09/01/2026 francais.rt.com  4min #301383

Les Émirats coupent toutes les bourses universitaires au Royaume-Uni : la menace des Frères musulmans au cœur des tensions

Mortier de diplômé posé sur l'emblème du mouvement des Frères musulmans.

Face à la montée du radicalisme sur les campus britanniques et à l'inaction persistante de Londres contre les Frères musulmans, les Émirats arabes unis ont décidé de frapper fort. Abou Dhabi a exclu toutes les universités du Royaume-Uni de sa liste d'établissements accrédités, mettant fin aux bourses d'État pour ses étudiants dans le pays.

Les Émirats arabes unis ont mis fin au financement public des études au Royaume-Uni pour leurs ressortissants. Cette décision lourde de sens,  révélée par le Financial Times le 5 janvier 2026, marque un net durcissement des relations entre les deux pays. Le gouvernement d'Abou Dhabi a retiré toutes les universités britanniques de sa liste officielle des établissements reconnus, excluant de fait les futurs étudiants émiratis de toute bourse d'État pour étudier au Royaume-Uni.

Derrière cette mesure, une préoccupation centrale : la montée de l'islamisme radical sur les campus britanniques. Plusieurs sources proches du dossier, citées par le Financial Times, ont confirmé que cette exclusion était pleinement assumée par les autorités émiraties. Une formule résume la position d'Abou Dhabi : « Ils ne veulent pas que leurs enfants soient radicalisés sur les campus ».

En ligne de mire, l'organisation des Frères musulmans, considérée comme terroriste par les Émirats arabes unis, l'Égypte, l'Arabie saoudite mais aussi par la Russie, et accusée d'infiltration idéologique dans les milieux académiques occidentaux. Depuis le Printemps arabe de 2011, Abou Dhabi mène une politique de répression ferme contre ce mouvement, jugé incompatible avec la stabilité de la région.

Avant les révolutions de 2011, Londres était déjà devenue une terre d'exil pour plusieurs figures des Frères musulmans, chassées de leur pays. Des chefs du parti tunisien Ennahdha y ont trouvé refuge pendant des années, tout comme des membres de la confrérie égyptienne. Des cadres islamistes originaires de Syrie, de Libye et d'Algérie ont également trouvé asile au Royaume-Uni, profitant d'un environnement juridique jugé plus permissif.

Les autorités émiraties redoutent particulièrement l'influence de ce mouvement sur la jeunesse en milieu universitaire.

Londres sous pression face à l'inaction politique

Les tensions entre les deux capitales ne datent pas d'hier, mais cette décision marque un point de rupture visible. Dès 2015, sous la pression des Émirats, le gouvernement britannique avait lancé une enquête officielle sur les Frères musulmans. Dirigée par l'ancien diplomate Sir John Jenkins, l'étude avait reconnu l'idéologie radicale du groupe, tout en concluant à l'absence de preuves suffisantes pour le bannir du territoire britannique.

Une décennie plus tard, le débat reste ouvert. Le Premier ministre Keir Starmer a déclaré que le statut de l'organisation restait « sous examen ». Pendant ce temps, les chiffres parlent d'eux-mêmes : seuls 213 étudiants émiratis ont obtenu un visa pour le Royaume-Uni en 2025, soit une baisse de 27 % par rapport à l'année précédente et de 55 % sur deux ans.

Les Émirats maintiennent toutefois la possibilité pour les familles les plus aisées de financer elles-mêmes les études de leurs enfants. Mais pour la majorité, le message est clair : le Royaume-Uni n'est plus un partenaire académique fiable. D'autant que les autorités émiraties ont indiqué ne plus reconnaître les diplômes délivrés par des établissements non agréés, réduisant ainsi leur valeur sur le marché local.

Des médias britanniques dévoilent également une montée des signalements pour radicalisation islamiste dans les universités britanniques. Soixante-dix cas ont été référés au programme Prevent en 2023-2024, soit deux fois plus que l'année précédente, sur une population étudiante totale de près de trois millions.

Fracture diplomatique et avertissement idéologique

Au-delà de l'enjeu éducatif, c'est bien une confrontation idéologique qui s'installe. Le chef du parti populiste britannique Reform UK, Nigel Farage, a promis d'interdire les Frères musulmans s'il accède au pouvoir. Il a d'ailleurs été reçu aux Émirats en 2025 lors d'un voyage financé par le gouvernement local, signe des convergences sur ce sujet.

Ironiquement, plusieurs universités britanniques continuent d'ouvrir des campus aux Émirats, notamment à Dubaï. Mais la dynamique semble désormais inversée. Alors que les établissements britanniques cherchent à s'implanter au Moyen-Orient, les Émirats, eux, ferment la porte à la formation de leurs élites dans un système perçu comme perméable à l'extrémisme.

En refusant d'agir face aux Frères musulmans, le Royaume-Uni s'expose à la méfiance croissante de partenaires stratégiques. Là où les Émirats optent pour une ligne de fermeté contre l'islamisme politique, Londres multiplie les compromis avec des mouvements radicaux, quitte à fragiliser ses alliances régionales.

 francais.rt.com