08/06/2024 dedefensa.org  9min #250101

 Washington s'attaque à un élément clé du parapluie nucléaire russe, menaçant l'ensemble de l'architecture mondiale de sécurité nucléaire

Vertige nucléaire et invasion loin du front

 Journal dde.crisis de Philippe Grasset  

8 juin 2024 (13H40) – C'est le très-fameux "Croyez-vous que les Américains risqueront Chicago pour sauver Hambourg ?" du général de Gaulle, qui sous-tendit toute la logique de la constitution d'une force nucléaire française indépendante. N'en parlez pas à Macron, paraît-il citoyen et président français comme de Gaulle, il ignore complètement "ce truc" ; il est comme un petit oiseau des îles qui gazouille en couvant ses œufs nucléaires pondus par le père de Gaulle. Par contre, Poutine non, il n'ignore pas "ce truc", mais alors pas du tout.

Il nous  l'a dit, hier, à Saint-Petersbourg, au SPIEF, qui n'est pas seulement un "hyper-Davos" montrant que les Russes sont de mèche avec les globalistes, comme l'imaginent bien des beaux esprits rebelles jusqu'à l'incontinence.

« "Les Européens doivent réfléchir : si ceux avec qui nous échangeons de tels coups [nucléaires] sont anéantis, les Américains participeraient-ils à un tel échange, au niveau des armes stratégiques, ou non ? J'en doute fort", a répondu M. Poutine.

» Le président russe a expliqué que si les États-Unis et la Russie disposent tous deux de systèmes d'alerte avancée bien développés pour détecter les missiles en approche, ce n'est pas le cas des membres européens de l'OTAN. "En ce sens, ils sont plus ou moins sans défense", a-t-il déclaré.

» En outre, les armes nucléaires tactiques russes sont "trois à quatre fois plus puissantes que les bombes utilisées par les Américains contre Hiroshima et Nagasaki", a déclaré M. Poutine. "Nous en possédons beaucoup plus, – sur le continent européen, et même si les Américains ramènent les leurs des États-Uni, – nous en avons encore beaucoup plus. »

» Une telle guerre ferait"un nombre infini de victimes", a averti le président russe. »

D'ores et déjà sinon pour l'instant, les USA, qui ont soigneusement noté la visite de Putin sends Russian warships, nuclear submarine to Cuba. What happens next? | Gravitas | WION la semaine prochaine, prennent leurs précautions en refusant la proposition de Macron concernant le déploiement en Ukraine d'instructeurs pourtant destinés à rester en arrière du front, et en laissant présenter cela comme une sorte de"veto de l'OTAN", avec l'assentiment de Soltenberg qui suit scrupuleusement les consignes. Ainsi, un long article  de RT.com sur les agitations de Macron et de Zelenski à Paris sur la constitution d'une"coalition"de pays pressés de déployer leurs instructeurs se termine-t-il platement par cette note :

« Macron a commencé à faire des commentaires publics sur la possibilité de déployer des troupes en Ukraine en février, ce qui a suscité la réticence de certains alliés de l'OTAN et une mise en garde du Kremlin selon laquelle cette mesure conduirait inévitablement à un conflit direct avec la Russie. Le président américain Joe Biden aurait rejeté la proposition de Macron d'envoyer des instructeurs à Kiev, craignant qu'ils ne se retrouvent sur la ligne de front et ne déclenchent une escalade. »

Quoi qu'il en soit, c'est surtout à Bruxelles (et à Paris pour faire plaisir à Macron), que résonnent les tambours de la guerre, même si Macron nous dit que non, cela ressemble à la guerre mais ce n'est pas exactement la guerre, enfin pas tout à fait vraiment, – cela y ressemble mais ne vous fiez pas aux apparences...

« Nous ne sommes pas en guerre avec la Russie". Nous ne voulons pas d'escalade, mais nous voulons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour aider l'Ukraine à résister. S'agit-il d'une escalade si l'Ukraine nous demande d'entraîner sur son sol des soldats mobilisés ? Non, cela ne veut pas dire déployer des gens, – des soldats européens ou alliés, – sur la ligne de front. »

Tout le monde, outre monsieur Biden qui opine doucement de la tête, n'est pas d'accord avec cette interprétation qui ressemble à celle des Bouffes-Parisiennes. Le Hongrois Orban médite sur ses déclarations du week-end dernier, qu'il répète à l'envi, désignant du doigt ceux qui brûlent d'en découdre, ceux qui sont d'une si grande maison fondée en 1956 pour éviter à jamais la guerre en Europe :

« Ce qui se passe aujourd'hui à Bruxelles et à Washington, peut-être plus à Bruxelles qu'à Washington, est une sorte de préparation à un éventuel conflit militaire direct, on peut sans crainte l'appeler ainsi : les préparatifs pour l'entrée de l'Europe dans la guerre ont commencé ».

Peut-être les élections de demain changeront-elles quelque chose à cette poussée guerrière, ou dans tous les cas dans le destin de madame van Leyen. On voit bien que tout se mélange dans une immense confusion : les bombes nucléaires avec les relations transatlantiques et un président, excellent candidat à sa succession qui ne veut pas compromettre ses chances irrésistibles en croisant le feu nucléaire avec les Russes pour ces imbéciles d'Européens qui se lancent dans des aventures insensées ; l'invasion qui n'en est pas du tout une, dont l'axe Macron-Paris-Bruxelles-von Leyen menace la Russie ; la catastrophique situation de l'Ukraine qui recule partout en attendant l'aide promise et ne voyant rien venir, se réjouissant ainsi des victoires inéluctables encore plus sensationnelles du fait du redressement dont elles témoigneront (plus on est au fond, plus on remonte haut, dit un vœux proverbe savoyard) ; la proximité du mois d'août, propice au déclenchement des guerres mondiales...

Effectivement, tout le monde parle de WWIII (Troisième Guerre mondiale) en agitant des simili-similitudes de situations qui correspondent au niveau général de culture historique. Les commentateurs eux-mêmes se prennent les pieds dans le tapis en lançant leur texte sur cette Troisième qui ressemble tant aux deux autres et en énumérant tous les points d'une importance extrême qui font que les entrepreneurs de la guerre, d'habitude fin prêts pour le conflit qu'ils s'apprêtent à lancer, sont eux-mêmes en lambeaux, sans armements, sans base industrielle de l'armement, avec des unités squelettiques et quatre-six jours d'obus à tirer et ainsi de suite, – bref, un peu trop tout nus pour faire la guerre.

Lisez donc ces trois paragraphes fournis par Karl Richter, dans « Notre avant-guerre 2024 », ce  7 juin 2024 sur ‘euro-synergie.hautefort.com' :

« Il est inutile de se creuser la tête sur le scénario à venir. La guerre ne commencera pas par un échange de tirs nucléaires, ni par une attaque conventionnelle de grande envergure. Cette dernière dépasserait actuellement les capacités de la Russie. La Russie a encore de nombreuses flèches non militaires à décocher, des flèches "asymétriques", dans son carquois, qui peuvent faire trébucher l'Occident avant qu'il ne puisse causer davantage de dégâts en Ukraine. La Russie n'a pas encore pris de contre-sanctions sérieuses, comme l'arrêt complet des livraisons de gaz et de pétrole, qui parviennent toujours à l'Occident par des voies détournées. La Russie n'a pas encore commencé à porter atteinte aux infrastructures occidentales par des frappes clandestines mais efficaces, par exemple contre les infrastructures de communication, d'énergie et de transport. Tout récemment, le 16 mai, Moscou a apparemment envoyé une arme anti-satellite dans l'espace, ce qui inquiète les stratèges américains. Une simple panne du système de navigation GPS provoquerait le chaos en Occident. Mais la Russie est toujours un ours qui dort.

» L'Allemagne a survécu à deux guerres mondiales grâce à une organisation sans précédent de ses ressources sociales et économiques, même si elle n'a pas gagné. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la production d'armements n'a même atteint son maximum qu'au dernier trimestre 1944. Aujourd'hui, la société allemande est à des années-lumière de telles performances. Elle n'est pas prête pour la défense et la performance, elle ne dispose d'aucune ressource et elle est encore plus malmenée par les millions de migrants qu'elle doit nourrir. Elle est incapable de se défendre.

» Tout porte à croire que les sociétés d'Europe occidentale, dont les fondements sont l'hédonisme, l'effondrement des valeurs et la consommation permanente, imploseront en cas de crise. Si la première ogive nucléaire tactique russe explose au-dessus de l'Ukraine occidentale ou de l'un des centres de transit de l'OTAN en Pologne, de nombreux plans occidentaux deviendront caducs. Les millions d'immigrés qui prendront ce dont ils ont besoin lorsque les supermarchés seront vides provoqueront à eux seuls le chaos et des victimes considérables parmi la population civile. Mais si l'Allemagne est en état de guerre, il y a de fortes chances que la plupart d'entre eux quittent le pays à la hâte ; de telles prédictions existent. »

Et Richter de nous rassurer d'une façon qui ne nous paraît ni sotte, ni désagréable : tout cela est excellent nous dit-il, une très bonne chose ; il est bon, il est excellentissime que ce simulacre débile, ce cloaque immonde, ce Système arrogant essuie une énorme claque qui le remette à sa place en faisant de son cerveau de la pâtée pour chien. Cela dit et écrit qui plus est, – on ne peut se retenir de se choquer gravement et ne point recommander de telles lectures troublantes et fort peu comme-il-faut aux moins de 16 ans et aux "jeunes de 7 à 77 ans". Ils pourraient s'aviser qu'il y a du vrai dans cet amoncellement de faux.

« En fin de compte, il faut se réjouir de cette évolution. Parce qu'il y a alors une chance, du moins en théorie, que les cartes soient redistribuées et que les régimes criminels occidentaux tombent. Il est encore difficile de prédire quelles seront les possibilités offertes par la combinaison du chaos intérieur et de la menace extérieure, et quels nouveaux acteurs apparaîtront éventuellement sur la scène. Une seule chose est sûre : les régimes occidentaux vassaux qui suivent aveuglément Washington dans la guerre doivent disparaître si nous voulons survivre. Ce sont eux, et non la Russie, qui sont nos ennemis existentiels. Ce sont eux, et non la Russie, qui veulent notre perte. Nous devons nous débarrasser d'eux si nous voulons avoir un avenir. De toute façon, nous n'avons plus le choix. »

C'est alors que Viktor Orban, prenant son stéthoscope et se penchant vers le malade agonisant qu'il était en train de considérer avant d'entamer l'opération, fit un dernier examen, juste avant les élections européennes de demain et, après un long moment, hocha la tête, se redressa et conclut, peut-être bien après avoir consulté un chirurgien-vedette de nationalité yankee accouru pour donner un coup de main :

« "Seul un aveugle ne voit pas qu'il existe une psychose de guerre en Europe, dont la conclusion logique sera l'arrivée des unités militaires des pays d'Europe occidentale sur le territoire de l'Ukraine, au mieux pas sur la ligne de front", a déclaré le premier ministre.

» Orban a déclaré que, bien que les tensions aient atteint leur point d'ébullition, "l'espoir est ce qui meurt en dernier" et que l'élection en cours du Parlement européen pourrait désamorcer la crise dans une certaine mesure.

» Selon le dirigeant hongrois, si le conflit ne s'étend pas au-delà du front russo-ukrainien dans les semaines à venir, "dès novembre, si [le candidat à la présidence des États-Unis] Donald Trump revient, et avec une bonne élection européenne derrière nous, nous pourrons former une coalition de paix pan-occidentale et transatlantique" pour mettre fin aux hostilités. » :

Et enfin, Emmanuel Todd de conclure au détour d'une phrase sans intention de conclure :

«... D'ailleurs, si, comme je le crois, la guerre en cours débouche sur une défaite de l'Occident et une désintégration de l'OTAN... »

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