par Alfredo Jalife-Rahme
Le président Trump a annoncé, en grande pompe, un programme de construction de navires de guerre visant à rattraper le retard de l'US Navy sur ses concurrents russe et chinois. Outre que le Pentagone ne maîtrise pas les armes qu'il souhaite embarquer, ses chantiers navals ne pourront pas commencer à travailler sur ces navires avant de longues années. Cette annonce semble donc plutôt être un effort de communication pour masquer l'infériorité croissante des armées US.

L'amiral états-unien Alfred Thayer Mahan s'était fait connaître au XIXe siècle grâce à son ouvrage célèbre, The Influence of Sea Power on History, 1660-1783 [1], qui allait inspirer le déploiement de la puissance navale états-unienne en Asie - un concept curieusement adopté par la Chine - pour le contrôle des routes commerciales du Pacifique et la projection de sa puissance mondiale, à l'instar de ce qu'avait fait la Grande-Bretagne contre l'« Invincible Armada » de Philippe II d'Espagne.
Le président Trump vient d'annoncer en grande pompe la construction d'une nouvelle classe de navires de guerre nucléaires équipés de lasers et de missiles hypersoniques (que les États-Unis n'ont pas encore testés avec succès). Sur les 25 navires prévus, la construction de l'USS Defiant ne débutera qu'en 2030 [2]. Le site War Zone critique à la fois son tonnage colossal, entre 30 000 et 40 000 tonnes, et son coût unitaire, estimé entre 15 et 20 milliards de dollars [3].
Tom Sharpe, ancien officier de la Royal Navy britannique, a déclaré dans le Telegraph que le projet de « flotte dorée » est « irresponsable et semble voué à l'échec », étant donné que « trois projets successifs de navires de surface de l'US Navy ont déjà échoué ». Il se demandait si ce serait le quatrième, après avoir souligné que la Chine avait dépassé les États-Unis en termes de nombre de navires de combat, la flotte plus importante au monde : 370 pour la Chine et 296 pour les États-Unis [4].
Mark Cancian, colonel des Marines à la retraite et conseiller influent du think tank CSIS, affirme que le « cuirassé de la flotte dorée » ne verra jamais le jour, car « une future administration annulera le programme avant même que le premier navire ne prenne la mer ».
Ni la Russie, ni la Chine [5] n'ont été impressionnées par ce qu'elles considèrent comme une manœuvre marketing de Trump : elles s'accordent à dire qu'outre son coût exorbitant, la flotte dorée de Trump n'est pas conçue pour la guerre moderne, surtout maintenant que le champ de bataille s'est déplacé dans l'espace.
Il convient de se méfier des classements biaisés qui dépendent de leurs critères de définition. À mon avis, sans tomber dans les pièges de la classification arbitraire, il existe actuellement une quasi-égalité en mer entre les trois superpuissances : les États-Unis, la Russie et la Chine, exception faite de la hiérarchie des porte-avions états-uniens, devenue extrêmement vulnérables aux attaques asymétriques de missiles hypersoniques, comme l'ont démontré les guérilleros Houthis/Ansar Allah du Yémen en mer Rouge [6]. Concernant les porte-avions, qui constituent aujourd'hui un atout ou un handicap du fait de leur vulnérabilité en tant que cibles faciles, il est difficile de trancher. Les États-Unis possèdent onze porte-avions à propulsion nucléaire, la Chine trois (aucun à propulsion nucléaire) et la Russie un seul (à propulsion conventionnelle).
En mer, dans la catégorie des sous-marins, les classements sont également subjectifs, et l'on pourrait arguer que les États-Unis et la Russie sont capables de s'infliger des dommages mutuels, sans pour autant sous-estimer l'importance des sous-marins lanceurs d'engins balistiques pour la dissuasion nucléaire, tels que les sous-marins états-uniens de classe Ohio équipés de 20 missiles Trident et les sous-marins russes de classe Borei dotés de 16 missiles Bulava. Si l'on considère la taille, sur le nombre total de sous-marins, les États-Unis en possèdent 70, majoritairement à propulsion nucléaire, suivis par la Russie avec 63 et la Chine avec 61. L'écart n'est pas si important.
Par ailleurs, alors que les États-Unis possèdent des sous-marins de classe Virginia (équipés de 40 missiles Tomahawk) et la Russie des sous-marins de classe Yasen-M, armés de missiles hypersoniques Zircon (dont les États-Unis ne disposent pas) et de missiles de croisière Kalibr/Oniks, le Kremlin a récemment franchi une étape importante avec son nouveau sous-marin Khabarovsk. Ce dernier est capable d'emporter le drone nucléaire Poseidon, surnommé le « missile de l'apocalypse », grâce à la miniaturisation de son réacteur nucléaire.
Outre les porte-avions états-uniens, extrêmement vulnérables, la Chine a dépassé Washington en tant que première puissance navale mondiale, tandis que le nouveau sous-marin nucléaire russe Khabarovsk a également surpassé les sous-marins nucléaires états-uniens, autrefois considérés comme invincibles.
Traduction
Maria Poumier
Source
La Jornada (Mexique)
Le plus important quotidien en langue espagnole au monde.
[1] The Influence of Sea Power on History, 1660-1783, Alfred Thayer Mahan, Little, Bown & Comany (1890).
[2] « La "flota dorada" Nuclear de Trump y el Dominio Marítimo Global de EU : ¿Hazaña o Espejismo ? », Alfredo Jalife, YouTube, 26 de diciembre de 2025.
[3] « What We Know About The Trump Class "Battleship" », War Zone, December 22, 2025.
[4] « Trump's 'Golden Fleet' battleship plan is bold, but looks like a disaster waiting to happen », Tom Sharpe, The Telegraph, December 27, 2025.
[5] « US unveils plan for 'Trump-class' battleship, sparking feasibility doubts in modern warfare », Liu Xuanzun, Global Times, December 23, 2025.
[6] Rappel : la Russie a donné des armes hypersoniques à Ansar Allah pour frapper un pipeline israélien en réplique au don, par les États-Unis, d'armes à longue portée aux Ukrainiens pour qu'ils frappent la Russie en profondeur.