
Par Tareq S. Hajjaj
Un groupe de membres de la Défense civile et du Croissant-Rouge palestinien à Gaza a disparu alors qu'il se rendait à Rafah pour une mission de secours. Une semaine plus tard, les corps de 14 premiers intervenants ont été retrouvés morts et enterrés dans le sable par l'armée israélienne.
À l'hôpital Nasser de Khan Younis, Taghreed al-Attar est assise à côté du corps de son époux découvert vendredi dernier à Rafah. Celui-ci, Anwar al-Attar, était parti la semaine précédente à Rafah avec d'autres secouristes, mais aucun d'entre eux n'est revenu.
Sa femme dit que lorsqu'ils ont perdu contact avec lui, les gens lui ont dit qu'il avait été emprisonné par l'armée israélienne. Mais elle raconte qu'il lui est apparu en rêve, et qu'elle l'a vu au paradis, entouré de rivières et de fruits.
Elle ne pouvait pas croire qu'il était prisonnier.
« Il n'a jamais manqué le travail un seul instant depuis le début de la guerre. Il a été blessé trois fois et tout le monde lui a demandé d'arrêter de travailler et de se reposer », déclare Taghreed dans un témoignage vidéo à Mondoweiss.
« Mais il a toujours dit qu'il devait être un modèle pour ses collègues et qu'il n'arrêterait jamais de travailler et de rendre service à son peuple. Il risquait régulièrement sa vie en pénétrant dans les décombres et en extrayant des martyrs. Je suis fière de lui et j'espère que nos enfants seront comme lui. »
Elle rappelle qu'il lui parlait toujours des dangers auxquels il était confronté, lui disant parfois que des drones quadricoptères les poursuivaient sans cesse et leur tiraient parfois dessus. Elle lui demandait s'il avait peur, et il lui répondait que Dieu était avec lui.
« Anwar a trois filles, dont la plus jeune a quatre ans », dit sa femme.

Al-Attar avait été envoyé avec ses collègues de la Défense civile la semaine dernière en mission pour secourir une équipe d'ambulanciers de la Société palestinienne du Croissant-Rouge ( SPCR) qui avait disparu, mais le contact avec lui et l'équipe de secours a également été rompu.
Le corps d'Anwar a été retrouvé enterré dans le sable quelques jours plus tard. C'était la première preuve que l'armée israélienne avait pris pour cible les équipes de la défense civile et de la SPCR à Rafah, a déclaré un porte-parole de la défense civile à Mondoweiss.
Quelques jours après la découverte du corps d'al-Attar, les équipes de la défense civile qui avaient creusé dans la zone après avoir obtenu l'autorisation de l'armée israélienne ont trouvé 14 cadavres.
Le ministère de la Santé de Gaza a déclaré dans un communiqué le 30 mars que les corps appartenaient à 8 ambulanciers de la PRCS, 5 membres de la Défense civile et une personne dont l'identité reste inconnue. Le communiqué indiquait que les équipes avaient été « exécutées » et que « certaines ont été retrouvées les mains liées ».
Le ministère a ajouté que les corps des équipes de premiers secours portaient des traces de violences délibérées. « Certains ont été abattus d'une balle dans la tête ou la poitrine, et ils ont été enterrés dans des trous profonds pour empêcher qu'on les retrouve », a déclaré le ministère.
Lors des funérailles d'al-Attar la semaine dernière, des membres de la Défense civile ont fait leurs adieux à leur collègue tombé en mission, les larmes aux yeux, et ont témoigné par vidéo à Mondoweiss du dévouement d'al-Attar à son travail.
« Il a mené des actions humanitaires tout au long de la guerre, et sa mission était de récupérer les blessés et les martyrs sous les décombres », a expliqué Abdul Rahman Ashour, l'un des membres de la Défense civile qui a récupéré le corps d'al-Attar à Rafah.
« Le gilet et le casque d'Anwar, qui le désignent comme un travailleur de la défense civile, étaient perforés par plus de 20 impacts de balles », a déclaré Ashour à Mondoweiss. « Il a été touché à la tête et à la poitrine, ainsi que dans le bas du corps. Il a été assassiné, de façon très violente. »
L'ambulance de la SPCR qui avait été envoyée à Rafah pour répondre aux appels de détresse avait pris feu après avoir essuyé des tirs de l'armée israélienne, a déclaré Ashour. C'est alors qu'al-Attar et son équipe ont été dépêchés sur place, partant avec un camion de pompiers et une autre ambulance qui les suivait.
« L'ambulance et les pompiers ont été directement pris pour cible », a ajouté Ashour, déclarant qu'al-Attar et ses collègues avaient été « abattus sur place ».
Le déroulement du massacre des premiers intervenants
Au cours de la semaine dernière, l'armée israélienne a mené des raids dans diverses zones de la bande de Gaza, notamment dans le quartier de Tal al-Sultan à Rafah, en particulier dans une zone située à l'ouest communément appelée « al-Baraksat ».
Au cours des premiers jours du raid, les habitants ont raconté des histoires horribles d'exécutions de masse, de jeunes hommes rassemblés dans des fossés et abattus à bout portant, et d'enfants tués devant leur mère.
Plusieurs survivants qui ont réussi à quitter la zone ont répété ces affirmations à Mondoweiss, mais Mondoweiss n'a pas pu les vérifier immédiatement étant donné qu'aucun premier intervenant n'a été autorisé à atteindre la zone en raison du blocus serré imposé par l'armée israélienne.
Depuis lors, de plus en plus de témoignages ont émergé de la part de survivants et de premiers intervenants venus de la région.
Marwan al-Hams, directeur des hôpitaux de campagne à Gaza, a déclaré à Mondoweiss par le biais d'un témoignage vidéo qu'ils avaient reçu des informations faisant état de « nombreux corps et parties de corps » découverts à Rafah. « Ce sont les restes d'un groupe de martyrs », a-t-il déclaré.
« Les gens ont essayé de les récupérer, mais n'ont pas pu. Ils les ont juste recouverts de sable pour les empêcher d'être dévorés par les chiens errants. »
C'est dans ce contexte que des civils piégés à Tal al-Sultan ont lancé des appels de détresse à la SPCR et à la Défense civile dans la région de Rafah la semaine dernière. Deux véhicules ont été envoyés, et lorsqu'ils ont disparu, les deux véhicules dirigés par Anwar al-Attar sont partis à leur recherche.
Le sort de tous les équipages est resté inconnu pendant plus d'une semaine. Pendant cette période, la SPCR et la Défense civile ont tenté d'obtenir l'autorisation de l'armée israélienne pour entrer à Rafah et rechercher leurs collègues disparus.
Mahmoud Basal, porte-parole de la Défense civile dans la bande de Gaza, raconte que dès que l'équipe d'Attar est arrivée à Rafah, l'armée israélienne a fermé les entrées et les sorties de Rafah, assiégeant ainsi les premiers intervenants. C'est à ce moment-là que les communications ont été coupées, explique Basal.
« Nous avons demandé aux organisations internationales et à la communauté internationale de nous aider à coordonner notre action avec l'occupation pour pouvoir entrer dans la zone et connaître le sort de nos équipes », a déclaré Basal à Mondoweiss. « Pendant plusieurs jours, nous avons tenté de coordonner nos actions, mais l'occupation a catégoriquement refusé. »
Après de nombreuses demandes, la Défense civile, le Croissant-Rouge et le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) ont obtenu la coordination de l'occupation le 27 mars.

« Nous sommes entrés à Rafah après de nombreuses difficultés, pour être surpris par l'ampleur du massacre qui s'y était déroulé », raconte Basal. « Les forces d'occupation ont ouvert le feu sur les véhicules du Croissant-Rouge et de la Défense civile. Les bulldozers israéliens ont même placé des barrières de sable sur la zone [où ils ont été enterrés], en modifiant complètement ses caractéristiques. »
« Tout indique que les forces d'occupation israéliennes ont exécuté les équipes médicales », Basal poursuit en ajoutant que lors des recherches menées le 27 mars, les équipes ont identifié le corps d'Anwar al-Attar.
« Nous avons essayé de localiser les autres, mais la nuit est tombée et nous a empêchés de terminer les recherches. »
Trois jours plus tard, les équipes de la Défense civile ont retrouvé le reste des équipes disparues : 14 personnes ont été retrouvées enterrées, certaines avec les mains liées et présentant des signes de blessures par balle à la tête et à la poitrine.
Les équipes de la défense civile et du Croissant-Rouge bénéficient de l'immunité internationale et sont protégées par le droit international humanitaire, souligne Basal.
« Mais malheureusement, l'occupation a une expérience évidente des meurtres. Nous parlons de 105 martyrs de la défense civile, qui bénéficiaient tous de l'immunité, mais l'occupation les a tués », dit Basal. « Cela démontre que l'occupant n'a pas de limites et ne respecte pas le droit international ou humanitaire. »
Une déclaration de l'armée israélienne à l'AFP ose prétendre que « quelques minutes » après que les soldats ont « éliminé plusieurs terroristes du Hamas » en ouvrant le feu sur leurs véhicules, « d'autres véhicules se sont approchés de manière suspecte des troupes ». La déclaration ajoute que l'armée a tiré « en direction des véhicules suspects, éliminant un certain nombre de terroristes du Hamas et du Jihad islamique ».
L'armée a admis qu'une première enquête avait révélé que « certains » des véhicules étaient des ambulances et des camions de pompiers, ajoutant qu'elle condamnait l'utilisation de tels véhicules par des « organisations terroristes » à des « fins terroristes ».
Mahmoud Basal nie ces allégations, affirmant que l'occupant voulait dissimuler le crime en prétendant qu'il s'agissait de combattants du Hamas et du Jihad islamique.
Il réaffirme que la Défense civile tient l'occupation israélienne entièrement responsable du meurtre des équipages, de la violation du droit international humanitaire et du massacre du personnel médical et des premiers intervenants, qui se distinguent par leurs gilets orange.
« Ce gilet est porté en coordonné avec l'occupation israélienne », déclare Basal. « L'opération d'entrée [des équipes de secours à Rafah] était claire, mais l'occupation a commis le massacre et veut maintenant échapper à l'évidence qui l'embarasse. »
« Ce qui est arrivé à nos équipes est un véritable massacre et un crime dont l'occupation doit être tenue responsable par le monde libre et les organisations humanitaires », a ajouté Basal.
« Cela a de graves répercussions, et le monde doit se rendre compte que ce qui s'est passé à Gaza est une violation flagrante du droit international humanitaire. »
Auteur : Tareq S. Hajjaj
* Tareq S. Hajjaj est un auteur et un membre de l'Union des écrivains palestiniens. Il a étudié la littérature anglaise à l' université Al-Azhar de Gaza. Il a débuté sa carrière dans le journalisme en 2015 en travaillant comme journaliste/traducteur au journal local Donia al-Watan, puis en écrivant en arabe et en anglais pour des organes internationaux tels que Elbadi, MEE et Al Monitor. Aujourd'hui, il écrit pour We Are Not Numbers et Mondoweiss.Son compte Twitter.
31 mars 2025 - Mondoweiss - Traduction : Chronique de Palestine