08/06/2024 dedefensa.org  9 min #250109

Céline et la malédiction du pacifisme

 Les Carnets de Nicolas Bonnal  

On l'a vu avec Trump : les pacifistes sont toujours considérés comme des nazis – comme les pro-palestiniens, qui font le jeu des terroristes et luttent contre le nouveau débarquement israélien, dixit bibi, qui compare son opération au 6 juin. Il a raison d'ailleurs : les américains avec leur invasion nous ont bombardés, occupés, conditionnés et finalement tous remplacés.

Celui qui veut l'humanité cuite au nucléaire (péril chinois, russe, arabo-iranien, nord-coréen, etc.) est le héros humanitaire, démocrate et pacifiste Made in USA. C'est l'asperge Malhuret qui menace tout le monde « pétainiste-poutiniste » ou « wokiste-poutiniste » (et la croisade LGBTQ de Biden et Ursula-Macron alors ? Et la croisade anti-wokiste en Russie ?), comme il menaçait les non-vaccinés. Il est vrai que c'est la guerre mondialiste des labos et Think-tanks tous dirigés par Pfizer, Wall Street et la House of War.

On ne la refera pas leur république sinon. Elle aime s'envoyer en l'air sur les champs de bataille – et ce depuis le début, pour la morale. Qu'un sang impur abreuve leurs sillons… C'est comme ça, on ne discutera pas. On nous fait le coup de Churchill à chaque fois, l'homme qui brisa l'Empire britannique, rasa l'Allemagne et livra la moitié de l'Europe à la Russie soviétique (découvrez John Charmley traduit par Philippe Grasset ou l'étonnant Grenfell traduit par Hervé et son équipe).

On rappellera donc ce que l'on peut dire avec simplement Céline.

Dans le Voyage au bout de la nuit le mot n'apparaît pas.

Dans les pamphlets le mot apparaît MAIS désigne Léon Blum et sa bande, CAR ce sont CES PACIFISTES dit Céline qui veulent (toujours) la guerre. A la fin de Bagatelles il se dit quand même plus pacifiste que Blum. Le partisan de la paix (Macron, Biden, Malhuret, Valls, BHL) veulent atomiser la Russie ou la repousser (on ne leur a pas encore dit que ce serait difficile ?) jusqu'au Kamchatka. En ordonnant à Sarkozy de détruire la Libye, BHL précisait qu'il le faisait parce qu'il détestait la guerre. Et ne parlons surtout pas de la bande-sic de Gaza.

Toute ressemblance avec la novlangue, etc.

Après la guerre Céline se désignera comme pacifiste. Mais les pacifistes sont les nazis, comme Charles Lindbergh et les partisans d'America First en Amérique (en parlant à Truffaut, Hitchcock les accusait aussi d'être des nazis, les pacifistes ricains). John T. Flynn reprochera à Lindbergh sa bourde du 11 septembre (tiens, tiens, c'est le jour du honni discours de Des Moines !) lorsque Lindbergh accuse le gouvernement américain, l'inévitable Angleterre mais aussi les Juifs de pousser à la guerre. C'était la fin pour les pacifistes américains, et ils seraient nazifiés ad vitam. Depuis lors toutes les interventions militaires sont jugées favorablement et célébrées en Amérique. C'est le Truman (Harry) chaud qui commence : raser et bombarder le monde au nom de la lutte contre la barbarie.

Et si on ne peut faire du monde un lieu sûr pour la démocratie eh bien on se passera du monde. Il n'avait qu'à mieux faire.

Céline se trahit le 6 août 1946 (premier anniversaire d'Hiroshima) dans une lettre :

« Si j'ai attaqué les juifs c'est que je les voyais provocateurs de guerre et que je croyais le national-socialisme pacifiste ! »

C'est vrai que le national-socialisme en a déçu beaucoup après. S'il avait fini l'Angleterre au lieu de s'en prendre à la Russie… Le grand scénariste de Spartacus Dalton Trumbo était opposé à l'intervention contre l'Allemagne jusqu'au 22 juin 41. Il était communiste, et croyait au pacte germano-soviétique…

Céline dit dans une autre lettre :

« Je n'ai jamais été nazi. Je suis un pacifiste et c'est tout. J'ai été antisémite par pacifisme. »

Cela suffit à diaboliser le pacifisme. Nous allons faire un monde sûr contre le pacifisme.

D'où les guerres à mort à venir contre la Chine ou la Russie etc. D'où la chasse aux pro-palestiniens et même… à l'ONU.

Trump devra faire la guerre ou il sera tué et remplacé : par amour de la paix. On comprend pourquoi il plie en ce moment. Il n'y a pas eu de guerre pendant son bref mandat….

L'économiste-philosophe-historien-pacifiste juif libertarien Murray Rothbard souligne cette infamie avec le sourire, les libertariens américains comme le regretté Ralph Raico étant les meilleurs révisionnistes qui soient. Mais c'est hélas somme ça. C'est parce qu'on adore la paix et la démocratie ploutocratique et oligarchique (avec deux partis pourris pour rien aux affaires) anglo-saxonne partout qu'on veut la guerre, la guerre universelle. Il faut faire un monde sûr pour la démocratie dit le démentiel Wilson qui brise l'Europe millénaire et crée en 1918 le soviétisme et les conditions du nazisme (voir Preparata, Veblen, etc.). Mais rien ne les arrêtera. On le cite encore et toujours notre Ferdinand furioso :

« Une telle connerie dépasse l'homme. Une hébétude si fantastique démasque un instinct de mort, une pesanteur au charnier, une perversion mutilante que rien ne saurait expliquer sinon que les temps sont venus, que le Diable nous appréhende, que le Destin s'accomplit. »

Pacifisme donc : le mot n'est pas présent dans le Voyage. C'est quand il parle à la belliciste Lola (ah, ces femmes, ces créatures américaines…) que notre pacifiste sans le savoir parle le mieux de son refus de la guerre. Il y a le refus de la guerre perso, charnelle et le refus de la guerre totalitaire, globale (la Deuxième Guerre, la première est encore humaine, elle a encore des relents charnels franco-allemands, c'est celle de Jünger et du Général). Ici Céline parle de la première et il en est bouleversant parce qu'il dit honnêtement qu'il veut sauver sa peau et ne pas mourir pour rien, même s'il va en perdre l'amour de sa belle américaine (il aurait dû se taire peut-être ? Mais il n'a jamais su se taire ce fanfaron avec la Lola) :

« Ce qu'il y a dedans… Je ne la déplore pas moi… Je ne me résigne pas moi… Je ne pleurniche pas dessus moi… Je la refuse tout net, avec tous les hommes qu'elle contient, je ne veux rien avoir à faire avec eux, avec elle. Seraient-ils neuf cent quatre-vingt-quinze millions et moi tout seul, c'est eux qui ont tort, Lola, et c'est moi qui ai raison, parce que je suis le seul à savoir ce que je veux : je ne veux plus mourir. »

Ce « Je ne veux plus mourir » est sublime. Mais il fallait dire peut-être à la belliciste yankee : je ne veux pas mourir comme ça ou pour ça (pour la république ou même Jeanne d'Arc car la Lola le bombarde avec Jeanne d'Arc et on utilise alors la figure de Jeanne pour vendre des bons du trésor-guerre en Amérique). Le jeu de la vérité en valait-il la chandelle ? Il n'est pas traité de nazi mais de lâche par son enthousiaste yankee Lola. Mais il insiste bravement :

— Alors vivent les fous et les lâches ! Ou plutôt survivent les fous et les lâches ! Vous souvenez-vous d'un seul nom par exemple, Lola, d'un de ces soldats tués pendant la guerre de Cent Ans ?… Avez-vous jamais cherché à en connaître un seul de ces noms ?… Non, n'est-ce pas ?… Vous n'avez jamais cherché ? Ils vous sont aussi anonymes, indifférents et plus inconnus que le dernier atome de ce presse-papier devant nous, que votre crotte du matin…

La postérité c'est pour les asticots dit-t-il quelque part, notre pacifiste acharné ; on commence à comprendre que ce pacifisme mène tout droit à l'anarchisme….

Puis dans un bel élan notre Céline assène (son voleur-prof prisonnier Princhard en fait, l'idole du début du Voyage) ces « vérités psychologiques élémentaires » sur le futur de la soldatesque héroïque :

« Engraisser les sillons du laboureur anonyme c'est le véritable avenir du véritable soldat ! Ah ! camarade ! Ce monde n'est je vous l'assure qu'une immense entreprise à se foutre du monde ! Vous êtes jeune. Que ces minutes sagaces vous comptent pour des années ! »

Mais on lui laisse quand même le dernier mot parce que c'est Céline et parce qu'il a raison. La guerre démocratique, humanitaire ou pacifiste… la guerre pacifiste est un scandale éternel à l'horizon. Charles Beard l'avait dit avec son école en Amérique que ce serait « la guerre perpétuelle pour une paix perpétuelle » :

« Les hommes qui ne veulent ni découdre, ni assassiner personne, les Pacifiques puants, qu'on s'en empare et qu'on les écartèle ! Et les trucide aussi de treize façons et bien fadées ! Qu'on leur arrache pour leur apprendre à vivre les tripes du corps d'abord, les yeux des orbites, et les années de leur sale vie baveuse ! »

Princhard conclut avec infinitifs, accumulation et gradation :

« Qu'on les fasse par légions et légions encore, crever, tourner en mirlitons, saigner, fumer dans les acides, et tout ça pour que la Patrie en devienne plus aimée, plus joyeuse et plus douce ! »

Ils vont faire la guerre à cette Russie (qui a été trop molle depuis le début, je suis d'accord avec Paul Craig Roberts) et on aura les charniers remplis et les sillons abreuvés, et on aura la chasse aux collabo-pacifistes.

On sait comment finit Jean Jaurès. Son assassin catho-nationaliste fut gracié après la guerre, et sa veuve condamnée aux dépens (ah, la république des juges…). Mais Raoul Vilain-sic finit mal aux Baléares, comme le rappela avec gourmandise Guy Debord dans ses somptueux et inépuisables Commentaires.

Allez, un peu de Jules César (qui en tua un million et en vendit beaucoup plus) pour nous rassurer :

« Car, autant le Gaulois est ardent et prompt à prendre les armes, autant il manque, pour supporter les désastres, d'énergie et de ressort (Guerre des Gaules, III, 19). »

Tout cela va se finir au nucléaire. On a le goût de l'extermination pour l'extermination ou on ne l'a pas. L'occident est programmé comme cela depuis le commencement. Il aime le meurtre et les massacres et il adore retourner sa puissance contre lui-même (Daniélou). On relira Thucydide en attendant. C'est Kojève qui nous le disait de nous remettre au grec. Et Victor Davis Hanson qui démarre sa marrante histoire de la culture du carnage par l'évocation de l'éternelle bataille navale de Salamine.

Et comme on évoquait l'indianiste Alain Daniélou :

« Les Aryens dont sont issus la plupart des peuples qui ont dominé l'Europe, les Achéens, les Doriens, les Celtes, les Romains, les Germains, les Russes, sont des peuples prédateurs. Ayant récemment envahi une grande partie de la planète, peuplé les Amériques et l'Australie, imposé leurs langues à l'Afrique et parfois même à l'Asie, ils ont atteint une limite et leur force d'expansion se retourne contre eux-mêmes. Il semble peu probable qu'ils arrivent à se contrôler. »

Même pas besoin des néo-cons alors ?

Sources principales

 lesakerfrancophone.fr

 Louis-Ferdinanc Céline, le pacifiste enragé

fr.wikipedia.org

classiques.uqac.ca

ia801004.us.archive.org

 dedefensa.org

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