
par Valerik Orlov
Le thème de cette année : «Les valeurs communes sont le fondement de la croissance dans le monde multipolaire».
Ont présidé également la séance :
- le Président de la République d'Indonésie, Prabowo Subianto ;
- le représentant du roi de Bahreïn pour les affaires humanitaires et la jeunesse, le conseiller à la sécurité nationale, le commandant de la garde royale, chef de la délégation du pays invité, Nasser bin Hamad Al Khalifa ;
- le vice-Premier ministre du Conseil d'État de la République populaire de Chine, Ding Xuexiang ;
- le vice-Président de la République d'Afrique du Sud, Shipokosa Paulus Mashatile.
Le modérateur de la discussion : journaliste, directeur général et présentateur de la chaîne de télévision Sky News Arabia, Nadim Daoud Koteich.
Le Forum économique international de Saint-Pétersbourg (SPIEF en anglais) se tient chaque année depuis 1997, et depuis 2006 sous le patronage et avec la participation du Président de la Russie. En 2025, les événements du SPIEF se déroulent du 18 au 21 juin, réunissant 20 000 personnes provenant de 140 pays du monde entier.
La présente traduction contient intégralement le discours de Vladimir Poutine, ses réponses aux questions (comme les questions elles-mêmes, évidemment) et ses autres interventions.
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N. Koteich : Bonsoir à tous !
Monsieur le Président, merci beaucoup, c'est pour moi une grande joie et un honneur d'être ici avec vous et vos invités de marque.
Je tiens à dire que le Forum économique international de Saint-Pétersbourg s'impose une fois de plus comme une tribune importante pour les discussions sur l'économie mondiale, ainsi que sur la politique. C'est le moment des plus propices pour être ici aujourd'hui et discuter de ce dont nous allons parler après avoir écouté vos discours, Monsieur le Président, et ceux de vos invités de marque. Merci encore, Monsieur le Président.
C'est un groupe d'invités très intéressant. Nous avons la Chine, l'Indonésie, un pays très important qui représente l'ASEAN, la Russie, bien sûr, Bahreïn, qui est un membre important du CCG [Conseil de coopération des États arabes du Golfe Persique], ainsi que l'Afrique du Sud, qui est l'un des États fondateurs du groupe BRICS. Et pourtant, certains continuent d'affirmer que Vladimir Poutine est isolé. Je pense au contraire que ces invités témoignent à quel point notre monde est devenu multipolaire.
Monsieur le Président, je vous donne la parole, vous êtes notre premier intervenant.
V. Poutine : Cher Monsieur Prabowo Subianto !
Votre Altesse, Cheikh Nasser !
Monsieur Ding Xuesheng !
Monsieur Paulus Mashatile !
Chers amis ! Mesdames et Messieurs !
Je salue tous les participants et invités du XXVIIIe Forum économique international de Saint-Pétersbourg. Son format prévoit traditionnellement des discussions thématiques et approfondies sur les sujets les plus actuels. Et nous sommes heureux que des représentants de 140 pays et territoires se soient joints à ces discussions dans le cadre du forum.
Cette année, parmi ces thèmes, qui sont tous importants, comme le disent mes collègues dans de telles occasions, figure la qualité de la croissance dans les conditions du monde multipolaire et des grands défis. Il s'agit des changements tectoniques dans l'économie mondiale et la démographie, y compris la dynamique de la population mondiale, les contradictions sociales, publiques et géopolitiques qui se manifestent par des crises, des conflits régionaux qui éclatent rapidement avec une nouvelle force - et nous le voyons malheureusement aujourd'hui au Moyen-Orient.
Enfin, il s'agit du changement climatique et des problèmes environnementaux urgents qui exigent chacun une réponse. Et bien sûr, la transition vers un nouvel ordre technologique basé sur les plateformes numériques, l'intelligence artificielle et les systèmes autonomes capables de prendre des décisions même sans intervention humaine.
La question est de savoir comment faire en sorte que les changements technologiques positifs se généralisent, que les nouvelles solutions numériques et technologiques soient accessibles, qu'elles permettent aux pays, aux régions, aux villes d'atteindre un nouveau niveau de développement et de progrès, de s'élever, de faire en sorte que les effets de la percée technologique profitent à tous, y compris le changement de la structure de la société, la réduction du niveau de pauvreté et l'amélioration de la qualité de vie, ainsi que l'égalité des chances pour chaque individu d'acquérir les connaissances qui l'aideront à réaliser son potentiel. En d'autres termes, il s'agit de mettre en œuvre le principe fondamental : le principe d'équité.
Au cours de mon intervention, je m'attarderai sur les défis auxquels notre pays, la Russie, est confronté dans ces domaines, sur ce que nous faisons pour les relever en collaboration avec les entreprises, les associations scientifiques et publiques, ainsi que sur les approches que nous proposons pour soutenir la croissance économique non seulement dans notre pays, mais aussi pour créer des mécanismes communs de développement mondial et régional en partenariat avec les pays qui nous sont amis.
Je commencerai par la situation actuelle de l'économie russienne. Malgré le contexte extérieur difficile, le PIB de la Russie a augmenté de plus de 4 % par an au cours des deux dernières années, soit à un rythme supérieur à la moyenne mondiale.
En ce qui concerne la structure de cette croissance, je citerai un indicateur spécifique, appelé PIB non pétrolier et non gazier, qui est exempt de l'influence des secteurs liés à l'extraction des hydrocarbures. Ainsi, la croissance du PIB non pétrolier et non gazier de la Russie en 2023 s'est élevée à 7,2 %, et en 2024, elle a atteint près de 5 %, soit 4,9 %. Ces chiffres sont donc significatifs et plus solides que la croissance du PIB dans son ensemble.
En d'autres termes, la contribution des matières premières à la dynamique économique n'est plus déterminante. De plus, elle s'est même avérée négative à l'heure actuelle.
Pourtant, la croissance globale du PIB n'était pas uniquement liée à l'industrie de défense, comme certains le pensent. Bien sûr, l'industrie de défense a joué un rôle à cet égard, mais nous devons tout de même examiner attentivement la structure de cette croissance.
Au cours des deux dernières années, se sont distingués par des résultats positifs l'agriculture, l'industrie dans son ensemble, le secteur de la construction, la logistique, les services, la finance et l'industrie informatique, c'est-à-dire pratiquement tous les secteurs clés et systémiques de l'économie nationale.
Qu'est-ce que cela signifie ? Cela signifie que grâce au travail de dizaines de milliers d'entreprises et de sociétés, de leurs équipes, de leurs dirigeants, grâce à l'initiative et au travail de millions d'entrepreneurs, notre économie ne se contente pas de se développer de manière soutenue, mais devient également plus qualitative, plus complexe et plus diversifiée. L'idée selon laquelle l'économie russienne serait exclusivement basée sur les matières premières et dépendante des exportations d'hydrocarbures est clairement dépassée, elle appartient au passé. La réalité est toute autre.
La Russie occupe déjà la quatrième place au monde en termes de produit intérieur brut, et la première en Europe. Il ne s'agit pas du PIB par habitant, mais du produit intérieur brut, c'est-à-dire du volume de l'économie, mais c'est tout de même un indicateur très significatif.
Mais, bien sûr, il ne suffit pas d'atteindre cette position, il est important de confirmer en permanence son statut de l'une des plus grandes économies, de créer des conditions favorables pour que les entreprises, tant nationales que celles des pays amis, investissent des ressources, modernisent et développent leur production justement en Russie.
Notre tâche la plus importante pour l'année en cours est d'assurer la transition de l'économie vers une trajectoire de croissance équilibrée. Qu'est-ce que cela signifie ? Nous comprenons cela comme signifiant que nous devons parvenir à une inflation modérée et à un faible taux de chômage. Selon les statistiques, l'inflation annuelle est déjà tombée à moins de dix pour cent. Au 16 juin, elle s'élevait à 9,6 %. Bien sûr, c'est encore beaucoup, mais la lutte contre l'inflation se poursuit.
Bien sûr, les efforts actifs du Gouvernement pour développer l'économie de l'offre et les mesures responsables prises par la Banque centrale ont joué un rôle à cet égard. Je voudrais toutefois souligner que la dynamique inflationniste évolue mieux que ne l'avaient prévu de nombreux experts et même la Banque de Russie. Cela a déjà permis d'entamer un assouplissement prudent de la politique monétaire.
Mais l'évolution des prix de consommation ne reflète pas toute la réalité. Je le répète, une croissance équilibrée, c'est à la fois une inflation modérée, un faible taux de chômage et la poursuite d'une dynamique économique positive. Il est important de rester attentif à tous les indicateurs de la santé de nos secteurs, de nos sociétés et même de certaines entreprises individuelles.
Je reviendrai plus tard sur la situation du marché du travail. Pour l'instant, je tiens à souligner qu'au cours des quatre premiers mois de cette année, le PIB de la Russie a augmenté de 1,5 % en glissement annuel, avec une accélération de la croissance à 1,9 % en avril. Dans le même temps, certains spécialistes et experts soulignent les risques de stagnation, voire de récession. Il ne faut en aucun cas laisser cela se produire.
Je sais que vous avez entendu les discussions au sein du Gouvernement, entre la Banque centrale de Russie et le Gouvernement, lors des forums. Vous vous êtes certainement déjà plongés dans le sujet.
Il est nécessaire de mener une politique budgétaire, fiscale et monétaire compétente et réfléchie, et d'ajuster ses mécanismes avant tout pour soutenir et stimuler la croissance. Bien sûr, tout en assurant la stabilité macroéconomique, inflationniste et financière.
En d'autres termes, notre orientation stratégique consiste précisément à modifier activement, systématiquement et progressivement la structure de l'économie nationale. Comme je l'ai déjà dit, nous avons accompli beaucoup de choses dans ce domaine, mais il est évident qu'il est essentiel d'aller de l'avant, d'autant plus compte tenu des changements radicaux qui se produisent dans le monde.
Nous avons évoqué l'importance de mesures supplémentaires à cet égard lors de la session du Conseil pour le développement stratégique et les projets nationaux en décembre dernier. Le Gouvernement, les régions, les entreprises, les experts et la communauté scientifique ont défini ensemble les objectifs visant à accélérer la croissance à long terme et les changements structurels de l'économie. Aujourd'hui, je propose de nous arrêter, je tiens à m'arrêter sur ces axes clés.
Il s'agit avant tout de la modification de la nature de l'emploi et de la structure de la consommation. Nous devons créer les conditions propices à l'augmentation de l'activité économique des citoyens, afin que les jeunes comme les personnes d'âge mûr puissent réaliser leur potentiel sur le marché du travail, acquérir de nouvelles compétences, mener une carrière réussie et augmenter leurs revenus.
Il s'agit donc de passer à une économie où les salaires élevés ne sont pas basés sur une pénurie de main-d'œuvre : les entrepreneurs sont obligés d'augmenter les salaires et d'attirer les travailleurs chez eux. Les salaires élevés doivent être basés sur l'amélioration de la qualité des emplois et l'augmentation de la productivité du travail.
Au cours des quatre dernières années, le nombre de personnes employées en Russie a augmenté de 2,4 millions. Depuis octobre dernier, le taux de chômage s'est stabilisé dans l'ensemble du pays et s'élève à environ 2,3 %. Nous avons atteint un niveau de chômage historiquement bas. Ce qui est important, c'est qu'il y a une dynamique positive dans les régions de la Fédération où le problème de l'emploi était traditionnellement aigu. Les collègues russiens le savent : il s'agit avant tout du sud de la Russie, du Caucase du Nord. Ici, le chômage a diminué d'environ à moitié, ce qui est un très bon résultat.
Ici ont porté leurs fruits la politique macroéconomique stimulante et bien pensée, des mesures actives prises par les autorités régionales avec le soutien de programmes fédéraux dans le domaine de l'emploi, ainsi que, ce qui est important, la mise en œuvre à grande échelle de solutions technologiques modernes, telles que l'emploi sur plateforme et les marchés numériques.
Certains de nos collègues, comme par exemple notre invité de Bahreïn, ont dit qu'ils venaient de se rendre en République Tchétchène et qu'ils avaient vu comment la république se développait. En effet, tout cela est très bien visible dans le cas de la Tchétchénie.
Je tiens à souligner séparément que l'emploi augmente parmi les jeunes qui entrent sur le marché du travail et obtiennent leur premier emploi. La Russie figure parmi les meilleurs pays au monde en termes de taux de chômage des jeunes. Chez nous, il est d'environ 7,5%.
À titre d'exemple, dans des pays comme la France et le Royaume-Uni, le chômage des jeunes est respectivement d'environ 16% et 11%. De manière générale, le chômage des jeunes est un problème économique et social très grave dans le monde moderne. En Russie, comme nous le voyons, nous parvenons dans l'ensemble à suivre la bonne voie. Je pense que nous pouvons dire que nous sommes en train de résoudre ce problème.
Bien sûr, nous avons encore des progrès à faire. Mais je tiens à souligner à nouveau que les progrès dans ce domaine sont évidents. Et cela est particulièrement important, car l'effet de l'emploi actif des jeunes ne se manifeste pas seulement, comme on dit, ici et maintenant. Un démarrage réussi et une forte demande sur le marché du travail déterminent la qualité future de la carrière professionnelle d'un jeune, sa place dans la société, et influencent en grande partie son désir de fonder une famille, de prendre soin de ses parents, d'élever ses enfants - et pas seulement son premier enfant, mais aussi le deuxième, et, si Dieu le veut, le troisième, et les suivants. Il s'agit là d'une question cruciale pour le développement social, économique et démographique du pays.
Par la suite, l'emploi augmente dans les secteurs où se forme le produit final, dans les secteurs de l'économie de haute technologie, notamment l'industrie manufacturière, les technologies de l'information et le tourisme. Dans les secteurs d'assistance - tels que le commerce, l'Administration publique et les finances -, l'emploi, au contraire, diminue, de manière objective et justifiée. Il s'agit là, comme certains le savent peut-être, mais pas tout le monde, d'une très bonne tendance et d'un bon indicateur.
À titre indicatif, si l'on examine l'évolution, on constate que dans le secteur de l'information et des communications, nous avons actuellement une augmentation de 353 000 personnes, soit +29,7% ; dans les industries manufacturières, +10,2%. En revanche, le nombre de travailleurs dans le secteur du commerce, par exemple, a diminué de 170 000 personnes, soit une baisse de 3%.
Il s'agit là de tendances progressives, mais très significatives et importantes, qui reflètent des changements structurels et qualitatifs. Nous avons l'intention de continuer à contribuer à la réduction de la part de l'emploi dans les secteurs dits «d'assistance» en améliorant l'efficacité de l'économie et en mettant en place des solutions numériques basées sur des plateformes. Bien entendu, nous devons offrir une alternative aux personnes qui y travaillent.
Pour ce faire, nous encouragerons la création d'emplois modernes, plus attrayants et à forte productivité, qui répondent aux nouvelles technologies. Il convient d'adapter la législation du travail à ses besoins et, surtout, dans l'intérêt des citoyens. Le Gouvernement a préparé un ensemble de modifications à cet effet, et je demande à la Douma d'État de les adopter dans les plus brefs délais.
Je le répète : c'est précisément dans des emplois de qualité, structurellement nouveaux, que réside la clé pour augmenter les revenus des citoyens et des familles et réduire les inégalités sociales. Bien sûr, cela reste un problème pour nous, mais nous le résolvons de manière cohérente. Nous avons déjà beaucoup fait pour accélérer la croissance des revenus des citoyens les plus démunis du pays et, dans l'ensemble, nous avons atteint - je tiens à le souligner tout particulièrement - une réduction du niveau de pauvreté en Fédération russienne qui est sans précédent dans l'histoire du pays.
À la fin de l'année dernière, il s'élevait à 7,2%, et la dynamique positive se poursuit. À la fin du premier trimestre de cette année, par rapport au même indicateur il y a un an, le nombre de citoyens dont les revenus sont inférieurs au minimum vital a diminué de plus de deux millions de personnes.
Les représentants russiens présents à notre réunion d'aujourd'hui le savent, mais je le répète pour nos invités : en 2000, le taux de pauvreté était de 29% en Fédération russienne, de sorte que 42,3 millions de personnes se trouvaient dans cette situation, disons-le franchement, humiliante ; à la fin de l'année 2024, ce chiffre n'était plus de 29%, mais de 7,2%, et ce n'était plus 42,3 millions de personnes, mais 10,5 millions. Bien sûr, nous devons nous efforcer de réduire encore ce chiffre, et c'est ce que nous comptons faire : le réduire à 7%, puis à 5%.
Cependant, dans l'ensemble, le niveau des salaires en Russie est encore insuffisant, je tiens à le souligner aussi. Je l'ai déjà dit : il faut se fixer des objectifs ambitieux dans ce domaine, créer une économie à salaires élevés. Je le répète, c'est très important : sur la base d'une augmentation de la productivité du travail. D'ailleurs, la part des salaires dans le PIB de la Russie est passée d'un peu plus de 40% en 2021 à près de 44% en 2024.
Sur quoi concentrons-nous nos efforts ? Tout d'abord, nous adaptons les programmes éducatifs aux besoins du secteur réel. D'ailleurs, l'évolution du chômage des jeunes, dont je viens de parler, montre que nous allons dans la bonne direction.
J'ajouterai que cette année, à l'approche de notre forum, un classement des établissements d'enseignement russiens a été publié en fonction du taux d'emploi et du salaire des diplômés de ces universités. Il permet de voir quelles professions sont les plus demandées sur le marché du travail, quels établissements d'enseignement offrent l'éducation de meilleure qualité et, surtout, l'éducation nécessaire à l'économie.
Ce classement est l'un des indicateurs clés de l'efficacité des équipes de direction des établissements d'enseignement. Je demande aux responsables des ministères concernés, aux collègues tant au niveau fédéral que régional, d'y prêter la plus grande attention et d'utiliser ce classement comme un outil de gestion du changement dans le domaine de l'enseignement professionnel.
Ensuite, pour augmenter les revenus des citoyens, il est nécessaire d'améliorer les qualifications et de former les employés afin qu'ils aient la possibilité d'évoluer professionnellement, de changer d'entreprise, de déménager dans d'autres régions - la mobilité de la main-d'œuvre doit être améliorée. C'est très important pour le développement de l'économie et cela permettrait aux gens d'occuper des postes plus prometteurs avec de meilleures conditions et un salaire plus élevé.
Et bien sûr, il est important d'investir dans de nouveaux équipements, de s'engager dans l'automatisation et la robotisation des productions, dont la maintenance nécessite à son tour des employés professionnels, compétents et donc hautement rémunérés.
Je tiens à souligner que l'augmentation des salaires joue un rôle important non seulement pour chaque individu, pour le bien-être de sa famille, les conditions d'éducation de ses enfants, mais aussi pour l'ensemble de l'économie russienne, car la croissance des revenus et la réduction des inégalités dans la société entraînent également une modification de la structure de la demande - tout est très interconnecté, ce qui rend cette structure plus équilibrée, stimule la consommation de biens et de services nationaux.
Il s'agit notamment, par exemple, de l'industrie du tourisme, du secteur de la restauration, des industries qui capitalisent notre patrimoine naturel, augmentent le potentiel des villes et des localités, les rendent plus confortables, plus agréables à vivre, à travailler et à se détendre.
Je rappelle à cet égard que les collègues du Gouvernement et moi-même avons convenu d'introduire un nouveau système d'imposition de la restauration publique, avec un taux de TVA fixe. Une partie des recettes sera directement versée aux municipalités, ce qui leur donnera des ressources supplémentaires pour des projets et des programmes de développement locaux, principalement destinés à améliorer la qualité de vie.
Nous soutiendrons sans faille les secteurs en pleine croissance de l'économie créative liés à la science, à la culture, à l'art et à la création, notamment l'architecture et le design, le cinéma et la musique, l'édition et la production de logiciels, etc., c'est-à-dire tout ce que les experts appellent l'économie des impressions.
Cette année, une loi fédérale est entrée en vigueur, qui a établi le cadre juridique pour la promotion des industries créatives. D'ici la fin de l'année, 70 régions commenceront à mettre en œuvre les normes de développement de ce segment moderne de l'économie et de la vie sociale, et à créer l'infrastructure nécessaire.
Afin de rendre ce travail plus approfondi et plus systématique, je demande au Gouvernement, en collaboration avec les sujets de la Fédération, de préparer une stratégie à long terme pour le développement de l'économie créative et d'envisager le lancement d'un projet fédéral à cet égard.
Je voudrais mentionner séparément l'amélioration de l'attractivité touristique des villes et localités russiennes. Les bâtiments anciens, les temples, les manoirs et les sites du patrimoine culturel sont l'incarnation visible de notre identité nationale, de notre originalité, et constituent de véritables pôles d'attraction pour les touristes.
Nous avons convenu de rénover et de remettre en état au moins un millier de ces sites de par tout le pays d'ici 2030, leur donner une seconde vie, notamment en y ouvrant des musées, des centres éducatifs et d'exposition, des hôtels, etc.
Le programme pilote de restauration des sites du patrimoine culturel, qui prévoit des prêts à taux préférentiels pour ce type de projets, couvre déjà neuf régions de Russie. Il s'agit maintenant de l'étendre aux autres sujets de la Fédération.
Afin que les fonds alloués aient un effet plus important, je propose les solutions suivantes, à savoir : regrouper les ressources de deux programmes de prêts à taux préférentiels pour la création d'infrastructures touristiques et la préservation des sites du patrimoine culturel.
Ainsi, il sera possible d'attirer des ressources supplémentaires à taux réduit pour la restauration et la rénovation complète de bâtiments anciens, y compris dans l'intérêt des entreprises. En outre, je propose d'étendre à ces projets le mécanisme des garanties dites «de parapluie» de la Corporation pour le développement des petites et moyennes entreprises.
J'ajouterai que les sites du patrimoine culturel ont un cycle d'investissement et de construction complexe - ceux qui s'occupent de cela comprennent parfaitement ce dont je parle. Ce cycle prend beaucoup de temps, qu'il faut raisonnablement réduire, en supprimant les formalités manifestement excessives - sans nuire, bien sûr, à la préservation des monuments historiques.
Je demande aux collègues de l'Administration présidentielle, au sein du groupe interministériel compétent, de préparer des décisions sur cette question et, plus généralement, sur la restauration des sites du patrimoine culturel.
J'ai mentionné plus haut le programme de création d'infrastructure touristique. Je rappelle que nous impliquons activement, mais avec délicatesse, nos parcs nationaux dans le secteur du tourisme, en créant les conditions nécessaires à leur fréquentation par les touristes, bien sûr dans le respect et l'attention à la nature et aux écosystèmes protégés.
C'est un exemple de plus de la manière dont la Russie met en œuvre son programme environnemental : elle ne compte pas sur les richesses naturelles dans la poursuite d'un profit immédiat, mais les préserve et les multiplie dans l'intérêt des gens, pour le bien de toute la société.
Pour développer ce thème, je peux ajouter ceci. Au cours des dernières décennies, nous avons accumulé des millions de tonnes de déchets industriels et miniers. Bien sûr, ils nuisent à la nature et aux personnes, créent des problèmes.
Je propose de réfléchir au lancement de projets spéciaux visant à extraire les composants précieux de ces déchets. Les technologies nécessaires existent, il faut les utiliser. Ainsi, les entreprises pourront à la fois réaliser des bénéfices, contribuer à éliminer les dommages environnementaux accumulés et, dans le même temps, stimuler le développement de la science et de l'industrie nationales et s'engager dans l'assainissement de l'environnement.
Chers collègues !
La maîtrise de nouveaux domaines de production, de haute technologie et de services, l'élargissement de la palette des activités économiques : tous ces éléments font partie des changements structurels de l'économie russienne.
À cet égard, le deuxième axe clé de notre action, sur lequel je m'attarderai aujourd'hui, est la nouvelle qualité du climat d'investissement. Il s'agit en fait de réduire considérablement les frais des entreprises et des entrepreneurs dans tous les domaines, de la construction et de la mise en place des communications pour les nouveaux projets aux activités opérationnelles courantes, y compris tous les types de comptabilité et d'accompagnement notarial.
Dans ce domaine, nous travaillons en étroite collaboration avec les régions, les milieux d'affaires et les experts. Ensemble, nous veillons à ce que l'activité commerciale et l'activité d'investissement se développent à l'échelle du pays, dans chaque ville et chaque localité.
Je rappelle l'objectif fixé : d'ici 2030, le volume des investissements en capital fixe en Russie doit augmenter d'au moins 60% par rapport au niveau de 2020.
Le Gouvernement a déjà lancé un système de soutien aux investissements dans les régions. Il prévoit un accompagnement complet et intégral de l'investisseur, jusqu'à la mise en service de l'entreprise, avec accès à tous les mécanismes de soutien, y compris les avantages fiscaux et les déductions.
Nous suivrons attentivement cette pratique, apporterons des modifications en fonction des souhaits, des demandes et des besoins des entreprises et, bien sûr, nous nous orienterons vers les régions leaders en matière d'attraction des investissements, afin de reproduire leur expérience réussie et leurs meilleures pratiques.
Comme le veut la tradition, dans le cadre de notre forum, je voudrais évoquer les résultats du classement national sur l'état du climat d'investissement, établi par l'Agence des initiatives stratégiques (AIS). Ce classement couvre désormais un plus grand nombre d'indicateurs, 82 au lieu de 70, ce qui le rend plus détaillé, plus précis et donc plus informatif.
Comme auparavant, la capitale de la Russie, Moscou, arrive en tête de ce classement. Elle est suivie par la République du Tatarstan et l'oblast Nijégorodien, qui a affiché la plus forte dynamique de l'indice cette année. Les deux régions occupent la deuxième place avec des résultats identiques. De plus, leurs paramètres actuels d'attractivité pour les investissements se sont avérés supérieurs à ceux de Moscou, mais de l'année dernière.
Qu'est-ce que cela signifie ? Que la barre du leadership est constamment relevée. Il ne faut pas s'arrêter dans le travail sur le climat d'investissement, il faut constamment aller de l'avant et se fixer de nouveaux objectifs.
L'oblast Moscovien et la République du Bachkortostan occupent la troisième place du classement. Au total, 57 régions ont amélioré leur indice intégral au cours de l'année écoulée. Je tiens à mentionner en particulier les oblasts de Tchéliabinien, Tverien, Smolénien et Kalougien, ainsi que les oblasts Voronéjois, Saratovien, Sakhalinien, Novossibérien, Lipétien et le kraï Altaïen, qui affichent la dynamique la plus forte. Je félicite les collègues, les équipes régionales pour ce résultat et je souhaite à toutes les régions de continuer à progresser dans ce domaine important. Saluons leurs succès. (Applaudissements.) Merci.
Comme je l'ai déjà dit, parallèlement au soutien aux investissements, nous améliorons les conditions quotidiennes de l'activité des entreprises. Et ici, comme on le sait, les tâches sont nombreuses : de l'enregistrement d'une société à la résolution des problèmes d'insolvabilité.
Le Gouvernement, en collaboration avec des entrepreneurs, des experts sectoriels et des spécialistes de l'AIS, a lancé un vaste travail complexe visant à élaborer un modèle national de conditions cibles pour la conduite des affaires. Ce modèle repose sur des méthodes internationales, mais, je tiens à le souligner, il tient compte de nos spécificités et des objectifs nationaux de développement que nous nous sommes fixés. Ce modèle devrait être prêt dès septembre de cette année.
De quoi s'agit-il ? De changements concrets, compréhensibles pour les entreprises, tangibles et mesurables. Par exemple, d'ici 2030, il faudra réduire de près de moitié les délais de raccordement aux réseaux électriques ou bien diminuer de plus d'une fois et demie le temps consacré à la préparation et au dépôt des documents pour le paiement des impôts.
L'objectif du modèle national est que la Russie figure d'ici 2030 parmi les vingt premiers pays au monde en termes de conditions de conduite des affaires, compte tenu des méthodes internationales actualisées, et qu'elle devienne un exemple pour nos amis, nos partenaires au sein du BRICS.
Le plus important est que le climat des affaires permette d'élargir et de renforcer la base de notre économie, de la rendre plus stable et en même temps dynamique, axée sur l'augmentation de la production de biens et de services, sur leur promotion tant sur le marché intérieur que sur les marchés mondiaux et internationaux, à l'exportation.
Je tiens à souligner que la compétitivité de l'industrie nationale, de l'agriculture, du secteur des services et de nombreux autres secteurs doit reposer sur nos propres solutions technologiques.
C'est le troisième axe des changements structurels : l'économie russienne doit devenir plus technologique. Et ce n'est pas un souhait, c'est une exigence objective d'aujourd'hui et de demain, un défi auquel il faut absolument répondre si nous voulons devenir plus forts. Et nous le voulons.
Nous devons pleinement mettre en œuvre une nouvelle étape du développement technologique du pays. Les projets nationaux visant à assurer le leadership technologique sont appelés à devenir un outil clé à cet égard. Ils ont été lancés cette année, et les collègues et moi-même avons convenu que les mesures prévues dans le cadre de ces projets nationaux seraient actualisées et complétées.
D'ici 2030, les dépenses cumulées de l'État et des entreprises en matière de recherche et développement en Russie devraient atteindre au moins 2 % du PIB. Le secteur privé a un rôle particulier à jouer à cet égard. Ses investissements dans ce domaine doivent être au moins doublés.
Que voudrais-je souligner à cet égard ? Près d'une vingtaine de fonds et d'instituts de développement sont axés sur le soutien à la modernisation technologique de l'économie russienne. Cependant, chacun d'entre eux a sa propre méthodologie, ses propres approches. En conséquence, les entrepreneurs doivent préparer différemment les mêmes documents techniques et autres.
D'autre part, il arrive que les fonds et les institutions de développement se disputent les mêmes projets. Oui, la concurrence est bien sûr utile, mais dans ce cas, cette rivalité interinstitutionnelle ne sert pas la cause, mais au contraire réduit l'efficacité des ressources financières et organisationnelles.
Nous avons récemment créé un groupe de travail spécial auprès du Conseil pour le développement stratégique et les projets nationaux. Il est présidé par M. Chouvalov, président de la Banque économique extérieure (VEB). Je demande aux collègues du groupe de travail d'analyser les activités des fonds et des institutions de développement dans le domaine technologique.
L'objectif est de supprimer les fonctions redondantes, de coordonner le travail des institutions de développement et de préparer des exigences uniformes pour les procédures de soutien aux entreprises : de l'enregistrement d'une invention à la production en série de produits de haute technologie.
Je tiens à souligner qu'en deux ans, le nombre de demandes d'inventions émanant d'entreprises et d'organisations scientifiques nationales a augmenté de 13%, ce qui est un bon indicateur. On observe notamment une croissance dans les domaines des technologies optiques et informatiques, des biens de consommation et des produits pharmaceutiques.
Cependant, il est important non seulement d'élaborer des solutions, mais aussi de les mettre rapidement en œuvre dans des produits et des services demandés tant à l'intérieur du pays qu'à l'étranger, capables d'améliorer la qualité de vie des citoyens et de rendre cette vie plus confortable et plus pratique.
Nous avons convenu que les collègues du Gouvernement suivraient personnellement la mise en œuvre des nouvelles technologies dans leurs domaines de responsabilité, et qu'ils adapteraient le cadre réglementaire aux expériences, à la mise à l'essai et à la reproduction des solutions prometteuses.
J'ajouterai que je considère nécessaire que le Gouvernement prépare un rapport annuel sur la dynamique du développement technologique du pays, qui évaluera notamment le niveau actuel de souveraineté technologique et les solutions innovantes en matière de leadership technologique, ainsi que le rythme de leur mise en œuvre dans les différents secteurs de l'économie.
Malheureusement, aujourd'hui, le niveau de commercialisation des inventions issues du milieu scientifique et universitaire est faible. Ainsi, parmi les petites entreprises innovantes créées par les universités et les organismes scientifiques, seule une invention sur cent aboutit à un résultat pratique. Je le répète : c'est peu, c'est absolument insuffisant. Il est nécessaire d'instaurer une interaction plus active entre les établissements d'enseignement, les instituts scientifiques et le monde des affaires, et il faut les aider à se trouver les uns les autres.
Nous avons mis en place le programme «Université des entrepreneurs». Dans le cadre de ce programme, des entrepreneurs expérimentés travaillent avec des étudiants dans des ateliers spécialisés basés dans des universités afin de développer des solutions technologiques et des produits de pointe.
Les premiers résultats sont déjà visibles. Plus de 270 millions de roubles de fonds extrabudgétaires ont été investis dans ces projets, et cette année, le nombre d'universités participant à ce programme va doubler.
Je demande au Gouvernement d'envisager d'étendre ce mécanisme en développant la coopération à toutes les étapes : de la formulation de l'idée du projet à la création d'une entreprise indépendante, en passant par la création de sociétés communes entre écoles scientifiques, universités et entreprises du secteur réel.
Qu'est-ce qui est encore important ici ? Il est nécessaire de continuer à développer le marché de la propriété intellectuelle, à savoir élargir les possibilités de crédit garanti par des brevets et des marques déposées. Ceux-ci doivent devenir un véritable atout pour les entreprises, qui les aide à attirer des fonds pour créer ou développer des productions.
D'ailleurs, il existe déjà environ un million de marques déposées en Russie. Rien que l'année dernière, nos entrepreneurs ont enregistré près de 77 000 marques, principalement dans les secteurs de l'industrie légère, des logiciels, des produits chimiques ménagers et de quelques autres produits. C'est 12 % de plus que l'année précédente, ce qui représente une croissance notable. Nous soutiendrons les nouvelles marques russiennes. Ainsi, dans un mois, nous ferons le bilan à Moscou du prochain concours intitulé «Connais les nôtres».
Une part importante des candidatures au concours provient de petites et moyennes entreprises, qui ont particulièrement besoin de promotion et d'accès à de nouveaux marchés. Une petite entreprise, un entrepreneur individuel, un simple artisan d'une petite ville ou d'un village peut aujourd'hui trouver des acheteurs pour ses produits ou services grâce aux places de marché, ce qui était pratiquement impossible auparavant. Leur audience et leur clientèle ne cessent de croître, tant dans notre pays que dans le monde entier.
Contrairement à la plupart des pays qui dépendent des plateformes mondiales, la Russie dispose de bons exemples de plateformes électroniques nationales performantes. Il s'agit là d'une réussite concrète et significative du secteur privé national, dont on peut sans aucun doute être fier.
Nous continuerons à créer les conditions permettant aux plateformes numériques russiennes de se développer et de concurrencer les géants internationaux. Un projet de loi a déjà été préparé, qui constituera la première étape vers la mise en place d'un cadre réglementaire moderne pour l'économie des plateformes. Je demande à la Douma d'État d'accélérer l'adoption de ce projet de loi.
J'ajouterai que le domaine des plateformes numériques comporte également ses propres problèmes. Il s'agit notamment des pratiques commerciales déloyales, des violations de la concurrence et des règles d'utilisation des données. Je demande aux collègues de l'Administration, conjointement avec le Gouvernement et les représentants du secteur, de discuter de ces questions dans le cadre d'un groupe de travail interministériel.
Je demande également d'analyser attentivement la réglementation en vigueur pour le commerce non pas numérique, mais traditionnel, dit «hors ligne», c'est-à-dire les magasins, les chaînes de distribution, etc. Cette réglementation est déjà largement dépassée : elle a été élaborée à une autre époque technologique et ne correspond tout simplement pas aux défis et aux possibilités actuels.
J'ajouterai que les places de marché disposent d'une grande quantité de données sur l'état du marché, sur le «moral» des entreprises, et comprennent le type de soutien dont elles ont besoin, qu'il s'agisse de publicité ou de vente de produits, de recrutement ou d'obtention de crédits.
Il est indispensable d'utiliser ces possibilités pour développer les petites et moyennes entreprises de par tout le pays. Je demande au Gouvernement de préparer des propositions visant à coordonner et à harmoniser les outils d'information et autres outils de soutien et de promotion des entreprises dont disposent les plateformes numériques et l'État, y compris les mécanismes financiers et de garantie de la Corporation des petites et moyennes entreprises.
Ensuite, il faut utiliser nos propres solutions indépendantes, y compris numériques, pour renforcer l'infrastructure du commerce extérieur. Je pense notamment à la logistique, à l'assurance, aux systèmes de paiement.
Nous avons déjà mis en place un système étatique de documents de transport électroniques. Tous les documents essentiels pour le transport routier de marchandises, tels que les lettres de voiture et les feuilles de route, peuvent désormais être établis sous forme électronique. Plus d'un million et demi de documents de ce type sont délivrés chaque mois.
Nous allons passer au «numérique», aux solutions de plateforme l'ensemble du réseau de transport de la Russie, y compris le transport routier, aérien, ferroviaire, fluvial et maritime. Il s'agit donc de créer une plateforme nationale numérique de transport et de logistique.
Cette base technologique moderne permettra notamment de développer les artères internationales qui traversent notre pays, notamment le Corridor de transport transarctique - de Saint-Pétersbourg à Vladivostok en passant par Mourmansk - et d'autres.
En ce qui concerne l'infrastructure de paiement, nous continuerons à travailler en étroite collaboration avec les collègues du BRICS afin de mettre en place des mécanismes et des services efficaces, fiables et, je le répète, indépendants de toute ingérence extérieure.
Ici, bien sûr, l'expérience de nos pays dans la création et la circulation des monnaies nationales numériques est très demandée. En Russie, un projet pilote correspondant est en cours depuis près de deux ans. Toutes les opérations principales ont été testées, y compris l'ouverture et la clôture de comptes, les virements entre personnes physiques et morales, le paiement de biens et de services.
L'objectif actuel est de généraliser l'utilisation du rouble numérique auprès des citoyens comme des entreprises et des banques. Je demande à la Banque centrale et au Gouvernement d'accélérer les procédures nécessaires et de fixer les délais pour passer à une nouvelle étape du développement technologique de notre secteur financier.
À cet égard, le quatrième axe des changements structurels concerne la nouvelle qualité du commerce extérieur, tant à l'exportation qu'à l'importation.
L'objectif d'augmenter les exportations non pétrolières et non gazières a déjà été fixé. Pour cela, nous allons développer nos relations avec nos partenaires, supprimer les barrières commerciales, ouvrir de nouveaux créneaux de marché, créer des infrastructures et approfondir la coopération en matière d'investissement.
Je rappelle que nous avons convenu d'élaborer des plans de coopération à long terme avec nos principaux partenaires. Le plan de Coopération stratégique avec la République populaire de Chine jusqu'en 2030 en est un bon exemple. L'élaboration de plans d'action, notamment avec des pays tels que l'Inde, devrait être achevée dans un avenir proche.
Nous continuerons à mettre en œuvre le projet national «Coopération internationale et exportation». Nous soutiendrons les initiatives de nos amis étrangers qui utilisent les plateformes technologiques russiennes, ce qui signifie que nos constructeurs de machines bénéficieront d'une demande supplémentaire.
Ainsi, dans les années à venir, des projets de grande envergure seront mis en œuvre dans les pays de la CEI, notamment en Biélorussie, en Ouzbékistan, au Kazakhstan, ainsi qu'en Turquie, au Vietnam et dans plusieurs autres pays, dans les domaines de l'énergie, y compris l'énergie nucléaire, et dans les industries extractives et manufacturières. Ces projets s'appuient précisément sur des solutions technologiques russiennes. En outre, des structures financières nationales y participent.
L'augmentation des exportations non pétrolières et non gazières n'est qu'une partie des tâches à accomplir dans le domaine du commerce extérieur. Il est important de transformer et de modifier structurellement nos importations, c'est-à-dire les produits que nous achetons, tout en augmentant progressivement la part des biens et services dits «à forte intensité de main-d'œuvre», qui nécessitent d'importantes ressources humaines, des dépenses en travail physique, manuel.
Tandis que chez nous, en Russie, au contraire, nous devons nous concentrer sur la production de biens et de services plus technologiques, plus complexes, avec un haut degré d'automatisation et une forte valeur ajoutée, ce qui contribuera également à améliorer la qualité de l'emploi dans notre pays.
Et bien sûr, avec nos partenaires de l'EurAsEC, nous adapterons la politique douanière et tarifaire afin de stimuler la formation de nouvelles chaînes de production et le transfert de solutions technologiques de pointe vers nos pays, ce qui devrait également contribuer à améliorer la qualité de l'emploi et à créer des emplois bien rémunérés en Russie.
Je demande au Gouvernement, en collaboration avec les entreprises, de procéder à une analyse appropriée et de présenter dans les prochains mois des propositions d'actions concrètes dans ce sens.
Chers collègues !
Les finances, les infrastructures et le secteur réel de l'économie russienne se développent selon les principes de la technicité, de la flexibilité, de la réactivité aux défis extérieurs et de l'évolution de la demande de nos citoyens, mais aussi de nos partenaires étrangers.
Cette approche s'applique pleinement non seulement au secteur civil, mais aussi au domaine de la défense et de la sécurité, ainsi qu'au travail de l'industrie de défense. Notre réunion est toujours axée sur les questions de développement économique, de croissance économique et de situation économique, mais dans le monde moderne, la distinction entre l'industrie de défense et les secteurs civils de l'économie s'estompe de plus en plus. Dans certains pays, il n'y a même plus aucune différence.
Les changements radicaux dans ce domaine constituent le cinquième axe de la restructuration de l'économie et, plus généralement, du renforcement de notre souveraineté. Les principes clés sont les suivants.
Le premier est la technicité à toutes les étapes : de la conception et la production à la logistique, aux achats et à l'approvisionnement de certaines détachements militaires. Il est nécessaire d'analyser en permanence les innovations technologiques et organisationnelles dans le secteur civil, et de les mettre rapidement en œuvre dans le domaine de la défense et de la sécurité.
Dans la mesure du possible, il faut parvenir à établir une connexion entre l'industrie de défense et le secteur civil, mettre en place la production de biens à double usage - et souvent, il n'est même pas nécessaire de la mettre en place, car certains produits sont par définition à double usage qui sont très demandés dans le domaine de la technologie maritime et fluviale, de la construction aéronautique, de l'industrie électronique, de la production d'équipements médicaux, de l'agriculture, etc.
Je peux même dire plus : nous devons abandonner la division des entreprises en entreprises purement industrielles de défense et en entreprises opérant exclusivement dans le secteur civil. La situation évolue de telle manière, comme je viens de le dire, que les holdings de haute technologie capables de résoudre à la fois des problèmes militaires et civils sont de plus en plus compétitives.
Le deuxième facteur est la rapidité des changements. Aujourd'hui, pour les leaders mondiaux, y compris certaines de nos entreprises, le délai entre l'idée et sa concrétisation en produit est réduit à quelques trimestres, voire quelques mois. Et le délai entre la production et la réception du produit par le consommateur ne se compte plus en semaines, mais en jours. Le secteur de la défense et de la sécurité doit s'orienter précisément vers ces normes.
Et bien sûr, il y a aussi la flexibilité. Il s'agit d'accroître le rôle des commandants des unités et détachements militaires comme des dirigeants des entreprises de l'industrie de défense, notamment dans la prise de décisions, depuis la fourniture technique, l'essai de nouvelles technologies et de nouveaux systèmes d'armement jusqu'à l'élaboration de tactiques pour atteindre les résultats escomptés. C'est précisément le rôle de ces maillons qui est en train de s'accroître.
Je pense que les collègues, tant dans le domaine militaire que dans celui de l'industrie de la défense, seront d'accord avec moi. Il est également important de créer un mécanisme permettant de diffuser rapidement ces bonnes pratiques. Nous y parvenons.
Quatrièmement, c'est l'efficacité économique de la sécurité et de la résolution des problèmes dans le domaine de la défense. Des exemples frappants sont ici l'introduction de systèmes de surveillance et de contrôle utilisant l'intelligence artificielle, qui ont permis de réduire considérablement le nombre d'infractions, par exemple à Moscou, ainsi que l'utilisation de drones peu coûteux, qui sont devenus un moyen efficace de détruire des équipements militaires coûteux. Nous tiendrons bien sûr compte de notre propre expérience négative : tout est pris en compte pour prendre les bonnes décisions, celles qui s'imposent, dans la direction qui nous convient.
Dans l'ensemble, notre industrie de défense a pris un bon rythme. Les entreprises du secteur ont multiplié leur production et maîtrisent de nouveaux types d'armements et d'équipements militaires.
Je le souligne à nouveau : nous allons, sur la base de nouvelles technologies, renforcer les capacités de combat des Forces armées de la Russie, moderniser les infrastructures militaires, les équiper des modèles d'armes et d'équipements dernier cri qui prouvent leur efficacité dans la pratique, dans des conditions de combat.
Dans le même temps, nous avons l'intention de développer la coopération militaro-technique avec les pays amis. Il ne s'agit pas seulement de la fourniture ou de la modernisation de matériel et d'armements, mais aussi de développements conjoints, de la formation de personnel, de la création d'entreprises et de capacités de production «clé en main».
Chers collègues !
Aujourd'hui, je me suis arrêté sur les cinq principaux axes des changements structurels de l'économie russienne. Les projets nationaux et les programmes gouvernementaux déjà lancés sont axés sur ces objectifs. Leur travail doit être constamment ajusté, en tenant compte de l'évolution de la situation mondiale et des nouvelles opportunités qui s'ouvrent.
Je demande au Gouvernement de numériser et de contrôler de manière particulière les indicateurs clés des changements structurels dans notre économie, ainsi que de contrôler régulièrement leur dynamique et d'ajuster les mesures mises en œuvre.
J'ai déjà dit que l'économie mondiale connaît la transformation la plus importante de ces dernières décennies. Les pays de la communauté internationale renforcent leur potentiel, modifiant ainsi l'équilibre des forces et le paysage économique mondial.
Si, au début du XXIe siècle, les pays du BRICS, par exemple, représentaient un cinquième de l'économie mondiale, rien qu'un cinquième, aujourd'hui ils représentent 40 % de l'économie mondiale. Et il est évident que cette part ne fera que croître - c'est, comme on dit, un fait médical, cela se produira inévitablement, principalement grâce aux États dynamiques du Sud global.
Il faut que cette croissance devienne de plus en plus durable et touche le plus grand nombre de pays possible. Pour cela, il faut un modèle de développement fondamentalement nouveau, qui ne repose pas sur les règles du néocolonialisme, où le «milliard doré» pompe les ressources des autres États dans l'intérêt d'un cercle restreint d'élites, et même non pas dans l'intérêt de l'ensemble de la population de ces pays, mais justement dans l'intérêt des élites.
Si l'on examine comment les richesses se sont accumulées, par exemple aux États-Unis au cours des dernières décennies, ce sont les élites qui ont engrangé les principaux revenus. Ce sont des données publiques. Ces revenus exceptionnels n'ont pas profité aux citoyens ordinaires, ni à la classe moyenne. C'est peut-être là que réside l'origine des changements qui se produisent, notamment dans le domaine politique.
Et nous, nous devons veiller à ce que tous ces changements se répercutent sur la qualité de vie des habitants de nos pays, dans les domaines de la science, de l'éducation, des technologies et des infrastructures. Ce sont précisément ces priorités que la Russie s'est fixées dans le cadre de son programme de développement.
Les domaines et les orientations stratégiques que j'ai mentionnés aujourd'hui ont besoin d'apports de capitaux stables et à long terme, notamment de la part des entreprises internationales et des investisseurs. Pour y parvenir, il faut créer une plateforme ouverte et équitable pour la croissance mondiale. Elle regroupera des mécanismes d'investissement et des normes technologiques, des services financiers et logistiques, des instruments commerciaux et d'autres solutions.
Je le répète : l'objectif n'est pas de moderniser les anciens mécanismes de l'ère de la mondialisation, qui sont pour la plupart obsolètes, voire discrédités. Il faut proposer un nouveau modèle de développement, libre de toute manipulation politique et tenant compte des intérêts nationaux des États. Et bien sûr, ce modèle doit être axé sur les besoins des citoyens et de leurs familles.
D'ailleurs, au sommet des BRICS, qui s'est tenu, comme je l'ai déjà mentionné, l'automne dernier à Kazan, 35 pays représentant près des deux tiers de la population mondiale et la moitié de l'économie mondiale ont exprimé une compréhension commune des approches nécessaires pour l'avenir du monde.
Aujourd'hui déjà, les pays du BRICS fixent la barre en matière de développement des secteurs dits «centrés sur l'humain». De grands projets visant à améliorer le cadre de vie sont lancés. Les États du BRICS mettent en œuvre des initiatives à grande échelle dans les domaines de l'énergie nucléaire et de l'aviation, des nouveaux matériaux et de l'industrie informatique, de la robotique et de l'intelligence artificielle.
Et bien sûr, nous accordons une attention particulière au renforcement des liens au sein du BRICS. Le commerce mutuel entre nos pays a déjà dépassé le trillion de dollars et continuera de croître.
Tout cela constitue en fait les éléments d'une plateforme mondiale de croissance, qui repose sur les principes clés du BRICS, à savoir le consensus, la parité, la prise en compte des intérêts de chacun et, surtout, l'ouverture à tous ceux qui souhaitent se joindre à ce travail.
En effet, plus le cercle des États impliqués dans la formation et le développement d'une telle plateforme sera large, plus celle-ci sera solide et efficace, alors plus elle apportera d'avantages à tous ceux qui comprennent leur responsabilité envers les générations futures de leurs pays.
La Russie invite ses partenaires à contribuer à la formation d'un nouveau modèle mondial de croissance, afin d'assurer ensemble la prospérité de nos pays et le développement stable du monde entier pour de nombreuses années à venir.
C'est précisément dans ce but que nous avons organisé cette année à Moscou un Dialogue ouvert intitulé «L'avenir du monde : une nouvelle plateforme de croissance mondiale», auquel ont participé des représentants de plus d'une centaine d'États. Nous avons l'intention non seulement de rendre ce format régulier, mais aussi de construire autour de lui tout un écosystème pour discuter, élaborer et mettre en œuvre des idées novatrices.
Les défis mondiaux auxquels le monde contemporain est confronté exigent sans aucun doute une réponse mondiale. Il est tout simplement impossible de résoudre les problèmes dans le cadre d'un seul pays, et encore moins aux dépens des autres - c'est une illusion. Seules des actions conjointes dans le cadre d'une organisation telle que les BRICS, de certains autres formats peuvent garantir le progrès de l'ensemble de la civilisation.
Je vous remercie de votre attention. Merci beaucoup.
N. Koteich : Monsieur le Président, merci beaucoup pour votre intervention.
Elle a donné le ton à une discussion très intéressante qui aura lieu un peu plus tard.
*
[Interventions d'autres participants de la séance.]
N. Koteich : Merci beaucoup pour ces discours très riches et intéressants. Cela complique ma tâche.
Je voudrais commencer par une question au Président Poutine. Le thème principal du forum de cette année est lié aux valeurs communes dans le monde multipolaire. C'est un objectif très ambitieux. Pourriez-vous nous dire ce que la Russie apporte de son côté pour résoudre cette tâche ?
V. Poutine : J'ai essayé de le faire comprendre dans mon discours. Il me semble que tout ce que fait la Russie vise à unir les efforts de tous nos partenaires, de tous nos amis, de tous ceux qui veulent travailler avec la Russie, pour résoudre ces tâches civilisationnelles mondiales.
Et avant tout, nous aspirons à ce que le développement du monde soit équilibré, à ce que ce développement réponde aux intérêts du plus grand nombre possible de pays et à ce qu'un ordre mondial multipolaire se mette en place, un ordre mondial multipolaire dans lequel les acteurs de la communauté internationale s'entendraient entre eux, élaboreraient des instruments permettant de trouver des solutions même dans des conditions très difficiles, mais qui profiteraient à tous et non à des groupes, des associations ou des blocs militaires ou économiques particuliers.
À mon avis, notre réunion d'aujourd'hui, notre événement d'aujourd'hui, qui, comme vous le savez, est également organisé par la Russie, est consacré précisément à cet objectif.
N. Koteich : Parfois, Monsieur le Président, ces efforts pour créer un monde multipolaire ressemblent plus à des tentatives de résistance à l'ordre mondial actuel qu'à des efforts coordonnés pour construire le monde multipolaire dont on parle.
Est-ce vraiment votre objectif ou vous opposez-vous simplement à un ordre mondial défavorable ?
V. Poutine : À mon avis, et j'en ai déjà parlé à plusieurs reprises et à différents moments, les changements se produisent indépendamment du fait que nous y contribuions ou non. Il s'agit de tendances objectives du développement mondial.
Lors de mon intervention, j'ai également déclaré, et je le répète d'ailleurs régulièrement, notamment lors du forum de Saint-Pétersbourg l'année dernière, que les changements dans le monde sont de nature fondamentale et liés à l'émergence de nouveaux leaders économiques.
Regardez comment, au cours des dernières années, la part des pays du G7 dans l'économie mondiale a diminué. Elle diminue d'année en année. Et regardez comment augmente la part des pays qui se sont regroupés au sein des BRICS.
Il s'agit d'un processus objectif, qui n'est même pas lié à des affrontements, à des conflits armés ou violents dans le monde, et qui se poursuit depuis des décennies. Et quand on nous dit : «Vous, la Russie, vous avez pris le virage du développement des relations avec le Sud global, avec l'Asie», non, nous avons pris ces décisions il y a longtemps, en tenant compte des tendances du développement mondial. Elles sont de nature objective.
Notre collègue de la République d'Afrique du Sud vient de dire qu'il y aura 2,5 milliards de personnes en Afrique. C'est, vous comprenez, un «fait médical», c'est ainsi que cela se passera, on ne peut pas l'arrêter. Et vers quoi tous ces pays, ces peuples, ces continents tendront-ils ? Vers l'amélioration du niveau de vie de leurs populations. Ils vont très certainement renforcer leur potentiel économique et humanitaire. Ce sont des choses inévitables qui se produisent dans notre civilisation.
Notre tâche consiste à donner à ce processus inévitable un caractère civilisé et à entreprendre tous ensemble des efforts qui non seulement accéléreraient ces processus, mais les rendraient aussi plus équilibrés. Pour que les décisions soient opportunes, les plus efficaces et profitables à tous les participants à ce processus, y compris, d'ailleurs, aux pays qui, d'une manière ou d'une autre, perdent inévitablement un peu de leur position dans l'économie mondiale.
Avec eux, nous voulons aussi, nous sommes prêts à tout négocier avec eux s'ils le souhaitent. Mais s'ils veulent à tout prix conserver leur position monopolistique, s'ils veulent conserver leurs instruments d'influence coloniale dans le monde, alors ils devront, en utilisant ces instruments, se contenter exclusivement de la position dans laquelle ils glissent progressivement.
C'est là tout le sens de ce que nous faisons, tant au niveau national, compte tenu de notre politique intérieure et extérieure, qu'avec nos amis et partenaires.
N. Koteich : Et maintenant, si vous le permettez, j'aimerais passer d'une discussion générale sur les valeurs à une discussion sur des zones de conflit spécifiques dans le monde.
Président Poutine, vous avez dit plus tôt que nous entendons des déclarations qui tentent de normaliser le fait qu'un pays puisse tuer le président d'un autre pays. C'est en fait la conclusion que l'on peut tirer des déclarations que nous avons entendues ces dernières semaines.
Oui, bien sûr, on peut dire que le chef spirituel de l'Iran n'est pas, à proprement parler, le chef de l'État, mais Ali Khamenei dispose néanmoins des pouvoirs nécessaires pour bénéficier des principes de protection internationale.
Cependant, quelle que soit votre position sur l'Iran, lorsque nous essayons de normaliser le fait qu'un président d'un pays appelle à l'assassinat du président d'un autre pays, pouvons-nous dire que de nouvelles règles apparaissent ? Il est évident que ces règles, si l'on peut les appeler ainsi, sont contraires aux valeurs dont nous avons parlé ici, n'est-ce pas ?
V. Poutine : Vous savez, les collègues ont pris la parole ici, j'essaie de noter certaines choses pour moi-même, afin de me souvenir de certaines choses plus tard. J'ai notamment noté ce que vous venez de dire, cher collègue. Vous avez dit ceci.
Lors de la discussion avec mon collègue de la République populaire de Chine, vous avez dit, et je l'ai noté : «La Fédération russienne et la Chine sont en train de façonner un nouvel ordre mondial». La Russie et la Chine ne façonnent pas un nouvel ordre mondial, nous ne faisons que le formaliser.
Le nouvel ordre mondial émerge de façon naturelle. C'est comme le lever du soleil. On ne peut y échapper. Nous le formalisons et, peut-être, dégageons la voie à ce processus afin qu'il soit plus équilibré et réponde aux intérêts de la grande majorité des pays.
Nous espérons vivement que tous les pays en prendront conscience et finiront par comprendre, comme je l'ai déjà dit, que cette méthode - la méthode pour trouver une solution - est préférable à la méthode de la pression et à ce qui est en réalité un ordre mondial néocolonial dans son essence, dans lequel l'humanité a vécu pendant de nombreux siècles, voire des millénaires.
N. Koteich : Si vous me le permettez, Monsieur le Président, j'aimerais revenir à ma première question concernant la normalisation d'une telle rhétorique, lorsqu'un président d'un pays autorise l'assassinat du président d'un autre pays, dans le cas du conflit entre l'Iran et Israël.
Il semble que ceux qui tentent de définir de nouvelles valeurs de cette manière ne soient certainement pas le Sud global, ni bien sûr la Chine ou la Russie, mais Israël. Cela vous convient-il ?
V. Poutine : J'aimerais beaucoup que les choses dont vous parlez restent au niveau de la rhétorique. Mais je vous demanderais tout de même de préciser votre question. Que voulez-vous dire à propos d'Israël ?
N. Koteich : J'essaie de dire que les nouvelles valeurs semblent être les suivantes.
Premièrement, un pays dicte à un autre pays les règles concernant qui a le droit de s'enrichir en uranium et qui n'en a pas le droit. Un pays se permet de dire qu'il a le droit de tuer le président d'un autre pays. Ces valeurs peuvent-elles être justifiées ou défendues d'une manière ou d'une autre ?
V. Poutine : Je ne vois rien de nouveau ici, tout d'abord, il n'y a rien de nouveau. Premièrement.
Deuxièmement, je tiens à souligner que la Fédération russienne a toujours défendu la sécurité de chaque pays sans nuire à la sécurité d'un autre. C'est notre approche fondamentale.
Cette réponse peut sembler générale, mais je vous assure qu'il s'agit de la politique pratique de la Fédération russienne.
N. Koteich : Si vous me le permettez, je vais vous poser une question très directe sur la situation actuelle.
Donald Trump tente d'obtenir ce qu'il appelle la capitulation inconditionnelle de l'Iran en ce qui concerne son programme nucléaire. En tant que Président de la Russie, recherchez-vous la capitulation sans condition de Vladimir Zelensky ? Après tout, c'est la même situation.
V. Poutine : Premièrement, cette situation n'est pas la même, elle est fondamentalement différente. Deuxièmement, nous ne recherchons pas la capitulation de l'Ukraine. Nous insistons sur la reconnaissance des réalités qui se sont formées sur le terrain.
N. Koteich : Monsieur le Président Poutine, si vous me le permettez, j'aimerais vous poser une question plus pratique concernant la crise actuelle au Moyen-Orient. Nous parlerons de l'Ukraine un peu plus tard. Mais pour l'instant, j'aimerais vous poser une question sur la crise au Moyen-Orient. Elle concerne la géopolitique, les marchés énergétiques et a des conséquences qui dépassent largement les limites de la région et des parties directement impliquées.
Peut-on dire qu'il s'agit d'un test, d'une épreuve pour voir comment le Sud global peut aider à faire face à cette situation ? Peut-être les pays du Sud global sont-ils capables de s'unir, de se donner la main et de proposer une certaine vision pour résoudre le conflit, de proposer une solution qui puisse être acceptable pour les deux parties ? Peut-être cela permettra-t-il d'éviter l'effusion de sang ? Peut-être s'agit-il d'une épreuve que nous devons accepter afin d'essayer de créer le poids politique nécessaire ?
V. Poutine : Oui, je pense que c'est tout à fait possible. Et la pratique, la vie réelle, est telle que de nombreux pays de la région ont des relations complexes à certains égards, mais stables à d'autres, avec les deux parties, Israël et l'Iran. Cela donne des raisons de penser et d'espérer que le Sud global dans son ensemble, et les pays de la région en particulier, peuvent influencer ce processus afin que la phase aiguë du conflit prenne fin.
Lorsque j'ai dit que la position de principe de la Russie était que la sécurité de certains pays ne devait pas être assurée au détriment de la sécurité d'autres pays, ici (je n'entrerai pas dans les détails, nous comprenons tous de quoi il s'agit) - l'enrichissement, d'une part, de l'uranium par l'Iran, son droit à cela, son droit à l'énergie nucléaire pacifique, à l'énergie atomique, et d'autre part, ce sur quoi insiste Israël, à savoir la garantie de sa sécurité, il est certainement possible de trouver une solution acceptable, à mon avis, tant pour l'une que pour l'autre partie. Les pays du Sud global, et a fortiori les pays de la région, peuvent sans aucun doute influencer positivement ce processus, la recherche de cette solution. À mon avis, une telle solution existe.
N. Koteich : Je voudrais dire qu'aujourd'hui même, le représentant de la Russie à l'ONU a déclaré que la seule façon d'avancer était de trouver une solution politique au conflit actuel entre l'Iran et Israël.
Y a-t-il des points de départ sur lesquels nous pouvons nous appuyer pour trouver une solution ? Ou est-il encore trop tôt pour en parler ?
V. Poutine : Dans de tels cas, il vaut toujours mieux ne pas aller trop vite afin de ne pas nuire au processus, mais, à mon avis, il existe des points de convergence possibles.
Nous exposons notre position aux deux parties. Comme vous le savez, nous sommes en contact avec Israël et avec nos amis iraniens. Nous avons quelques propositions impliquant notre participation.
Je tiens à souligner que nous ne cherchons en aucun cas à jouer un rôle de médiateur. Nous proposons simplement des idées. Et si celles-ci semblent intéressantes pour les deux pays, nous en serons ravis.
Mais, je le répète, nous sommes en contact avec Israël. Comme vous le savez, j'ai récemment discuté avec le Premier ministre M. Netanyahu, le Président iranien et le Président des États-Unis, qui sont bien sûr directement impliqués dans tous ces processus. Je leur ai présenté ma vision, une possible avancée vers la résolution de la situation. Nous verrons bien.
Nos propositions sont également en cours de discussion. Nous sommes en contact quasi quotidien avec nos amis iraniens, donc nous verrons bien. J'aimerais beaucoup que nos idées soient également mises en œuvre.
N. Koteich : Merci beaucoup, Cheikh Nasser.
Je voudrais m'adresser à nouveau au Président Poutine. Parlons de l'Ukraine. Comment la guerre en Ukraine s'inscrit-elle dans les valeurs que nous essayons actuellement de mettre en avant dans le cadre de notre forum et que nous essayons de défendre et de souligner ?
V. Poutine : C'est très simple. Et cela est directement lié à ce dont nous avons parlé, à ce dont j'ai parlé. J'ai dit que la sécurité d'un pays ne pouvait être assurée au détriment de la sécurité d'un autre.
Depuis le début des années 90 et pendant des décennies, on nous a dit qu'en aucun cas, jamais, quelles que soient les circonstances, l'OTAN ne s'étendrait vers l'est. Après cela, nous avons eu cinq vagues d'élargissement, voire six. Malgré tous nos appels à ne pas le faire, tous nos appels ont été ignorés. C'est premièrement.
Il s'agit sans aucun doute des vestiges d'une politique coloniale ancienne, pour ne pas dire archaïque, modernisée dans une certaine mesure pour s'adapter aux réalités contemporaines, mais néanmoins. Ce sont des actions menées depuis une position de force, qui négligent les intérêts de la Fédération russienne. C'est global, dans l'ensemble.
En ce qui concerne l'Ukraine, il s'agit également d'actions menées depuis une position de force - tout ce qui s'est passé là-bas. Qu'est-ce que je veux dire ? Il s'agit d'un coup d'État sanglant et anticonstitutionnel en Ukraine. Qu'est-ce que c'est ? C'est aussi une action de force. Et l'ancienne administration américaine a déclaré ouvertement qu'elle avait dépensé des milliards de dollars pour ce coup d'État. Elle l'a dit publiquement, sans aucune gêne.
Et nos actions visaient à protéger une partie de la population qui se considérait comme liée par le sang et par l'esprit à la Russie, à la culture russienne et à son peuple, à savoir les habitants de la Crimée. Puis, nous avons tenté de régler la situation dans le sud-est de l'Ukraine, à Donetsk et à Lougansk. Nous avons fait ces tentatives.
Cependant, agissant à nouveau par la force, nos adversaires idéologiques, dans ce cas précis, ont tenté de résoudre cette question par les armes, en lançant des opérations militaires à Donetsk, Lougansk, dans le Donbass. Ce n'est pas nous qui avons déclenché les hostilités. Et après que le coup d'État a été mené à bien, une partie de la population de l'Ukraine au sud-est du pays n'a pas reconnu les résultats de ce coup d'État et n'a pas reconnu le pouvoir des conspirateurs et des personnes qui ont commis ce coup d'État, alors on a déclenché des hostilités contre eux.
Nous avons essayé de trouver un accord pacifique, de «recoller les morceaux», mais nos «partenaires» - appelons-les ainsi, entre guillemets désormais - ont, comme on l'a découvert plus tard, engagé toutes ces négociations de paix dans un seul but : armer l'Ukraine et poursuivre ces combats.
Finalement, cela nous a contraints à reconnaître l'indépendance de ces républiques, de Lougansk et de Donetsk. Durant huit ans, nous ne les reconnaissions pas, durant huit ans, nous essayions de trouver un accord. Mais on nous a contraint de reconnaître leur indépendance, puis de commencer à leur apporter notre soutien, y compris un soutien armé, afin de mettre fin à la guerre déclenchée par nos adversaires occidentaux et ceux sur lesquels ils s'appuyaient et s'appuient encore aujourd'hui en Ukraine, à savoir les nationalistes extrémistes et les néonazis.
Par conséquent, tout ce qui est lié à ce qui se passe, à la tragédie qui se déroule en Ukraine, n'est pas le résultat de notre travail. C'est le résultat du travail de ceux qui ne veulent pas accepter les changements globaux qui se produisent dans le monde.
N. Koteich : Monsieur le Président, je ne peux pas remettre en question ce que vous venez de dire. Considérons que c'est une position de base qui reflète la réalité.
Mais votre armée va plus loin : elle dépasse les limites des quatre régions que Moscou considère comme siennes. Quel résultat final envisagez-vous ? Jusqu'où votre armée peut-elle aller ?
V. Poutine : Vous avez parlé des régions d'Ukraine que nous considérons comme nôtres. J'ai déjà dit à plusieurs reprises que je considérais le peuple russe et ukrainien comme un seul et même peuple en fait. En ce sens, l'Ukraine toute entière est nôtre.
Mais nous partons des réalités qui sont en train de se former. Il y a bien sûr des gens, et ils sont nombreux dans le pays voisin, qui aspirent à assurer leur souveraineté, leur indépendance. Eh bien, que Dieu leur donne la santé. Nous n'avons d'ailleurs jamais remis en cause leur droit, le droit du peuple ukrainien à l'indépendance et à la souveraineté.
Cependant, les fondements sur lesquels l'Ukraine est devenue indépendante et souveraine ont été énoncés dans la Déclaration d'indépendance de l'Ukraine de 1991, où il est clairement écrit noir sur blanc que l'Ukraine est un État non aligné, non nucléaire et neutre. Il serait bon de revenir à ces valeurs fondamentales sur lesquelles l'Ukraine a obtenu son indépendance et sa souveraineté. C'est la première chose.
Deuxièmement. Dès le début, lorsque le conflit a pris un caractère aigu et «brûlant», nous avons proposé aux dirigeants ukrainiens de l'époque de mettre immédiatement fin à tout conflit et de retirer leurs troupes des territoires dont les habitants ne veulent pas vivre au sein de l'Ukraine, où se produisent des coups d'État anticonstitutionnels et antinationaux, mais souhaitent vivre soit de manière indépendante, soit au sein de l'État russien. Ils ont refusé.
Continuons. Ce ne sont pas des décisions politiques, mais la logique des opérations militaires, car les militaires regardent où il vaut mieux aller, où se trouvent les ravins, les montagnes, les rivières, où il vaut mieux envoyer les troupes afin d'atteindre le résultat final avec le moins de pertes possible. Il y a une certaine logique dans les opérations militaires, et les troupes se retrouvent sur différents territoires. Vous savez, nous avons une vieille règle - ce n'est pas un dicton, ni une parabole - mais une vieille règle : là où le pied du soldat russe foule le sol, c'est à nous.
Vous comprenez, je ne veux pas que cela semble militariste. Mais en réalité, à chaque étape des événements, nous avons proposé... Je tiens à le souligner pour que vous compreniez bien : ce que je vais dire est absolument vrai. À chaque étape, nous avons proposé à ceux avec qui nous étions en contact en Ukraine de s'arrêter, nous disions : mieux vaut nous mettre d'accord maintenant, car cette logique de développement purement militaire pourrait aggraver votre situation, et nous devrons alors mener nos négociations depuis d'autres positions, pires pour vous. Cela se produisait à plusieurs reprises. Je n'entrerai pas dans les détails pour l'instant.
Les témoins de cela et de nos propositions de s'arrêter sont des hommes politiques en exercice d'autres pays qui, Dieu merci, sont vivants et en bonne santé. Mais quand nous proposions quelque chose, ils quittaient Moscou pour Kiev, puis nous disaient : on nous traite des agents du Kremlin, alors c'est fini, nous nous lavons les mains, nous ne nous impliquerons plus dans cela.
Autrement dit, à chaque fois, nous entendions : non, non, non. Et nous disions : allez, allez, ça va empirer. Non. Pourquoi ? Parce que ceux qui sont guidés par les anciens principes coloniaux, notamment et avant tout en Europe, pensaient qu'ils pourraient maintenant facilement profiter au détriment de la Russie. Encore un tout petit peu, et ils vont l'écraser, la détruire, l'anéantir et en tirer des dividendes.
C'est précisément pour cette raison, j'en suis sûr, que l'ancien Premier ministre M. Johnson et, je n'en doute pas non plus, à l'instigation de l'ancienne administration américaine, à l'instigation de M. Biden, s'est rendu en Ukraine et a proposé de ne pas conclure d'accord avec la Russie. Et l'accord était déjà sur la table : au cours des négociations d'Istanbul, comme je l'ai déjà dit, nous étions parvenus à un consensus sur presque toutes les questions, il ne restait plus qu'à mettre un point final. J'étais alors prêt à rencontrer le chef actuel du régime et à mettre un point final.
Non, il fallait que M. Johnson vienne - j'en suis absolument certain, avec le soutien de l'administration Biden alors en place - et dissuade l'Ukraine de signer les accords conclus, et tente d'infliger une défaite stratégique à la Russie sur le champ de bataille. Ils ont réussi à faire en sorte que de nouveaux territoires se retrouvent sous notre contrôle. L'armée russienne avance tous les jours dans toutes les directions, sur toute la ligne de contact.
Regardez ce qu'ils ont fait. Ils se sont coulés chez nous, dans l'oblast Kourien. Tout d'abord, ils y ont perdu 76 000 hommes. C'est une catastrophe pour eux, vous comprenez ? 76 000 ! Finalement, comme nous l'avions dit, nous les avons chassés de là, mais ils ont créé une menace pour nous, ils ont commencé à créer, sur toute la ligne de la frontière nationale avec l'Ukraine, dans deux autres oblasts voisins.
À quoi cela a-t-il conduit ? Ils manquent déjà de personnel, et nous sommes maintenant obligés de créer une zone de sécurité le long des frontières sur de très nombreux tronçons, et ils y détournent leurs forces armées, qui font déjà défaut sur les fronts importants de la lutte armée.
Je l'ai déjà dit : leurs détachements de combat ne comptent que 47 % du personnel. 47 % seulement ! Elles perdent en fait leur capacité de combat. Et ils ont créé ainsi de leurs propres mains une ligne de contact supplémentaire de presque deux mille kilomètres. Nous avions déjà deux mille kilomètres de ligne de contact, et comme le long de la frontière, ils ont commencé à nous menacer - alors plus d'un millier de kilomètres a été ajouté, je pense, 1 600 kilomètres.
Ils ont dispersé toutes leurs forces armées. Il est difficile d'imaginer plus grande stupidité du point de vue militaire. Ils se créent eux-mêmes des problèmes, vous comprenez ? Mais nous sommes obligés de réagir d'une manière ou d'une autre.
Vous avez dit : il y a d'autres territoires là-bas. Oui, il y en a. Mais le long de la frontière nationale, ils se sont introduits dans l'oblast Kourien, où ils ont perpetré toute une série de crimes, en surplus contre la population civile.
Nous les avons chassés de là-bas avec leurs pertes importantes, énormes pour eux, et maintenant nous sommes obligés de créer des zones de sécurité le long de la frontière, car ils attaquent constamment depuis là-bas, au moyen d'artillerie et de drones. Comment cela se peut-il ?
N. Koteich : Pouvez-vous nous dire quelle est la longueur de cette zone de sécurité ?
V. Poutine : Dans la région de Soumy, elle s'étend sur environ 10 à 12 kilomètres. Entre 8, 10 et 12 kilomètres. Plus loin se trouve la ville de Soumy, le centre d'oblast. Nous n'avons pas pour objectif de prendre Soumy, mais en principe je ne l'exclus pas.
Mais pourquoi faisons-nous cela ? Parce qu'ils constituent une menace pour nous, ils bombardent constamment les territoires frontaliers. Voilà, vous voyez : c'est le résultat de leurs actions totalement irresponsables, qui ne sont absolument pas justifiées.
Le sens et le but étaient uniques, d'ordre politique : montrer qu'ils pouvaient encore obtenir quelque chose de leurs sponsors étrangers. Et ils ont déjà reçu près de 250 milliards de dollars. Non, cela ne leur suffit pas. Ils en veulent encore, encore et encore, et en surplus ils en volent la moitié, voire plus.
C'est pourquoi nous nous retrouvons aujourd'hui sur ces territoires. C'est la logique qui explique comment le conflit s'est développé et de quoi il est composé.
N. Koteich : Merci, Monsieur le Président. Je reviendrai un peu plus tard sur certains aspects, avant tout sur les aspects nucléaires de ce qui se passe actuellement dans le monde. Mais j'aimerais maintenant inviter d'autres participants à prendre part au dialogue.
L'Indonésie, Bahreïn et l'Afrique du Sud sont trois pays qui développent et approfondissent activement leurs relations avec la Fédération russienne. D'après ce que j'ai compris, le conflit actuel pourrait malheureusement, j'espère me tromper, se prolonger encore assez longtemps.
Pourriez-vous nous dire comment vous comptez lutter contre les conséquences de ce conflit, par exemple contre les sanctions secondaires, la perte de réputation politique dans le monde, la pression exercée sur vos alliés ? C'est une situation très difficile dans laquelle personne ne voudrait se trouver, mais c'est la réalité.
N. Koteich : Président Poutine, êtes-vous satisfait des réponses de vos collègues ? Vous semblez clairement satisfait. Pouvez-vous commenter la situation ?
V. Poutine : Vous savez, tout d'abord, je ne doutais pas que ce serait le cas. Et ce n'est pas parce que quelqu'un veut nuire à quelqu'un d'autre ou que quelqu'un veut dire quelque chose de gentil à quelqu'un d'autre. Ce n'est absolument pas de cela qu'il s'agit.
Nous revenons au début de notre discussion, lorsque j'ai dit que les changements dans le monde se produisent de façon naturelle, comme le lever du soleil, vous comprenez. Tout est lié à cela.
Qu'avez-vous dit ? «La Russie et la Chine façonnent un nouveau monde» - nous ne détruisons rien, vous comprenez ? C'est ça le problème. Nous ne créons de difficultés à personne. Le vice-Premier ministre du Conseil d'État [de la Chine] a déclaré : «Notre amitié, nos relations ne sont dirigées contre personne». C'est vrai, c'est ainsi. Nous ne faisons que formaliser ce qui se passe de façon naturelle dans le monde. Cela se produira de toute façon.
Céder à la pression de ceux qui veulent conserver les anciennes règles, c'est rester à la traîne. Surmonter toutes les difficultés, y compris les guerres tarifaires, les sanctions, etc., c'est aller de l'avant. Nous nous lions d'amitié, de coopération avec ceux qui veulent aller de l'avant, qui relèvent ce défi et qui sont prêts à le faire.
N. Koteich : Dans votre réponse précédente à la question sur l'Ukraine, vous avez mentionné l'aspect nucléaire de ce conflit, mais de manière très vague. Pour être honnête, j'ai lu certains rapports, dont la plupart ont été publiés et relayés par les médias russiens.
Il existe une hypothèse selon laquelle l'Ukraine pourrait potentiellement utiliser une bombe contre la Russie et, en théorie, larguer une bombe sale sur le territoire russien. Pensez-vous que cela soit vraiment probable et possible ?
V. Poutine : Tout d'abord, ce serait une erreur colossale de la part de ceux que nous appelons les néonazis sur le territoire de l'Ukraine actuelle. Ce serait peut-être leur dernière erreur. Car notre doctrine nucléaire, notre bon sens et nos actions pratiques indiquent toujours que nous répondons de manière symétrique à toutes les menaces qui pèsent sur nous. Nous répondons toujours, et toujours de manière symétrique.
C'est pourquoi notre réponse sera très dure et, très probablement, catastrophique pour le régime néonazi, mais aussi, malheureusement, pour l'Ukraine elle-même. J'espère qu'ils n'en arriveront jamais là.
N. Koteich : D'après le ton de votre réponse, je peux conclure que vous prenez ces rapports au sérieux. Existe-t-il des preuves, peut-être des preuves recueillies par les services de renseignement, qui confirment cette version ?
V. Poutine : Non, Dieu merci, nous n'avons aucune confirmation de telles intentions. Mais nous partons du principe que quelqu'un, dans son imagination malsaine, peut avoir de telles idées. Je pense avoir donné une réponse exhaustive sur notre réaction éventuelle.
N. Koteich : Oui, bien sûr.
Nous avons récemment parlé d'amitié. Alors, chers amis de la Russie présents dans cette discussion, je voudrais m'adresser à vous. Je commencerai par l'Afrique du Sud, puis le Royaume de Bahreïn, et enfin l'Indonésie. Si mes collègues chinois souhaitent réagir, le micro est à votre disposition.
Voici ma question. Êtes-vous surpris qu'un autre ami de la Russie, l'Iran, ait été attaqué et que la Russie n'ait pris aucune mesure concrète pour soutenir cet ami ? C'est du moins ce que nous pouvons entendre dans les médias.
Quelle est la position de la Russie par rapport à ce conflit ? Et vous, en tant qu'amis de la Russie, êtes-vous surpris ?
N. Koteich : Monsieur le Président Poutine, vous prenez des notes. Si vous me le permettez, je vais vous poser une seule question et vous donner la parole.
V. Poutine : Nous prenons tout en note, sachez-le. Chaque étape est consignée, chaque étape.
N. Koteich : Ai-je des problèmes maintenant ? (Rires.)
V. Poutine : Vous vous en sortirez. Et nous vous aiderons même. (Rires.)
N. Koteich : Très bien.
Les médias occidentaux écrivent souvent ce qui suit, et j'aimerais vous donner l'occasion de commenter ce discours : ils écrivent que la guerre déclenchée contre l'Iran est une bonne chose pour la Russie. C'est une bonne chose parce que l'attention se porte sur un autre conflit, les pays occidentaux ont un autre problème à régler. Et, troisièmement, l'Ukraine se retrouve finalement en marge de ce qui se passe : toute l'attention est désormais concentrée sur l'Iran et Israël, et non sur l'Ukraine.
Que répondrez-vous à cela ? Et que répondrez-vous à ceux qui disent ou écrivent que la Russie est un allié peu fiable parce qu'elle n'a pas pris la défense de l'Iran ?
V. Poutine : Ceux qui propagent de tels discours sur le manque de fiabilité de la Russie en tant qu'allié sont des provocateurs, ils provoquent la situation. Mais cela ne les aidera pas, ils n'atteindront pas leurs objectifs.
Car, premièrement, chaque conflit n'est similaire aux autres conflits qu'en apparence. Mais, comme l'a très justement dit récemment le ministre de la Défense et théoricien des conflits armés, de l'opposition armée, mon estimé collègue indonésien, aujourd'hui Président de ce pays, dont nous avons d'ailleurs publié le livre en russe sur l'art militaire : «Chaque pays est responsable de ce qui se passe sur son territoire».
Maintenant, en ce qui concerne la fiabilité et la non-fiabilité de la Russie en tant qu'allié. Il a déjà été dit ici que nous devons faire preuve d'une certaine solidarité, et c'est vrai. Mais dans chaque cas, tous les conflits sont tout de même assez uniques.
Je tiens à attirer votre attention sur le fait qu'Israël compte près de deux millions de personnes originaires de l'ancienne Union soviétique et de la Fédération russienne, ce qui en fait aujourd'hui un pays presque russophone. Nous tenons bien sûr toujours compte de ce facteur dans l'histoire russienne récente. C'est la première chose.
Deuxièmement, nous entretenons traditionnellement des relations très bonnes, de confiance, amicales et alliées avec le monde arabe et islamique. Étant donné que nous avons environ 15 % de population islamique, nous sommes observateurs au sein de l'Organisation de coopération islamique. Vous comprenez, c'est aussi un facteur. Nous devons garder à l'esprit cette circonstance et l'autre.
Nous avons établi certaines relations amicales avec l'Iran. Premièrement, à cet égard, nous respectons toujours tous nos engagements - il en va de même pour les relations russieno-iraniennes. Nous soutenons l'Iran dans la lutte pour ses intérêts légitimes, y compris dans la lutte pour ses intérêts en matière d'énergie nucléaire pacifique. Nous avons toujours adopté cette position, notre position de principe dans ce cas et dans ce conflit n'a pas changé.
Qui dit que nous aurions dû faire plus : quoi, plus ? Lancer des opérations militaires, c'est ça ? Nous menons déjà des opérations militaires contre ceux que nous considérons comme des adversaires des idées que nous défendons et ceux qui constituent une menace pour la Fédération russienne. Et il s'agit en fait, en principe, des mêmes forces, tant en Iran qu'en Russie, quelque part loin derrière, à l'arrière, dans notre dos. Mais ce ne sont même pas ceux qui se trouvent en première ligne.
Nous avons toutefois certaines obligations et nous défendons le droit de l'Iran à l'énergie nucléaire pacifique, non pas en paroles, mais en actes. Qu'est-ce que cela signifie ? Malgré toute la complexité de la situation autour de l'Iran, nous avons construit un réacteur nucléaire en Iran, à Bushehr. Nous avons conclu un contrat pour la construction de deux autres réacteurs nucléaires. Et malgré toute la complexité de la situation, malgré le danger certain, nous poursuivons ce travail. Nous n'évacuons pas notre personnel de là-bas.
De plus, dans ce cas précis, en nous appuyant sur le niveau connu de nos relations avec Israël et sur la restauration de nos relations avec les États-Unis, nous avons posé cette question à Israël et au Président Trump : nous remplissons nos fonctions en Iran sur la base de notre conception du droit de l'Iran à l'énergie nucléaire pacifique et sur la base du fait que nous agissons en totale conformité avec les normes internationales, et nous demandons que la sécurité de notre personnel soit assurée.
Je tiens à dire que le Premier ministre Netanyahu a accepté cela et que le Président Trump a promis de soutenir notre demande légitime. N'est-ce pas là un soutien à l'Iran ? À mon avis, c'est un soutien direct. En outre, nous avons pris une position claire à l'Organisation des Nations unies.
Je suis profondément convaincu que la position que nous adoptons, y compris dans le cadre de l'ONU, correspond à la fois aux intérêts de l'Iran et à ceux de l'État d'Israël.
N. Koteich : Il est probablement temps de conclure sur la géopolitique. Une dernière question, puis nous passerons à l'économie et à d'autres questions relatives à l'intelligence artificielle.
Cette année, le forum coïncide avec la célébration du 80e anniversaire de la Grande Victoire dans la Seconde Guerre mondiale. Êtes-vous inquiet que nous glissions vers une troisième guerre mondiale ?
V. Poutine : Oui, cela m'inquiète. Je le dis sans ironie, sans plaisanterie.
Bien sûr, le potentiel de conflit est très important, il ne cesse de croître. Et cela se passe sous nos yeux, cela nous concerne directement, le conflit que nous vivons en Ukraine, dans cette région, ce qui se passe au Proche-Orient. Et bien sûr, nous sommes très préoccupés par ce qui se passe autour des installations nucléaires iraniennes, nous sommes préoccupés par ce à quoi cela peut mener.
Cela exige sans aucun doute non seulement que nous soyons attentifs aux événements qui se déroulent, mais aussi que nous cherchions des solutions, de préférence par des moyens pacifiques dans tous les domaines.
Je le dis en toute sincérité. C'est notamment pour cela que nous sommes réunis ici.
N. Koteich : Monsieur le Président Poutine, j'ai écouté votre discours avec beaucoup d'attention. Vous avez parlé d'investissements. Mais votre message n'était pas tout à fait clair.
Quelle est votre position sur les investissements étrangers directs ? Quelle est la position de la Russie à ce sujet ? Êtes-vous toujours intéressé par l'attraction d'investissements directs étrangers ? Est-ce un fardeau ou une opportunité pour vous ? Quelle est la position de la Russie sur cette question ?
V. Poutine : Nous considérons que les investissements privés sont ce dont nous avons besoin et sans lesquels l'économie russienne ne pourra guère se développer efficacement. Cela vaut également pour les investissements étrangers.
Nous n'avons pas évacué de Russie nos investisseurs qui y travaillaient depuis longtemps, nous n'avons expulsé personne. Beaucoup d'investisseurs sont partis d'eux-mêmes, avec des pertes importantes. Mais notre politique n'a pas changé à cet égard.
Oui, en principe, le potentiel d'investissement de nos opérateurs économiques est assez important, mais nous accueillons bien sûr favorablement tout investissement étranger.
Nos investissements en capital fixe s'élèvent actuellement, au premier trimestre de cette année, à 8,7 %. Je sais que lors du forum, des discussions ont eu lieu sur le fait que nous avons des problèmes connus, des tensions liées au taux directeur élevé, et que les investissements ne se maintiendront pas jusqu'à la fin de l'année. Néanmoins, la Banque centrale part du principe que le crédit au secteur réel se maintiendra à un niveau d'environ 10 à 11 % sur l'ensemble de l'année. Nous verrons comment cela se passera. J'aimerais beaucoup que ce soit le cas.
Mais nous accueillons bien sûr favorablement les investissements étrangers. Et nous ne nous contentons pas de les accueillir favorablement, nous allons également créer par tous les moyens possibles les conditions pour que nos partenaires se sentent à l'aise ici.
Nous avons ici notre ami de Bahreïn. Dans le cadre du Fonds russien d'investissement direct, ils ont déjà conclu des accords pour mettre en place un travail concret. Les premiers pas ont été faits. Ils ne sont peut-être pas très importants, environ 15 milliards de roubles. Avec les Émirats arabes unis, nous travaillons très activement dans le domaine des fonds souverains. Avec l'Arabie saoudite, avec d'autres pays. Et nos partenaires, nos amis, ont pris cette décision non pas hier, ni aujourd'hui, mais il y a déjà plusieurs années : ils font confiance à leurs partenaires russiens et, je tiens à le souligner, co-investissent automatiquement dans les projets dans lesquels le Fonds russien d'investissement direct investit, à hauteur de 10 %. Immédiatement, sans même demander ce qui se passera ensuite. C'est un signe de grande confiance, auquel nous accordons une grande importance. Et puis ils investissent de plus en plus. Parlez-en à M. [Kirill] Dmitriev, il vous donnera les chiffres définitifs. Il s'agit de plusieurs milliards de dollars.
Il est possible d'utiliser cela par le biais d'autres sources, d'autres instruments. Nous n'avons pratiquement aucune restriction quant aux domaines d'application des efforts et des capitaux de nos partenaires étrangers. C'est l'un des axes clés, je pense, de notre coopération.
N. Koteich : Compte tenu de ce qui précède, je vois deux tendances. Ce sont deux tendances que je constate en communiquant avec des hommes d'affaires russiens, notamment dans mon pays natal, les Émirats arabes unis.
Premièrement, je constate une certaine réticence à l'égard de l'option «buy-back». Lorsque la guerre a éclaté, nous avons vu toute une série d'investissements étrangers rachetés par des entreprises russiennes, et aujourd'hui, certaines d'entre elles souhaitent racheter leurs investissements en utilisant l'option «buy-back». Il semble qu'il y ait une certaine opposition et que les autorités russiennes ou les entreprises russiennes tentent, dans une certaine mesure, d'empêcher cette option, son utilisation.
Deuxièmement, nous constatons certaines craintes concernant la nationalisation. Il semble que nous assistions à certaines mesures de nationalisation. Il n'y a pas si longtemps, j'ai lu qu'un aéroport avait été racheté, voire simplement nationalisé, dans le cadre d'une décision de justice rendue en faveur de l'État et à l'encontre du propriétaire privé.
À votre avis, comment ces deux tendances peuvent-elles influencer la vitesse de la reprise économique russienne ?
V. Poutine : La nationalisation ne peut pas avoir d'effet positif sur la croissance économique russienne, nous en sommes conscients. Le cas dont vous parlez concerne, si je comprends bien, l'aéroport Domodedovo à Moscou.
Pardonnez-moi ce terme déplacé, mais cette affaire fait l'objet de remue-ménage déjà depuis longtemps. Ce différend entre les structures concernées ne date pas d'hier. Il dure depuis de nombreuses années et a finalement abouti à la décision judiciaire que l'on connaît. Cela n'a rien à voir avec la nationalisation.
La nationalisation est un processus prévu par la loi. Nous n'appliquons pas cette loi ni ces normes.
À mon avis, comme je l'ai déjà dit lors d'une réunion avec des représentants du monde des affaires, de quoi s'agit-il ? Du fait que, bien sûr, de nombreuses injustices ont été commises au cours de la privatisation. Pour un rouble, on a privatisé ce qui valait peut-être des millions. Tout cela est compréhensible. Et du point de vue de la justice sociale, ce n'étaient pas les meilleures décisions. Mais la pire décision serait maintenant de tout reprendre.
C'est pourquoi, à mon avis, il faut enfin élaborer une base normative sur les délais de prescription pour tous les événements de ce type et clore définitivement ce sujet, pour le reste de notre vie.
Ce que vous avez dit n'a donc rien à voir avec la déprivatisation.
Quant au retour éventuel de nos partenaires, ce qu'on appelle le «buy-back», il y a là aussi certaines choses auxquelles nous devons prêter attention.
Premièrement, nous devons comprendre qui partait, comment et pour quelles raisons. Si certains sont partis pour des raisons politiques, sous la pression des élites politiques de leurs pays, cela signifie qu'il s'agit de partenaires peu fiables. Ils ont mis dans une situation difficile les collectifs de travailleurs, qui auraient pu se retrouver à la rue. C'était sans doute leur objectif. Mais cela n'a pas fonctionné, car les entreprises russiennes ont pris le contrôle et se sont engouffrées dans les niches libérées. Et, franchement, en ce sens, ce type de décisions a contribué à changer la qualité de l'économie russienne, car nos entrepreneurs prenaient le contrôle de ces entreprises ou en devenaient propriétaires.
Mais s'il existe des documents juridiquement contraignants qui ont été rédigés entre les partenaires et qui garantissaient ce rachat, alors les entreprises russiennes devront respecter ces conditions. Nous sommes favorables à des relations fiables et stables. Cela n'a pas toujours été le cas.
C'est pourquoi le Gouvernement de la Fédération russienne a reçu pour mission de travailler sur cette question. Je demanderai aux députés du Parlement de soutenir ce qui sera élaboré. Nous devrons tout de même prendre une décision globale sur le retour des entreprises étrangères qui souhaitent revenir sur notre marché. Nous devons soutenir tout ce qui est dans notre intérêt.
V. Poutine : Mon collègue sud-africain a déclaré que les livraisons de vodka vers la République d'Afrique du Sud étaient déjà organisées. Vous savez, c'est une initiative très judicieuse et sérieuse. Pourquoi ? Parce que, comme on dit chez nous, quand on boit de la vodka, il faut manger quelque chose pour l'accompagner [Malheureusement le mot russe très courant employé ici par V. Poutine, «закусить» - d'où «zakouski» -, n'a pas d'équivalent français. - NdT]. C'est pourquoi cette initiative sera certainement suivie de livraisons de produits carnés ou de céréales.
Nous, par exemple, nous allons créer avec nos amis de Bahreïn tout un hub pour la livraison de blé depuis la Russie. Et je tiens à rappeler que la Russie occupe sans conteste la première place mondiale pour les ventes de blé sur le marché international, ce qui intéresse de nombreux pays du monde arabe. C'est dans cette direction que nous allons avancer, pas à pas.
En ce qui concerne l'énergie, nous avons effectivement de nombreuses possibilités dans ce domaine, y compris l'énergie nucléaire. À cet égard, je tiens à rappeler que la société Rosatom est le leader incontesté mondial dans le domaine du développement de l'énergie nucléaire et construit, je crois, 22 réacteurs dans le monde. C'est le chiffre le plus élevé, qui dépasse de loin tous nos concurrents, qu'ils soient américains, japonais, etc.
Nous envisageons cette possibilité de coopération dans d'autres pays partenaires, y compris en Afrique du Sud. Il existe vraiment beaucoup de domaines intéressants et prometteurs ici. Sans parler des hydrocarbures. Cela va de soi, bien sûr.
N. Koteich : Bien sûr. Plus de vodka aidera le monde et le rendra meilleur.
V. Poutine : En tout cas, la vie deviendra plus joyeuse. Ça c'est certain.
N. Koteich : Si vous le permettez, j'aimerais revenir sur la situation au Moyen-Orient, mais pas d'un point de vue géopolitique, nous allons plutôt parler d'un autre aspect. Il s'agit du choc de l'offre qui attend le marché en raison des combats qui se déroulent actuellement sur le territoire iranien. La Fédération russienne peut-elle intervenir d'une manière ou d'une autre, ou ses possibilités à cet égard sont-elles limitées par les sanctions et d'autres facteurs ?
V. Poutine : J'ai déjà parlé de ce que nous faisons. Que voulez-vous dire ? Que signifie «intervenir» ?
N. Koteich : Pouvez-vous aider à atténuer le choc de l'offre sur le marché lié aux événements en Iran ? La Russie peut-elle proposer davantage de pétrole ?
V. Poutine : Oui, bien sûr. Tout d'abord, cela ne dépend pas uniquement de nous. Nous respectons très strictement tous nos accords dans le cadre de notre collaboration avec nos amis et partenaires de l'OPEP+. Ces pays limitent délibérément la production et l'approvisionnement en énergie sur le marché mondial.
À l'heure actuelle, il est vrai que la production augmente progressivement, conformément à l'accord conclu. Mais progressivement, afin de ne pas créer de déséquilibres sur le marché mondial, afin d'assurer, comme nous le disons toujours dans de tels cas, l'équilibre entre l'offre et la demande et des prix équitables qui conviennent aussi bien aux pays producteurs qu'aux pays consommateurs.
Bien sûr, nous constatons que la situation actuelle au Moyen-Orient, liée au conflit entre l'Iran et Israël, a entraîné une certaine hausse des prix. Mais cette hausse, selon nos experts, n'est pas significative. Combien coûte le baril actuellement ? 75 dollars, contre 65 auparavant. Il a augmenté de 10 dollars et s'est stabilisé à ce niveau.
De nombreux pays, y compris les pays du Golfe, peuvent augmenter ces livraisons, augmenter la production et augmenter les livraisons sur le marché mondial. Mais, je le répète, nous le faisons généralement de manière concertée. J'espère qu'il en sera ainsi dans ce sens. Les Émirats arabes unis apportent une contribution très importante, et le prince héritier d'Arabie saoudite prend cela très au sérieux. De plus, nos décisions sont toujours équilibrées. Nous verrons tous ensemble comment la situation évoluera. Pour l'instant, aucune réaction immédiate n'est nécessaire.
N. Koteich : Les sanctions récemment imposées à la Russie ont touché la flotte dite «fantôme». Comment cela peut-il affecter l'approvisionnement en pétrole des pays asiatiques et africains ? Comment cela affectera-t-il la Russie ? Comment cela affectera-t-il vos amis ?
V. Poutine : Vous savez, le fait est que nos ennemis, nos détracteurs, cherchent constamment des moyens de nous porter préjudice sur le plan économique et sont les premiers à en souffrir.
Vous venez de parler des sources d'énergie. Nos experts ont calculé, et les non nôtres aussi d'ailleurs - je crois qu'Eurostat le dit aussi : les dommages causés à la zone euro par le refus du gaz seul s'élèvent, je crois, à environ 200 milliards d'euros. Ils ont perdu 200 milliards d'euros. Il y a une hausse générale des prix.
En ce qui concerne la «flotte fantôme» et ainsi de suite. Notre ami chinois a, à mon avis, formulé très précisément, très justement : là où quelqu'un tente de porter des coups, c'est là que nous devenons finalement plus forts. Pourquoi ? Parce que nous trouvons toujours une réponse et une solution.
On a parlé de la politique tarifaire. Le commerce entre les États-Unis et la Chine représente 20 % du commerce mondial. Bien sûr, dans le contexte actuel, où la dette et l'endettement augmentent dans toute l'économie mondiale - cette dette atteint déjà 300 % -, tout cela a bien sûr des répercussions sur tout le monde. Les tentatives visant à nous causer du tort et des dommages, notamment par le biais de la flotte dite «fantôme», entraîneront également des problèmes généraux. Et surtout pour ceux qui essaient, pardonnez-moi le mot, de nous emmerder. Car cela aura finalement un impact sur les prix mondiaux et se répercutera sur les pays, je le répète, qui tentent de le faire, car ce sont eux les principaux consommateurs. Voilà tout ce à quoi cela mènera. Quant à nous, on trouvera toujours des débouchés.
N. Koteich : Vous savez, le ton de votre réponse est très intéressant. Je voudrais vous poser une dernière question directement avant de donner la parole aux éminents collègues.
Voici donc ma question directe : il existe de nombreuses preuves et études fiables qui montrent que cette guerre tue l'économie russienne, que le taux directeur est très élevé et que la dette augmente. Cette guerre tue-t-elle votre économie ?
V. Poutine : Premièrement, la dette n'augmente pas, elle est l'une des plus faibles au monde. C'est premièrement.
Deuxièmement, en ce qui concerne le «massacre» de l'économie russienne, comme l'a dit un célèbre écrivain à son époque : «Les rumeurs concernant ma mort sont grandement exagérées». Dans le cas présent, c'est la même chose.
Le principal indicateur est la croissance du PIB, le taux de croissance du PIB. L'année dernière, la croissance du PIB russien était de 4,1%, et l'année précédente, de 4,3%. La croissance mondiale, si ma mémoire est bonne, était de 3,3%. Autrement dit, nous avons connu une croissance supérieure à la moyenne mondiale. Les États-Unis ont connu une croissance de 2,8%. Et la zone euro, seulement 0,9 %. Il est donc évident que la Russie affiche clairement un bon rythme et des progrès. Et si l'on exclut tout ce qui est lié aux hydrocarbures, notre croissance sera encore plus importante. De combien ? L'année dernière, elle était de 7,2%, et l'année précédente, elle était de près de 5 %, soit 4,9%.
Mais ce n'est pas le plus important. C'est agréable, mais ce n'est pas le plus important. Qu'est-ce qui est plus important ? La structure de l'économie russienne est en train de changer, et c'est cela le plus important. Dans la structure de la croissance du PIB, plus de 43% ne proviennent pas des secteurs pétrolier et gazier, ni même de la défense. Une part importante de notre croissance est concentrée dans le secteur industriel de base, qui n'est même pas directement lié à la défense. Je l'ai dit dans mon discours.
Savez-vous ce qui ne peut que nous réjouir ? Je pense que c'est un élément clé. Nous parlons sans cesse de substitution des importations et avons effectivement alloué des ressources financières importantes pour remplacer les produits qui ont disparu de notre marché en raison des sanctions et du départ de certaines entreprises occidentales. Actuellement, nous assistons à un phénomène très positif, à savoir l'apparition d'un nombre croissant de produits basés sur nos propres solutions, notre propre plateforme, liés au développement de la science et des technologies de pointe. Le volume de ces produits ne cesse d'augmenter, ce qui témoigne d'un changement dans la structure de l'économie russienne. C'est l'un de nos principaux objectifs et tâches.
L'industrie croît à un rythme encore plus rapide que le PIB du pays. L'année dernière, je pense que la croissance était d'environ 7% - 7,2%. Actuellement, au premier trimestre de cette année, elle est déjà, je pense, de 1,6 à 1,9%. La croissance se poursuit.
Tout cela se produit dans un contexte de chômage assez faible, qui est à son plus bas niveau historique, à 2,3%.
Oui, bien sûr, le prix à payer pour une croissance économique aussi forte - qui est assez rapide pour nous - a été l'inflation. Mais la Banque centrale et le Gouvernement prennent les mesures nécessaires, notamment en ce qui concerne le taux directeur élevé. Vous avez certainement été témoin des discussions qui ont lieu au sein du Gouvernement et entre le Gouvernement et la Banque centrale. Oui, bien sûr, il n'y a pas de solution simple, mais dans l'ensemble, nous parvenons à faire face à ce problème. Après tout, regardez, les chiffres de l'inflation sont déjà à moins de 10%. À combien s'élève-t-elle ? 9,6%, je crois ? Elvira Sakhipzadovna [Nabioullina] me fera signe. Environ 9,6%, n'est-ce pas ? Certains disent que l'inflation de base est déjà de 5%. Mais je ne vais pas entrer dans les détails pour l'instant. Ils m'ont bombardé d'arguments pendant deux jours, il y a trois jours, m'expliquant ce que sont ces 5% et d'où ils viennent. Mais la Banque de Russie estime tout de même que d'ici un an, nous atteindrons 7 à 8%. Je pense que ce sera 7%. Je l'espère. Cela signifie que les mesures prises par les autorités financières russiennes donnent des résultats positifs.
Il y a des questions, et elles sont nombreuses, que nous devons résoudre. Le chef de la Sberbank sourit et hoche la tête. Pourquoi ne sourirait-il pas ? Il a une marge de 5,7%. Et dans les principales institutions financières occidentales, elle est de 3,7% maximum, vous comprenez ? C'est aussi un résultat.
Oui, il y a des points auxquels il faut prêter une attention particulière dans le secteur bancaire. Mais dans l'ensemble, notre situation est stable et fiable. Je compte bien que cela restera ainsi.
N. Koteich : C'était ma dernière question.
Si vous le permettez, j'aimerais maintenant donner une minute à chacun des intervenants.
Y a-t-il quelque chose que je ne vous ai pas demandé et sur lequel vous aimeriez vous exprimer ?
La parole est à vous, Monsieur le Président [de l'Indonésie].
P. Subianto : Je tiens à remercier le Président Poutine et les organisateurs de ce forum pour cette formidable opportunité. Je pense que nous avons beaucoup appris les uns des autres. Merci beaucoup.
Nasser Ben Hamad Al Khalifa : Je ne peux que me faire l'écho de ces paroles, Monsieur le Président.
Je tiens à exprimer ma gratitude à Vladimir Vladimirovitch Poutine. Merci beaucoup de nous avoir invités dans la magnifique ville de Saint-Pétersbourg. Nous avons été ravis d'écouter votre sagesse et de partager nos réflexions. Merci beaucoup.
P. Mashatile : Je tiens également à remercier le Président Poutine pour son invitation. Nous sommes heureux de participer à un forum aussi important. C'est la première fois que je viens dans cette ville magnifique, Saint-Pétersbourg. Nous avons vraiment beaucoup appris en écoutant les discours des autres dirigeants.
Nous considérons la Russie et le Président Poutine personnellement comme nos amis et alliés. Nous nous réjouissons de poursuivre notre collaboration avec le Président Poutine et le peuple russien. J'attends avec impatience de pouvoir revenir à Saint-Pétersbourg.
Monsieur le Président, je n'ai pas eu l'occasion de dire à quel point cette ville est magnifique. Je n'ai pas eu le temps de la visiter comme il se doit. Peut-être que je le ferai demain, mais j'attends déjà avec impatience mon retour l'année prochaine. Merci.
N. Koteich : Monsieur le Président Poutine, c'est déjà la deuxième table ronde que j'ai le plaisir de modérer en votre présence. C'est un immense honneur pour moi.
Merci beaucoup pour votre patience. Vous avez fait preuve d'une patience incroyable envers mes questions et y avez répondu. Vous avez vraiment démontré votre attachement à un dialogue ouvert.
Merci, chers invités. Merci, Mesdames et Messieurs.
V. Poutine : Chers amis, chers collègues !
Permettez-moi d'exprimer ma gratitude à notre modérateur.
Je tiens à remercier sincèrement mes collègues qui ont participé à la discussion d'aujourd'hui. Je suis convaincu que cela a été intéressant pour le public. Et pas seulement pour le public présent ici, car beaucoup de choses vont certainement se répandre dans le monde entier. Ce furent des interventions intéressantes, vivantes, ce qui est très important, et toutes correspondaient à l'intensité des événements que nous vivons actuellement.
Merci beaucoup d'être ici aujourd'hui, parmi nous.
Source en russe : Kremlin kremlin.ru
Traduit par Valerik Orlov via l'Amicale des russophiles francophones
russophile.boris-vian.net