07/06/2024 dedefensa.org  5 min #250027

Entretien avec le général Marco Bertolini

Le général qui méritait ses étoiles

• Une remarquable interview du général italien à la retraite Marco Bertolini, sous les auspices du CESE (Centre d'études Eurasie et Méditerranée). • Le sujet : la crise actuelle qui secoue tout le monde euro-atlantique et la civilisation occidentale avec comme matrice principale la guerre en Ukraine. • Remarquable interview, où la longueur et les précisions n'alourdissent en rien la vision mais au contraire libèrent la pensée et font mieux comprendre les circonstances qui nous ont mené où nous sommes. • C'est la GrandeCrise vécue en direct.

Un remarquable tour d'horizon meublés de toutes les nuances qui importent et débarrassés de tous les bibelots de notre épouvantable hypocrisie qui l'accablent et l'encombrent d'habitude, voilà l'impression générale que donne cette très longue interview d'un général italien à la retraite, à la vision géopolitique extrêmement cohérente. Il est assuré que, caractérisé par de tels constats, le général Bertolini n'aurait évidemment pas sa place dans les fiestas habituelles des petits plateaux encombrés de petits fours de LCI. Avec lui, nul besoin de s'interroger sur les causes et les responsabilités de la guerre en Ukraine, le contexte historique et les actes des uns et des autres ne laisse aucun doute.

Selon le Centre d'études Eurasie et Méditerranée (CESE), qui a recueilli et patronné cette interview et  publié son contenu, et grâce à la traduction de ' euro-stratégies.hautefort.com', ce site d'une inestimable valeur qui nous donne accès à de nombreux penseurs et commentateurs non-français, et notamment italiens dans ce cas, les deux intervenants sont ainsi présentés :

« Marco Bertolini, général de corps d'armée (r) de l'armée italienne, est né à Parme le 21 juin 1953. Officier parachutiste, il a terminé son service actif le 1er juillet 2016 à la tête du Commandement des opérations du sommet interforces de la défense (Coi), dont dépendent toutes les opérations des forces armées en Italie et à l'étranger. »

« Stefano Vernole, journaliste indépendant et analyste géopolitique, est vice-président du Centro Studi Eurasia Mediterraneo. »

L'intérêt de cet entretien vaut non seulement par son contenu très complet, mais aussi, grâce à la complétude du contenu, donne vie à ce caractère extraordinaire de notre époque que nous mettons souvent en évidence avec la même citation extraite du livre de Philippe Grasset, ' Chronique de l'ébranlement' (publié en 2003 et non en 2010 comme indiqué sur la référence que nous donnons, qui indique un éditeur que nous ne connaissons pas, ce qui est une circonstance assez curieuse... ?). Et, dans ce cas, Bertolini y ajoute le phénomène de la "bulle euroatlantique" où nous vivons, qui bénéficie du même caractère de simultanéité de l'identification et de la connaissance...

« D'abord, il y a ceci : en même temps que nous subissions cet événement d'une force et d'une ampleur extrêmes [l'attaque 9-11], nous observions cet événement en train de s'accomplir et, plus encore, nous nous observions les uns les autres en train d'observer cet événement. L'histoire se fait, soudain dans un déroulement explosif et brutal, nous la regardons se faire et nous nous regardons en train de la regarder se faire. On sait également que ceux qui ont décidé et réalisé cette attaque l'ont fait parce qu'ils savaient qu'existe cet énorme phénomène d'observation des choses en train de se faire, et de nous-mêmes en train d'observer. Le monde est comme une addition de poupées russes, une duplication de la réalité en plusieurs réalités emboîtées les unes sur les autres. »

Le général Bertolini, homme distingué par la culture comme on en trouve peu dans les dites "grandes" armées de l'Alliance, décrit avec minutie les conditions actuelles de la  GrandeCrise en en rappelant les racines essentielles, essentiellement depuis la chute de l'URSS Ainsi se déroule le phénomène que nous décrivons dans l'extrait ci-dessus dans la mesure où tout ce qui est dit confirme notre quotidien presque dans son instantanéité, auquel s'ajoute une dimension métahistorique évidente. On retrouve  ce phénomène que nous signalions le 1er septembre 2020, à partir d'une remarque du philosophe Finkielkraut :

« Nous ne disposons plus aujourd'hui d'une philosophie de l'histoire pour accueilli les événements, les ranger et les ordonner. Le temps de l'hégéliano-marxisme est derrière nous. Il est donc nécessaire, inévitable de mettre la pensée à l'épreuve de l'événement et la tâche que je m'assigne, ce n'est plus la grande tâche métaphysique de répondre à la question "Qu'est-ce que ?" mais de répondre à la question "Qu'est-ce qu'il se passe ?"... »

Évidemment, dans ce contexte Bertolini n'a nul besoin de désigner les responsables et les victimes qui sont hors des chemins encombrés de l'immonde bienpensance qui anime les foules de nos élites-zombies, - nous les reconnaissons aisément, sur les chemins de traverse, tout en identifiant les diverses félonies des acteurs de circonstance de l'américanisme-occidentalisme. Bertolini nous offre ainsi un tableau somptueux de l'immense crise que nous traversons, disposant à plein de ce privilège exceptionnel de s'y reconnaître comme figurant actif sinon acteur.

Les questions sont très longues et débroussaillent bien le sujet proposé au général ; ses réponses sont également très longues, d'une façon très naturelle puisqu'elles évoluent dans une nature qui a été dégagée pour elles. Nulle part, pourtant, rien n'est trop long. Nous n'avons qu'à nous féliciter de cette interview qui ressemble à une conférence ou à un cours magistral donné dans une université qui aurait échappé au grand nettoyage de blanchiment de la réalité selon les consignes du wokenisme

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