Par Mohammed Mohisen, le 25 août 2025
Le plan Rafah est désormais appliqué par l'occupant à la ville de Gaza. À l'instar de l'appel "Regardez ce qui se passe à Rafah !", alors que la ville a été rayée de la carte, c'est maintenant : "Génocide à Gaza, sauvez Gaza !!!" Le monde entier ne nous considère que comme un phénomène passager. Personne n'agira. Personne ne bougera.
La propagande israélienne inonde les médias de déclarations sur les "abris et tentes" implantés dans le sud pour accueillir les personnes déplacées, d'images satellites de zones soi-disant aménagées, de décisions concernant des "infrastructures" et de promesses de systèmes d'approvisionnement en eau, de réseaux d'égouts, d'infrastructures médicales, ainsi que de calendriers pour les phases d'évacuation, le tout relayé par les médias grand public.
Pendant ce temps, les chars et les avions de combat rasent et anéantissent l'est de Rafah, et les gens fuient vers l'ouest et le nord, poursuivis par les chars de l'armée. Lorsque les habitants de Rafah ont quitté leur ville, ce n'était pas à cause d'ordres d'évacuation officiels, mais parce que les chars ont atteint Tel Zorob en deux jours, au coeur des massacres, des assassinats et des destructions sauvages. Lorsqu'ils sont arrivés, aucune infrastructure ne les attendait. Aucun campement de tentes, pas même les 40 000 tentes que Netanyahu affirme avoir importées de Chine pour eux. Ils se sont retrouvés en plein désert, démunis et vulnérables, luttant contre les serpents, les scorpions et les insectes dans la région aride de Mawasi, sans le sou, à tenter de monter une tente rudimentaire.
Aujourd'hui, les chars israéliens se rapprochent de la ville de Gaza depuis le sud, rasant les quartiers de Zeitoun, Sabra et Tuffah. Les missiles tirés par les avions et les obus de chars frappent tous les quartiers de la ville, tuant et terrifiant ses habitants.
Les habitants de la ville de Gaza sont aujourd'hui confrontés à la même campagne de tromperie israélienne que celle menée à Rafah. Doivent-ils croire aux promesses de Netanyahou sur les infrastructures, les délais et les tentes censées les attendre dans le sud ? Ou doivent-ils croire aux bombes s'abattant sur eux et aux chars progressant vers eux comme les mâchoires d'un étau, depuis Al-Nuzha au nord jusqu'à Zeitoun et Sabra au sud ?
La plupart des Gazaouis ne croient plus qu'aux obus de la mort. Ils cherchent des lieux sûrs. Certains sont contraints de se déplacer vers le sud. Mais les projets de Netanyahou concernant les "infrastructures" destinées à les accueillir dans des "conditions humainement acceptables" ne sont qu'un mensonge destiné à faire taire les critiques internationales et celles des défenseurs des droits humains.
Pour les habitants de la ville de Gaza, plus rien ne les protège des chars qui progressent et de la mort qui se rapproche d'heure en heure. Ils ont sous les yeux l'expérience de Rafah : la communauté internationale les a abandonnés, livrés à la barbarie et aux pulsions sanguinaires d'Israël.
Les habitants de Gaza sont aujourd'hui pris de panique à l'idée de perdre leur ville pour toujours. Ils préfèrent la mort à l'exil. Ils préfèrent littéralement être tués sur la terre de Gaza plutôt que de voir leur ville réduite à un simple souvenir.
Nous sommes ceux qui connaissent le mieux cette ville. Nous sommes ses fils, ses compagnons, ses protecteurs. Nous savons tout de ses rues, de sa douceur et de sa rudesse, de la mer et de la brise, du désir et de l'amour. Nous sommes le peuple légitime. Laissez-nous simplement y rester. Laissez-nous la regarder en pleurant seuls, pleurer ses morts. Mais ne nous en chassez pas. Laissez-nous simplement rester dans notre pays.
Nuits de mort et de guerre : réveils à minuit au son des rafales d'hélicoptères, à l'aube sous les tirs d'obus des navires de guerre, et le matin sous les bombardements des avions de chasse pulvérisant les maisons.
Après avoir annoncé la fin de l'opération "Gideon's Chariots", qui a permis à Israël de s'emparer de 75 % de Gaza et de raser le nord et l'est de la région, Israël annonce maintenant une nouvelle offensive. Israël a annoncé l'opération "Gideon's Chariots 2" pour anéantir ce qu'il reste de ce peuple en deuil. L'occupant a déclaré : "La deuxième phase de Gideon's Chariots s'engage, conformément aux directives gouvernementales, avec les opérations préliminaires et le début de l'offensive sur la ville de Gaza".
Le génocide de la ville de Gaza et du nord du territoire est désormais perpétré dans le plus grand silence, sans aucune annonce officielle. Il est déjà en cours sur le terrain, avec des destructions en continu et des bombardements d'une intensité croissante pour pousser les gens vers le sud de Wadi Gaza.
Netanyahu brandit la menace d'une occupation totale de Gaza et d'un déplacement de sa population vers le sud. Mais le monde devait prendre conscience que la population de Gaza est exténuée par les déplacements successifs. Les habitants n'ont plus les moyens ni la force physique de s'enfuir à nouveau. Il n'y a plus l'ombre d'un endroit où s'abriter : Mawasi, Khan Younis et les camps du centre sont déjà pleins à craquer.
L'occupation de Gaza signifie la mort de centaines de milliers de civils. Elle réduira Gaza à un charnier géant.
Il n'y a rien d'autre à ajouter. L'encerclement de la ville par le sud et le nord est en cours, en prévision de l'assaut final. "Gideon's Chariots 2" signifie encore plus de ruines et de dévastation. Les quartiers de Gaza subiront le même sort que Jabalia, Zeitoun, Tuffah, Shuja'iya et Rafah : des quartiers animés transformés en tas de ruines infestés de rats. Et pendant ce temps, deux millions d'êtres humains sont en proie à la terreur, terrifiés à l'idée de rester et mourir, ou partir et survivre comme des morts-vivants.
Nous attendons tous que le destin ou un miracle mette fin à ce cauchemar. Ce n'est pas du pessimisme. C'est la réalité. Mais nous refusons de la minimiser pour ménager les sensibilités du monde.
La mort prend toutes les formes. Chaque voie mène à la tombe.
Les nuits suivant la mort du journaliste Anas al-Sharif ont été parmi les plus éprouvantes. L'armée s'infiltre peu à peu dans la bande de Gaza, en silence, sans tapage médiatique, rasant les rares bâtiments encore debout.
Dans quelques jours, il ne restera plus de la ville qu'un gigantesque champ de ruines et des rues méconnaissables. Nous assistons, sous les yeux du monde entier, au calvaire de notre ville. Sans que personne ne s'alarme ni crie à l'urgence.
Gaza est pilonnée par l'artillerie lourde. Les bombardements sont incessants, concentrés sur Sabra, Zeitoun et les abords de Rimal, tandis que des drones quadricoptères vrombissent au-dessus de nos têtes et que des chars mitraillent à tout va en encerclant tout sur leur passage.
Les nuits sont insupportables : des morts, des blessés, des familles piégées incapables de se mettre en sécurité. Pas de couverture médiatique. Nous sommes exterminés dans la plus grande indifférence.
Gaza se consume sous nos yeux. Nous assistons à son agonie, impuissants, avec comme seules armes notre chagrin et notre colère. Le fracas des démolitions ne détruit pas que nos terres, il transperce nos âmes. Chaque maison détruite, chaque rue ensevelie emporte avec elle un souvenir, un rire, ou le peu de sécurité qui nous restait.
Comment décrire le sentiment d'horreur qui saisit lorsqu'on voit sa ville rayée de la carte ? En découvrant le dernier vestige de son quartier, ses souvenirs, ses repères, réduits en cendres ? Ce n'est pas une simple destruction, c'est le déracinement d'êtres humains, de leur identité, de leurs souvenirs. Et Gaza hurle... mais personne ne répond.
Quatre démolitions massives ont eu lieu dans le nord de Gaza, déclenchées par des robots. Les explosions ont été ressenties jusqu'à Khan Younis et dans tout le centre de la bande de Gaza. Chaque explosion déchire l'air, fait exploser les tympans et pulvérise tous les malheureux aux alentours. Chaque destruction entraîne celles de dizaines de maisons. Des familles perdent ainsi le peu de murs et de souvenirs encore intacts. Cette vague de démolitions progresse désormais vers le cœur de Gaza, anéantissant les derniers vestiges de nos existences.
Ces événements préparent le pire déplacement de population jamais vu. Pousser les gens vers le sud s'avérera plus dur et plus meurtrier que toutes les vagues précédentes. Les zones de relocalisation sont minuscules et surpeuplées. Deir al-Balah, Nuseirat, Mawasi, Khan Younis. Des zones déjà bondées de réfugiés en provenance de Rafah et de Khan Younis.
Pas d'équipement, pas de tentes, pas de bâches, pas de moyens de subsistance, pas d'égouts, pas d'eau, sur une terre aride. Les maladies se propagent très vite dans le sud, où l'on signale le retour du COVID et une recrudescence de la grippe, le tout aggravé par la surpopulation. Et un million de personnes supplémentaires vont devoir les rejoindre.
La catastrophe qui se profile sera insoutenable. Si rien n'est fait, des dizaines de milliers de personnes y perdront la vie en peu de temps, soit sous les bombardements massifs incitant à la fuite, soit en cours de déplacement, victimes de maladies, de surpopulation et d'asphyxie.
Savez-vous ce que signifie un nouveau déplacement depuis la ville de Gaza ? C'est sentir la planète toute entière vous étouffer : vous n'êtes ni mort, ni vivant. Comprenez-vous cette sensation ? Nous le vivons des milliers de fois par jour.
Tous les médias relaient : "Nous allons tout anéantir à Gaza et en faire un désert". Nous les lisons et n'éprouvons aucune peur de la mort - la mort est plus douce. Le poids le plus lourd à porter sur cette terre, c'est Gaza, nos souvenirs, nos repères, même s'ils sont en ruines.
La destruction à laquelle vous assistez aujourd'hui fait de Gaza la plus belle ville du monde à nos yeux. Nous y avons vécu avec l'idée que nous pourrions la reconstruire en quelques heures. Arrêtez la guerre, et vous verrez.
Nos pas sont lourds, nos regards fixes. Nous marchons dans les rues comme si nous faisions nos adieux. Est-ce notre dernière fois ici ? Nos cœurs saignent des larmes invisibles, mais plus brûlantes que les flammes de l'enfer.
Depuis deux ans, nous transportons nos maisons, ou ce qu'il en reste, dans de petits sacs, passant d'un lieu à l'autre, repartant de zéro encore et encore. Mais en vérité, nous n'avons jamais quitté le point zéro. Même ceux qui ont choisi de partir vers le sud vivent une situation paralysante. Seuls les plus riches, ceux qui disposent de 4 000 dollars en espèces, peuvent se permettre de payer leur transport, de louer une maison ou un entrepôt, d'acheter une tente et un lopin de terre, d'installer des toilettes, un réservoir d'eau et une petite cuisine. Ces fois-ci, les gens seront tués par leur impuissance, et non par leur décision de rester. La plupart n'ont plus de force, plus d'argent, plus de nourriture, plus d'énergie. Ils resteront non par choix, mais parce qu'il n'y a pas d'autre issue.
Nous pleurons Gaza avant qu'ils ne l'achèvent. Nous pleurons le cœur en sang, pas qu'avec nos yeux. Nous pleurons le feu dans les veines, pas de simples larmes. Notre ville est asphyxiée par les massacres, dépouillée de tout signe de vie. Il n'y a plus d'eau, plus de médicaments, plus d'hygiène, plus d'hôpitaux. Pas même un gémissement qui puisse couvrir le fracas de l'effondrement.
Et pourtant, notre ville est trop précieuse pour être abandonnée, trop belle pour être quittée. Elle est notre ruine, notre destruction, notre parfum, celui qui comble nos âmes comme l'oxygène remplit nos poumons.
À Gaza, nous vivons de souvenirs, de résilience et de dignité. Nous asphyxions, mais dans la dignité. Ailleurs, nous pourrions respirer, mais dans l'humiliation. À Gaza, même avec la faim, on vit. Même la mort peut avoir un sens.
L'opération militaire menée par Israël contre Gaza concerne désormais autant la sécurité nationale de l'Égypte et de la Jordanie que la nôtre. Transformer Gaza en un désert aride, sans écoles, sans universités, sans mosquées ni institutions, signifierait la fin du "déplacement volontaire" et le début de la plus grande expulsion forcée de l'histoire moderne.
Quant à ceux qui établissent une comparaison avec la Syrie, rappelons que lorsque le déplacement de population est passé de "volontaire" à "forcé" après que des millions de personnes ont été rassemblées à Idlib, la Turquie est intervenue militairement et a failli entrer en guerre totale avec le régime et la Russie, avant de parvenir à un "accord de désescalade" qui a permis d'éviter une expulsion massive.
Ce qui se passe à Gaza est bien plus grave qu'une guerre, qu'une occupation ou qu'une série de meurtres gratuits. L'objectif est de remodeler la géographie de la région, et pas seulement son histoire. Si le plan d'expulsion de la population de Gaza aboutit, celui de la Cisjordanie suivra sans grande résistance. Cela marquera le début d'une nouvelle ère pour Israël, qui aura les yeux rivés sur le Sinaï et la Jordanie, après s'être déjà emparé du mont Hermon et de Quneitra. Loin d'être de simples rêves ou illusions, ces projets sont déjà en cours de réalisation. Ce sont des plans affichés, des projets approuvés, une réalité déjà en cours.
La plus grande menace pour l'existence palestinienne au cours de cette tragédie est le déplacement forcé, une nouvelle Nakba aux conséquences désastreuses pour des générations.
Rester sur notre territoire, sous quelque forme de contrôle ou de restriction que ce soit, est toujours préférable à l'exil. Le déplacement implique une perte d'identité, de mémoire et de racines. Rester signifie préserver ses droits et faire vivre l'espoir, quelle que soient les conditions.
Voilà pourquoi tout règlement, même sous occupation, garantissant la sécurité des personnes, de leurs maisons et de leurs biens, et leur permettant de continuer à vivre sur leur terre, est moins désastreux que le déplacement et le déracinement.
Renoncer à rester, c'est accepter un sort pire que l'occupation elle-même : l'effacement de l'existence palestinienne à Gaza.
En résumé, le principe national et moral est le suivant : protéger le droit des Gazaouis à rester sur leur terre et rejeter tous les plans d'expulsion, quel qu'en soit le prix.
Les médiateurs devraient donc proposer la chose suivante : "Qu'ils entrent, mais qu'ils ne chassent pas les gens. Qu'ils s'engagent à assurer leur sécurité, celle de leurs maisons et de leurs abris".
Peuvent-ils contraindre Israël à accepter cela ? Les négociateurs palestiniens accepteraient-ils ?
Car si Israël s'empare de la ville quoi qu'il arrive, et si personne ne peut l'en empêcher ni par le nombre ni par les armes, autant qu'il gouverne Gaza avec sa population, plutôt qu'une ville fantôme.
Rester aujourd'hui est notre unique garantie de survie. Partir, c'est le début de la fin.
Traduit par Spirit of Free Speech
Mohammed Mohisen