
DÉBATS :
BB "vue de droite"...
Pierre Robin
Source: https://www.facebook.com/pierre.robin.121
Dans les (premiers) hommages officiels, politiques et médiatiques, à la grande - et chère - disparue, il y a en général un non dit, ou rapidement dit, sur le côté "sombre", c.a.d. l'orientation "idéologique", globale et constante, de BB (c'est sans doute moins vrai des élus haineux LFI/PCF/Verts et du quotidien gauchisto-maastrichien Libération, qui ne lâchent rien et n'ont d'ailleurs honte de rien). De toutes façons les commentateurs "de base" facebookiens et des autres réseaux sociaux ont moins de ces pudeurs: j'ai aperçu deux ou trois fois des réactions du genre "une électrice du RN en moins" ou "Fachotte". Bon c'est humain - humain de gauche ou macronien hardcore en l'occurrence - et les passions politiques peuvent, j'en sais parfois quelque chose, gravement altérer les perspectives et appréciations.
Caillou réac dans la chaussure progressiste
Oui, donc une certaine vigilance "citoyenne" et hargneuse nous rappelle avec gravité que Brigitte Bardot était d'"extrême droite", avant que d'être l'actrice sexy ultime, la protectrice des animaux et un phénomène socioculturel de dimension internationale. Outre que ce "label" (comme dirait Macron) renvoie à des positions contradictoires ou à des circonstances historiques assez variées, on pourrait dire, comme le faisait - dès les années 80 - dans son Journal l'écrivain "sulfureux" (et d'ailleurs souvent assimilé à l'ex. dr. par les professionnels de la profession) Marc-Edouard Nabe qu'au fond la seule vraie droite c'est justement l'extrême droite, vu les glissements au centre de la droite chiraco-giscardienne. Mais bon c'est pas la question. On en veut à BB, même à son cadavre encore chaud, de ses amitiés avec JMLP, de sa critique de la classe politique "normale" et des médias afférents, de sa détestation sonore et permanente d'une société française effondrée dans la laideur et l'inculture quotidienne, et subvertie à grande échelle par l'immigration de masse (elle est allée assez loin sur le sujet dans ses Mémoires).

On lui en veut d'autant plus que ce "côté sombre" gâcherait le versant "lumineux", c.a.d. féministe au quotidien, bousculant - comme en 1956 dans Et Dieu... créa la femme - les hypocrisies et la grisaille de l'ancien monde, au nom de la liberté des femmes et de leurs corps. Et s'attirant pour ça les éloges de Simone de Beauvoir et les digressions favorables de Roland Barthes, émus par la modernité et la liberté de cette jeune femme "new look". Oui, pour cette gauche culturelle Brigitte aurait pu être une Jane Fonda à la française, 100% progressiste. Mais non, elle a tout gâché par ses amitiés particulières - et son éducation bourgeoise classique après tout, en dépit des mini-jupes et de l'érotisme XXL qu'elle irradiait (et, peut-être, les LGBT ont-ils des problèmes avec sa sexualité certes libérée mais quand même vachement binaire).

J'ai vu, au hasard des réseaux, une photo - qui se voulait évidemment accusatoire - où vers la fin des années 50, BB est entourée de Le Pen, alors député pro-Algérie française, et de Lagaillarde, futur animateur de barricades algéroises et factieuses. BB était sans doute d'une droite Algérie française. Mais là où l'on voit vite que c'est plus compliqué que ça, c'est que plus tard elle a fait l'objet d'une tentative de racket de la part de l'OAS. A cette maladresse insigne de l'organisation activiste, BB a d'ailleurs répondu par une déclaration assez radicale, elle aussi, où elle exprimait son refus de payer et assimilait plus ou moins les OAS à des nazis. Un épisode qui n'a en rien, d'ailleurs, affecté ses relations d'estime et d'amitié avec Jean-Marie, ni bien plus tard son soutien à Marine.

On pourrait dire que son ami et égal en gloire fantasmatique Alain Delon a présenté de ce point de vue un profil assez proche. Mais moi tout ça me fait penser à d'autres figures culturellement importantes de notre modernité. Ainsi bien sûr Louis-Ferdinand Céline, aussi incontournable qu'"embarrassant" au rayon "littérature du XXème siècle". Ainsi encore Salvador Dali, incontournable lui aussi dans la catégorie "Art moderne" mais aussi "Dandysme post-moderne": le Divin Dali poussait la provocation et la facétie jusqu'à soutenir - jusqu'au bout - Franco et son régime (et ce n'était pas uniquement par provocation), et cet aspect du maître gênait moult commentateurs systémiques. On pourrait dire que BB, comme Dali, est une dissidente de la modernité, qui prend à revers ladite modernité généralement considérée comme la propriété intellectuelle exclusive de la ou des gauches.
Oui BB demeurera pour ça comme un caillou réac dans la chaussure progressiste (comme pas mal d'autres que je ne me fatiguerai pas à citer) et ça, comme elle le disait dans une de ses plus belles chansons, "C'est rigolo - C'est rigolo - C'est rigolo!"
https://youtu.be/R8EyhW_Cphk?si=fa03kVMpMvgO4usg