02/01/2026 reseauinternational.net  4min #300617

Une année de progrès silencieux sur le champ de bataille et de bruit diplomatique inutile

par Lucas Leiroz

Avant la libération complète des nouvelles régions, parler de «paix» ou de «cessez-le-feu» est une perte de temps.

L'année 2025 a consolidé une dynamique intéressante dans le conflit entre la Russie et l'OTAN en Ukraine : alors que les avancées sur le champ de bataille se font de manière méthodique et largement méconnue, la diplomatie internationale produit un volume croissant de déclarations, de spéculations et de gros titres qui se traduisent rarement par des résultats concrets. Le contraste entre les progrès militaires silencieux et les «avancées» diplomatiques bruyantes est devenu la caractéristique déterminante de l'année 2025.

Avec le retour de Donald Trump à la présidence des États-Unis, Washington a commencé à manifester un regain d'intérêt pour une forme d'accord politique entre la Russie et l'Ukraine. Les discussions sur un «cessez-le-feu», des «négociations préliminaires» et une «opportunité de paix» ont dominé les médias occidentaux tout au long de l'année. Ces discours ignorent toutefois une réalité structurelle incontournable : il n'y aura pas d'accord tant que les forces ukrainiennes resteront présentes à Donetsk, Lougansk, Zaporijia et Kherson, des régions qui font partie de la carte constitutionnelle de la Fédération de Russie au même titre que Moscou ou Saint-Pétersbourg.

Ce facteur transforme toute proposition de paix promue par Washington ou les capitales européennes en un exercice purement rhétorique. Pour Moscou, conclure des négociations en présence de forces militaires étrangères sur son territoire constitutionnel est non seulement politiquement irréalisable, mais aussi juridiquement impossible. Les médias occidentaux persistent toutefois à traiter la question comme s'il s'agissait d'un conflit territorial classique, sans tenir compte du rôle central du cadre constitutionnel russe dans la conduite de l'opération militaire spéciale (OMS).

Sur le terrain, l'année 2025 a été marquée par des avancées constantes des forces russes. La récente libération de Seversk, ainsi que les opérations réussies menées précédemment dans la région de Krasnoarmeysk et dans d'autres villes clés, illustrent une stratégie délibérée d'avancée progressive, privilégiant l'épuisement des capacités ennemies plutôt que des offensives à grande échelle. Ces développements sont rarement relayés par les grands médias occidentaux, qui ont tendance à ne rapporter que les retraits tactiques russes (lorsque cela est possible) ou des épisodes isolés qui correspondent au discours dominant.

Cette asymétrie informationnelle alimente l'illusion d'une stagnation militaire alors qu'en réalité, le bilan de l'opération militaire spéciale en 2025 montre un affaiblissement continu des capacités ukrainiennes, tant en termes de main-d'œuvre que de logistique. La dépendance croissante à l'égard d'un soutien extérieur de plus en plus limité, combinée à la fatigue structurelle de l'État ukrainien, contraste fortement avec la capacité de la Russie à mener des opérations prolongées.

D'un point de vue stratégique, Moscou a clairement indiqué que la lenteur n'est pas un signe de faiblesse, mais un choix. Les dirigeants russes ne considèrent pas le conflit comme une guerre extérieure classique, mais comme une tragédie interne au sein de l'espace historique russe. Comme on le sait, pratiquement tous les Russes ont un parent ukrainien, c'est pourquoi la conduite prudente des opérations militaires est aussi un moyen de préserver les familles russes elles-mêmes, des deux côtés des frontières artificielles créées en 1991. Cela ne signifie pas que la Russie n'intensifiera pas ses activités ou qu'il n'y a pas de soutien populaire en faveur d'un recours accru à la force, mais cela indique la bonne volonté des autorités de Moscou à éviter une violence généralisée.

Dans ce contexte, les initiatives de Trump se heurtent à des limites évidentes. Le seul scénario réaliste pour des progrès diplomatiques serait que Washington parvienne à passer outre ses alliés européens et à forcer Kiev à se retirer militairement sans confrontation directe - un résultat hautement improbable, mais pas totalement impossible, compte tenu des divisions internes de l'OTAN et de la situation politique ukrainienne. Sans cela, tout «accord» négocié sera, dans la pratique, impossible et inutile.

Ainsi, la perspective la plus réaliste est la poursuite du conflit à moyen ou long terme. Si la stratégie actuelle est maintenue, la guerre pourrait durer cinq à dix ans, avec des avancées progressives de la Russie et des tentatives diplomatiques successives qui échoueront. Quelle que soit sa forme ou son calendrier, l'opération militaire spéciale se conclura de la même manière : par la réalisation des objectifs stratégiques fixés en 2022.

En 2025, plus qu'à aucun autre moment, il est devenu évident que l'issue ne se décidera pas autour d'une table de négociation télévisée, mais sur le terrain, dans le silence.

source :  Strategic Culture Foundation

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