente ses condoléances à l'Iran pour le décès du président de la république iranienne, y compris... les pays occidentaux.

Les médias chargés de relayer la propagande, parfois ne s'y retrouvent plus, eux-mêmes.

De Colin Powell à Lloyd Austin

Tous ces raisonnements spécieux, produits à foison, pour tromper l'opinion occidentale sur le danger extrême de guerre mondiale, indiquent le niveau de la propagande médiatique va-t'en guerre. L'Occident faisait bien mieux au temps de sa splendeur. Serait-ce une réaction de panique devant le recul global de l'hégémonie occidentale. La panique est mauvaise conseillère. Elle entraine, et c'est d'ailleurs sa caractéristique principale, à l'émotivité, à des comportements irrationnels, à des réactions disproportionnées d'une dangerosité extrême.

Dans ce climat, on s'accroche parfois à un espoir. Ainsi un détail, un fait a peut-être une signification et pourrait permettre d'espérer : c'est la dernière déclaration du secrétaire à la Défense des États Unis, Lloyd Austin, sur le projet de cibler le territoire russe. Il a déclaré, le 20 mai, que les armes américaines ne peuvent être déployées que pour «reprendre le territoire souverain ukrainien» et ne doivent pas cibler la Russie. Lloyd Austin est un noir. Peut-être se souvient-il alors comment son prédécesseur, Colin Powell, lui aussi un noir, avait été honteusement manipulé dans l'affaire «des armes de destruction massive» en Irak. Peut-être en a-t-il gardé le souci de la dignité noire. On observe, en même temps, qu'à l'ONU, tous les vetos américains, qui sont dans la ligne du fameux «deux poids deux mesures», et qui concernent la Palestine, sont confiés à des représentants noirs américains. Le supporteront-ils longtemps ? Peut-être que les êtres humains arriveront à se réconcilier avec eux-mêmes par des chemins inattendus ? Mais ne nous égarons pas et revenons à notre sujet.

À la recherche d'un prétexte

Pour déclencher des attaques de missiles directement contre le territoire russe, il ne manque plus qu'un prétexte. Le président Zelensky semble avoir été chargé de la tâche. Il s'y consacre, comme d'habitude, avec son grand talent d'acteur. Les «massacres de Boutcha» avaient servi à annuler les négociations de Minsk et à justifier l'entrée en action des États-Unis et de ses alliés occidentaux. Aujourd'hui c'est l'offensive Russe autour de Kharkiv qui semble devoir servir de prétexte. La mise en propagande de cet évènement s'est portée d'abord sur l'annonce de massacres dans la ville de Voltchansk, dans la région de Kharkiv. Mais elle n'a pas pu aboutir fautes d'éléments consistants. Le président Zelensky vient de se déplacer lui-même à Kharkiv, pour visiter les destructions causées par un bombardement, le 26 mai, sur un «supermarché de bricolage» à Kharkiv qui aurait fait un grand nombre de victimes. Un grand tapage médiatique est fait, ces jours ci, autour de cet évènement. Serait-ce le bon prétexte trouvé pour déclencher des tirs de missiles occidentaux à longue distance sur le territoire russe ?

Pour ces frappes du territoire russe réclamées à cor et à cri, il est précisé que ce serait «pour uniquement des cibles militaires». Mais qui peut le croire. On sait comment ce type de promesses est vite oublié.

Le président Zelensky flatte en même temps la Chine pour sa participation en juin à la Conférence sur la paix en Ukraine. Il semble avoir été chargé par ses protecteurs d'éloigner la Chine de la Russie, voire de les opposer. Mais la tactique est cousue de fils blancs et elle a peu de chances d'aboutir.

Personne d'autre que toi

Si cette nouvelle escalade se fait, si cela arrive, ce serait une escalade d'un nouveau genre, infiniment plus grave que les précédentes, puisqu'elle implique une confrontation directe entre les pays de l'OTAN et la Russie. Ce serait un pas, infiniment plus dangereux que les précédents, vers une guerre nucléaire. Dès lors, on ne peut dire, à son sujet, «la 3ème guerre mondiale», comme si on numérotait celle-ci par rapport aux précédentes et aux suivantes. Ce sera la première guerre nucléaire, quelque chose d'inédit, et inédit à jamais, car après cette guerre, il n'y aura plus personne, pour faire la comptabilité des guerres. Tout ceci est terrible, incroyable, indescriptible. Et tous ces termes restent une approximation pour parler de l'inconcevable. Les mots pour le dire n'existent pas.

La situation actuelle, jamais l'humanité, ne l'a vécue. Aucune génération ne l'a jamais affrontée. Il faut s'en rendre compte. Mais tout le problème précisément est qu'il est difficile de s'en rendre compte, de mesurer la gravité de la situation.

Chacun pense que les très graves tensions mondiales actuelles sont un problème qui le dépasse. Et chacun de nous revient à sa vie normale, à sa vie quotidienne, son travail, ses soucis, ses problèmes, Ou alors on se dit que d'autres vont s'en occuper, les politiciens, ceux qui ont été élus ou pas, bref les pouvoirs, démocratiques ou pas, ceux qui sont là pour gérer ce genre d'affaires.

Mais, il faut le comprendre, personne d'autre ne s'en chargera, à part chacun de nous. Il faut le comprendre. Le dernier recours de l'humanité, c'est toi, c'est moi, c'est lui, c'est nous, c'est chacun de nous, personne d'autre.

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