03/01/2026 reseauinternational.net  3min #300687

Résolutions d'un forçat volontaire (ou comment ramer sans illusion)

par Amal Djebbar

Bonne année !

Oui, bonne année quand même. Je le dis, je le pense... enfin, je le dis surtout. Parce que le cœur, lui, il traîne la patte. Macron, le Covid, l'Ukraine, Gaza... faut avoir l'âme d'un ministre ou le foie d'un ivrogne heureux pour trouver ça festif. Mais bon. Tant que ça respire, c'est que c'est pas fini. Et qui dit nouvelle année dit résolutions, paraît-il.

Alors moi, galérien certifié, forçat de la vie moderne, je vais être clair :
j'ai déjà assez à faire avec mes chaînes pour en rajouter.

Mais allons-y, jouons au jeu des gens qui ont encore des illusions.

Je n'arrête pas la clope.
Quand t'as la tête en purée, rien ne vaut un café-clope pour digérer les factures, les décrets, et ce gouvernement qui te renifle jusque dans le slip numérique.

Je garde ma bière du soir.
Par devoir sanitaire.
Après une journée avec des champions du râlage professionnel, faut bien se mettre une mine, histoire de ne pas finir violent ou philosophe.

Je n'arrête pas de chercher du boulot.
Même si je sais très bien qu'à mon âge on ne cherche pas une personne, mais une date de péremption plus courte que la mienne.

Je n'arrête pas d'écrire aux administrations.
Des lettres pleines de mots, envoyées à des gens qui lisent des chiffres, quand ils lisent encore.

Je n'arrêterai pas de manger de la merde.
Parce que le bio, c'est pour ceux qui ont un compte épargne et une bonne conscience subventionnée.

Je continuerai à attendre un an pour me faire soigner.
Allergies, peau en vrac, nez bouché... La médecine, aujourd'hui, c'est comme le logement : faut être patient ou déjà mort.

Je continuerai à prendre le bus.
Avec les pieds sur les sièges, les conversations hurlées, les téléphones en haut-parleur et le chauffeur, jeune coq mal luné, qui te regarde comme si tu avais insulté sa mère en compostant.

Je continuerai à payer des taxes indécentes.
Pour le privilège d'espérer garder un toit qui fuit au-dessus de la tête.

Je continuerai à souffler sur la braise de l'espoir.
Même avec les os fendus, le corps rincé, l'âme cabossée.
On souffle parce que si on s'arrête, c'est la nuit.

Je continuerai à me peler le cul chez moi.
France 2026. Une des villes les plus froides. Pas de chauffage pour une grande majorité des galériens. Dix degrés à l'intérieur, moins dix dehors.
On relativise, on serre les dents, on pense aux autres. C'est la nouvelle solidarité thermique.

Je continuerai à croire
qu'un jour une poignée de vaillants secouera le cocotier de la corruption et de la tyrannie.
Je sais, c'est naïf. Mais sans naïveté, on devient cadre.

Je continuerai à avoir la foi.
Même quand elle tousse. Même quand elle boîte.

Je continuerai à prendre sur moi.
Parce que c'est comme ça qu'on montre l'exemple à ses enfants : en tenant debout, même tordu.

Je continuerai à aller à des rendez-vous inutiles.
Parce que parfois, l'inutile est la seule chose qui prouve qu'on existe encore.

On va s'arrêter là.
Sinon on y passera l'année.

Alors bonne année en Macronie, et que Dieu, s'il a cinq minutes entre deux miracles, nous donne la force de continuer à ramer.

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